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FORMATION DE LA. CHARPENTE

Les formes propres aux poiriers soumis à la taille peuvent être partagées en deux séries : celles qui conviennent aux arbres non palissés; celles qui appartiennent à ceux palissés soit en plein air, comme les contre-espaliers, soit contre les murs et auxquelles on donne le nom de formes plaies,

1« Formes propres aux poiriers non palissés. — Étudions seulement celles de ces formes qu'on a le plus recom-

1 . Nous en exceptons toutefois certains amateurs qui ne voient dans cette culture qu'un moyen de distraction et qui, sans se préoccuper de la dépense et du temps employé, recherchent avant tout les difficultés à vaincre. Pour ceux-là, qui sacrifient volontiers le fond à la forme, ils seront aidés dans leurs fantaisies par les principes généraux de la taille exposés plus haut. Us pourront ainsi varier à l'infini leurs combinaisons, puisqu'elles n'ont pour règle que le caprice.

mandées. Nous constaterons leurs avantages et leurs inconvénients, et nous indiquerons le choix à faire entre elles, ou nous en conseillerons de nouvelles qu'il conviendra de leu r substituer.

Taille d'un poirier soumis à la iorxne en cône ou pyramide *. — Les arbres soumis à cette forme (fig, 61) se .composent d'une tige verticale garnie, depuis le sommet jusqu'à 0™,30 du sol, de branches latérales dont la longueur croît à mesure qu'elles se rapprochent de la base de l'arbre. Ces branches doi ven t naître de façon qu'il existé iih intervalle de 0™,3ô aU moins entre chacune des celles qui se recouvrent immédiatement en sui-

1. La pyramide est un solide dont les faces sont des triangles qui ont un même plan pour base et se réunissent par leurs sommets en un même point. On a donc tort de donner ce nom à des arbres dont l'ensemble est^n solide qui a pour base un cercle, et qui se termine en haut par une pointe, définition qui s'applique exactement au cdne.

Fig. 61. Poirier soumis à la forme en cône.

vant la même direction, afin que la lumière puisse pénétrer entre elles. Elles doivent être sans bifurcations, et n'être garnies, du sommet à la base, que de rameaux à fruits. Enfin elles formeront avec l'horizon un angle de 35 degrés au plus, toujours en vue de favoriser Faction de la lumière. — En général, on fait en sorte que le pluç grand diamètre du cône égale le tiers de la hauteur totale de Parbre : soit une hauteur totale de 6 mètres pour un diamètre de 2 mètres à la base.

Cette proportion est nécessaire pour que l'équilibre de la végétation soit plus facilement maintenu entre les diverses parties de l'arbre. Si, pour une hauteur de 6 mètres, on ne donne à la base qu'un diamètre de 1 mètre, les branches inférieures, moitié moins longues et pourvues de moitié moins de feuilles, n'auront pas la force de contre-balancer la tendance de la sève vers le sommet de l'arbre, et d'en retenir une suffisante quantité à leur profit; elles deviennent de plus en plus languissantes, et finissent par disparaître. Si, au contraire, on porte ce diamètre à 3 mètres, pour une hauteur double, les branches inférieures absorberont une trop grande quantité de sève, et le sommet de l'arbre présentera une vigueur insuffisante.

La hauteur que nous venons d'indiquer est celle qu'il conviendra de donner à ces arbres lorsqu'ils offriront un degré de vigueur moyen. Si l'on essayait de les restreindre dans des limites plus étroites, ils pousseraient trop vigoureusement et ne se mettraient pas à fruit. Dans les sols trèsriches et pour les variétés très-vigoureuses, on pourra leur faire acquérir plus de hauteur et augmenter leur diamètre dans la même proportion.

Pour former des arbres en cône, on plante des greffes d'un an, et on ne leur applique la première taille qu'après une année de plantation, ainsi que nous le recommandons aux principes généraux de la taille (p. 86).

Première taille. — Cette opération est destinée à provoquer le développement des premières branches latérales qui doivent naître sur la tige à 0"\30 du sol environ. Afin que ces branches àoient suffisamment vigoureuses, surtout celles de la base, il ne faut pas en faire développer plus de cinq ou six à la fois. Pour cela, on coupe la tige du jeune arbre à envi-

ron O^'jôO du sol en A (pg, 62). Le bouton terminal réservé au sommet de cette coupe doit étse dirigé du côté opposé à celui où la greffe a été placée sur le sujet en B, afin que la tige reste placée perpendiculairement sur le pied de l'arbre. Ce mode s'applique aux jeunes arbres, soit qu'ils aient été pris dans la pépinière, âgés d'un an de greffe {fig. 62),

Fig. 6-2. Première taiUe Fig. 63. Première taUle

d'un jeune poirier de deux ans de greffe, d'un jeune poirier de trois ans de'greffe,

un an après sa plantation. un an après sa plantation.

soit qu'ils aient eu deux ans, comme le montre la figure 63 bis. '

Dans ce dernier cas, les quelques branches latérales qu'ils peuvent présenter sur la partie de la tige conservée après la taille sont coupées tout près de leur base, en conservant toutefois le petit empâtement situé à ce point.

Si cependant les jeunes arbres avaient reçu dans la pépinière des soins tels, que la base de la tige fût déjà pourvue d*un nombre suflisant de branches latérales {fig. 6/i), ce qui équivaudrait pour eux aux résultats de la première taille, on leur appliquerait les opérations décrites plus loin pour la deuxième taille, mais toujours après une année de plantation.

Il faudrait, en outre, se garder de leur laisser porter des fruits qui les épuiseraient. .

Pendant Tété qui suit la première taille, tous les boutons se développent vigoureusement. Dès que les bourgeons ont atteint une longueur de 0"',10 à O'^îlS, on ébourgeonnè, c'està-dire qu'on supprime complètement, en les coupant, tous les bourgeons situés depuis la base de la tige jusqu'à 0'",30 du sol.

Parmi ceux qui sont situés audessus de ce point, on en conserve six au plus, les plus ré-

Fig. 64. Douxiènia taille du poirier Fig. 65, Pincement appliqué aux bourgeons en cône. de la flèche du poirier en cône.

gulièrement espacés, mais un seul à chaque point. Le bourgeon terminal est maintenu dans une position verticale à l'aide du moyen indiqué à la page 116.

On doit veiller avec soin à ce que les bourgeons latéraux conservent entre eux le même degré de vigueur. Si l'un d'eux prenait un accroissement disproportionné, comme en A

(fig, 65), on retarderait sa végétation au moyen d'un pincement, c'est-à-dire qu'on retrancherait 0",01 environ de son extrémité herbacée en coupant If avec les ongles.

Pendant le premier et quelquefois pendant le second été qui suivent la première taille, les bourgeons latéraux poussent avec tant de vigueur, qu'ils se contournent de tous côtés. Il est nécessaire de leur imprimer une direction convenable en les fixant sur de longues baguettes piquées obliquement dans le sol, au pied de l'arbre, ou fixées contre la tige. Les bourgeons latéraux, qui se développent ensuite sur les prolongements annuels de la tige, prennent d'eux-mêmes la disposition Qu'ils doivent avoir.

Deuxième taille. — Au printemps de Tannée suivante, les jeunes arbres offrent l'aspect de la figure 64. La deuxième taille a pour but de déterminer la formation d'une nouvelle série de ^ § branches latérales et de favoriser l'allongement de celles qu'on a précédemment obtenues. Ces nouvelles branches doivent être aussi nombreuses que celles de Tannée précédente, et commencer à naître à 0™,30 environ au-dessus des plus rapprochées du sommet. On obtient ce résultat en coupant le rameau terminal à0"\/i5 ou O'",50 {fig. 6U) au-dessus de sa naissance. On choisit, comme la première année, pour prolonger la tige, un bouton placé du côté opposé à celui où est né le prolongement que Ton taille. Si Ton tient à ce que les branches latérales soient distribuées sur la tige 1^ plus régulièrement possible, il conviendra de pratiquer chaque année une petite entaille au-dessus de chacun des boutons qui doivent leur donner naissance. Cette opération sera surtout nécessaire pour ceux de ces boutons qui seront placés vers la base des flèches successives. Autrement ces boutons ne se développeraient que d'une manière insuffisante. Ces

entailles en forme de chevron sont pratiquées en A, comme le montre la figure 66, mais avec la serpette, qu'on doit préférer à la scie pour les ramifications âgées d'une année seulement. Il importe que le rameau qui prolonge chaque année la tige principale suive toujours une direction bien verticale. Pour obtenir ce résultat, au îieu de couper le jeune rameau terminal immédiatement au-dessus du bouton qui doit fournir le nouveau bourgeon de prolongement, comme le montre la figure 66, on coupe à O^jlO audessus de ce point, puis on enlève les boutons et l'écorce sur cette portion de rameau, pour empêcher la sève de s'y dépenser inutilement {fig. 66). Aussitôt que le nouveau bourgeon de prolongement a atteint une longueur de 0",15 à 0"',20, on l'attache sur la portion A {fig. 67) de rameau située au delà de son point de départ et qui sert ainsi de tuteur. Cette portion est supprimée en B lors de la taille d'hiver suivante. On pourra user du même procédé toutes les fois qu'il s'agira de prolonger des tiges verticales.

Quant aux branches latérales déjà obtenues, ou les raccourcit aussi, afin de faire développer tous les boutons qu'elles portent, même ceux de leur base, le produit de ce développement devant être ensuite transformé en rameaux à fruit. Mais il faut cependant ne retrancher de ces rameaux que ce qui est nécessaire pour obtenir ce résultat, car on diminuerait trop la vigueur que ces branches ont besoin de conserver pour continuer de s'accroître. D'ailleurs, les boutons qu'elles portent se développeraient trop vigoureusement, et l'on ne pourrait les transformer en rameaux à fruit

Fig

, 67. Tuteur pour les bourgeons de prolongement.

qu'avec beaucoup de peine. L'importance du retranchement qu'on doit leur faire subir varie selon qu'elles sont plus ou moins rapprochées du sommet de l'arbre ; plus elles naissent près du sol, plus on doit les tailler long, afin de favoriser leur développement. Ainsi on ne retranche que le tiers de la longueur totale de celles placées vers la base, puis la moitié pour celles qui viennent ensuite, et enfin les trois quarts pour les plus élevées. La figure 64 montre cette opération.

Le bouton au-dessus duquel on opère la section des rameaux latéraux doit être placé à l'extérieur de l'arbre, en A {fig. 68), afin que le bourgeon qui en naîtra suive naturellement la ligne oblique ascendante. Il n'y a d'exception que pour le cas où la branche que l'on raccourcit serait trop rapprochée de ses voisines, à droite ou à gauche. On choisit alors comme bouton terminal un bouton situé latéralement du ptg, es. choix du boucôté où l'on veut rappeler la branche. ton terminai pour pro-

Si, pendant l'été précédent, certains ISl'J^d^ côn^e"!^^^ rameaux latéraux s'étaient développés trop faiblement, comme cela a lieu quelquefois pour les plus rapprochés de la base de l'arbre, il faudrait les tailler plus longs que les autres, et même les laisser entiers pour leur rendre la vigueur qui leur manque, puis les rapprocher le plus possible de la ligne verticale. Si ces rameaux étaient une fois moins longs que les autres, il serait utile de pratiquer en outre sur la tige, immédiatement au-dessus du point où ils naissent, une entaille chevron en A, semblable à celle que montre la figure 69. Cette entaille, pratiquée au printemps et qui doit pénétrer jusque dans la couche de bois la plus extérieure, coupe les vaisseaux séveux qui passent sur ce côté de la tige, et force la sève à agir sur le développement du rameau. Elle doit être pratiquée avec une petite scie à main, afin que la plaie déchirée qui en résulte se cicatrise moins rapidement.

La plupart des praticiens connaissent l'eflicacité de ces entailles pour obtenir les résultats que nous venons d'indiquer, mais beaucoup d'entre eux donnent à l'entaille la forme

circulaire {fig, 70) au lieu de la forme en chevron que nous recommandons. Il en résulte que la sève ascendante est également arrêtée sur toute l'étendue de cette section horizontale et que le bouton ou le rameau dont on veuf favoriser le développement ne profitent que du fluide séveux qui exerce son action entre les deux points A. Au contraire, avec l'entaille

Fig. 69. Entailles pratiquées

pour augmenter, A, ou pour diminuer, C,

la vigueur des ramifications.

Fig. 70.

EntaiUe circulaire.

en chevron B {fig. 69), toute la sève, qui est arrêtée par les deux bras du chevron, est successivement amenée ve^s le sommet, là où le bouton est placé.

Lorsque Tune de ces branches faibles portera des boutons à fleurs, comme cela arrive souvent, il conviendra en outre, pour augmenter sa vigueur, de Tempêcher de fructifier; pour cela, aussitôt que les fleurs sont épanouies, on les coupera avec les ongles en conservant la rosette de feuilles qui les accompagne. Si enfin le bouton sur le développement duquel oa avait compté pour former une branche était resté endormi, l'entaille deviendrait plus indispensable encore pour le faire végéter (B, fig. 69).

