I IT
.:tr^
Ftjjf. 10. Plan de jardin fruitier pour la région de l'olivier.
autre soin ne lui était donné, pas plus qu'aux arbres" forestiers eux-mêmes.
C'est vers le commencement du xvi* siècle, sous François 1«% paraît-il, que la premjère idée vint aux jardiniers de dresser les arbres à fruits, de leur donner une forme, comme nous disons. Quelle fut cette forme? Il ne s'agissait pas, bien entendu, de les appliquer contre les murailles, on n'y songeait pas. On s'évertuait seulement à contourner les branches les unes entre les autres de manière à donner à l'ensemble l'apparence d'un globe, d'une bouteille, d'un vase quelconque. Le sublime du genre était, par exemple, de donner à un groupe d'arbres fruitiers l'aspect d'une meute de chiens poursuivant un cerf. Vous imaginez-vous la satisfaction de l'auteur d'une telle merveille lorsqu'à la chute du jour il contemplait dans la brume les silhouettes fantastiques ici d'un chien, là d'un cerf au galop, ou d'un chasseur à cheval? etc., etc.
Un tel triomphe de l'art était trop merveilleux pour quMi n'eût pas une durée proporlionnée à son mérite. Cette culture originale fit pendant près d'un siècle le bonheur de nos aïeux.
Ce fut sous Louis XIII, au commencement du xvii* siècle, que l'on finit par s'apercevoir que ces beaux arbres, aux formes étonnantes, étaient à peu près stériles, que toutes ces branches enchevêtrées ne permettaient pas l'accès du soleil, et qu'il était nécessaire de donner ap'x arbres une forme permettant l'écartement des branches et une abondante circulation de l'air et de la lumière.
De là l'apparition des pyramides et des entonnoirs ou gobelets. Une meilleure direction fut donnée aux premières branches de l'arbre qui se développaient alors avec toute leur fougue en conservant plus ou moins la direction qu'on voulait leur imprimer; car il ne s'agissait pas encore de les tailler à cette époque.
On peut dire que c'est La Quintinie, jardinier du palais de Versailles, sous Louis XIV, qui fut le véritable fondateur de l'arboriculture rationnelle. Ce fut lui qui, le premier, soumit à la taille les branches des arbres fruitiers, et consjgna, dans des écrits qui tous les jours sont encore consultés avec fruit, les règles qui doivent présider à cette opération. Fondée sur une saine appréciation de la physiologie des plantes, la
pratique de La Quintinie eut des résultats tellement appréciés qu'elle fut l'origine d'une science véritable.
Uo grand nombre de disciples éminents ont complété Tœuvre de ce^ maître, et c'est ainsi que l'arboriculture fruitière est progressivement devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Son utilité. — La culture des arbres fruitiers a pour but d'obtenir d'une surface de terrain déterminée le produit net en argent le plus élevé possible. Les opérations de la taille, appliquées avec inlelligence, concourent à ce résultat de la manière suivante :
1» La taille fait le volume et la valeur des fruits. — Tout le monde sait que les arbres fruitiers cultivés avec soin, mais soustraits à toute espèce de taille, peuvent donner des fruits et même de bons fruits s'ils appartiennent à de bonnes variétés. Ils subiront en cela cette grande loi naturelle, qui veut que chaque être organisé puisse se reproduire, dans de certaines limites, au moyen des graines. Mais il importe peu à la nature que ces graines soient recouvertes d'une enveloppe charnue plus ou moins épaisse. Pour nous, au contraire, cette matière pulpeuse est la partie importante de la plupart des fruits, et nous nous efforçons toujours d'en augmenter la quantité. Pour cela, nous profitons de la faculté qu'ont les fruits d'attirer à eux la sève des racines, comme le font les feuilles, et nous diminuons l'absorption de celles-ci au profit des premiers. Certaines