‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 16 sur 43 · II · texte numérisé non relu

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sur les routes d’une importance secondaire > on ne se sera pas toujours astreint à placer des bornes de lieue en lieue , surtout si la pierre était rare dans le pays , et que dans les localités où les matériaux se taillent difficilement, on se sera contenté de planter des pierres brutes , sans faire venir de loin des bornes cylindriques propres à recevoir des inscriptions.

Pyramides. Les voies romaines n’étaient pas seulement garnies de colonnes itinéraires, on trouvait encore sur leurs bords des tours pleines, quelquefois rondes et plus souvent carrées. MM. de Crazannes et Du Mège ont signalé l’existence de semblables tours le long de plusieurs voies du midi, et il en existe encore sur quelques autres routes romaines de la France.

Plusieurs de ces pyramides ont été regardées comme des tombeaux, mais la plupart paraissent avoir été élevées pour l’ornement des chemins, où peut*êtrc elles étaient consacrées à Mercure , dieu protecteur des routes , des arts et du commerce. Quelquefois on pratiquait dans ces obélisques une niche destinée à recevoir la statue du dieu, comme on le voit dans des monuments semblables du pays

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des Convenœ (le Comminges), décrits par M. Du Mège (i).

Ces monuments , que l’on plaçait de préférence dans les carrefours et près des embranchements de routes , servaient aussi quelquefois à marquer les confins ou fines de territoires. D’après les observations de M. de Crazannes, la pyramide indiquant le fines des Nitiobriges subsiste encore dans une tour pleine, de forme ronde parementée en petites pierres cubiques, que l’on remarque avant d’arriver à Aiguillon , à droite de la grande route actuelle, et à la jonction de la voie A'Jginurn (Agen), à Burdigala (Bordeaux), avec une autre voie romaine allant de Sos à Eysses, l 'Excisum de l’itinéraire d’Antonin (a).

Les proportions des pyramides itinéraires étaient différentes et plus ou moins grandes,

(i) De noi jour* on trouve »ouvent dan* 1rs carrefoursdes pans de murs arec une niche au centre de laquelle on a placé l’image de la Ste.- Vierge; ce qui rappelle l’usage eaistant *ous la dominatiun romaine.

(a) M. de Crazannes a découvert tout près de cette tour une longue dalle de marbre portant une inscription commémorative d'un voeu fait par le* jeunes gens ou la jennesse de la voie julienne (iïvsstvs tu* ivlu«a*) pour la conservation de» jours de l’empereur Julien; ainsi, la route sur laquelle était placée l’inscription s’appelait la toiqfuUenn» , soit que Julien l’eût fait construire ou seulement réparer.

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selon les lieux. Parmi les monuments de ce genre les plus importants, on peut citer les pyramides de Pirelonge et d’Ebuon, en Saintonge, et celle de Saint-Mars, en Touraine.

La tour de Pirlonge , située à 3 lieues au sudouest de Saintes, est massive; construite en moellon, et haute de ^4 pieds ; sa base, carrée, a 18 pieds sur chaque face et son couronnement offre la forme d’un cone.il est composé de sept assises de grosses pierres de taille dont la surface est couverte de rainures figurant des compartiments symétriques (i).

La tour d’Ebuon est à !\ lieues au sud-est de Saintes , sur l’ancien chemin de cette ville à Poitiers , auprès d’une commune dont elle a pris le nom. E*le oifre beaucoup de rapports avec la précédente, mais son élévation est moins grande ; c’est une masse bâtie en moellon , ayant à peu près 5o pieds d 'élévation, de forme carrée , et dont la largeur sur chaque face est de 18 pieds ; elle est terminée par une toiture conique également construite en moellon.

(i) Voyez l’onrrage de M. de Crazannes, sur la Saintonge: — La Sauvagère , recueil d'antiquités ; — Bourignon, Antiquités de Saintes.

Les pierri s de taille ^i formaient la cape on le toit de celte tonr , étaient liées l’une * l’autre par un tenon et nne mortaise.