Lorsqu'il n'y aura pas de bouton ou de germe de bouton au point où l'on désirerait avoir sur la tige une branche latérale.

et qu'il existera dans le voisinage un rameau placé de façon à pouvoir être greffé à ce point, on fera usage de la greffe par approche par incruslalion que nous décrivons ici et qu'on

exécute en mars : on pratique d'abord sur la tige, avec la scie à main, une entaille en chevron immédiatement au-dessus du point où le rameau B (fig, 71) doit être greffé.

Fig. 71. Greffe jSar approche Agricola Fig. 72. Détail

employée pour aider à la formation des arbres de la

en cône. figure 71.

Fig. 73. Détail

de la

figure 71.

c'est-à-dire en A, afin d'y arrêter la sève des racines. Cette entaille comprend la moitié environ du périmètre de la tige. Immédiatement au-dessous, on ouvre avec la lame du greffoir une autre incision Verticale B (fig. 72), longue d'environ 0'",06, d'une largeur et d'une profondeur égales au diamètre du rameau B (fig, 72). On incise ce rameau au point A {fig. 72) en donnant à cette incision la forme indiquée par la figure 73, afin que cette partie saiJlante remplisse l'entaille pratiquée sur la tige et que les couches du liber du rameau et de la tige soient

en contact. Ceci fait, on réunit les parties, on ligature et on recouvre les plaies avec du mastic à greffer. L'année suivante, lors de la taille d'hiver, la soudure sera complète et Ton pourra opérer le sevrage. La partie inférieure F du rameau {fig. 71) pourra, après avoir été redressée, servir de nouveau comme branche latérale.

Si enfin l'absence d'un rameau latéral bien placé empêche de faire usage de la greffe précédente, on aura recours à la

Fig. 14. Greflbn pour formel une branche de charpente.

h'ig, 75. Greffe de côté Richard,

greffe de côté Richard, pratiquée en avril et dont voici la description : choisir comme greffon un rameau un peu arqué à sa base (A, fig. 75); lui conserver une longueur d'environ 0"\i5 et le tailler en biseau à sa base; ou bien trouver un rameau constitué et préparé comme l'indique la figure llx. Dans l'un et l'autre cas, pratiquer sur la tige de l'arbre, en B {fig. Ib)^ une entaille en chevron, avec la scie à main; faire immédiatement au-dessous une double incision G, comme pour placer un écusson, puis glisser au-dessous de l'écorce la base de l'un ou de Tautre des deux greffons. 11 n'y a plus qu'à ligaturer et mastiquer les plaies.

Lorsqu'un rameau latéral aura acquis, malgré le pincement, un développement disproportionné, on le taillera plus court que les autres; s'il offrait une différence de grosseur très-marquée, on ferait une enlaille semblable à celle C de la figure 69, immédiatement au-dessous de son point d'attache sur la tige. Cette entaille diminuerait de beaucoup l'action de la sève.

Nous avons dit que les branches latérales doivent être suffisamment abaissées, afin que la lumière, passant entre elles, puisse éclairer la tige. Parfois les branches prennent d'ellesmêmes ce degré d'inclinaison. Mais le plus souvent il faut les y contraindre. Lorsqu'elles sont trop abaissées, on les redresse à l'aide d'un osier fixé sur la tige ou sur une branche supérieure. Si au contraire elles sont trop redressées, on les abaisse à l'aide d'un fragment de bois sec qui, appuyé obliquement contre la tige, pèse sur la branche à abaisser comme un arcboutant. Les branches laissées pendant un an dans ces positions forcées conservent ensuite la direction qu'on leur a donnée.

Pendant l'été qui suit la deuxième taille, on pratique, sur le rameau terminal, un ébourgeonnement semblable à celui qu'on a fait sur la flèche primitive pendant le premier été, de façon à ne conserver q^ue les cinq ou six bourgeons les mieux placés pour former une seconde série de branches latérales. On pratique également le pincement des extrémités herbacées des bourgeons terminaux sur les branches latérales, pour maintenir entre elles un égal degré de vigueur. On veille surtout à ce que les bourgeons latéi'aux les plus rapprochés du bourgeon terminal de la flèche ne deviennent pas plus

Fig. 76. Troisième taille du poirier en cône.

vigoureux que ce dernier, car il doit toujours conserver la supériorité pour continuer rallongement de la tige.

Fig, 11. Quatrième taille du poirier en cône.

Troisième taille, — Au printemps qui suit, l'arbre présente l'aspect de la figure 76.

La flèche, ou rameau terminal de Tarbre, est taillée à la même hauteur que Tannée précédente. Le prolongement des branches latérales âgées de deux ans est raccourci dans la même proportion. Quant aux rameaux latéraux développés pendant Tété précédent, on les taille plus court, afin de favoriser Taccroissement des branches inférieures. Il est bien entendu que ces règles sont modifiées par les circonstances particulières indiquées lors de la seconde taille, et que Ton continue à faire usage des entailles dans les cas prévus plus haut.

Quant aux opérations d'été, elles sont les mêmes que pour la deuxième année.

Quatrième taille, — La figure 77 indique les changements que l'arbre a éprouvés pendant Tété précédent. La quatrième taille diffère des autres sous plusieurs rapports. On donne au

Fig. 78. Cinquième taille du poirier en cône.

nouveau prolongement des branches inférieures moitié moins de longueur que lors des tailles précédentes, parce qu'elles sont sur le point d'atteindre la limite qu'elles ne doivent point dépasser, et que d'ailleurs elles ont acquis une grosseur qui leur fera conserver le degré de vigueur qu'elles doivent

avoir. On laisse au nouveau prolongement des branches de la seconde série les deux tiers de leur longueur, et l'on ne supprime que la moitié ou les trois quarts de la longueur des rameaux du sommet de Tarbre. Ces diverses ramifications sont taillées un peu plus long que précédemment, parce que les ramiûcations inférieures ont moins besoin d'être protégées, et qu'il convient de commencer à imprimer à l'arbre une forme conique. Quant à la nouvelle flèche, elle est traitée comme les années précédentes.

Pendant Tété suivant„on applique des soins semblables à ceux déjà prescrits ; mais comme les branches inférieures ont presque atteint leur longueur totale, il convient de ne laisser prendre à leur bourgeon terminal qu'un développement restreint, et de le pincer dès qu'il a acquis une longueur de 0'",50. La sève est ainsi économisée au profit des parties supérieures de l'arbre.

, Cinquième taille. — L'arbre commence à s'élever (fig, 78) , et les branches inférieures, s'abaissaot un peu sous leur propre poids, donnent à l'ensemble de la tige la forme conique. La taille de cette année ne diffère de celle de l'année précédente qu'en ce que, les branches de la base ayant acquis leur longueur totale, on coupe leur nouveau prolongement très-court, en B, et chaque apnée ces branches seront taillées à peu près au même point. Quant aux branches latérales, elles doivent être toutes coupées suivant la ligne A B, le point A étant indiqué par le bouton qui doit prolonger de nouveau la tige. Les opérations d'été sont en tout semblables à celles de l'année précédente.

Sixième taille. — Cette taille ne diffère pas de la cinquième ; mais comme, à mesure que les branches latérales s'allongent, elles augmentent en poids et se rapprochent . trop du sol ou des branches voisines, entre lesquelles elles déterminent de la confusion, il faut, après la taille, ramener ces branches dans leur direction première au moyen de quelques attaches, pour que l'espace soit toujours égal entre elles.

On continue le même mode jusque vers la douzième anaée : l'arbre présente alors l'aspect de la figure 61.

Si le terrain qu'occupent les racines permet à celles-ci de s'allonger encore, l'arbre aura une tendance à augmenter son

son développement. On pourra profiter de cette circonstance pour faire acquérir au cône de plus grandes dimensions. A cet effet on laissera de nouveau allonger la flèche et toutes les ramifications latérales, mais toujours de manière à conserver entre la hauteur de la tige et le diamètre de Tarbre la proportion que nous avons indiquée.

Lorsque toutes les branches de la charpente ont ainsi atteint leur longueur, on laisse développer librement tous les ans, sur chacune d'elles, un bourgeon terminal destiné à entretenir la vie dans l'ensemble de l'arbre.

Tous les ans aussi le rameau qui en résulte est coupé vers sa base ; lorsque cette taille, répétée plusieurs fois au même point, y détermine une nodosité, on coupe un peu au-dessous de façon à faire varier cette taille dans un intervalle d'environ 0'",10. (Voir p. 85.)

La figure théorique

Biï

que nous donnons ci-contre (yï^. 79), résume complètement les principes que nous venons d*exposer. La ligne centrale A B indique la tige de Tarbre. Les points de i à 12 montrent où cette tige a été coupée chaque année. Les six lignes de G à H représentent la position occupée successivement, pendant les six premières années, par les branches inférieures qui se sont successivement abaissées et allongées jusqu'au point T, où elles devront désormais être maintenues. Enfin les lignes obliques d'I en S font voir la direction suivant laquelle le rameau de prolongement des branches latérales doit être taillé chaque année, et par conséquent la longueur relative qu'il convient de donner à' chacune de ces branches selon la place qu'elles occupent sur la tige par rapport au sommet de l'arbre.

Cette figure fait clairement apercevoir que, dès la naissance de cette charpente, elle est loin d'offrir la forme conique. Son ensemble présente, pendant les deux années qui suivent la première taille, l'aspect d'un double cône, a et h, dont l'une des pointes, plus allongée que l'autre, est dirigée en bas. Ce n'est qu'à mesure que les branches inférieures s'allongent et prennent de la force, qu'on taille les branches du sommet un peu plus longues et que le cône supérieur s'élève davan- . tage, tandis que le cône renversé devient proportionnellement plus évasé par l'abaissement progressif des branches inférieures. Enfin l'arbre prend rapidement la forme conique à partir du moment où,^ les branches inférieures ayant atteint toute leur longueur, on les maintient constamment au point T; ce point restant fixe et la tige de l'arbre continuant de s'élever, on conçoit que le cône formé par l'ensemble de la tige devienne de plus en plus aigu. D'ailleurs, ces branches inférieures absorbant alors moins de sève parce qu'on les taille chaque année au même point, il en résulte une plus grande quantité de fluides séveux pour les parties supérieures de la tige, dont l'allongement se trouve ainsi favorisé.

La forme conique que nous venons d'étudier est l'une de celles que l'on a le plus recommandées pour les arbres cultivés en plein air, et c'est aussi celle à laquelle, pendant vingt ans, nous avons soumis les arbres placés dans cette position. Mais cette longue pratique nous y a fait découvrir de graves inconvénients, au nombre desquels il faut placer les suivants:

vGooçIe

gl

1® La charpente de ces arbres ne peut être complètement formée, c*est-à-dire avoir 2 mètres de largeur à la base et 6 mètres de hauteur que vers la douzième année, et le produit maximum ne peut être obtenu que vers la quinzième année après la plantation.

2*» Ces arbres exigent beaucoup d'espace (au moins 3 mètres) et conviennent peu aux petits jardins. On ne peut alors placer qu'un petit nombre de variétés et n'avoir ainsi qu'une série d'époques de maturité très-restreinte.

3® La formation de cette charpente, l'une des plus difficiles à bien exécuter, exige beaucoup de soins et des connaissances assez précises, que l'on rencontre trop rarement chez les jardiniers.

4® Il est presque impossible de soustraire ces arbres à l'influence des intempéries du printemps et des vents violents.

5® Il n'y a pas une proportion suffisante entre le produit de ces arbres et l'étendue de terrain qu'ils occupent.

6** La hauteur qu'on est obligé de laisser acquérir à ces arbres rend les opérations de la taille longue, difficile et fatigante par suite de la nécessité où l'on est de manœuvrer autour de ces arbres une échelle dou'ble de 6 mètres d'élévation. Leur ombrage, porté au loin, nuit aux récoltes voisines, et les fruits placés vers le sommet sont souvent détachés par la violence des vents avant leur entier développement.

1"* Enfin les fruits, placés trop loin du canal direct de la sève, sont moins beaux, et les rameaux à fruit situés dans l'intérieur du cône, ne recevant pas une action suffisante de la lumière sont peu nombreux.

Poirier soumis à la lorme en quenouille. — On a longtemps confondu, et l'on confond encore la forme en quenouille avec celle en cône. Elle en diffère cependant beaucoup et par sa disposition et par ses résultats. La quenouille (fig, 80) présente un ensemble tel, que son plus grand diamètre est situé vers le milieu de la hauteur; de sorte que les branches latérales diminuent de longueur à mesure qu'elles se rapprochent de la base et du sommet, ou, en d'autres termes, cet arbre offre l'aspect de deux cônes réunis par leur base.

Il résulte nécessairement de cette disposition que la sève,

Fig. 80. Poirier soumis à la forme en quenouille.

étant surtout attirée vers le sommet par les branches vigoureuses placées vers ce point, n'a aucune action sur le développement des ramifications inférieures.