opérations de la taille, telles que le pincement des bourgeons, nous donnent ce résultat. Nous dirigeons ainsi vers les fruits une notable quantité de la sève qui aurait concouru à la formation de tissus ligneux qui nous sont inutiles. Toutefois ces mutilations, pratiquées pendant l'été, ne doivent pas dépasser certaines limites, car les feuilles sont les organes générateurs des couches annuelles de bois, d'écorce et des nouvelles racines indispensables à la circulation de la sève. Le savoir-faire du praticien, en pareil cas, consiste à n'employer à la formation des tissus ligneux que la quantité de sève nécessaire au développement déterminé de la charpente et à l'entretien de la vie annuelle de l'arbre;* tout ce qui reste de fluides séveux doit ensuite tourner au profit des fruits. Une autre opération de la taille, qui contribue aussi à augmenter le volume des fruits, est celle qui consiste à retrandier
chaque année, pendant le repos de la végétation, une certaine longueur des rameaux développés pendant Tété. Il en résulte que, la sève étant restreinte dans des limites d'action plus étroites, chaque fruit est mieux nourri et s'accroît davantage,
2» La taille régularise et augmente la 'production. — Les arbres nonsoumîs à la taille donnent des produits qui, s'ils ne sont pas très-beaux, sont parfois très-abondants. Mais cette abondante fructification est presque toujours soumise à' une intermittence assez régulière : à une année très-fertile succède presque toujours une année de stérilité. Tout le monde sait que cette irrégularité de production tient à ce que, pendant l'année d'abondance, presque toute la sève a été employée au développement des fruits et qu'elle a été insuffisante pour préparer de nouveaux boutons à fleurs pour l'année suivante. Or les opérations de la taille bien conduites ont aussi pour résultat de faire disparaître cette intermittence. Les économies de sève auxquelles donnent lieu la taille d'hiver, les ébourgeonnements et les pincements pendant l'été, permettent à l'arbre de développer suffisamment ses fruits et de préparer la production de l'année suivante. On a donc ainsi une quantité de fleurs à peu près égale chaque année.
3" La taille permet de faire occuper régulièrement à la charpente des arbres tout V espace réservé à chacun d^eux, soit en plein air, soit en espalier, — Et d'abord, sur une grande partie de notre territoire, plusieurs espèces et variétés de nos arbres fruitiers, telles que le pêcher, l'abricotier, certaines sortes de poiriers, la vigne, ne peuvent donner de produits satisfaisants qu'abrités contre des murs convenablement exposés. Ces abris sont coûteux à établir et il faut tâcher de tirer de leur surface tout le produit possible. Il faut pour cela que la charpente des arbres qu'on y palissera soit conduite de telle façon que les branches occupent régulièrement toute l'étendue du mur. Or, si les arbres d'espalier n'étaient pas soumis à la taille, il s'en faudrait de beaucoup que ce résultat soit obtenu. Les nouvelles ramifications tendront à s'éloigner du mur et même à le dépasser, comme le montre la figure 11 ; de sorte qu'une partie notable du produit échappera à l'în-
flueDce bienfaisante de Tabri qu^on voulait lui donner et que la surfece du mur sera très-imparfaitement couverte.
Quant aux arbres cultivés en plein air, si on les soustrait aussi aux opérations de la taille, comme on le fait pour les arbres de verger, ils prendront, pour la plupart, la forme d'arbres à haute tige. Ainsi le jeune arbre est d'abord pourvu de quelques rameaux ;
disposés comme l'indique la figure 12. {
— A mesure qu'il avance en âge, les j
ramifications de la base disparaissent, et la tige, plus ou moins élevée, simple ou
^<9' 11> Poirier en espalier abandonné à lui-même.
