CHAPITRE VIII
Ou (oin que les Romains apportaient dans le choix des lieux où ils établissaient leurs campements. — Aperçu de l’organisation des légions et de leur discipline, — Ordre et arrangement des troupes dans les camps. — Considérations sur les changements survenus dans les troupes romaines sous les empereurs et surtout au IV*. siècle. Description de plusieurs camps présumes de l’époque romaine observés en Normandie: ils sont tous sur des points élevés. — Inductions tirées de la position, du nombre et la distribution géographique de ces monuments , pour déterminer l’époque à laquelle la plupart d’entr’eux ont été e'tablis.
J’ai maintenant à vous entretenir des monuments militaires élevés sous la domination romaine et à vous faire connaître les caractères qui distinguent les enceintes retranchées de cette époque.
Les Romains apportaient beaucoup de soin dans les choix des lieux où ils établissaient un camp , et ils observaient des règles que Polybe^ Hygin, Végèce et plusieurs autres auteurs nous ont transmises.
« En quelque lieu que les Romains portent la guerre, dit l’historien Flavien Josephe, ils nesauraientêtre surpris par un soudain effort de leurs ennemis, parce qu’avant de pouvoir être attaqués , ils fortifient leur camp , non pas confusément ni légèrement , mais d’une forme quadrangulaire; et si la terre est inégale, ils l’applanissent : car ils mènent toujours avec eux un grand nombre de forgerons et d’autres artisans pour ne manquer de rien de ce qui est nécessaire à la fortification. Le dedans de leur camp est séparé par quartiers où l’on fait les logemens des. officiers et des soldats. On prendrait la face du dehors pour les murailles d’une ville, parce qu’ils y élèvent des tours également distantes, dans les intervalles desquelles ils posent des machines propres à lancer des pierres et des traits. Ce campa quatre portes fort larges, afin que les hommes et les chevaux puissent y entrer et en sortir facilement. Le dedans est divisé par rues , au milieu desquelles sont les logemens des chefs, un prétoire fait en forme de Temple, un marché, des boutiques d’artisans , et des tribunaux où les principaux officiers jugent les différents qui s'élèvent. Ainsi l’on prendrait ce camp pour une ville faite en un moment, tant le grand nombre de ceux qui y travaillent et leur longue expérieuce le mettent
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en cet état plutôt qu’on ne le saurait croire : et si l’on juge qu’il en soit besoin , on l’environne d’un retranchement de quatre coudées de largeur et d’une profondeur égale. »
« Les soldats avec leurs armes toujours près d’eux vivent ensemble en fort bon ordre et en bonne intelligence. Ils vont par escouades au bois, à l’eau, au fourrage, et mangent tous ensemble sans qu’il leur soit permis de manger séparément. Le son de la trompette leur fait connaître quand ils doivent dormir, s’éveiller, et entrer en garde , toutes choses étant si exactement réglées que rien ne se fait qu’avec ordre. Les soldats vont le matin saluer leurs Capitaines : les Capitaines vont saluer leurs Tribuns; et les Tribuns et les Capitaines vont tons ensemble saluer celui qui commande en chef. Alors il leur donnele motet tous les ordres nécessaires, pour les porter h leurs inférieurs , afin que personne n’ignore la manière dont il doit combattre, soit qu’il faille faire des sorties, ou se retirer dans le camp. Quand il faut décamper, le premier son de trompette le fait connaître, et aussitôt iis plient les tentes et se préparent à partir. Quand la trompette sonne une seconde fois, ils chargent tous leur bagage , attendent , pour partir, un troisième signal , comme l’on ferait dans une course de chevaux , et mettent le feu
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dans leur camp , tant parce qu’il est facile d’en refaire un autre , que pour empêcher les ennemis de s’en pouvoir servir. Quand la trompette sonne pour la troisième fois, tout marche; et afin que chacun aille en son rang , on ne souffre que personne demeure derrière. Alors un Héraut qui est au coté droit du général leur demande par trois fois s’ils sont prêts à combattre ; à quoi ils répondent autant de fois à haute voix et d’un ton qui témoigne leur joie, qu’ils sont tout prêts. Ils préviennent même souvent le Héraut en faisant connaître par leurs cris et en levant lès mains en haut qu’ils ne respirent que la guerre. Ils marchent ensuite dans le même ordre que s’ils avaient l’ennemi en tête sans rompre jamais leurs rangs. » (1)
Les Romains faisaient grand cas de la proximité des rivières qui fournissaient l'eau dont ils avaient besoin, en même temps qu’elles défendaient l’accès du camp. Ils se plaçaient ordinairement sur un terrain en pente douce exposé au midi , afin de profiter de la chaleur du soleil qui leur était si utile en hiver; ils cherchaient à réunir aux avantages précédents celui de dominer sur les contrées voisines et se
(1) Traduction d'Aruauld d’Andilly.