Celles - ci deviennent bientôt chétives et languissantes et disparaissent successivement à mesure que le centre d'action de la sève s'en éloigne davantage par suite de l'allongement de la tige. De sorte que si l'arbre est un peu vigoureux, il est bientôt transformé en arbre à haut vent.

La forme en quenouille doit donc être repoussée dans tous les cas, et si nous en parlons ici c'est seulement pour faire cesser la confusionqui s'est produite entre elle et les cônes qui, malgré les nombreux inconvénients qu'ils présentent, leur sont bien préférables.

On a tenté de remédier aux inconvénients que nous avons signalés pour la forme en cône en y substit uant les dispositions suivantes que nous allons examiner.

Poirier soumis à la lorme en cône ailé. — M. Cappe, qui était chargé de la culture des arbres fruitiers au Muséum d'histoire naturelle de Paris, imagina, en l8Zi5, de modifier la forire en cône de manière à permettre ainsi à la lumière d'éclairer 'plus complètement les ramifications dans toute leur étendue, de façon • à rendre la fructification plus abondante. Le nom que nous donnons à cette forme indique son caractère essentiel.

Elle présente une tige verticale ijig. 81) huée sur un tuteur % implanté dans le sol et dépassant la flèche de Tarbre de quelques centimètres. Cinq fils de fer sont attachés au sommet de ce tuteur, et partagent obliquement, du sommet à la base, le périmètre du cône en cinq parties

1. Dans le dessin en élévation que nous donnons de cet arbre, nous n'avons pas figuré ce tuteur, qui aurait produit de la confusion parmi les branches latérales ; mais il est indiqué dans la figure en plan.

Fig. 81.

Poirier soumis à la forme en cône ailé. B. Vue du plan.

égales. Ils sont fixés, à leur extrémité inférieure, surdes crochets en bois, enfoncés dans le sol à une distance du pied de l'arbre égale à la moitié du diamètre que f*on veut donner au cône. Ces fils de fer servent à maintenir, par leur extrémité, les branches latérales de Tarbre, qui diminuent de longueur à mesure qu'elles se rapprochent du sommet, et auxquelles on donne une direction un peu" ascendante. L'ensemble de ce cône est donc composé de cinq séries de branches superposées, séparées les unes des autres par une intervalle de 0'",30 environ, et dont la réunion figure cinq ailes verticales, qui, naissant sur la tige, forment entre elles un angle d'environ 72«.

Nous estimons qu'à hauteur égale le cône ailé, ainsi établi, offre autant de branches latérales que le cône proprement dit ; or, comme dans le premier les branches sont beaucoup mieux éclairées que dans le second, n^us pensons que la fructification y sera plus facile et plus abondante. Mais à côté de cet avantage nous trouvons un inconvénient, ce sont les soins assez minutieux que réclame cette forme, soit pour son établissement, soit pour son entretien, soins qui ne seront pas toujours compensés par la plus grande abondance du produit. D'ailleurs cette disposition présente tous les défauts que nous avons signalés dans les côneâ proprement dits. Aussi croyons-nous qu'on devra réserver le cône ailé, qui présente d'ailleurs un aspect très-agréable, pour le jardin des amateurs qui aiment à surmonter les difiicultés. Quant aux moyens d'imposer aux arbres cette disposition, ils sont peu compliqués. La première taille est pratiquée comme pour le cône proprement dit. On place, immédiatement après, le tuteur et les fils de fer dont nous avons parlé; puis, pendant l'été, tous les bourgeons qui se développent sont attachés sur les fils de fer, en ayant soin de les répartir également entre les cinq ailes du cône, et de façon qu'ils offrent entre eux un espace perpendiculaire de 0",30 environ; si leur nombre obligeait à les rapprocher davantage, il vaudrait mieux en pincer quelques-uns pour les transformer en rameaux à fruits. L'année suivante, le tuteur est allongé, et les fils de fer sont un peu éloignés de l'arbre pour y attacher l'extrémité des rameaux développés l'année précédente. On taille le nouveau prolongement de la flèche, mais un peu plus court que pour

vGooçle

gl

le cône proprement dit, afin d'obtenir le développement complet des boutons de la base et qu'il n'y ait pas de vide entre les nouvelles branches latérales qu'on veut obtenir et celles de Tannée précédente. Quant au mode de taille de ces branches latérales, il est le même que pour le cône proprement dit. On répète chaque année les mêmes opérations jusqu'au moment où le cône a atteint les dimensions qu'on voulait lui donner. On n'est plus obligé alors de déplacer le tuteur et les fils de fer.

Cette forme peut être imposée à toutes les espèces qui s'accommodent de la forme conique.

Taille d'un poirier soumis à lalorme en colonne. — Cette forme {fig. 82) est loin d'être nouvelle, ainsi que l'ont cru quelques cultivateurs. Elle existe depuis longtemps en Lorraine, en Flandre, en Belgique, et nous l'avons souvent rencontrée en Normandie, dans des potagers peu étendus où l'on voulait réserver le plus d'espace possible à la culture des légumes. M. Choppin, de Bar-le-Duc, l'a préconisée dans une brochure qu'il a publiée, il y a une quarantaine d'années.

Les arbres en colonne se composent d'une tige simple, verticale, s'élevant à la hauteur de k mètres et plus, et garnie régulièrement de rameaux à fruit depuis sa base jusqu'à son sommet. Il en résulte que l'ensemble de ces arbres ofl're l'aspect d'un cylindre ou d'une colonne d'environ 0"\30 de diamètre.

Fig. 82. Poirier

soumis à la forme en colonne,

vu avant la taille.

Le mode de formation de ces arbres est d'ailleurs des plus simples : lors de la première taille, supprimer la moitié environ de la hauteur de la jeune tige et favoriser le développement du bourgeon de prolongement, en mutilant les bourgeons latéraux, pour déterminer la fructification, comme nous l'indiquons plus loin au chapitre des rameaux à fruit. L'année suivante, couper la moitié de la longueur du nouveau rameau de prolongement de la tige, et ainsi de suite chaque année.

Les colonnes présentent des avantages réels, comparées aux arbres en cône : elles peuvent être beaucoup plus rapprochées Tune de l'autre (à environ 0™,80), et elles permettent ainsi la culture d'un plus grand nombre de variétés sur la même surface de terrain. L'ombrage de cet arbre est aussi moins étendu. Les rameaux à fruit sont mieux éclairés, les fruits, attachés plus près de la tige, reçoivent plus directement l'action de la sève et sont plus beaux. Enfin la formation de cette charpente est d'une simplicité extrême.

Malheureusement ces arbres ne donnent de bons résultats qu'autant qu'ils sont peu vigoureux. Autrement la sève, maintenue dans des limites trop étroites, ne donne lieu qu'à des rameaux à bois d'une grande vigueur. On pourrait, il est vrai, arriver à la mise à fruit de ces arbres, même lorsqu'ils se développent très-vigoureusement. Il suffirait pour cela de les laisser s'allonger jusqu'à 15 mètres de hauteur, comme nous l'avons vu faire parfois. Mais alors la taille leur est difficilement appliquée et la cueillette des fruits se fait avec peine. Concluons donc que cette forme n'est applicable qu'aux arbres qui, par une cause quelconque, ne poussent pas vigoureusement.

On a également tenté de substituer aux formes en cône celles dites en vase ou gobelets qui sont d'origine assez ancienne et qu'on avait abandonnées. Elles présentent des dispositions différentes. Les principales sont les suivantes :

Vase à branches verticales simples (/î^.83).— Les arbres soumis à cette forme offrent en général un diamètre de 2 mètres. Ils doivent présenter une hauteur égale, mesurée du point où naissent les branches sur la tige. Si l'on dépassait cette élévation, la face intérieure* du vase située vers la base resterait privée de l'action du soleil. Les branches latérales doivent naître à 0"\30 environ au-dessus du sol; elles

s'éloignent de la tige en suivant un angle d'environ 20°, puis s'allongent ensuite verticalement jusqu'au sommet. On réserve

Fig. 83. Vase à branches verticales simples.

un intervalle de 0'",30 entre chacune d'elles; d'où il suit que, si l'arbre a 2 mètres de diamètre, il faudra vingt branches pour garnir suffisamment le pourtour.

Pour établir la charpente de ces vases ou gobelets, on

Fig. 84. Vase à

branches verticales

ramifiées.

A. Vue

en élévation.

B. Vue en plan.

recèpe les arbres, après une année de plantation, à environ O^jZiÔ de hauteur pour faire développer à la base cinq branches principales également espacées sur le périmètre. L'année suivante ces branches sont un peu abaissées au moyen d'un cerceau, puis coupées à 0",30 de leur naissance, de manière à obtenir une bifurcation. Ces dix branches sont encore abaissées, puis coupées l'année suivante à O^^SO de leur naissance pour les faire se bifurquer une seconde fois et en porter le nombre à vingt. Ces branches sont abaissées sur un angle de Z|5°, puis, lorsque leur longueur a dépassé le diamètre que l'on veut donner au vase, on les incline sur un angle de 20° et l'on redresse leur sommet dans une position verticale. Il n'y a plus ensuite qu'à les laisser s'allonger jusqu'à la hauteur que doit acquérir le vase, en retranchant chaque année la moitié environ de la longueur totale de leurs prolongements successifs.

Pour maintenir ces diverses ramifications dans une position fixe, pendant leur formation, on emploie des cerceaux placés à des hauteurs différentes et attachés sur des piquets en bois enfoncés dans le sol. Si ce moyen est insuffisant pour donner au vase une disposition parfaitement symétrique, on enfonce dans le sol un tuteur central A , qui est solidement ûxé contre la tige de l'arbre; puis, à l'aide de petites traverses B qui font arc-boutant contre le tuteur et contre les côtés du vase, on donne à celui-ci une régularité complète.

Vase à branches verticales ramifiées (fig. 84). — Cette forme ne diffère de la première que par les branches principales, auxquelles on fait développer des branches sousmères disposées symétriquement de chaque côté.

On forme cette charpente de la même manière. Toutefois on ne laisse développer à la base que huit ou douze branches mères; on les redresse dans une position verticale, lorsqu'elles ont dépassé en longueur le rayon du diamètre de l'arbre, puis on détermine, chaque année, par la taille , la formation d'un nouvel étage de sous-mèrès destinées à remplir l'espace de O^îTO qui sépare les branches mères.

Cette forme, plus compliquée que la première, ne présente pas plus d'avantages; elle ne devra donc pas être préférée. .

Vase à branches croisées {fig. 85,\ — Cette sorte de

gobelet présente les mêmes dimensions que Içs précédents. On fait développer d'abord vingt branches principales à l'aide des moyens décrits pour le vase à branches verticales. Lors de la quatrième taille, supprimer seulement le tiers

Fig. 85. Poirior soumis à la forme en vase à branches croisées.

de la longueur des nouveaux rameaux; abaisser encore les branches de façon qu'elles se trouvent sur un angle d'environ 20°, puis redresser l'extrémité dans une position verticale, à 1 m^tre de la tige; les maintenir dans cette position à l'aide de cerceaux. Laisser développer pendant l'été un seul

bourgeon terminal ; le moment de la cinquième taille étant arrivé, croiser chacune des branches au delà de la seconde bifurcation, en les dirigeant alternativement. Tune à droite, l'autre à gauche, et de façon à les incliner suivant l'angle de 30O. La figure 86, qui montre le plan d'un arbre ainsi disposé, indique comment ces branches doivent être croisées.

Fig. 86. Plan de la^ figure 85, poirier disposé en vase ou gobelets à branches croisées.

Quant aux nouveaux prolongements des branches obtenues pendant Tété précédent, on les laisse entiers, et il devra en être de même chaque [année ; la position très-inclinée dans laquelle on les place suffit pour les faire se garnir de bourgeons dans toute leur longueur. Chacune de ces branches continue ainsi de s'allonger en formant une spirale qu'on arrête à 2 mètres de hauteur. L'arbre est alors constitué comme le montre la figure 85.

A mesure que ce gobelet s'élève, on greffe par approche chacune des branches de la charpente aux points où elles se croisent. 11 en résulte une telle solidité qu'on peut se dispenser d'aucun support lorsque la <;harpente est complètement établie.

Le choix à faire entre les gobelets à branches verticales et celui-ci n'est pas douteux; c'est à ce dernier qu'il faudrait donner la préférence. En effet cette dernière forme est obtenue aussi facilement que celle à branches verticales; elle est constituée plus rapidement, puisqu'on laisse intacts les prolongements de chacune des branches de charpente ; enfin les supports sont inutiles par suite de la greffe des branches les unes sur les autres, de façon à transformer l'arbre en un treillage cylindrique.