Fig. 12. Jeune poirier de deux ans de greffe.
nimifiée, ne porte plus de branches qu'à son sommet, où se forme bientôt une tête volumineuse et de forme arrondie. On sera obligé de planter ces arbres à grande distance les uns des autres, et la quantité de leur produit sera peu en- rapport avec la place qu'ils occupent, car la tête, composée de branobes confuses, ne pourra être pénétrée par la lumière et ne donnera de produit qu'à sa surface. Admettons, au contraire, lu'à l*aide de la taille on donne à ces arbres une autre dispo-
ttO ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.
sition, la forme conique, par exemple, indiquée au chapitre du poirier, que ces cônes, naissant près du sol, présentent un diamètre égal au tiers de leur hauteur, que le développement de leur surface soit semblable à celui de la tête des arbres à haute tige, enfin que les branches soient régulièrement distribuées sur la tige et à des distances telles que la lumière puisse les éclairer sur toute leur longueur, on aura dès lors les résultats suivants : on pourra rapprocher ces arbres beaucoup plus les uns des autres, quoiqu'ils présentent la même surface de développement que ceux à haute tige, et cela par suite de leur forme conique; on pourra donc en placer un plus grand nombre sur la même étendue de terrain. D'un autre côté, leurs branches étant mieux éclairées, chacun d'eux donnera un plus grand nombre de fruits que les arbres de verger. Les arbres soumis à la forme en contre-espalier double en cordons verticaux que nous décrivons plus loin donnent, à cet égard, des résultats bien plus satisfaisants encore que ceux en cône. — Nous pouvons donc conclure de ce qui précède que les opérations de la taille, en modifiant la forme naturelle des arbres, augmentent leur surface productive sans augmenter leur étendue, et permettent ainsi d'obtenir sur le terrain qui les nourrit un produit plus considérable.
Mais nous devons nous élever ici, à propos des formes imposées à la charpente de nos arbres fruitiers, contre une exagération poussée aujourd'hui à ses dernières limites. En voyant le jardin fruitier de certains amateurs, on serait porté à croire que ta taille a pour but de torturer, de contourner les arbres d'une façon plus ou moins bizarre. Beaucoup de ces formes sont certainement ingénieuses, agréables à l'œil, mais on est bien vite convaincu que le temps et les soins à donner pour obtenir de semblables résultats ne sont pas payés par une récolte plus abondante. Le plus souvent on sacrifie ainsi le fond à la forme, et Ton tend à justifier ainsi l'opinion de ceux qui pensent que la taille des arbres est inutile au point de vue du produit. La forme à imposer à la charpente des arbres fruitiers ne doit donc pas être déterminée par le caprice ou la fantaisie. Elle doit avant tout remplir ces deux importantes conditions : exiger le moins de temps et de soins possible pour son exécution et permettre d'accumuler, sur
une étepdue donnée de terrain, le plus grand nombre possible de rameaux fructifères.
4° La taille a pour résultat d'augmenter le produit des arbres en forçant chacune des branches de charpente de se garnir de rameaux à fruits régulièrement distribuas sur toute leur longiteur. — Si, en effet, on laisse chaque branche de charpente s'allonger librement, les rameaux à fruits disparaissent successivement, en commençant par la base, pour s'accumuler
Fig. 13. Pécher en espalier palissô et non taiUé.
aux extrémités. L'arbre peut ainsi occuper un espace assez grand et ne donner de produits que sur une faible étendue de cet espace, La figure 13 montre ce résultat : c'est un pêcher soumis seulement au palissage. Toute la partie comprise entre les deux lignes ponctuées est privée de rameaux à fruits par suite de l'absence de toutes opérations de taille.
La taille augmente encore le produit, en permettant de donner à la charpente une forme telle, qu'il devient facile d'appliquer aux arbres des abris destinés à soustraire les fleurs à l'action des intempéries du printemps, ce qu'il est presque impossible de faire pour ceux qu'on abandonne à eux-mêmes.
Il est bien entendu que lès avantages que nous venons de
signaler résulteront seulement d'une application convenable de la taille. Si cette opération est mal faite, elle pourra produire des effets inverses, elle pourra anéantir la fructification ou empêcher le développement régulier de la charpente. Dans ce cas, il vaudrait mieux laisser les arbres à eux-mêmes^ car alors la production se ferait naturellement. On aurait, il est vrai, les inconvénients des arbres de verger, utie mise à fruit tardive, un produit bisannuel, des fruits ayant moins de valeur ; mais enfin on aurait des fruits, tandis qu'en taillant mal, on e:xpose les arbres à une stérilité plus ou moins complète.