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L’opinion vulgaire fait de la tour d'Ebuon, de celle de Pirelonge et de quelques autres des espèces de phares ou de fanaux. Mais elle ne saurait être admise, puisque la plupart de ces constructions sont massives et ne présentent point d’escalier qui conduise à leur sommet.

La pile Saint-Mars, décrite par La Sauvagère, et par plusieurs autres savants, a été de nouveau observée par M. de La Saussaye , de Blois ; voici la description qu’il en donne dans un mémoire inédit fort intéressant qu’il a bien voulu me communiquer.

« La pile Saint-Mars, située à quatre lieues de Tours , le long du coteau qui borde la rive droite de la Loire, est un pilier quadrangulaire de ag mètres environ de hauteur, y compris la cape pyramidale qui le termine (ou 89 pieds),* et de 4 mètres de largeur ( près de ia pieds 4 pouces ) sur chaque face , à partir du socle , qui va en s’élargissant jusqu’à sa base, où il y a 5 mètres 16 cent (x5 pieds 10 pouces i/a environ). La pile était surmontée par 5 piliers également carrés, de trois mètres a5 cent, de hauteur (10 pieds), quatre desquels situés aux quatre angles subsistent encore. Le cinquième , placé sur le sommet de la cape , a été renversé par un ouragan , en 1751.

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« Cet édifice est presqu’entièrement construit en larges briques de la plus belle fabrication. Les chapiteaux des petits piliers sont en pierres de tufeau, ainsi que les consoles qui soutiennent l’entablement, distribuées par 8 sur chaque face , celles des angles comptant pour les deux côtés. La Sauvagère , qui avait vu 4 consoles presque entières, nous apprend qu’on y reconnaissait des têtes sculptées. Maintenant , à l’exception de celles qui se trouvent aux deux angles de la face méridionale, et qui font encore saillie, toutes sont cassées au niveau du pied droit de la pile. On avait cru long-temps que cet édifice était entièrement composé de briques; mais à l’aide d’une excavation pratiquée anciennement un peu au-dessus du socle, du côté du nord , on peut s’assurer que l’épaisseur du massif de briques n’est que de i mètre 16 cent, (près de 3 pieds 7 pouces), et que le noyau de la pile , ayant \ mètre 68 cent. ( un peu plus de 5 pieds a pouces ) carrés, est formé par des morceaux de tufeau noyés dans le mortier. La longueur des briques est de 34 centimètres ( 1 pied 7 lignes environ ) ; la largeur, de a3 cent. r/a (8 pouces 8 lignes), et l’épaisseur , de 4 centimètres ( presque 1 pouce j/ a). Elles sont posées par assises avec une régularité et un aplomb admirables , tant sur

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les parements que sur les arrêtes des encoignures. Elles s’entrelacent les unes aux autres de manière que les milieux se rencontrent sur des joints montants, et les intervalles des encoignures sont remplis par des briques posées alternativement en boutisse et en liaison. Les joints ont à peu près 3 centimètres i/a d’épaisseur, et sont faits d’un excellent mortier mêlé de brique pilée, qui a acquis la dureté delà, pierre (1). »-

Il ne reste plus, à ma connaissance, en Normandie , aucuns débris des pyramides qui sans doute existaient le long de quelques routes, sous la domination romaine , mais de nouvelles recherches ne seront peut-être pas infructueuses^). Le nom d’une des stations mentionnées par la table de Peutinger dans la Haute-Normandie, Petrumviaco , paraîtrait avoir tiré son origine de la présence d’un monument semblable , consacré à Mercure ; on sait en effet que viacus était un des surnoms de ce dieu des routes (3).

(1) M. de U Sat1ss.T7p.dont nous Tenons de citer la description, regarde la Pile-St.-Mar« , comme lin monument éleré an Dieu de la guerre, en mémoire de quelque bataille importante.

(») Peut être faudra t-il surtout obterrer certaines localités qui te nomment aujourd’hui ta Plie.

(3) Lea passants ou les toyageurs déposaient des pierres an

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