D ANTIQUITÉS WON tl MENTALES.
plaçaient sur des points très- élevés d’où la vue pouvait découvrir un vaste horizon. Les camps romains étaient habituellement carrés ou oblongs ayant quelquefois leurs angles arrondis. Lorsqu’il y a eu dérogation à cette règle, c’estque la configuration des éminences sur lesquelles les camps étaient assis ou d’autres circonstances naturelles ont fait sacrifier la régularité à la force.
Les campsétaientde plusieurs espèces. On appelait castra stativa ou stations, les camps fixes qui servaient de retraite à des troupes permanentes préposées à la garde du pays; ils ont souvent donné naissance à des villes ou à des bourgades.
Les enceintes fortifiées dans lesquelles les troupes passaient leurs quartiers d’hiver s’appelaient castra hiberna : ils sont aussi devenus quelquefois des stations, et par suite des villes romaines.
Les castra cestiva , ou camps temporaires , étaient fortifiés avec moins de soin que les camps d’hiver, et n’ont dû servir que pendant un temp assez court.
Il est bon, je crois, de rappeler en peu de mots quelle était l’organisation des légions romaines et quel ordre elles observaient dans le campement du temps de Polvbe.
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Une légion se divisait en io cohortes, une cohorte en 3 manipules et un manipule en deux centuries. Ainsi l’on comptait trente manipules et soixante centuries dans une légion qui aurait été conséquemment composée de 6,000 hommes, noncomprislesauxiliaires, si les centuries eussent été de ioo hommes chacune : mais souvent elles n’étaient que de 6o, et du temps dePolybe, une légion se composait de 4,200 hommes. Les corps d’auxiliaires étaient aussi considérables que ceux de la légion.
Il y avait dans la légion plusieurs espèces de fantassins.
Les hastati ou hastaires , jeunes soldats à la fleur de l’âge , formaient la première ligne de l’armée.
Les principes dans la force de l’âge ( in media cetate) portaient des armes qui différaient un peu de celles des hastati : ils occupaient la seconde ligne.
La troisième ligne était formée parles triarii dontl’armure différait encore de celle des pria - Cijpejetqui n’étaient qu’au nombre de 6oo.
Avant Marius qui apporta plusieurs changements dans l’organisation des troupes, il y avait une quatrième classe de fantassins armés à la légère , nommés V eûtes , qui n’avaient pas de rang déterminé, mais qui fortifiaient au besoin
d'antiquités monumentales.
les pelotons en se plaçant dans les intervalles qui régnaient entre eux : ils avaient pour armes l’arc ou la fronde et des javelots.
Un corps de cavalerie de 3oo hommes appelé aîa était attaché à chaque légion ; on le divisait en io compagnies de 3o hommes, turmæ , et chaque compagnie se divisait ellemême en trois décuries.
La cavalerie des alliés était de beaucoup plus nombreuse et se composait d’environ 900 hommes.
Officiers. Les officiers supérieurs de la légion étaient les tribuns au nombre de six du temps de Polybe(ij.
A cette époque la cohorte légionnaire n’avait pas de commandant particulier. Le capitaine de la première centurie de chaque cohorte commandait la cohorte entière. Cet usage subsista jusqu’au temps d’Adrien , que les cohortes eurent des tribuns particuliers.
Le capitaine delà première centurie de chaque manipule commandait cette division ; il prenait
(1) Les tribuns portaient U petite épie nommée Parasonium et l’anneau d’or, tandis que les soldats n’en avaient que de fer. Dans la suite, sousValérien.ila portèrent des tuniques rouges, des casaques en forme de manteau, des agraffes de vermeil, un baudrier d'eto.'fe d’argent brodé en er , un brasselet pesant ; onces , un collier d’une livre, un casque doré, un bouclier incrusté de dorures, etc.