5° La taille abrège la vie des arbres, — - L'argument principal invoqué contre la taille, c'est que cette opération abrège la durée des arbres. Ce reproche est mérité. Il est certain que les suppressions faites chaque année, lors de la taille d'hiver, et surtout celles pratiquées sur les bourgeons pendant la végétation, ont pour résultat de nuire beaucoup à la bonne constitution des organes destinés à l'entretien annuel de la vie de l'arbre. Par suite de ces mutilations, les couches ligneuses, les couches du liber sont Imparfaitement constituées. Les nouvelles racines peuvent à peine s'allonger dans une zone de terre qui n'ait pas été épuisée par la végétation des années précédentes. Cette cause de souffrance augmente chaque année, et les signes d,e décrépitude se montrent longtemps avant l'époque où, toutes choses égales d'ailleurs, ils apparaissent dans les arbres abandonnés à eux-mêmes. Ainsi, si un poirier soumis à une taille convenable peut vivre pendant quarante ans, la même variété, placée dans les mêmes conditions, mais soustraite à cette opération, prolongera -son existence pendant soixante-dix ans.
Est-ce à dire que l'on doit renoncer à la taille ? Nous ne le pensons pas, car cette opération nous laisse les avantages suivants : 1<> à surface de terrain égale, nous avons un plus grand nombre de rameaux fructifères et, par conséquent, une plus grande quantité de fruits. Mais, en supposant que la quantité de fruits obtenus chaque année ne dépassât pas ceux des arbres de verger, l'avantage resterait encore aux arbres taillés, quoiqu'ils vivent moins longtemps que les autres. En effet, le poirier de verger, pouvant vivre soixante-dix ans, ne commencera à donner son produit maximum qu'au moment où
sa charpente sera complètement développée, vers l'âge de trente ans. 11 ne restera donc que quarante ans de produit maximum, sur lesquels nous ne pourrons en compter que vingt, car la production abondante de ces arbres n'est que bisannuelle, ainsi que nous Tavons rappelé plus haut. Au contraire, les poiriers taillés, pouvant vivre quarante ans, pourront donner leur produit maximum vers la sixième année. Nous aurons donc au moins trente ans de production au lieu de vingt ; S® le revenu total que l'arbre peut donner pendant sa vie est non-seulement plus abondant, mais on le capitalise dans un laps de temps beaucoup plus court ; 3« enfin les fruits sont plus gros et meilleurs, ainsi que nous l'avons démontré plus haut, et seront vendus à un prix plus élevé.
Ajoutons que le terme que nous avons assigné à la durée des arbres soumis à la taille est souvent dépassé. Nous citerons comme exemple un poirier de Cueillette ou Épargne que nous avons observé à Dieppe;^ en i8Zi5 (voir le frontispice de ce volume). Le tronc de cet arbre en espalier présente, à 0%50 du sol, une circonférence de 2",60. Il couvre une surface de 130 mètres carrés. Son produit moyen est de 4,000 fruits. D'après les recherches auxquelles nous nous sommes livré à cet égard, cet arbre ne doit pas avoir moins de cent cinquante ans.
Résulte- t-il nécessairement de tout ce qui précède qu'il faut abandonner complètement la culture des arbres de verger, c'est-à-dire des arbres non taillés? Nous pensons que ce serait là une conclusion trop absolue. C'est surtout une question de capital. Les vergers coûtent peu à créer et à entretenir, mais le capital nécessaire pour cette culture donne un intérêt peu élevé. Le jardin fruitier exige, à surface de terrain égale, un capital plus considérable; mais ce capital donne une rente élevée. Lors donc qu'on pourra disposer du capital nécessaire, il y aura avantage à cultiver les arbres dans le jardin fruitier, et, par conséquent, à les soumettre à la taille : ce sera de la culture intensive. Dans le cas contraire, on se contentera de la culture extensive, c'est-à-dire de la culture dans les vergers.