Comparé aux arbres en cône,' le gobelet à branches croisées présente les avantages suivants : son exécution présente moins de difficultés ; sa hauteur moins grande fait que son ombrage est moins étendu et que les fruits sont moins ébranlés par le vent. Enfin les rameaux à fruit sont mieux éclairés. Mais les arbres soumis à cette forme occupent sur le sol la même surface que ceux en cône et présente, comme ceux-ci, l'inconvénient signalé pour les petits jardins. D'un autre côté, la longueur totale des branches de charpente des arbres en gobelet est d'un tiers moins considérable que celle des arbres • en cône, d'où il suit qu'il y a une différence d'un tiers environ dans le produit pour la même surface de terrain. Nous ne pouvons donc pas admettre que cette sorte de charpente puisse être substituée avantageusement à la forme conique.

Gobelet à branches renversées [Fig. 87). — 11 y a une quinzaine d'années environ, M. Maître, amateur d'arboriculture à Châtillon-sur-Seine, a imaginé de soumettre ses poiriers à la forme indiquée par la figure 87. C'est un gobelet renversé. Ces arbres présentent une hauteur totale de 2'»,/i0 et un diamètre de 2 mètres. Les branches latérales sont placées à 0'»,30 l'une de l'autre.

Pour établir cette charpente on procède de la manière suivante : lorsque la tige du jeune arbre a atteint une hauteur d'environ 3 mètres, la couper à 2'",/i0 au-dessus du sol. Ne conserver à ce point pendant l'été que les cinq bourgeons

POIIUERS. 139

qui rayonnent régulièrement autour de la tige. Les abaisser presque horizontalement lorsqu'ils atteignent une longueur d'environ 0™,50. Au printemps suivant placer horizontalement ces cinq rameaux et les tailler en ne leur laissant que O^SO

Fig. 87. Gobelet à branches renversées.

de longueur pour les faire bifurquer. Cette opération est répétée une seconde fois au printemps suivant pour obtenir 20 rameaux, comme le montre la figure 86. Ces rameaux obtenus, les renverser verticalement à 1 mètre de la tige en les laissant entiers. Redresser un peu leur extrémité pour favoriser le développement du bourgeon terminal. Au printemps allonger verticalement les nouveaux rameaux en redressant

Fig. 88. Support en fer pour arbres fruitiers en cordon- spirale.

Fig. 89. Poiriers en cordon • spirale.

yGoogk

POIRIEKS. 141

légèrement leur extrémité. Ce mode d'opérer est continué chaque année jusqu'à ce que ces branches arrivent à O^^O audessus du sol. Leur allongement est arrêté à ce point et on redresse leur extrémité, comme le montre notre figure, afin d'avoir chaque année à ce point un bourgeon vigoureux destiné à déterminer la circulation de la sève dans toute l'étendue de chaque branche. Quelques cerceauxsont nécessaires pour maintenir l'ensemble de cette charpente. On comprend qu'on ne doit laisser développer aucun bourgeon sur la partie horizontale des branches. Autrement ceux-ci arrêteraient toute la sève au passage et empêcheraient le développement des branches.

Au lieu de diriger verticalement les branches de ce gobelet on peut leur donner une direction oblique, comme le montre la figure 85, mais en sens inverse.

Les gobelets à branches renversées peuvent être appliqués à toutes les variétés de poiriers qui poussent vigoureusement, mais plus facilement aux variétés à branches peu dressées, comme celles du beurré d'Amanlis.

Cette sorte de charpente présente les avantages et les inconvénients des gobelets à branches verticales ou à branches croisées. Nous ne pouvons donc non plus en conseiller l'emploi pour remplacer les formes en cône. Toutefois nous verrons plus loin, au chapitre de la restauration des poiriers, le parti qu'on peut tirer de cette disposition.

Taille d'un poirier soumis à la forme en cordonspirale. — Nous avons imaginé cette forme vers 1851. Elle n'est propre qu'aux arbres vigoureux. On l'applique de la manière suivante :

Établir un cylindre {fig, 88) large de 0™,60, et haut de 2",50 à 3 mètres. Le former à l'aide de six montants en fer reliés entre eux au moyen de quatre cerceaux également en fer. Fixer autour de ce cylindre trois fils de fer attachés h la base et à 0",60 l'un de l'autre. Les incliner dans le même sens, suivant l'angle de /i5". Pour fixer solidement ce cylindre dans le sol, prolonger la base des montants dans la terre jusqu'à 0'",50 de profondeur, et terminer chacun d'eux alternativement, comme on le voit, en A et en B. Placer une brique sous les fourchettes B et sur la fourchette A.

Planter autour de ce cylindre trois jeunes poiriers d'un an

m ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE,

de greffe. Les incliner, en les plantant, suivant Tangle de 60*, et retrancher le tiers de la longueur totale de leur tige. Les laisser se développer librement pendant le premier été. Lors de la taille d'hiver suivante, laisser le nouveau prolongement tout entier, s'il a atteint une longueur d'au moins 0™,30. S'il n'a pas acquis cette longueur, pratiquer la coupe sur le vieux bois pour obtenir pendant l'été un prolongement vigoureux. Au moment de la seconde taille, retrancher le tiers de la nouvelle pousse. Détacher ces tiges lors de la troisième taille, et abaisser chacune d'elles sur les fils de fer. On ne les a pas abaissés plus tôt, dans la crainte de faire développer des gourmands à la base. L'î nouveau prolongement est laissé entier, et il en sera de même chaque année. La position très-inclinée de ces prolongements successifs les fera se garnir de rameaux -à fruits dans toute leur longueur, sans qu'il soit nécessaire de les raccourcir. On donne d'ailleurs aux rameaux à fruits les soins indiqués plus loin pour les poiriers. Ces jeunes arbres arrivés à ce degré de développement, il n'y a plus qu'à les laisser s'allonger et s'enrouler jusqu'au sommet du cylindre. — Si ce cylindre offre une hauteur de 3 mètres, chaque tige aura atteint une longueur de plus de 7 mètres. Ces arbres en cordon-spirale présenteront l'aspect de la figure 89. Ces cylindres pourront être placés à l'»,10 les uns des autres.

La disposition que nous venons de décrire est loin d'être parfaite. D'abord les supports qu'elle nécessite sont assez coûteux, puis les arbres ne donnent leur produit maximum que vers la dixième année au plus tôt. Nous considérons donc ce cordon-spirale comme devant être rangé parmi les nombreuses formes de fantaisie.

De tout ce qui précède il résulte que les diverses formes que nous venons d'étudier présentent toutes des inconvénients plus ou moins graves au nombre desquels il faut surtout compter :

1° La lenteur dans l'arrivée du produit maximum ;

2° La difficulté que présente la formation de ces charpentes.

Nous conseillons donc vivement d'avoir recours, pour les poiriers cultivés en plein air, aux formes qui exigent le palissage ou formes plates et dont il nous reste à parler.

2° Formes propres aux poiriers palissés ou formes plates. — Ces formes conviennent aussi bien aux arbres cultivés en plein air qu'à ceux palissés contre les murs; mais on comprend que, pour les arbres en plein air, il faudra les pourvoir de supports et de treillages analogues à ceux employés pour les arbres en espalier. — Ces diverses formes peuvent être partagées en deux groupes : les grandes formes et ieâ petites formes ou cordons.

i® Grandes formes. — Les principales dispositions appartenant à ce groupe sont les suivantes :

Taille du poirier en palmette Verrier. — Parmi les grandes formes, les plus simples, celles qu'on obtient le plus facilement, sont à coup sûr les palmetles.

Elles sont peu compliquées, assez faciles à imposer aux arbres, et s'accommodent des surfaces de toutes les hauteurs. Parmi les diverses formes en palmette, la meilleure est, selon nous, celle qui a été imaginée par M. Verrier, qui était jardinier en chef à TÉcole régionale de la Saulsaie, et à laquelle nous avons cru devoir donner son nom.

Les arbres soumis à cette forme {/ig, 90) se composent d'une tige verticale portant une série de branches sous-mèrcF, placées à O'fSO les unes des autres et naissant, deux à deux, de chaque côté de la tige.

Ces branches suivent d'abord une direction horizontale en s'éloignant de leur point de naissance, puis se redressent ensuite au moyen d'une courbe, dans une position verticale, et s'élèvent toutesjusqu'àlalimite supérieure de cette charpente.

Le motif suivant nous fait préférer cette sorte de palmette à toutes les formes appartenant à la même série et qui ont été imaginées jusqu'à présent. Dans les autres palmettes, toutes les branches latérales acquièrent la même longueur ainsi que le montrent les figures indiquées au chapitre du pécher. Or celles du sommet, plus favorisées par l'action de la sève, sont toujours plus vigoureuses. Dans la palmette Verrier, les branches sont d'autant plus longues qu'elles naissent plus près du sol. Elles compensent donc ainsi par cette plus grande longueur et surtout par une plus grande masse de feuilles leur position défavorable, et l'équilibre de la végétation est beaucoup plus facile à établir dans Tensemble de la charpente.

.'vMV-<^VV<'^jf)'^/>^^^V^J'>

Fig. 90. Poirier soumis à la forme on palraelte Verrier.

La palmette Verrier est imposée aux arbres à Taide des procédés suivants :

Choisir, pour la plantation, des. greffes d*un an. Planter les arbres à . une distance telle, les uns des autres, qu'ils couvrent sur le mur une surface de 16 à ÎO mètres carrés. Cette surface est nécessaire, sous peine de restreindre la sève dans des limites trop étroites et de nuire à la fructification par suite d'un excès de vigueur. Faire sur la tige une

Fig. 91. Poirier en palmette Verrier.

1« taille.

Fig, 92. Poirier en palmette Verrier.

2« taille.

suppression suflBisante pour rétablir l'équilibre entre l'étendue de la tige et celle des racines qui ont été conservées.

Première taille. — N'appliquer la première taille qu'au moment où les jeunes arbres sont bien repris, au plus tôt, après une année de plantation. Tailler la tige à 0">,30 environ au-dessus du sol en A {fig. 91), immédiatement au-dessus de trois boutons, un de chaque côté, pour donner lieu aux deux premières branches sous-mères, le troisième au-dessus, en avant, pour fournir le prolongement de la tige.

Vers le milieu de mai, procéder à l'ébourgeonnement; conserver sur chaque jeune tige seulement les trois bourgeons résultant des trois boutons dont nous venons de parler. Main-

tenir entre chacun d'eux un degré de vigueur égal. Si l'un des bourgeons latéraux devient plus vigoureux que l'autre, le détacher et l'incliner, puis redresser l'autre le plus possible. Les maintenir dans cette position jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli entre eux.

Deuxième taille, — Après la chute des feuilles, ces jeunes arbres seront constitués comme le montre la figure 92. Supprimer seulement le tiers de la longueur totale de chacun des rameaux latéraux en A, pour les faire se garnir de bourgeons et par suite de rameaux à fruit sur toute leur étendue. Si l'un d'eux est plus vigoureux que l'autre, le tailler plus court et allonger davantage le plus faible. La coupe des branches dQ la charpente des arbres en espalier est toujours faite audessus d'un bouton placé en avant, afin que la plaie résultant de la section soit dirigée du côté du mur.

Couper le prolongement de la tige en B, à 0'",15 au-dessus du point d'attache des deux rameaux latéraux, en choisissant seulement un bouton bien placé pour prolonger de nouveau la tige. On ne fait pas développer un second étage de branches sous-mères pendant cette deuxième année, afin de favoriser le développement des premières, qui resteraient trop faibles si l'on allongeait trop rapidement la tige. Toutefois on fera fiéchir cette règle en prenant un second étage dès la deuxième année, si les deux rameaux latéraux sont aussi vigoureux que le rameau central.

Maintenir, pendant l'été suivant, un degré de vifçueur égal

Fig. 93. Poirier en palmette Verrier. 3« taille.

entre les nouveaux bourgeons de prolongement des deux premières branches sous-mères.

Troisième taille. — L'année suivante, les arbres ont donné

les résultats indiqués par la figure 93. Les opérer de la manière suivante :

Tailler les branches sous-mères comme la première année, en retranchant le tiers de la longueur du nouveau prolongement. Couper le prolongement de la tige en A à 0™,15 de la coupe précédente, et au-dessus de trois boutons placés pour obtenir un nouvel étage de branches sous-mères pendant l'été suivant. — On pourra désormais faire développer un nouvel

Fig. 05. Poirier en palmette Verrier. 3< taille.

étage chaque année, car les branches inférieures qu'on voulait favoriser ont acquis assez de force. Maintenir, pendant l'été, l'équilibre de la végétation entre les nouveaux bourgeons de prolongement de la charpente.

Quatrième taille. — La figure 9U montre les progrès faits par ces arbres pendant la végétation précédente. Couper les nouveaux rameaux de prolongement comme nous l'avons indiqué pour les années antérieures. Tailler le nouveau prolongement de la tige en A, pour en obtenir un troisième étage

Fig. 96. Moyen pour obtenir deux branches sous-mères en une année.

de branches sous-mères. Donner, pendant l'été, les soins décrits précédemment.

