‹ Cours d'antiquités monumentales professé à CaenChapitre 29 sur 44 · CLOAQUES · texte numérisé non relu

CLOAQUES

3’ai maintenant à dire un mot des cloaques

0)Rapport analytique sur la description des ruttacs romaines du Vleil'Efreus, par M. Roger.— Tome IV*. des Mémoires de ta Société des Antiiuiaircs de Normandie.

Digilized by GoogI

ai6

COÜRS

OU égouts , autres aqueducs souterrains, destines à recevoir les eaux sales ou les immondices.

A 'Rome , ces cloaques , dont les grands égopts de Paris peuvent donner une idée* s'étendaient sous toute la ville , et se subdivisaient en plusieurs branches qui se déchargeaient dans le Tibre. Le principal égout, avec lequel les autres communiquaient, était appelé cloaca maxima. Il avait de hautes voûtes bâties trèssolidement, sous lesquelles on allait en bateau ; ce qui a fait dire à Pline que la ville était suspendue en l'air , et que l'on naviguait sous les maisons.

Les voûtes des cloaques soutenaient les pavés des rues; il y avait d'espace en espace des trous par où l’on jetait les immondices , afin que la ville fût toujours nette et propre. La quantité incroyable d’eau qu’apportait à Rome le grand nombre d’aquéducs qui se déchargeaient dans les cloaques , jointe à d’autres ruisseaui , qu’on y amenait exprès , faisait que rien n’y séjournait trop long-temps , et que tout était emporté promptement dans le Tibre (i).

Le gra^id égout de Rome cloaca maxima

(I) Hontfaucon , Aotiquité expliquée, t. IV.

d’antiquités monumentales. ai7

avait étë bâti par Tarquin l’Ancien (i)-. Mais Agrippa , auquel on en devait plusieurs autres, l’avait beaucoup amélioré : ce fut lui qui y fit conduire l’eau de tous les aquéducs de la ville, et de plusieurs ruisseaux. -

La 'plupart des villés gallo-romaines avaient des cloaques, mais tous n’étaient pas sans doute comparables à ceux de la ville de Rome. Cependant le même principe dut présider à leur établissement. Des canaux principaux plus considérables que les autres , conduisaient dans lé fleuve voisin , lorsque les villes étaient sur le bord d’un fleuve , les immondices qu’ils recevaient des rues sous lesquelles ils passaient etdes canaux secondaires ou embranchements , qui venaient aboutir aux grandes voûtes.

— Nimes était pourvu de canaux souterraii}s pour l’écoulement des eaux ; et dernièrement M. Pelet a bien voulu m’informer de la découverte qui a été faite de ces cloaques , audessous du pavé antique d’une des rues de lacité romaine. Ce cariai souterrain était semicirculaire , construit avec beaucoup de soin , en moellons taillés en voussoirs de 4o centimètres de haut. 11 avait 7 pieds environ de largeur ,

(I) Tite-Li»e , 1—8.

COURS

sur 4 pieds i.p de hauteur; le pavé de lame qui recouvrait la voûte- , était construit en grandes dalles longues de 9 pieds , larges d’environ 3 pieds et épaisses d’un pied. Ces pierres étaient généralement taillées en forme de trapèze , et juçtarposées , de ’ manière à ne permettre, aucune infiltration à travers leurs joints.

Les dépenses qu’avait néce^tées un pareil pavé , dit M. Pelet , le soin avec lequel il avait été construit, sa direction perpendiculaire à la façade de la Porte d’Auguste , et son niveau correspondant au seuil ancien de cette Porte , ne pouvaient laisser aucun doute sur sa destination primitive ;^c’ était évidemment le pavé de la principale rue de la ville antique , aboutissant peut-être ati Forum , qui se trouve situé sur le prolongement de son axe (i)..

— A Arles, on a découvert en 1 81 7 un cloaque de 12 pieds environ de largeur, solidement construit , ayant des voûtes d’une grande épaisseur . en pierres de taille , conséquemment

(1) V «Ote de M. Pelet sur l’égout trouté à Nîmes en ré» parant le canal de l’Agau. — On découvrit dei traces asse> profondes de roues sur les dalles de ce pavé-: l'éloignement de cis ornières était de I mètre 47, à partir du milieu de chacune d'elles.

Digiiized by Gocjgle

d'antiquités monumentales. 219

d’une force très-grande , percées de place en place pour recevoir les immondices.

Ce canal souterrain a été exploré dans une étendue de près de 200 pieds.

Dès l’année 1777 , on avait découvert un canal d’égout , semblable au précédent quant aux dimensions , et qui en différait seulement en ce qu’il était* entièrement construit en briqués. La voûte était également percée de trous à différents intervalles , pour recevoir les eaux et les immondices des rues.