Des instruments et des machines les plus convenables pour pratiquer la taille. — La serpette {fig. ilx)
est le plus ancien des instruments dont on se soit servi pour faire la taille des arbres, et c'est encore le meilleur. Elle doit porter un manche de 0"%H à 0"\13 de long. Ce manche doit être assez gros pour remplir la main. La lame, longue de O^ïO? à O^ïOS, doit être recourbée vers la pointe. Il est essentiel que cette courbure reste un peu oblique. Si elle était à angle droit, la partie antérieure de la lame, agissant dans une direction perpendiculaire sur les filets ligneux, couperait très-
Fig, 14. Serpette.
Fig. 15. Sécateur.
difficilement. La section ne serait pas plus facile si la courbure de la lame n'était pas assez prononcée. Elle doit suivre environ l'angle de 45°. 11 faut être pourvu aussi d'une seconde serpette semblable par sa forme à la première, mais beaucoup plus petite et destinée à pratiquer la taille en vert que nous décrivons plus loin.
Depuis quelques années on a voulu remplacer la serpette par le sécateur, imaginé en 1768 par le marquis Bertrand de Molleville. Cet instrument {fig. \b) offre sur la serpette Tavantage d'opérer plus proniptement, mais il présente l'inconvénient que voici : lorsqu'on se sert du sécateur, on appuie le croissant sur l'un des côtés du rameau à couper, et, en serrant les deux branches de l'instrument, on rap-
proche la lame, qui coupe plus ou moias net la portion de bois interposée entre le croissant et elle. Mais il résulte de cette opération que le bois présentant perpendiculairement ses fibres à la lame, sa résistance est beaucoup plus grande et occasionne une pression qui, en écrasant le bois, en détache aussi récorce jusqu'à quelques millimètres au-dessous de la plaie [fig. 46). Le bout du rameau ainsi mutilé se dessèche au lieu de se cicatriser, et la mortalité gagne souvent jusqu'au-dessous du bouton terminal, qui se trouve ainsi anéanti. Pour obvier à cet inconvénient, on peut couper à 0'»,04 au-dessus de ce bouton; mais alors on a, vers ce point, un Fig, 16. Rameau petit prolongement sec, que l'on est obligé de ^^^^^
,, , . ^ , avec le sécateur.
supprimer l'année suivante avec la serpelle, ce qui allonge inutilement l'opération. 11 suit de là que le sécateur ne peut être employé avec avantage pour la taille des arbres fruitiers, excepté pour la vigne, qui doit être coupée à une certaine distance du bouton réservé au sommet de chaque sarment. On pourrait encore tolérer l'emploi du sécateur pour la taille des rameaux à fruit des autres espèces, mais jamais pour la section des branches ou des rameaux appartenant à la charpente des arbres fruitiers.
Lorsque les circonstances rendront l'emploi du sécateur préférable à celui de la serpette, on devra tenir cet instrument de telle sorte que la partie saillante du croissant soit toiyours en dessus, pour que la partie du rameau, meurtrie par la pression de ee croissant, soit presque entièrement enlevée par la section. Il faudra aussi choisir un sécateur dont la lame soit suffisamment cintrée, afin que, la section se faisant avec moins d'effort, la pression du rameau soit moins intense.
Outre la serpette et le sécateur^ on devra se procurer une scie à main {fig. 4 7). Cet instrument est destiné à l'amputation des grosses branches qui ne pourraient être coupées à l'aide de la serpette. Cette petite scie ou égohine présente une lame longue de 0",18 à 0",20. Les dents sont disposées de manière à ouvrir une large voie à la lame. Pour cela, le dos de cette lame (A) est beaucoup plus mince que le côté opposé (B).
Sans ce mode de construction, cet instrument, destiné à couper
du bois vert, fonctionnerait difficilement.
Quant aux machines, on n'emploie pour pratiquer la taille que des échelles simples ou doubles que tout le monde connaît. Nous dirons seulement que les échelles simples, réservées pour la taille des arbres en espalier, sont munies à leur extrémité supérieure de deux chevilles en fer ou en bois destinées à empêcher Téchelle de porter sur les espaliers.
Coupe du bois. — La manière de couper les rameaux ou les branches est loin d'être indifférente.