Cinquième taille. — Lors de la cinquième taille, les jeunes arbres ont acquis le développement que montre la figure 95. Couper le prolongement de la tige en A, pour obtenir un quatrième étage de branches sous-mères. Tailler le prolongement des branches latérales comme les années précédentes. Lors de cette taille, les deux branches sous-mères inférieures ont ordinairement acquis assez de longueur pour que, placées dans une position horizontale, elles dépassent la limite latérale que l'arbre ne doit pas franchir. On les abaisse alors dans cette position, puis on redresse leur extrémité au moyen d'une

courbe pour la placer dans une position verticale, comme le montre notre figure. On continue ensuite à allonger ces deux branches suivant cette direction, au moyen de prolongements successifs; mais on retranche alors, chaque année, sur ceuxci, la moitié de leur longueur. Arrivés à la limite supérieure de cette charpente, ces deux branches sont coupées, chaque année, à 0"\/iO au-dessous de cette limite, afin de laisser la place au développement d*un bourgeon terminal, nécessaire

pour attirer la sève vers ce point et la forcer à nourrir, en passant, tous les rameaux à fruit.

Toutes les branches sousmères de ces arbres sont soumises successivement à ce traitement, et, vers la quatorzième année, la charpente de ces arbres est complètement achevée. Elle couvre alors une surface d'environ 18 mètres carrés et offre Taspect de la figure 90.

Obtention de deux étages de branches dans la même an7iée. — Au moment où les deux ou trois étages de branches sous-mères inférieures d'un poirier auront atteint tout leur développement, et que ces branches auront une grosseur convenable, au lieu de ne faire développer chaque année qu'un seul de ces étages, comme on a dû le faire jupque-là, on pourra hâter la formation de l'arbre, lorsqu'il présentera d'ailleurs une grande vigueur ; on usera alors du moyen suivant : lorsque, pendant l'été, le bourgeon terminal de la branche mère aura dépassé de 0™,20 environ le point où l'on doit obtenir de nouvelles sous-mères Tannée suivante, on coupera ce bourgeon immédiatement au-dessus de ce point en A [fig. 96), en faisant en sorte qu'il se trouve au-dessous de cette coupe un œil placé en avant; puis, un peu plus bas, deux autres yeux, l'un à droite, l'autre à gauche, I41 sève.

Fig. 97. Résultat do l'opération précédente.

arrêtée dans son mouvement d'ascension par cette coupe, réagit sur le développement de ces trois yeux qui donnent lieu à trois bourgeons anticipés (A, B, B, fig. 97). Celui du centré (A) sert de prolongement à la branche mère, et les deux latéraux (B) forment de nouvelles sous-mères. Il résulte de

Fig. 98. Obtention de branches latérales opposées.

1" opération.

Fig^ 99. Obtention

de branches latérales opposéei

2« opération.

ce mode d'opérer que Ton peut obtenir quatre branches sous-mères chaque année au lieu de deux, et qu'ainsi l'arbre est bien plus vite formé. D'un autre côté, on utilise la sève, qui, sans cela, serait employée inutilement à prolonger vigoureusement la branche mère destinée à être taillée très-court lors de l'hiver suivant. Nous devons répéter que ces avan-

tages ne peuvent être obtenus qu^après la formation complète des sous-mères inférieures. Si Ton usait de ce moyen avant cette époque, on s'exposerait à voir Taccroissement de ces sous- » mères rester stationnaire. Le procédé que nous venons de décrire peut être employé pour presque toutes les grandes formes qui conviennent aux arbres palissés.

Opérations pour régulariser la charpente de la palmette Verrier. — La symétrie et la régularité dans la charpente des arbres ont surtout pour but de rendre plus facile le maintien de Téquilibre de la végétation dans toutes les parties de cette charpente et par conséquent de prolonger la durée et la fertilité de chacun des points de son étendue. Si, par exemple, l'une des branches latérales de l'arbre indiqué par la figure 9/i était à 0™,08 ou 0"*,10 au-dessus du point où la branche opposée est placée, la première sera toujours plus vigoureuse que la seconde parce qu'elle sera plus rapprochée du sommet et qu'elle recevra une action plus intense de la sève. Or, par suite de diverses circonstances, il n'est pas toujours facile de faire naître les branches juste au point qu'elles devraient occuper dans l'intérêt de la symétrie de la charpente. Ceci nous conduit à examiner les divers moyens à employer pour surmonter ces difficultés.

1° Vers la fin de juillet, placer un ou deux écussons sur le bourgeon de prolongement de la tige, au point où l'on aura à faire naître un nouvel étage de branches latérales au moyen de la taille d'hiver suivante ; 20 Vers la fin de juin, couper le bourgeon de prolongement de la tige en A {fig, 98) immédiatement au-dessus d'une feuille située en avant, et à la hauteur du

Fig. 100. Obtention de branches latérales opposées. 8« opération

point où Ton aura à faire développer un nouvel étage l'année suivante. Laisser s'allonger librement le bourgeon anticipé A {fig. 99) qui naîtra bientôt à l'aisselle de cette feuille et pincer ceux qui apparaîtront au-dessous en C. Lors de )a taille d'hiver, couper le rameau de prolongement en B {fig, 100) au-dessus de l'œil situé en A et le plus rapproché du point où est né le bourgeon anticipé résultant de la taille d'été. Comme il existe toujours à ce point d'attache du rameau anticipé un grand nombre d'yeux rudimentaires qui se développeront en bourgeons lors d'une action suffisante de la sève, on choisira deux de ces bourgeons placés latéralement en G et D pour former l'étage de branches et on supprimera les autres. Ce procédé convient surtout aux arbres vigoureux;

3<» On peut encore avoir recours à l'ingénieux moyen imaginé récemment par M. Leclerc, amateur d'arboriculture à Chartres, et qui est encore peu connu.

Voici en quoi il consiste :

Lors de la taille d'hiver, déterminer le point où doit naître sur la tige un nouvel étage de branches latérales, soit le point A (fig, 101). Descendre le bouton B à la hauteur du bouton G, en incisant latéralement le rameau de prolongement, comme l'indique cette même figure; cette incision doit comprendre le tiers environ du diamètre du rameau. Placer un corps étranger à la base de l'entaille pour empêcher les parties de se réunir, puis appliquer un peu de mastic à greffer sur l'esquille de bois qui porte le bouton B; enfin couper le rameau au-dessus du bouton D, qui prolongera de nouveau la tige. Ces trois boutons se développeront en bourgeons vigoureux ; à la fin de la végétation, les plaies seront complètement cicatrisées, et l'on aura ainsi obtenu deux branches latérales attachées exactement à la même hauteur sur la tige.

Cette opération peut être aussi pratiquée pendant l'été,

Fig. 101. Développement opposé des branches latérales pour les arbres en palmette simple. (Opération d'hiver.)

vers le milieu de juin, sur le jeune bourgeon qui prolonge la tige. Pour cela, un nouvel étage de branches devant être obtenu en A {fig. 102), on descend la feuille B à la hauteur de la feuille C, en incisant latéralement le bourgeon, comme le montre la figure 102. On prend également le tiers du diamètre du bourgeon. On coupe ensuite ce bourgeon au-dessus de la

feuille D. Bientôt l'œil placé à Taisselle de chacune de ces trois feuilles se développe en bourgeon anticipé, et les plaies sont complètement cicatrisées avant la fin de la végétation. Ce dernier mode d'opérer devra être préféré au premier pour les arbres à fruits à noyau, surtout pour le pêcher; cette mutilation, pratiquée lors de la taille d'hiver, pourrait déterminer la maladie de la gomme ;

Zi° Si le bouton latéral, sur le développement duquel on comptait, restait endormi, on pratiquerait, lors de la taille d'hiver, immédiatement au-dessus de son point d'attache, une entaille semblable à celle indiquée en B {(ig. 70, p. 118);

5" Lorsqu'on voudra faire développer une branche latérale sur une tige déjà un peu grosse, là où on ne trouve aucune trace de bouton et qu'il y aura dans le voisinage un rameau bien placé, on pratiquera la greffe décrite page 119 ;

6° Enfin, si le rameau dont nous venons de parler n'existe pas, on a recours, pour obtenir cette branche, à la greffe indiquée, page 120 (fig. lU et 75).

Fig. 102. Même procédé que le précédent, pratiqué pendant l'été.

l'aille des rameaux à fruit. — Tout ce que nous venons de dire de la palmette Verrier s'applique à la formation de la charpente. Quant aux rameaux à fruit, on legr donne tous les soins que nous décrivons plus loin, page 19/i.

Palissage des poiriers en espalier ou en contreespalier. — Pour les poiriers palissés, ce sont seulement les branches de la charpente et les bourgeons destinés à prolonger ces branches qui doivent être soumis au palissage. Cette opération influe beaucoup sur le succès de la formation de la charpente.

Palissage d'hiver, — Cette opération est destinée à fixer solidement les branches de la charpente contre les supports. Il faut suivre à cet égard les règles suivantes : diriger chacune des branches sur une ligne parfaitement droite, depuis sa naissance' sur la tige jusqu^à son extrémité, à moins de nécessité absolue, comme dans la palmette Verrier. La moindre déviation à cette ligne droite fait obstacle à la circulation de la sève, et celle-ci donne lieu, vers le point où commence la courbure, à des bourgeons gourmands qui absorbent inutilement une grande quantité de sève.

Placer les branches qui naissent à la même hauteur contre la tige exactement suivant le même degré d'inclinaison; autrement la plus abaissée deviendra bientôt moins vigoureuse que l'autre. 11 n'y a d'exception à cette règle que pour le cas où l'équilibre de la végétation est déjà rompu entre ces deux branches. Il faudra alors abaisser la plus forte et redresser la plus faible.

Les branches qui doivent être placées obliquement ou horizontalement, lorsque la charpente de l'arbre est terminée, ne devront être amenées dans cette position que progressivement ; si on les y place tout d'un coup, lorsque, par exemple, elles sont encore à l'état de bourgeon ou de rameau, il en résulte que toute la sève passe dans le prolongement de la tige, et que le développement des branches sous-mères ainsi abaissées est presque complètement suspendu. Ainsi donc la branche E {fig. 95) a été d'abord placée en B pour favoriser son développement, puis ensuite en C, puis, l'année suivante, en D ; ce n'a été qu'après qu'elle a eu acquis assez de longueur pour arriver en F, qu'on l'a placée dans sa position défi-

nitive. Si on Teût mise en place alors qu'elle n'avait pas assez de longueur pour être dressée verticalement, son développement se serait arrêté. Toutes les autres branches sous-mères seront successivement soumises à cet abaissement progressif. Palissage dété, — Dans les poiriers, le palissage d'été porte seulement sur les bourgeons de prolongement des branches de la charpente. Chacun de ces bourgeons est fixé contre le mur ou contre le treillage, à mesure qu'il s'allonge, et cela dans une direction bien parallèle à la branche qui le porte. On commence à attacher les bourgeons dès qu'ils ont atteint une longueur de 0",30.

Si ce palissage d'été est fait sur treillage, on fixe à l'extrémité de chaque branche de la charpente, après la taille et aux points où l'on veut obtenir de nouvelles branches, une petite baguette bien droite en bois sec et placée dans une direction bien parallèle à cette branche. Ces baguettes servent à conduire chacun des bourgeons de prolongement. Ces bourgeons étant ainsi dirigés, rien n'est si facile, lors du palissage d'hiver suivant, que de donner une direction bien droite aux branches de la charpente.

Nous avons indiqué, page 22, les circonstances qui déterminent le choix à faire entre le palissage à la loque et le

palissage sur treillage. Dans l'hypothèse où l'on choisirait le palissage sur treillage, nous devons indiquer ici la disposition qu'il convient de donner à ce treillage ! pour les poiriers soumis à la \\ forme en palmette Verrier.

Les treillages en bois destinés à cette forme pourront se composer de mailles larges de 0'",20 sur 0'>S25 de hauteur (fig. 103).

Les baguettes de ce treillage, en chêne ou en châtaignier, devront être peintes à trois couches, fixées entre elles au moyen de clous rivés et attachées au mur à l'aide de crochets en fer (A) placés de mètre en mètre dans le sens vertical et horizontal. Ces treillages coûtent de 2 à 3 francs le mètre carré.

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Fig. 103. Treillage en bois.

Si Ton a recours au fil de fer pour les mêmes arbres, on donnera au treillage la disposition suivante (fig, 40/i). Tendre contre le mur une série de fils de fer galvanisés, n» l/i, placés en lignes horizontales à 0"',30 l'une de l'autre. Ces lignes, so-

Fiy, 104. TreiUage en fil de fer pour les poiriers en palmette.

lidement fixées à chaque extrémité du mur, doivent être supportées de mètre en mètre par de petites pattes en fer (B, fig. 104 et 105). On les roidit aussi complètement que

Fig, 105. Pattes en fer pour supporter les fils de fer.

possible au moyen du tendeur ColUgnon (A, fig. lO/i, 107 et 108), toujours placé à l'une des extrémités des lignes. Voici comment on emploie ces tendeurs : lorsque le tendeur est fixé à Textrémité de la ligne, on y attache le fil de fer sur lequel on fait glisser le nombre de pattes en fer nécessaire pour le soutenir sur toute sa longueur; ensuite attacher au mur l'autre extrémité en la roidissant un peu. Enfoncer les pattes dans le

mur en les distribuant de mètre en mètre, puis roidir le fil de fer le plus possible à l'aide du tendeur. On se sert, pour faire agir celui-ci, d'une clef en fer {fig. 106) que l'on place sur la tête carrée (A) de l'axe. On imprimera à cet axe un mouve-

Fig. 106. Clef du tendeur CoUignon.

ment de rotation qui enroule le 01 de fer et roidit celui-ci. Cette sorte de treillage coûte, non compris la pose, 28 centimes le mètre carré *.