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la dénomination de prior centurio et agissait de concert avec le capitaine de la seconde compagnie , posterior centurio (i).
Le centurion était donc le premier des officiers subalternes immédiatement au-dessousdes tribuns. Il choisissait deux officiers, un lieutenant et un porte-étendard.
Les troupes alliées étaient divisées en cohortes comme les troupes légionnaires, et les cohortes étaient commandées par des préfets qui avaient la même autorité que les tribuns.
Enseignes. L’enseigne générale de la légion était l’aigle. Elle était portée sur une perche qui se terminait en plateau et n’était chargée d’aucun ornement.
Lescohortesavaientpour enseigne ( vexiilum ) une pique soutenant parle haut une traverse à laquelle était attachée une pièce d’étoffe de deux ou trois pieds carrés; lesvexilles des cohortes étaient ornés de broderies d’or, et l’on y inscrivait le nom de la légion et le nombre de la cohorte (a). Dans la suite ou substitua l’image d’un dragon aux vexilles.
(1) Le Beau, seizième mémoire sur la légion romaine, tome XXXVII de l’académie royale des inscriptions et belles-lettres (a)LeBeau,XlV*. mémoire sur la légion romaine; tome XXXV de l’académie des inscriptions.
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Les centuries avaient aussi leurs enseignes, signa ; la pique qui en faisait le soutien pouvait avoir 6 a 7 pieds de hauteur. Elle était tantôt surmontée d’une main droite, symbole de la fidelité , tantôt d’une couronne ou d’une figure de divinité, etc. , etc. Le bois de la pique depuis le sommet jusqu’à la moitié au moins de sa longueur était garni de divers ornements : c’étaient de petits boucliers de diverses formes, des croissants, des demi-globesoudesglobesapplatis de métal taillés en écailles, des tablettes propres à porter des inscriptions , des traverses avec des festons pendants , de petites figures d’édifices , des génies , des têtes d’animaux , etc. , etc.
Les porte-enseignes d’une légion formaient un corps qui était distingué par différents grades ; leur habillement ressemblait à celui des officiers ; ils étaient coiffés d’une tête de lion ou d’ours dont la peau leur couvrait le dos et dont les pâtes de devant venaient s’attacher au-dessous du cou ( pl. XII ).
L’aigle de la légion était confiée au centurion de la première centurie du premier manipule des triaires, qui s’appelait centurio primipili et qui avait un rang plus élevé que tous les autres.
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Armes. Les troupes romaines avaient pour armes défensives: i°. un casque en cuivre ou en fer; a0, un bouclier ordinairement oblong ( scutum ) de quatre pieds sur deux, fait en bois, joint par de légères bandes de fei et recouvert de cuir, quelquefois rond et plus petit; 3°. une cotte de mailles ( lorica )assez souvent en cuir et rèvetue de plaques de fer en forme d 'écailles, ou d’anneaux du même métal ; au lieu de celte cotte de maille elles portaient parfois une cuirasse en airain.
Les armes offensives étaient: i°, l’épée tranchante des deux côtés et pouvant servir d’estoc et de taille , et le parazonium , petite épée beaucoup plus courte qui était suspendue du côté opposé à la grande épée: a°. le javelot ,pilum, la plus redoutable des armes de jet et dont faisaient usage les soldats pesamment armés; 3°. les flèches, la fronde, etc. Ces armes étaient d’abord exclusivement maniées par les auxiliaires; dans la suite les troupes qui en faisaient usage devinrent très-communes et au temps de Yégèce elles formaient la moitié de l’armée. (1)
Habillement. L’habit militaire porté par les
(1) V. L« Beau , vingtième mémoire sur la légion romaine, tome XXIX de l’académie dei intcriptions.
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officiers et par les soldats s’appelait sagum et aussi chlamys : c’était une espèce de manteau ouvert que l’on mettait par dessus les autres vêtements , et qu’on attachait avec une agrafe. On nommait aussi chlamys ou paludamentum le manteau du général qui était de couleur écarlate et brodé de pourpre (i).
Je passe rapidement sur tous ces détails que vous trouverez consignés fort au long dans plusieurs ouvrages, notamment dans les mémoires de Le Beau sur la légion romaine. L’esquisse que voici (voyez pl. XIIe) d’un des bas-reliefs sculptés sur la colonne trajane vous fera comprendre le peu que j’ai dit des armes des troupes romaines et de leur costume.