Toutes les fois que Ton opérera sur une espèce, à bols dur, Tamputation se fera le plus près possible d'un bouton, mais avec la précaution de ne pas Tendommager. A cet effet,
Fig. n. Égohine ou scie à main, qu placera la lame de la serpette
de*ia la^^ ^ sur la partie de Técorce opposée au
bouton, en A (fig. \ S), et à la hauteur
du point où il naît ; puis on coupera en suivant la ligne Afi, de
manière à former une plaie en biseau dont 4'extrémité supé-
Fig. 18. Mode de coupe
des ramifications
pour les espèces à bois dur.
Fig. 19. Rameau taillé trop long.
Fig. 20. Rameau taillé trop court.
rieure B se terminera au niveau du sommet du bouton. Ce mode d'opérer présente ce double avantage, que le bouton ne
souffre pas et que la plaie se cicatrise sur la coupe môme. Si l'on coupe au-dessus du point que nous venons d'indiquer, en suivant la ligne A B {fig, 49), le bois se desséchera jusqu'à la ligne G, et il en résultera un petit chicot sec que Ton sera obligé d'enlever l'année suivante. Si, au contraire, on fait suivre à la coupe la ligne A B (fig, 20), le ^ — -^ bouton est éventé et son développement est beaucoup moins vigoureux.
Sur les espèces à bois tendre et surtout à moelle abondante, la coupe ne doit pas être effectuée de la même manière, car, quelle que soit la netteté de la plaie, jamais elle ne se cicatrise sur la coupe même; le bois se dessèche, la mortalité descend au-dessous de l'amputation, et si elle atteint le bouton terminal, elle le détruit. La vigne est particulièrement dans ce cas. Cela tient sans doute à ce que la grande porosité du bois et l'abondance de la moelle permettent à l'air et à l'humidité des pluies de s'introduire jusqu'à une Fig.n. Mode de
certaine profondeur dt^ns ^ZTa'^Zoles tissus, et d'y déterminer une fermentation qui désorganise l'extrémité du rameau.
Lorsqu'il s'agir a d'espèces de cette nature, et surtout de la vigne, il sera donc nécessaire de couper, non pas comme l'indique la figure 21 , mais comme le montre la figure 22, c'està-dire de façon que la section soit pratiquée au-dessous du point d'attache du bouton supérieur, en B, et qu'elle rencontre l'étranglement médullaire qui existe à la naissance de chacun des boutons. 11 en résultera que cet étranglement devien-
Fig. 22. Mode de
coupe des sarments
de la vigne.
68 ÂRBRëS et arbrisseaux A FRUITS DE TABLE.
dra un obstacle à Taction des intempéries. Quant à la portion de sarment G qui restera attachée au-dessus du bouton A, elle n'a aucun inconvénient puisque, dans la vigne, la taille annuelle est toujours pratiquée au-dessous du bouton terminal réservé Tannée précédente.
Lorsqu'on voudra retrancher entièrement un rameau, on devra le couper le plus net possible, tout à fait à sa base, en conservant toutefois le petit empâtement (A, fig, 23) sur lequel il avait pris naissance. De cette manière la plaie sera moins étendue que si Ton eût coupé plus près de la tige, et elle sera ainsi plus rapidement cicatrisée.
Si une branche à retrancher est trop grosse pour être coupée avec la serpette, on se sert de la scie à main. Il est alors essentiel de faire disparaître, après l'amputation, avec un instrument bien tranchant, toute trace de la scie qui laisse après elle une plaie contuse et déchirée. Il sera toujours utile de recouvrir les plaies un peu étendues avec du mastic à greffer, et cela un jour ou deux après la taille et par un temps sec.
Principes généraux de la taille. — Ces principes sont peu nombreux; mais ils ont tous une grande importance. Le cultivateur doit toujours les avoir présents à l'esprit ; en les appliquant avec soin, les résultats sont infaillibles, sans eux on réussit quelquefois; mais le succès est dû au hasard ; ces opérations deviennent alors de l'empirisme.
K"" La charpente des arbres doit être parfaitemeut