La ligature la plus convenable pour attacher les branches

Fig. 107. Tendeur Collignon perfectionné.

lors du palissage d'hiver est l'osier. On aura soin de placer entre le treillage *en bois et la branche, à chaque point où celle-ci est fortement comprimée contre le treillage, un peu de liège pour empêcher la branche d'être meurtrie. S*il s'agit

Fig, 108. Profil de la figure précédente.

de treillages en fil de fer, on obtiendrait le même résultat en faisant faire 'à l'osier un tour complet sur le fil de fer avant d'y appliquer la branche. Il faut aussi veiller, pendant Tété, à ce que les branches, en grossissant, ne soient pas étranglées

1. On trouve tous ces objets au prix que nous' indiquons, chez M. Thiry jeune, lai, rue Lafayette, à Paris.

yGoogle

par les ligatures. Ce cas arrivant, il faudrait se hâter de supprimer ces ligatures partout où il se manifesterait.

Fig. 109. Palmette Verrier contre un mur en pente.

Quant au palissage d'été, on emploie comme ligature soit du jonc vert, soit du jonc séché, qu'on fait ramollir dans l'eau au moment de l'employer.

Poiriers en demi-palxuette pour les terrains en

pente. — Les grandes formes composées de deux côtés symétriques ne peuvent être appliquées aux arbres placés sur des terrains très-inclinés. Supposons en effet qu'on veuille établir une palmette Verrier contre un mur ou un treillage présentant

Fig, 110. Demi-palmette Verrier contre un mur en pente.

une pente de 0'",10 par mètre; on aura le résultat que montre la figure 109. Cette charpente sera complètement irrégulière; les branches symétriques, d'inégale longueur, ne présenteront pas la même vigueur ; des vides fâcheux existeront sur certains points de l'étendue de ces arbres en A, B, C, D; et ces

inconvénients sont inévitables avec les grandes formes composées de deux côtés symétriques ; car il faut toujours placer les branches latérales correspondantes exactement dans la même position par rapport à Thorizon, sous peine de voir celles qui seront plus inclinées perdre leur vigueur et disparaître bientôt.

Un seul moyen permet d'établir régulièrement des grandes formes dans ces conditions. Il consiste à remplacer les formes à deux côtés symétriques par des demi-palmettes, comme le montre la figure 110. Mais il conviendra de faire occuper à ces arbres la même surface qu'aux arbres complets, soit 16 à 20 mètres carrés. Pour cela on donnera aux branches latérales une fois plus de longueur. Ces branches, dirigées parallèlement à la pente du sol, doivent toujours remonter vers le point le plus élevé du terrain. Ajoutons que chacune de ces branches est obtenue en courbant le rameau de prolongement de la tige, comme le montre notre figure et pour les motifs indiqués plus loin au chapitre du pécher pour la palme tte de Le Berriays.

Enfin la tige et l'extrémité des branches devront suivre une direction verticale, comme l'indique notre figure.

Malheureusement ces demi-formes présentent un inconvénient inévitable : c'est que, ne pouvant faire développer qu'une seule branche latérale chaque année, et ces branches étant une fois plus longues que pour les formes composées de deux côtés, il faudra une fois plus de temps pour faire occuper à l'arbre l'espace qui lui a été réservé.

Palmette à branches arquées [fig, 111). — Les chartreux de Paris, ayant dans leur jardin des arbres dont la fructification se faisait longtemps atiendre, imaginèrent, pour les mettre à fruit, d'arquer les branches, en attachant de lourdes pierres au bout de chacune d'elles. La chronique rapporte que, lorsque le vent agitait ces pierres pendant la nuit, et les poussait les unes contre les autres, elles faisaient un tel carillon, que les pères, ne pouvant dormir, abandonnèrent ce procédé.

Vers 1780, M. Fanon et plus tard M. Cadet-Devaux ressuscitèrent cette pratique et retendirent indifféremment à tous les arbres fruitiers.

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Fig, 111. Poirier soumis à la forme en palmette à branches arquées.

POIRIERS. m

Ils espéraient ainsi remplacer complètement la taille; mais Tabus qiiMls ont fait de cette arcure des branches a donné des résultats si désastreux, que cette opération, vraiment utile dans quelques circonstances exceptionnelles, a été entièrement délaissée.

Il y a quelques années cependant, on en a essayé de nouveau l'usage, en l'appliquant aux arbres en cône (p. 70). Nous croyons qu'on peut aussi quelquefois l'étendre avantageusement aux arbres en espalier ou en contre-espalier, mais seulement aux poiriers et pommiers qui poussent trop vigoureusemeni pour se mettre facilement à fruit.

Voici, dans ce cas, comment nous conseillons d'opérer. S'il s'agit d'une palmette Legendre (fig, 111), ou autres qui s'en rapprochent, on commence par supprimer une branche sous-mère sur deux, de manière à laisser entre chacune de celles que l'on conserve un espace de 0"',60 environ. Ces branches sont placées dans une position horizontale, si elles n'y sont déjà ; puis on incline leur extrémité, ainsi que nous l'indiquons dans notre ligure. Pendant l'été qui suit cette opération, on choisit à la partie supérieure des branches un certain nombre de bourgeons situés à la distance d'un mètre les uns des autres; on les laisse se développer librement; et, lorsqu'ils ont atteint une longueur de 1™,50 environ, on les courbe de telle sorte que leur sommet vienne toucher le point où naît le rameau suivant. Cette opération, d'abord appliquée à la moitié inférieure des branches sous -mères, l'est ensuite aux branches sous-mères supérieures. On arrive ainsi à fortifier les ramifications de la base de Tarbre.

Voyons maintenant ce qui résultera de cette pratique. Les branches sous-mères, arquées à leur extrémité, cesseront tout accroissement en longueur; il en sera de même des branches de troisième ordre développées à la partie supérieure. Mais on verra apparaître, au-dessus des ramifications horizontales et au sommet de la courbe des branches tertiaires, de nombreux bourgeons qui auront une tendance à former des rameaux gourmands. Tous les autres boutons sont promptement transformés en boutons à fleur. Pour éviter la présence des rameaux gourmands, tous les bourgeons que l'on supposera devoir y donner lieu seront pinces à 0™,03 environ de leur

naissance lorsqu'ils n'auront que 0™,06. La greffe de rameaux à fruit sera aussi appliquée sur les productions trop vigoureuses.

A l'aide de l'arcure, on arrivera promptement à faire mettre à fruit les arbres en espalier ou en contre-espalier les plus rebelles; mais ce procédé devra être réservé pour les arbres trop vigoureux, car, si on l'appliquait indifféremment à tous les individus, il en résulterait souvent que, promptement épuisés par l'excessive fécondité que détermine cette opération, beaucoup périraient.

Nous pourrions décrire encore ici quelques autres grandes formes é.:^alement applicables aux poiriers. Nous préférons traiter de ces autres sortes de charpentes en occupant plus loin du pêcher. Il suffira, pour les appliquer au poirier de laisser seulement un intervalle de 0™,30 entre les branches de charpente.

Au point où en est arrivé le progrès de l'arboriculture, en employant les procédés les plus prompts, il faut encore environ quatorze ans pour former complètement la charpente d'un poirier soumis à l'une des grandes formes qui précèdent et couvrant une surface de 16 à 20 mètres carrés. Ajoutons que les soins nécessaires pour obtenir ces diverses formes, même les moins compliquées, ainsi que les moyens destinés à maintenir l'équilibre de la végétation entre les diverses parties de ces arbres, sont assez difficiles pour que bon nombre de jardiniers échouent dans leur exécution.

Frappé de ces inconvénients nous avons cherché à y remédier en imaginant des formes qui, beaucoup plus faciles à établir que les précédentes, permissent d'occuper régulièrement l'espace réservé à chaque arbre dans un laps de temps beaucoup plus court et permissent d'obtenir le pro-. duit maximum beaucoup plus rapidement sans abréger sensiblement la durée des arbres.

Ces nouvelles formes sont les petites formes ou cordons dont il nous reste à parler.

20 Petites formes ou cordons. — Les principales dispositions appartenant à ce groupe sont les suivantes :

Taille des poiriers en contre-espalier double en cordon vertical simple. — Les arbres en cône sont rem-

POIRIERS. les

placés sur les plates-bandes du jardin fruitier par un contreespalier double situé au milieu de ces mômes plates-bandes larges de 3 mètres, séparées Tune de l'autre par un chemin de 1"*,50 et dirigées, autant que possible, du sud au nord. Les figures 112 à 116 montrent le détail de ces contre-espaliers doubles.

LéOSNDBS DBS PIOURBS 113 A 115.

A. Poteaux placés à 6 mètres les uns des autres.

B. Fils de fer galvanisés n* 14.

P. Fil de fer galvanisé n« 16, reliant entre eux les poteaux sur la ligne et fixé au sommet des murs.

G. Petites traverses en fer de 0",42 de longueur, percées aux deux extrémités et supportant les fils de fer B.

D. Roidisseurs.

B. Lattes placées sur la face de devant du contre-espalier pour conduire la tige des arbres.

F. Lattes placées sur la face de derrière id.

O. Fil de fer reliant les poteaux entre eux eh travers des lignes et fixé au sommet des murs.

R. Brique à plat sur laquelle les poteaux sont posés.

N. Pommiers en cordon horizontal.

Des poteaux cylindriques (A) en bois résineux, passés au sulfate de cuivre, si Ton veut augmenter leur durée, de 3"*, 50 de longueur et de 0™,li!i de diamètre, sont enfoncés dans le sol, à 0"»,50 de profondeur, au milieu des plates-bandes, et à environ 6 mètres les uns des autres. Des fils de fer galvanisés, n° 16 (P, fig. 113 et 116), passent sur le sommet de chaque poteau dans le sens des lignes, en traversant un piton vissé sur ces poteaux et va s'attacher, à chaque extrémité, au sommet des murs.

D'autres fils de fer semblables (0, fig. ll/i et 115) passent aussi sur le sommet des poteaux, mais dans une direction perpendiculaire aux premiers, et vont également se fixer au sommet des murs. Ces fils de fer sont parfaitement tendus à Taide du roidisseur Colignon (D, fig. 113, ll/i et 115). Ces poteaux ainsi enchaînés au sommet et à la base sont solidement fixés. On place ensuite sur chacune des deux faces de la ligne de poteaux quatre fils de fer n*» 1/i (B, fig. 113 et 114). Ces fils de fer superposés sont fixés à chaque extrémité des lignes sur de petites traverses en fer (C, fig. 113, 11/i et

115), longues de 0"»,Zi2, percées d'un trou à chaque extrémité et vissées sur les poteaux. Ces fils de fer sont supportés par des traverses semblables fixées sur les poteaux intermédiaires. Ils sont également tendus à Taide d'un roidisseur. On fixe enfin contre ces quatre derniers fils de fer, et de chaque côté de la ligne, une série de petites lattes en bols de sciage de 0™,015 carrés (E, F, fig, 113, IIA et 115). Ces lattes, longues de l'",50, attachées sur les fils de fer au moyen d'un nœud de fil de fer très-fin, sont placées à 0"»,30 l'une de l'autre, sur la ligne, en les alternant de chaque côté, comme le montre la figure 114. Elles sont destinées à conduire la tige des jeunes arbres et sont remontées sur les deux fils supérieurs lorsque les arbres les ont dé-

Il n'y a plus ensuite qu'à procéder à la plantation. Les arbres placés contre ces supports sont soumis à la forme en cordon vertical simple (/îp^. 112) et sont plantés de chaque côté des contre- espaliers à 0"\30 Tun de l'autre, un contre chaque latte. On établit en outre une ligne de petits pommiers en cordon horizontal (N, ^g, 115), à 0»s25 des borda de chacune des plates-bandes. (Voir le chapitre du pommier.) Quant au mode de formation de la charpente de ces poiriers, il est en tout semblable à celui indiqué plus haut pour les arbres en colonne (page 131) .

Au lieu de garnir les deux faces de ces contre-espaliers avec des arbres en cordons verticaux simples {fig. 112), on pourra former les arbres en cordons verticaux doubles (page 190) en plantant ces arbres à 0"*,60 l'un de l'autre, au lieu de 0'"30. Nous indiquons à la page 191 le mode de formation de ces arbres. On pourra choisir iudififéremment l'une ou l'autre de ces dispositions, car elles offrent toutes deux des avantages et des inconvénients qui se compensent. Ainsi, pour les cordons verticaux doubles on économisera la moitié du nombre d'a,r-

bres nécessaires pour les cordons simples; mais on perdra une aimée sur la formation de la charpente, puisqu'il faudra

Fig. 113. élévation vue de face d'un contre-espalier.