■ Plusieurs autres canaux plus petits (dienviron 3 pieds de largeur) , et qui vraisemblablement venaient dégorger dans les égouts principaux , ont été aussi reconnus à plusieurs reprises dans la ville d’Arles, dont l’importance était trèsgrande sous la domination romaine (i). •

— A Vienne , il y avait un grand nombre de cloaques ou d’égouts ; chaque quartier avait les siens : la plupart se déchargeaient dans le Rhône ; quelques-uns portaient leurs eaux et leurs immondices dans la Gère. Très-souvent on en découvre de nouveaux dont on ne soupçonnait pas l’existence (2).

(I) V. mémoire sur les cloaques d’Arles, par M. Vérau, dans le tome VII de la Soc. des Antiquaires de France.

* (2) Aperçu des monuraeuls anciens et modernes de Vienne

(Isère), par M. Rey.

COURS

— MM. Artaud et Chénavard , auxquels on doit le beau plan , indiquant • avec tant de précision remplacement et l’étendtie des monuments de LyOn anticpie, ont reconnu la direction des principaux cloaques de cette cité.

— A Yaison i o ou 12 égouts décharçeaient les eaux de la ville dans la rivière (TOuvèse ; un homme pouvait entrer facilement dans chacun d'eUx , mais une charrette aurait passé sans peine dans un autre égout qui traversait l’enclos des Dominicains.

— ^ A Besançon, à Reims, à Metz, à Périgueux( i ) , et dans' un grand nombre d’autres villes (2), on

(I)'A J*érlgiieax , d’apr^ M. de TallI^fer , il y arait des clua<iurs pniir recevoir iea immondices des rues et des habi. tâtions particulières. Ils sont aujourd’hui cachés sous des décoinlices. Un canal a été découvert en 1821 ; il avait 2 pieds de largeur, mais on ne put juger de sa hauteur dans le lieu où rëxcaiation fut faite , parce que les dalles dont il avait été recouvert en guise de voûte avaient été enlevées et que Iea parois avaient perdu une partie de leur hauteur. Ce conduit était du reste construit comme ceux de la plupart desaquéducs souterrains. A Périgueiix , il devait aussi exister des cloaqiiea plus vastes près de la plupart des grands édiHccs publics; l’un de ceux-ci , reconnu près de l’amphithéâtre, a été décrit par M de Tailk'fcr. — F. antiq. de Fésone , l II, p. 88.

(7) M. AIlou rapporte dans sa description des monuments du déparlement de la Haute-Vienne , qu'il existe sous le sol d« Limoges , un grand nombre de conduits souterrains, pour l'écoulement des eaux. Quoique quelques-uns de ces canaux aient été reconnus pour des constructions du moyeu

d’antiquités monumentales. 331

a remarqué des canaux souterrains , qui évidemment ont pu pour but de recevoir les eaux inutiles. Dans la plupart des grandes villes, ces immondices étaient, coûimc nous l’avons dit., charriées dans la rivière voisine. Dans les localités dépourvues d’eau courante , les égouts se rendaient dans des cavités naturelles ou artificielles. On a quelquefois remarqué des puisarts ou trous creusés dans le sol plus ou moins pro-* fondément , pour absorber les eaux des cloaques de petite dimension. Ces trous étaient onlinaircment rcnjpUs de blocs de pierre plus ou moins gros, disposés confusément, mais de manière à laisser entre eux des vides , où l’eau pouvait facilement s’introduire pour Se perdre ensuite dans les terres.

Ce peu de mots suffit pour faire connaître les cloaques qui sont parfois mis à nu dans les villes ou dans les lieux anciennement habités. Ceux que vous rencontrerez le, plus ordinairement, auront des dimensions médiocres (un mètre environ de largeur sur 3 , 3 ou 4 pieds de hauteur). Vous y trouverez absolument le même mode de construction que dans les canaux des aquéducs.-

S|(e , il y a lieu de penser que l’établUscmcnt de plusieurs d’entre eus remonte au temps de la domination romaine.

COURS

Dans les anciennes villes gallo-rotnaines les cloaques sont ertsevclis sous des terres amoncelées qui dérobent à nos regards beaucoup d’autres édifices. Aussi la. plupart sont-ils encore inconnus-, il faudrait des recherches longues et coûteuses pour en déterminer la direction. Les traditions qui se sont transmises dans certaines villes , relativement à l’ existence de cés galeries souterraines , pourraient guider utilement dans la recherche que l’on voudrait en faire.

Page 1