ARBRES FRUITIERS QU'APRÈS LEUR REPRISE COMPLÈTE, C'EST-A
dire, en Général, après une année de plantation; mais il convient de retrancher sur ces arbres, en les plantant, une quantité de rameaux a peu près égale aux pertes éprouvées par les racines.
On ne peut former convenablement la charpente des arbres fruitiers qu'autant qu'ils se développent vigoureusement. — Les jeunes arbres récemment plantés ne présentent ce degré de vigueur qu'après avoir pris possession du sol, c'est-à-dire après avoir développé de nouvelles radicelles pour remplacer celles détruites par la. transplantation; car c'est alors seulement que ces arbres peuvent puiser abondamment dans la terre des éléments nutritifs nécessaires à leur végétation. C, nouvel appareil de racines, ne peut se former que sous l'influence du développement des feuilles, car celles-ci sont les organes qui engendrent les racines. — D'où il résulte que plus un jeune arbre développera de feuilles, plus ses racines seront nombreuses et plus sa vigueur sera grande. — Or la première taille appliquée aux jeunes arbres a pour but de faire développer, vers la base de la tige, les branches nécessaires à la formation de la charpente, et ce résultat ne peut être obtenu qu'en recépant la tige assez près du sol. D'où il suit qu'on enlève ainsi à l'arbre presque tous ses boutons, et qu'on le prive alors de la plus grande partie des bourgeons et, partant, des feuilles qu'il eût développées. On conçoit que cette suppression presque complète des organes générateurs des racines empêche celles-ci de réparer les pertes éprouvées par suite de la déplantation, et que la végétation qui succède à cette opération est faible, languissante, et ne peut donner lieu aux bourgeons vigoureux dont on a besoin pour former la charpente de l'arbre.
Toutefois l'évolution des boutons de ces jeunes arbres ne peut avoir lieu que par une action suffisante de la sève ascendante. Dans ceux qui n'ont pas été transplantés, cette force est assez intense pour agir efficacement sur le développement d'un grand nombre de leurs boutons, parce que la masse de racines qui puisent cette sève dans le sol est proportionnée au nombre de boutons que porte la tige. Mais dans les arbres qu'on vient de transplanter, il en est presque toujours autrement : une partie notable des racines, et surtout les points essentiellement absorbants, les extrémités radiculaires, sont retranchés ou altérés par suite de la déplantation. Pour Cvis arbres il n'y a plus rapport entre la niasse des racines et l'étendue de la tige qu'elles doivent alimenter. Si
Ton n'opère aucune suppression sur la tige de ces arbres immédiatement après leur plantation, le peu de sève que pourront fournir les racines partageant son action entre tous les boutons, ceux-ci n'en recevront qu'une influence insuffisante et ne donneront lieu qu'à quelques bourgeons longs de quelques millimètres seulement, et pourvus d'un trèspetit nombre de feuilles languissantes. L'action absorbante des racines étant aussi trop faible pour réparer les pertes d'humidité qu'éprouvera la tige sous l'influence desséchante de l'air et du soleil, beaucoup de ces arbres pourront périr pendant l'été suivant. l\ est bien entendu que ces eff*ets se produiront avec d'autant plus d'intensité que les arbres auront plus mauvais pied, que le terrain sera plus sec, que la plantation sera faite au printemps et que cette saison sera moins humide.
De là résulte donc la nécessité de pratiquer, non pas une première taille, mais seulement quelques retranchements sur la tige dés jeunes arbres en les plantant, afin de rétablir l'équilibre entre cette partie et les racines qui doivent l'alimenter. On comprend dès lors que ces suppressions doivent égaler à peu près celles éprouvées par les racines. Si l'on néglige cette opération, le développement des bourgeons et des feuilles se faisant à peine, ou ne verra pas se former le nouvel appareil de racines que le retard apporté à l'application de la première taille avait pour but de faire naître, et l'on aura un insuccès égal à celui qu'eût donné la première taille opérée immédiatement après la plantation.
Si, au contraire, on retranche sur la tige des jeunes arbres, aussitôt après la plantation, une proportion de rameaux égale aux pertes éprouvées par les racines, les boutons conservés recevront une action suffisante de la sève pour donner lieu, pendant l'été, à autant de bourgeons pourvus de feuilles nombreuses, et celles-ci produiront un nouvel appareil de racines. Si, au printemps suivant, on applique à ces jeunes arbres le recepage nécessité par la première taille, on concentre alors toute l'action de la sève, abondamment fournie par de nombreuses racines, sur quelques boutons seulement, et l'on force ceux-ci à produire de très-vigoureux bourgeons à l'aide desquels on forme facilement la charpente de Tarbre.