Fig. 114. Plan de la figure 113.

recéper ces jeunes arbres pour faire développer à la base les deux tiges dont on a besoin. En outre, il faudra se préoccuper d'équilibrer la végétation entre ces deux tiges. Ces deux in-

convénients n'existent pas pour les cordons simples, mais il faut planter un nombre d'arbres une fois plus considérable. Dans l'un et l'autre cas, il faut choisir pour ces sortes de

Fig. 115. Profil de la figure précédente, coupa en élévation d'une plate-bande.

plantations des poiriers d'un an de greffe, et il faut en outre avoir grand soin de grouper ensemble les variétés semblables, c'est-à-dire que, si l'on a à planter 20 beurrés magnifiques, il faut en placer iO sur une face du contre-espalier et 10 sur

la face opposée, et ainsi de même pour les autres variétés . Autrement il pourrait arriver qu^on plaç&t dos à dos deux variétés de vigueur très-différente. Il en résulterait nécessairement que, dans une plantation aussi serrée, la variété vigoureuse nuirait à celle qui Test moins.

Comparons maintenant les résultats de ce nouveau mode de culture avec Tancien. Supposons la surface de deux jardins fruitiers présentant exactement la même étendue et que ces deux surfaces soient également . partagées en platesbandes larges de 3 mètres et séparées par des chemins de i">,50, comme on le fait habituellement pour la plantation des arbres en cône ; si l'on consacre Tune de ces surfaces aux cônes et l'autre aux contre-espaliers doubles en cordon vertical, et que Ton détermine la longueur totale des branches de charpente que l'on pourra obtenir sur Tune et sur l'autre de ces deux surfaces, on aura le résultat suivant : si les cônes donnent 2,500 mètres de longueur totale de branches de charpente, les contre-espaliers en donneront 5,000 mètres pour la même étendue.

Nous devons rappeler que le produit maximum des cônes ne pourra être obtenu que vers la quatorzième année après la plantation, tandis que celui des contre-espaliers apparaîtra vers la sixième année au plus tard.

Ces contre-espaliers nous donnent donc, pour la même surface de terrain, une fois plus de branches de charpente, et par conséquent une fois plus de fruits que les arbres en cône, et leur produit maximum arrive huit ans plus tôt.

On pourrait faire, il est vrai, une objection à cette nouvelle disposition : c'est que les frais d'acquisition d'arbres sont beaucoup plus élevés que pour la même surface plantée d'arbres en cône. Cela est vrai, puisque pour les pyramides on ne plante qu'un arbre pour 3 mètres de longueur de platebande, tandis qu'il en faudra 20 pour la môme longueur consacrée aux contre-espaliers.

Nous répondrons d'abord à cette objection qu'il suffira de trois années de produit maximum pour payer, et au delà, cet accroissement de dépenses, et qu'il restera encore comme avantage, au profit des contre-espaliers, cinq années de produit maximum une fois plus considérable que celui des arbres en

Cône, pçur la même surface de terrain; qu'en second lieu, on pourra se dispenser presque complètement de faire ces avances; au liefu d'acheter des arbres greffés, on plantera en pépinière déjeunes sujets qu*on payera 2 centimes chacun et qu'on plantera à demeure après une année de greffe.

En suivant ce dernier mode d'opérer, on aura un retard de deux années pour le produit maximum ; mais il restera encore un avantage de six ans au profit de la nouvelle méthode comparée à Tanclenne.

On a encore présenté cette objection, à savoir [que ce mode de culture ne peut être employé que dans les jardins

Fig. 116. Moyen de consolider les contre-espaliers sans le secours des murs.

complètement entourés de murs, afin de pouvoir fixer à leur sommet les fils de fer destinés à maintenir les poteaux des contre-espaliers. Cette difficulté peut.être facilement surmontée en procédant de la mapière suivante : pour remplacer le mur "HattrtrdErection A fig. 116), le fil de fer B, après avoir été fixé au sommet eu poteau G, se prolonge vers le poteau D, placé à 3™,50 du poteau C; ce dernier poteau est couché sur l'angle de ûô*» et s'élève à 0"*,60 au-dessus du sol. Le fil de fer, fixé sur ce second poteau, se prolonge verticalement vers le sol où il est attaché sur une pierre E, enterrée à 0"»,/iO de profondeur. Un tendeur F roidit le tout convenablement. Le poteau D n'est utile que pour élever le fil de fer, afin qu'il nuise

le moins possible à la circulation sur le chemin G; autrement il pourrait être dirigé directement vers le sol en suivant Tangle dé Zi5<'.

La disposition que nous proposons pour les poiriers culti* vés en plein air offre sur les arbres en c6ne les avantages suivants :

l"" Produit maximum obtenu huit ans plus tôt;

2» Rendement du double plus considérable pour la même surface de terrain ;

3** Possibilité de soustraire très-facilement ces arbres à rinfluence des gelées tardives du printemps, ainsi que nous l'expliquerons au chapitre des abris;

4° Branches de la charpente plus régulièrement éclairées que celles des arbres en cône et se garnissant mieux de rameaux à fruit;

5» Possibilité de placer dans un petit jardin un plus grand nombre de variétés, et de pouvoir prolonger ainsi la durée de la consommation de ces fruits ;

6" Simplicité extrême dans les opérations destinées à )a formation et à l'entretien de la charpente de ces arbres;

T Enfin les vides laissés par la mort accidentelle de ces arbres sont remplis bien plus rapidement qu'avec les arbres en cône. Toutefois les remplacements dans ces plantations serrées exigent les soins suivants : pour chaque arbre à remplacer, ouvrir un trou de 0™,30 de largeur sur 0»s50 de longueur et 0",/iO de profondeur; couper impitoyablement, sur les deux parois latérales de la tranchée, (les racines des deux arbres voisins ; appliquer une planchette très-mince, en bois blanc, contre ces deux parois, afin d'empêcher les racines des arbres voisins de nuire au nouveau venu; choisir, pour planter, un arbre formé ayant environ 3 mètres de hauteur ; remplir le trou avec de la terre bien fumée et arroser pendant Tété avec de l'engrais liquide.

£n présence des avantages que présentent ces sortes de contre-espaliers, nous n'hésitons pas à conseiller d'une manière presque exclusive ce nouveau mode de culture pour les poiriers en plein air.

Taille du poirier en cordon horizontal unilatéral. ^ Cette forme a d'abord été exclusivement employée pour

les pommiers; mais depuis quelques années on a tenté de l'appliquer au poirier. Nous avons vu des essais assez satisfaisants: Toutefois nous pensons que la place qu'on leur fera occuper sera mieux utilisée par les pommiers. On ne devra donc y soumettre les poiriers qu'exceptionnellement; ajoutons qu'il ne faudra choisir pour cela que des variétés greffées sur ^cognassier et qui soient peu vigoureuses. Autrement le peu d'étendue donné à la charpente et la position horizontale que doit avoir la tige unique de ces arbres feraient développer un grand nombre de rameaux gourmands qui empêcheraient la fructification.

Les variétés suivantes peuvent convenir pour cette disposition :

Louise-bonns d'Avranches.

Passe-Colmar.

Bergamote lucrative.

Yan Mons de Léon Leclerc.

Bon-chrétien Williams.

Bon-chrétien Napoléon.

Beurré d'Arenberg.

Les soins à donner aux poiriers soumis à cette forme sont en tout semblables à ceux indiqués pour les pommiers. (Voir plus loin ce chapitre.)

Taille du poirier en cordon oblique simple. — Pour créer un espalier d'arbres soumis à cette forme (fig. 117), on choisit de jeunes arbres d'un an de greffe, sains, vigoureux et ne portant qu'une tige. On les plante à 0"%/iO les uns des autres, en les inclinant les uns sur les autres, sur un angle de 60 degrés. On ne retranche que le tiers environ de la longueiir totale de ces jeunes tiges, en faisant la section en A {fig. 118), au-dessus d'un bouton placé en avant.

Pendant l'été suivant, on favorise le plus possible le développement vigoureux du bourgeon terminal, et tous les autres sont transformés en rameaux à fruit à l'aide de la série d'opérations décrites plus loin au chapitre des rameaux à fruit. Au printemps suivant, chacun des jeunes arbres présente l'aspect de la figure 119.

La seconde taille consiste à appliquer à chacun des rameaux latéraux les soins nécessaires pour les transformer en lambourdes; puis à retrancher de nouveau le tiers de la longueur totale du nouveau rameau de prolongement. Si toutefois ce rameau s'était à peine développé pendant l'été précédent, il

faudrait, lors de la seconde taille, couper sur le bois de deux ans, afin d'obtenir un rameau terminal plus vigoureux. Pendant Tété, on applique à ces jeunes arbres les mêmes soins que pendant la végétation précédente, et Ton obtient le résultat que montre la figure 120.

Lors de la troisième taille, la jeune tige a ordinairement atteint les |deux tiers de sa longueur totale ; alors on l'abaisse

Fig. 118. Cordon oblique simple.

1"^ année.

Fig. 119. Cordon oblique simple.

2e année.

sur Tangle de 45 degrés, suivant la ligne B, et l'on applique au rameau terminal et aux rameaux latéraux la même opération que lors de la taille précédente. Si l'on eût abaissé immédiatement ces tiges suivant ce degré d'inclinaison, on eût favorisé le développement de bourgeons gourmands à la base au détriment du bourgeon terminal. Les nouveaux bourgeons reçoivent les soins ordinaires. La figure 121 montre l'état des jeunes arbres à la fin de la végétation.

11 n'y a plus ensuite qu'à compléter ces arbres en conti-

nuant de prolonger la tige, à l'aide des mêmes opérations, jusqu'au sommet du mur. Arrivées là, ces tiges sont coupées chaque année à 0*",A0 au-dessous du chaperon du mur, afin de laisser la place pour le développement annuel d'un bour-

Fig. 120. Cordon oblique simple. 3« année.

geon vigoureux qui force la sève à circuler abondamment dans toute rétendue de la tige.

Quant au côté de l'horizon vers lequel il convient d'incliner les tiges, cela n'a pas d'importance pour les murs dirigés du levant au couchant. Mais, pour ceux dirigés du nord au sud, il conviendra de coucher les tiges vers le midi. Les

rameaux à fruit placés au-dessous de chaque tige seront ainsi mieux éclairés. Lorsque, cependant, les murs seront établis sur un terrain en pente, il faudra incliner les tiges vers le sommet de cette pente, autrement elles seraient arrêtées trop tôt par le sommet du mur. Les arbres étant plantés

Fig. 121. Cordon oblique simple. 4« année.

à 0'",/iO les uns des autres et développant chacun une tige ainsi disposée, il eu résulte que Tespalier se trouve composé d'une série de branches couchées parallèlement et laissant entre elles un espace égal d'environ 0"»,30 {fig. 117).

Toutefois, pour que cette sorte d'espalier ne laisse aucun vide sur le mur, il convient de le commencer, du côté opposé à la direction des tiges, par une demi-palmette à branches obliques. Pour cela, le premier arbre est tfabord traité

comme les autres; puis, lorsqu'on Ta abaissé sur l'angle de /iD*», on laisse développer pendant Tété, en dessus et à la base de la tige, un bourgeon gourmand qui s'allonge librement. L'année suivante, le rameau qui en résulte est couché parallèlement à la première tige et à 0'",30 de celle-ci. Pendant l'été, on conserve un nouveau bourgeon sur la courbure delà nouvelle branche, de façon à obtenir un nouveau rameau que l'on courbera comme le premier, et ainsi de suite chaque année.

Il conviendra également de terminer cet espalier de la manière suivante, afin d'éviter l'angle vide qui se produirait à l'extrémité. On plante le dernier arbre à 2 mètres environ en deçà de la limite de l'espalier. On le traite d'abord comme les autres, puis, au lieu de l'abaisser sur l'angle de /i5'», on lui fait dépasser un peu cette inclîhaison. L'année suivante on l'abaisse encore, et lorsque enfin la tige a acquis assez de longueur pour que, placée horizontalement, elle occupe tout l'espace qu'indique notre figure, on la met en place et on laisse développer pendant l'été suivant les bourgeons destinés à former les quatre ou cinq branches du dessus.

Une dernière recommandation à faire pour l'établissement de ces sortes d'espaliers : c'es t de planter les arbres de même variété à la suite les uns des autres et de ne pas faire de mélange ; autrement les variétés vigoureuses nuiraient à celles qui sont plus faibles.

Les espaliers soumis à cette forme peuvent être complétés dans l'espace de quatre ans; ce qui fait gagner environ dix ans sur le laps de temps nécessaire pour obtenir le même résultat avec les grandes formes.