Ce bas-relief représente le passage de l’Ister ou du Danube sur un pont de bateaux, par un corps de troupes de l’armée de Trajan lors de sa première expédition en Dacie.
Le préfet ou tribun de la cohorte est figuré à l’extrémité du pont, au moment où il se retourne pour donner des ordres à ses soldats; il tient à la main gauche un rouleau (a); »
(i) Les principaux officiers portaient aussi quelquefois le pahirlamtntum écarlate. V. antiquités romaines par A. Adam.
(a) Probablement 1e rôle militaire ou la liste des soldats.
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il porte le baudrier et l’épée courte attachée à gauche. Sa poitrine est couverte d’une cuirasse, et par-dessus son armure on distingue le paludamenturn laticlavum -, vêtement militaire d’honneur.
A sa droite marche le porte-etendard de la
légion avec l’aigle.Cetteaigle était ordinairement
en cuivre fondu doré; on suspendait souvent à son cou une bulle d’or , petite capsule contenant habituellement quelqu’amulette et qui fut dans l’origine portée par les généraux dans les pompes triomphales.
Vous voyez ensuite les deux vexillaires ou enseignes du manipule, tenant leurs étendards. Ces„étendards sont de la même forme et terminés l’un et l’autre par une main ; ils présentent dans les ornements qui garnissent le manche, quelques différences propres à les faire distinguer l’un de l’autre. Ces vexillaires sont coiffés avec des peaux de lion tombant sur le cou et les épaules , et dont la tête forme une espèce de bonnet.
Immédiatement après , vient le vexillaire des cavaliers de la cohorte avec son drapeau , petite bannière en étoffe sur laquelle le nom de l’empereur était ordinairement brodé en lettres
d'antiquités, monumentales. 3oi
d’or. Ce porte-étendard n’a , de même que celui qui tient l’aigle de la légion, ni casque, ni bonnet de peau de lion.
Un peu à gauche du ier vexillaire de la cohorte on remarque un personnage portant, au bout d’un long bâton , une lanterne destinée à éclairer la marche du manipule pendant la nuit.
Vous distinguez en avant de ce fanal un vexillaire dont l’enseigne est différente de celles que nous avons examinées; mais il appartient à un autre détachement de soldats dont on verrait le développement si notre esquisse comprenait dans son entier le bas-relief de la colonne trajane (i).
Après les officiers que nous venons de mentionner marchentles soldats-légionnaires rangés deux à deux, ayant leur casque attaché sur la poitrine, du côté droit ; et l’épée suspendue à droite. Leur bouclier est oblong et convexe (a), orné extérieurement de diverses figures.
(s) La différence qui eiiste entre Je niveau du bateau qui supporte ce personnage et ceux qui servent de pont au détachement que nous examinons , indique assez que le vexillaire dont nous parlons passait avec son manipule sur une ligne de bateaux parallèle à celle qui est représentée sur le premier plan.
(a) On plaçait ordinairement des dards et différent» objets dans la partie creuse du bouclier.
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Au bout de leur lance ils portent un paquet carré, un petit sac de pain ou de bled, un autre rempli de petits morceaux de viande sècbe ou salée, un cruchon de vin ou de vinaigre, une petite plaque percée de trous pour cuire ou griller les aliments et une cuiller en fer. Tous ces bagages pesaient quelquefois 60 livres.
Polybe et Hygin donnent des détails trèscirconstanciés sur la castramétatiou romaine ; ils indiquent l’ordre et la disposition des différents cor p de troupes , combien d'espace occupaient les pelotons; quelle était la dimension des tentes. Je vais mettre sous vos yeux le plan d’un grand camp consulaire comme on le faisait du temps de Polybe (V. la pl. XXXIe, fig. ire ). Il devait contenir deux légions avec leurs auxiliaires qui composaient un total de *9,aoo hommes.
Le camp était carré et percé de portes sur les quatre côtés. La porte qui faisait face au prétoire s’appelait porte Prétorienne ; celle qui e'tait directement opposée à la précédente était la porte Décumane , ainsi nommée parce que dix soldats pouvaient y passer de front; les deux autres sur le côté droit et le côté gauche étaient les portes principales . La porte prétorienne devait toujours faire face à l’ennemi, et
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l’on plaçait la porte décumane sur le côté le plus élevé, afin que le camp fût tourné vers le terrain inférieur et qu’il dominât l’ennemi.