Ce que nous venons de dire des inconvénients d'une première taille prématurée est complètement en harmonie avec ce qui se passe encore malheureusement dans la pratique d'un grand nombre de jardiniers. En effet, la plupart d'entre eux taillent leurs arbres en les plantant. Ceux-ci ne donnent lieu qu'à de chétifs rameaux, qui sont encore taillés l'année suivante. L'année subséquente, les arbres, toujours languissants, se couvrent de boutons à fleurs et de fruits qui achèvent de les épuiser, de sorte que ces arbres arrivent à la décrépitude au bout d'un très-petit nombre d'années et sans qu'on ait pu former leur charpente.
On cite, il est vrai, des résultats qui semblent contredire ceux que nous venons d'indiquer; mais, après nous être enquis des circonstances sous l'influence desquelles ils s'étaient produits, nous avons pu nous convaincre que cette contradiction n'est qu'apparente. Ainsi on a obtenu parfois une végétation vigoureuse sur déjeunes arbres taillés Tannée même de leur plantation; mais il convient d'ajouter que ces arbres, déplacés à l'automne, avaient été déplantés avec le plus grand soin, presque en motte, de façon à conserver intactes toutes les radicelles. On comprend alors que ces arbres, n'ayant été privés d'aucun de leurs organes nourriciers, aient pu donner lieu, au printemps suivant, à une végétation aussi vigoureuse que si on ne les eût pas transplantés.
Est-ce là ce qui se passe dans la pratique habituelle? Non, assurément. Le plus grand nombre des jeunes arbres sont achetés dans des pépinières souvent fort éloignées du lieu où Ton plante. Les arbres y sont fréquemment plutôt arrachés que déplantés; les racines, et surtout les radicelles, se dessèchent sous l'action du soleil et de l'air, jusqu'au moment d'un emballage qui ne les garantit que très-imparfaitement de cette influence fâcheuse; de sorte qu'à leur arrivée au lieu de destination, ces arbres ont perdu ^plus de la moitié de leurs racines. Qu'on veuille alors appliquer immédiatement la première taille à ces arbres, et l'on peut être assuré que les chétifs résultats que nous venons d'indiquer se produiront. C'est donc pour ces sortes de plantations, qui sont les plus générales, que nous conseillons de n''appliquer la première taille qu'après la reprise des arbres, et non pour celles
tout exceptionnelles où les arbres n'ont pas à reprendre.
De tout ce qui précède il résulte donc de la nécessité de n'appliquer la première taille aux jeunes arbres fruitiers qu'après qu'ils sont complètement repris, c'est-à-dire un an environ après la plantation; et, en second lieu, qu'il convient, en les plantant, de supprimer sur ]a tige une étendue de rameaux égale aux pertes éprouvées par les racines. Il y aura d'ailleurs toujours plus d'inconvénient à faire un retranchement insuffisant qu'à l'exagérer un peu. L'insuffisance de ces suppressions sera démontrée à la fin de la végétation par l'absence, sur la tige, de nouveaux rameaux un peu vigoureux. Dans ce cas, il faudra s'abstenir de pratiquer la première taille au printemps suivant, car l'arbre ne serait pas assez enraciné. On devra opérer seulement de nouvelles suppressions et remettre la taille à Tannée subséquente. Dans tous les cas, on devra bien se garder de laisser porter des fruits aux jeunes arbres avant l'été qui suit la troisième taille, attendu que ces fruits absorberaient, au détriment de l'arbre, la sève dont il a besoin d'employer toute l'action pour former sa charpente.
Quant aux jeunes arbres qui présentent l'état languissant dont nous ayons parlé, par suite de l'application de la première taille immédiatement après la plantation, il n'y a d'autre moyen à tenter pour leur rendre uns vigueur convenable qu'à les receper de nouveau au-dessous du point où ils ont été coupés d'abord, puis à supprimer toutes les branches latérales. Si cette opération énergique ne réussit pas, il faudra les remplacer.
Les principes que nous venons d'exposer s'appliquent à toutes les espèces d'arbres fruitiers et quelle que soit la forme à donner à leur charpente, moins le pécher. Cette espèce offre, en effet, ce fait particulier, que les boutons qui ne font pas leur évolution pendant l'été qui suit celui qui a présidé à leur naissance sont anéantis l'année suivante. D'où il suit que, si l'on ne pratiquait pas la première taille sur ces arbres aussitôt après leur plantation, les boutons placés vers la base de la tige, et qui sont indispensables pour former la char^ pente, ne se développeraient plus.
Des diverses opérations qui constituent la taille
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des arbres iroitiers. — Les opérations de la taille peuvent être rangées dans deux catégories, celles qui s'effectuent lors du repos de la végétation et qui constituent la taille cT hiver, et celles qui sont pratiquées pendant la végétation et qu'on a réunies sous le nom de taille d*été.
!• De la taille cThiver. — La taille d'hiver comprend onze opérations principales : le dépalissage, la coupe des rameaux, le cassement, Véborgnage, le rapprochement, \e ravalefnent, le recepage, les incisions, les entailles, Varcure, le palissage d'hiver.
Nous étudierons ces diverses opérations en en faisant Tapplication à la taille des diverses espèces d'arbres fruitiers. Voyons seulement ici quel est le moment le plus convenable pour les pratiquer.
Époque convenable. — La taille d'hiver doit être effectuée pendant le repos de la végétation : de novembre à mars ; mais entre ces deux limites, le moment le plus favorable est celui qui suit les fortes gelées de l'hiver et qui précède les premiers mouvements de la végétation. Dans le Nord et le Centre le ropment opportun sera en février. Dans le Midi on choisira le mois de janvier.
Si l'on taîlle avant les fortes gelées d'hiver, on expose la coupe des rameaux à Tinfluence de l'air, de l'humidité et des gelées, longtemps avant les premiers mouvements de la sève, qui doivent venir cicatriser cette plaie, et il en résulte que le bouton terminal réservé au sommet de ces rameaux est souvent détruit.
Les accidents ne sont pas moins fâcheux si l'on pratique l'opération pendant les fortes gelées : les instruments coupent diflîcilement le bois qui est gelé; les plaies sont contuses, elles ne se cicatrisent pas; la mortalité descend au-dessous du bouton qui avoisine la coupe, et ce bouton est anéanti.
Si Ton attend enfin que le bourgeonnement commence à se manifester, les inconvénients sont beaucoup plus graves encore. La sève des racine^ s'est répandue dans toutes les parties de l'arbre; si l'on supprime une certaine étendue dusommet des ramifications, la sève, déjà absorbée par cette partie, est perdue. D'un autre côté, en taillant aussi tard, on est exposé à endommager, à briser un grand nombre de bou-
tons à bois ou à fleur, qui, déjà en partie développés, se détachent au moindre choc. Enfin la sève des racines, accumulée subitement dans des limites étroites, peut déchirer les vaisseaux, s'extravaser et donner lieu aux chancres ou à la gomme.
La taille en février est surtout très-importante pour le pêcher, dont les boutons de la base des rameaux à fruits s'endorment souvent, faute d'une action assez puissante de la sève, ce qui empêche de remplacer convenablement ces rameaux après leur production, et détermine des vides sur les branches.
En taillant de bonne heure, la sève agit avec force sur les boutons défavorablement placés, détermine leur évolution et amène ainsi le développement des boutons latents placés sur le vieux bois. Il résulte de ce dernier fait qu'on peut rapprocher davantage la taille et empêcher le milieu des arbres de se dégarnir.
On pourra cependant tailler très-tard et même attendre que les bourgeons commencent à s'allonger, lorsqu'on opérera sur des arbres qui, trop vigoureux, ne peuvent être mis facilement à fruit. Une partie de l'action de la séVe ayant été dépensée au profit de l'extrémité des ramifications supprimées, elle agira avec moins de force sur les boutons réservés, et ceux-ci prendront plus facilement le daractère de rameaux à fruit.
Si l'on avait à tailler un nombre d'arbres tel, que Ton pût craindre de ne pouvoir les opérer tcus en janvier ou février, plutôt que do dépasser cette époque, il serait préférable de la devancer. Alors on taillera- avant l'hiver les rameaux à fruits seulement, puis on conservera pour le mois de janvier ou de février la coupe du prolongement des branches de la charpente.
Dans tous les cas, il conviendra de suivre, pour la taille. Tordre de végétation des diverses espèces; ainsi on taillerait d'abord les amandiers, les abricotiers, puis les pêchers, les pruniers, les cerisiers, les poiriers, les pommiers, et enfin la •vigne.
2° De la taille cTété. — La taille d'été comprend sept opérations principales : Véhourgeonnemenl, le pincement, la tor^ sion, la taille en vert, le palissage d'été, la suppression des
fruits trop nombreux et Ve/feuillement. Pour éviter des répétitions inutiles, nous étudierons également ces diverses opérations en traitant de la taille propre à chaque espèce d'arbres fruitiers.
Époque convenable. — Toutes les opérations qui constituent la taille d'été sont pratiquées pendant la végétation, et la plupart d'entre elles sont continuées pendant tout ce laps de temps. Quant au moment précis où il convient de les appliquer à chacune des parties de l'arbre, il est déterminé par rétat de développement de ces parties. Nous donnerons ces indications en étudiant la taille de chaque espèce d'arbres.