La plus grande rue traversait le camp d’un bout à l’autre dans le sens de la largeur: elle passait devant le prétoire et s’appelait via principalis ou principia. Elle ne partageait pas le camp en deux parties égales, mais elleétait plus rapprochée de la porte Prétorienne que de la porte Décumane; elle était nivelée avec un grand soin. D’un côté de cette grande allée étaient d’abord rangées les tentes des douze tribuns régulièrement espacées et plus loin celles des 12 préfets des troupes auxiliaires. Ces tentes se trouvaient ainsi dans l’ordre que devaient tenir les officiers qui les occupaient, lorsque l’armée était en bataille. Une autre rue se dirigeait en ligne droite à partir du Prétoire, et accédait à la porte Décumane: elle avait 60 pieds de largeur.La cavalerie (pl. XXXI, lettre H)était placée sur le bord de cette rue; celle de la plus ancienne légion à droite et celle de la moins ancienne à gauche. Chaque troupe occupait une espace de ioo pieds en carré le long delà rue, et chaque peloton de fantassins ( les Triarii ) qui était directement derrière la cavalerie (I) avait, également 100 pieds d’espace pour son campe-
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ment, à partir de la principale rue ; mais seulement 5o pieds dans lesensde la largeur du camp- Ce corps de fantassins était moitié moins nombreux que les autres.
A droite et à gauche des triarii campés derrière la cavalerie de leurs légions respectives ( fig. Ire ) étaient des rues de 5o pieds de largeur qui partaient de la voie principale placée devant les tentes des tribuns, et allaient rendre à l’extrémité du camp. Le long de ces rues étaient rangés les soldats principes (R) , moitié plus nombreux que les triarii et qui occupaient un espace de 100 pieds en longueur et en largeur. Au-delà des principes on voyait les hastati (L), dont le nombre était lé même et qui occupaient la même étendue. Cette dernière division de l’armée faisait face à deux autres rues larges de ào pieds et parallèles à celle qui séparait les triarii des hastati.
Au-delà des routes précédentes était campée la cavalerie des alliés (M) qui était deux fois plus nombreuse que la cavalerie romaine, mais comme le tiers de cette cavalerie était stationnée près du Prétoire, il ne restait sur chaque eûté du camp, que 600 chevaux auxiliaires, qui paraissent avoir été disposés par doubles pelotons occupant environ un espace de aoo pieds chacun.
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L’infanterie alliée (N) était placée tout près de la cavalerie tournée vers le rempart; elle était aussi considérable que l’infanterie romaine ; comme il y en avait une partie qui était campée près du Prétoire (R) , chaque détachement occupait un espace de 200 pieds sur la largeur et 100 pieds sur la longueur, ce qui fait juste l’équivalant de l’espace occupé par les hastati et les principes. (V. la fig. Ite., pi. XXXIe.)
D’après ce qui précède, les deux rangs de pelotons, qui dans les légions romaines remplissaient l’intervalle compris entre les rues, étaient placés dos à dos afin de faire face aux rues, excepté ceux qui terminaient les lignes et qui étaient formés de manière à faire face les unes aux rem-
parts , les autres à la voie principale.
Les centurions étaient à la tête de leurs compagnies, et leurs tentes faisaient face aux rues.
Telle était la disposition des troupes dans toute la partie placée entre les tentes des tribuns et la porte Décumane ; il me reste à parler de la distribution des troupes placées éntre ces mêmes tentes et la porte Prétorienne.
Il résulte clairement de la description de Polybe qu’entre le Prétoire et lestentesdes tribuns, il y avait une allée qui traversait le camp paral-
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lèlement à la voie principale.On ménageait aussi de chaque côté du Prétoire des espaces dont l’un était appelé le marché ou Forum , et dont l’autre était réservé au questeur ; c’était là que se trouvaient les magasins d’armes d’habits et de provisions (i).
A droite et à gauche des places publiques étaient cantonnés les cavaliers d’élite des auxiliaires ( O O) qui formaient la garde du général. Plus loin se trouvaient les evocati (PP) ou vétérans fantassins.
Une allée droite à partir du centre du prétoire se dirigeait vers la porte prétorienne. Sur les côtés de cette voie se trouvaient la cavalerie supplémentaire alliée (QQ )extraordinarii équités et ensuite , c’est-à-dire placés près du retranchement , l'infanterie supplémentaire du même corps d’armée (extraordinarii pedites ) (R R). T,es stations de ce corps étaient par conséquent en avant du camp , et l’espace qui restait adroite et à gauche(SS) servait à loger les étrangers ou les renforts qui se réunissaient à l’armée.
Entre les tentes et les retranchements il y avait un espace de aoo pieds nommé via singularis
qui servait non seulement à faciliter aux légions
(») Ou y (eotikil aua.iU juitic*.
d’antiquités MONUMENTALES. 307
l’accès du rempart , mais encore à placer les troupeaux, le butin et tout ce qui était pris sur l’ennemi. Cet espace empêchait aussi les soldats d'être incommodés dans leurs tentes par les traits et le feu que les assaillants auraient pu lancer par dessus les remparts»
Relativement aux détails de campement, il paraît , d’après un fragment d’Hygin qui a beaucoup servi à expliquer plusieurs circonstances de la castramétation , que chaque tente occupait un espace de 10 pieds sur tous sens avec un pied de vide autour pour planter les piquets y on ajoutait à chacune un espace de 5 pieds pour déposer les armes (i). Huit ou dix hommes logeaient ordinairement sous chaque tente sous la surveillanced’un doyen, decanus'.
Des piquets de soldats se relevaient successivement de trois heures en trois heures près des tentes du général et du questeur, et quatre soldats, deux en arrière et deux en avant, montaient la garde autour de la tente de chaque tribun. Les tentes des préfets étaient gardées de même par des soldats alliés. Les retranchements
et dix soldats se tenaient aux portes , pour ga-
(i) La profondeur ajoutée aux (entes pour les cbesaux tfea cavaiicn, était de 9 pieds.
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rantir d’ane alerte. Des soldats désignés par les officiers faisaient la ronde pendant la nuit.
Enfin le travail du campement était partagé parles troupes auxiliaires et les légions. Les premièresse chargeaient des côtés droit et gauche qui longeaient les ailes; les deux autres côtés étaient départis aux légions romaines. Les centurions ordonnaient les campements deleurs compagnies. Dans la suite il y eut un officier spécialement chargé de diriger tous ces travaux.
Tel était l'ordre des camps romains les plus anciens. Sous les empereurs on fit dans l’organisation des troupes de grands changements qui en entraînèrent de très-notables dans la castramétation. *
En effet* lorsque les alliés furent considérés comme citoyens Romains , il y eut fusion entre eux et les soldats légionnaires.
Au lieu de se composer de a légions comme l’armée consulaire, une armée impériale se composait d’ailleurs de trois légions, ce qui obligeait de diviser eu trois parties les camps du ier ordre et d’en modifier la forme.
Malheureusement Hygin, qui vivait sous les empereurs Hadrien etTrajan, est loin de nous fournir des détailsaussi précis que Polybe; il est
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souvent obscur, et demanderait de longs commentaires. Encore le fragment qui traite de la castramétation romaine nous est-il parvenu mutilé ; les premiers mots de ce qui nous reste prouvent que l’on a perdu tout ce qui traitait de l’organisation des cohortes : « nunc papi- « lionum tensionem cohortium super scripta- « rum ostendemus. — Nous allons maintenant « parler de la manière dont les cohortes que « nous avons décrites élevaient leurs tentes. »
Le camp d'Hygin , au lieu d’être carré comine celui de Polybe, était d’un tiers plus long que large (1); les angles ou encoignures en étaient arrondis. Le fossé avait six pieds d’ouverture et trois pieds de profondeur. Le rempart était haut de six pieds et large de huit (a).
Hygin fixe la longueur du camp impérial à a,4oo pas et la largeur à 1,600; lorsque le camp était plus long , il prenait le nom de Classica castra , parce que le signal ordinaire donné par la trompette devant le prétoire pouvait difficilement être entendu à la porte dé-
(1) Castra in quantum fitri potest tertiata esse debebant ut lata duos, très tint partes lunga.
(1) D’après Hygin, la position la meilleure pour l’établissement d’un camp était un terrain s'élevant en pente douce. 11 met au second rang le terrain de plaine , au troisième celui d'une hauteur , et le tenain montagneux au quatrième.
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