La fructification a lieu pendant le quatrième été, et elle arrive à son maximum vers le sixième été, ce qui ne peut être obtenu, avec les grandes formes, que vers la dix-septième année. Si l'on n'a qu'une très-petite étendue de murs propres aux espaliers de poirier, on ne pourra y placer qu'un petit nombre d'arbres soumis aux grandes formes; la durée de la consommation de ces fruits sera peu prolongée, parce qu'on ne pourra cultiver qu'un très-petit nombre de variétés. Qu'on adopte, au contraire, la forme en cordon oblique, et l'on pourra avoir un nombre de variétés différentes égal à celui

des arbres plantés et une consommation de fruits beaucoup plus prolongée. Ajoutons encore que, si l'un des poiriers soumis aux grandes formes vient à périr, il faudra attendre quatorze ans pour que celui qu'on replantera remplisse le

Fig. 122. Procédé pour combler les vides dans les espaliers en cordons obliques simples.

vide. Avec les cordons obliques, il suffira de procéder ainsi : ouvrir un trou de 0™,/iO de largeur, de 0"%50 de profondeur^ et O^'jôO de longueur au milieu de l'espace laissé libre par l'arbre mort. Couper les racines des arbres voisins qu'on trouvera sur les deux côtés de cette tranchée. Enfoncer jusqu'au niveau du sol, sur ces deux côtés, deux planches très-minces de 0'",50 en carré; puis planter le nouvel arbre âgé de deux

ans dans cette sorte d'encaissement, en employant de la terre bien amendée et en choisissant un arbre appartenant à une variété vigoureuse. Les planchettes dont nous venons de parler empêchent les racines des arbres voisins d*envahir Tespace réservé à celui que Ton plante. Elles pourrissent bientôt ; mais le nouvel farbre est alors en état de se défendre. En opérant ainsi, le vide est comblé dansPespace de cinq à six ans. Ce mode de remplacement convient aux plantations âgées seulement d*un an ou deux. Mais pour celles qui dépasseront cette limite d'âge, il conviendra de procéder de la manière suivante : faire à la base de la tige située à droite du vide â combler une entaille en chevron, immédiatement au delà du point d'attache d'un rameau placé en dessus, et cela afin de faire développer un gourmand. Laisser ce bourgeon s'allonger verticalement pendant l'été, puis l'hiver suivant le coucher en A {fig. 122) à la place de la tige qui manque et compléter son allongement. On aura ainsi un arbre en cordon oblique double qui remplira parfaitement le vide à combler.

Nous ferons enfin remarquer que ces cordons obliques sont une des formes les plus simples et les plus faciles à établir, et que l'inclinaison régulière donnée à chaque tige met à la portée de tous les jardiniers les moyens à employer pour y répartir également l'action de la sève.

Les objections suivantes ont été faites à l'égard de cette disposition : on a craint que le peu d'étendue donné à la charpente de ces arbres ne nuisît à leur mise à fruit par suite de leur trop grande vigueur. Cette vigueur étant en raison de la surface de terrain dont les racines des arbres peuvent disposer et ceux-ci étant plantés seulement à 0'»,/iO d'intervalle, cette crainte n'est pas fondée. On a dit aussi que des arbres ainsi rapprochés ne pourraient pas vivre ; mais on ne demande à chacun d'eux qu'une charpente d'une étendue proportionnée à celle du sol où les racines peuvent s'étendre. Chaque mètre de longueur débranches de cette charpente dispose, pour se nourrir, de la quantité de terre qui alimente la même étendue de branches dans la palmette Verrier. On a encore objecté qu'une plantation semblable est plus coûteuse à établir qu'en sui^nt l'ancien mode. Cela est vrai comme première dépense ; mais, outre que les opérations de la taille sont bien plus ra-

pidement exécutées, on obtient le produit maximum de Tespalîer vers la sixième année après la plantation, et ce résultat ne peut être obtenu avec les grandes formes que vers la dixseptième année. On a donc, en plus, avec le cordon oblique, au moins dix ans de produit maximum qui peuvent payer bien plus que la différence des frais de plantation. Enfin on a fait remarquer que, pour donner une étendue suffisante à là tige de chacun de ces arbres, au moins U mètres, il faut que le naur ait une certaine élévation^ Cela est vrai; mais il suffit, comme minimum de hauteur, de 2*^^bQ, et cette élévation n'a rien d'anormal.

Quoique es indications que nous venons de donner à l'égard de l'intervalle à laisser entre ces arbres en cordons obliques n'aient pas une précision mathématique, nous engageons cependant à s'en éloigner le moins possible. Quelques propriétaires ont voulu placer ces arbres à 0"S80 et même à 1 mètre d'intervalle au lieu de 0'",ûO, et cela, sans augmenter la longueur de la tige dans la même proportion. Il en est résulté que ces arbres ont poussé beaucoup plus vigoureusement, et que la sève, restreinte dans des limites trop étroites, a couvert la tige de rameaux gourmands au détriment de la fructification. D'autres propriétaires, ne pouvant disposer que de murs ayant seulement 1"%50 ou 2 mètres de hauteur, ont voulu néanmoins y palisser des cordons obliques. Mais pour pouvoir faire acquérir aux tiges une longueur d'au moins U mètres, il les ont abaissées plus que nous ne le recommandons; puis, pour conserver entre les tiges la distance de 0'",30, ils ont planté les arbres à 0"*,60, ou 0"\70. Chacun de ces arbres, disposant alors d'une plus grande étendue de terre, a poussé trop vigoureusement et s'est couvert de rameaux gourmands.

Treillage pour les poiriers en cordon oblique simple» — Le treillage le plus convenable pour les arbres soumis à cette forme est celui indiqué par la figure 123. Pour un mur de 3 mètres d'élévation, trois traverses solidement fixées contre le mur, puis une série de lattes clouées sur ces traverses tous les 0'",40, et inclinées suivant l'aaglede 45°; chacune de ces lattes sert à conduire la tige des jeunes arbres.

limera encore moins coûteux de remplacer ce treillage en bois par le treillage en fil de fer imaginé par M. Thiry jeune

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Fig, 124. Treillage en fil de fer pour les poiriers en cordon oblique simple.

{fig. 124). On enfonce aux points A, B, C, D, E, F un clou rond \fig. 125) solidement fixé ; puis aux points G, H, I on attache trois lignes de fil de fer galvanisé n° 16, bien tendus et supportés de mètre en mètre par une patte trouée (fig. 105, p. 156 et J, K, L, fig. 12Zi). On fixe au point A l'extrémité d'un fil de fer galvanisé n° 14 ; il s'appuie sur les deux clous B, C, passe sous les deux clous D, E, et vient se fixer sur le clou F. Pour tendre convenablement ce fil de fer après l'avoir appuyé sur le clou C, on y fait passer un tendeur M (p. 157, fig, 108), qui reste fixé au point indiqué par notre figure.

Pour le faire agir convenablement sur ces trois lignes, on place une goutte d'huile sur les clous B, C, D, E, au point où le fil de fer glisse à leur surface; puis on fait mouvoir le tenteur au moyen de la clef. La f,v,. 125. ciou même opération étant répétée sur toute la rond pour 6xer les longueur du mur, celui-ci se trouve couvert * ^^ ^^'

d'une série de fil de fer parfaitement tendus, couchés parallèlement suivant l'angle de Ix^"" et placés à 0"S/iO les uns des autres. Pour compléter ce travail, il n'y a plus qu'à fixer les lignes obliques sur les lignes horizontales, à chaque point d'intersection, au moyen d'un nœud de fil de fer fin. Ces treillages en fil de fer sont fournis par M. Thiry au prix de Ixk centimes le mètre carré, non compris la pose.

Si les circonstances locales permettent d'avoir recours au palissage à la loque, il conviendra de tracer à l'avance sur le mur la direction à donner à chacune des tiges suivant l'inclinaison de /i5'», lorsqu'elles seront mises en place, ou seulement suivant l'angle de 60° pour le début de leur développement. Ces lignes doivent être tracées avec la plus grande régularité. Or l'inclinaison du sol, les anfractuosités des murs et beaucoup d'autres circonstances peuvent devenir autant de causes d'erreur. M. Baudoin, qui était un amateur zélé d'arboriculture, a imaginé un appareil très-simple dont nous donnons ici la figure, et à l'aide duquel ce tracé est exécuté avec la plus grande précision et aussi avec une grande rapidité.

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C'est un carré [fig. 126) formé de quatre tringles en bois, (Tti» mètre de côté et surmonté d'un niveau D. La tringle A indique l'inclinaison à Zi5°, celle B, l'inclinaison à 60<». La lîgn»€, tracée sur la tringle inférieure, indique la distance de 0*40 à laquelle doivent être plantés les arbres. Il suffit d'iogii*

quer sur le mur la plaœ à laquelle le premier ai%re doit être planté, et de présenter rappareîl devant le mur, l'extrémité gaiMie joignant la marque faîte contre le mur ; puis, lorsqu'on est certain qu'il «it dans une position par£aitement horizontale, ce qui est facile de vérifier au moyen du niveau D, on trace deux lignes sur le mur contre le côté su^^ rieur des tringles A, B, ligne que l'on prolongera ensuite, au moyen d'une règle, jusqu'au haut du mur. Avant de déplacer l'appareil, on marque contre le mûrie point C où le second arbre doit être planté, et ainsi de suite. L'instrument que nous venons de décrire est destiné à «ne plantation dans laquelle les arbres sont inclinés de gauche à droite. Pour incliner les arbres dans le sens opposé, il suflBt de retourner à l'appareil.

Taille du poirier en cordon oblique double. — C'est en 1852 que «nous avons voulu appliquer aux poiriers la forme en cordons obliques doubles indiqués par la figure 127. Cette disposition, qui donne une partie des avantages constatés au profit des cordons obliques simples, permet en outre de faire une économie de moitié sur le nombre des arbres à p\axh ter, puisque ceux-ci sont placés à 0™,80 d'intervalle au lieu de 0™,40. Mais cet avantage est bien plus que compensé par les inconvénients Suivants : d'abord et surtout on ne peut faire développer le cordon supérieur de chacun de ces arbres

Fig. 126. Appareil pour tracer

contre les murs la place des arbres

en cordon oblique simple.

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qu'après avoir formé complètement le cordon inférieur, sous peine d'arrêter et d'anéantir 'celui du dessous. D'où il suit qu'il faut une fois plus de temps pour former cet espalier, c'està-dire 12 ans au lieu de 6. En outre il faut maintenir l'équilibre de la végétation entre les deux branches de chaque arbre. Aussi avons-nous renoncé à cette forme pour nous en tenir aux cordons obliques simples.

Taille du poirier en cordon vertical simple. — Les murs contre lesquels on veut établir les espaliers de poiriers présentent parfois une hauteur exceptionnelle, comme cela peut avoir lieu pour des pignons de bâtiments qui dépassent souvent 8 mètres de hauteur. On pourra choisir pour ces surfaces la forme en cordon oblique; mais la longueur que l'on sera obligé de donner à la tige des arbres, par suite de leur inclinaison sur l'angle de /i5", rendra la formation de ces espaliers assez lente.

D'ailleurs la position couchée donnée à ces tiges favorise, à la base de l'arbre, le développement de bourgeons gourmands qu'il faut empêcher de naître. Enfin, les cordons obliques ne peuvent être placés sur un mur d'une longueur restreinte. Si, en effet, on voulait les établir contre une surface de ^ mètres de longueur sur une hauteur égale, on serait obligé de commencer et de finir l'espalier par les deux formes indiquées par la figure 117. On ne pourrait placer qu'un seul arbre en cordon oblique, celui qui formera la diagonale de ce carré. On se trouvera dès lors en face des inconvénients que présentent les grandes formes, tes cordons verticaux {fig. 128) ne présentent pas ces inconvénients et offrent les mêmes avantages que les cordons obliques ; mais ils exigent des surfaces ayant au moins 4 mètres de hauteur. Toutes les fois donc que les murs présenteront cette élévation, il y aura tout avantage à préférer les cordons verticaux.

On procède à la plantation exactement comme pour le cordon oblique, avec cette seule différence que les arbres sont plantés dans une position verticale, et qu'on les place à une distance de 0'",30 seulement les uns des autres. On allonge successivement la tige jusqu'au sommet du mur en retranchant chaque année la moitié environ de la longueur des nouveaux prolongements.

Fig. 128. Espalier de poiriers soumis à la forme en cordon vertical simple.

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Fig. 129. Treillage en bois pour les poiriers en cordon vertical.

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Fig, 130. Treillage on fil de fer pour les poiriers en cordon vertical.

Si Ton ne peut faire usage du palissage à la loque pour fixer ces tiges contre le mur, on aura recours, soit au treîl-

Fîg 131. Poiriers soumis à la forme en cordon vertical double ou en U.

lage en bois construit comme l'indique la figure 129, soit à un treillage en fil de fer semblable à celui, indiqué par la

figure 130 et qui est beaucoup moins coûteux que celui en bois. faille du poirier . en cordon vertical double.

[fig. 131). — Les tiges verticales sont placées tous les 0'",30; d'où il suit que les arbres sont plantés tous les 0"\60. On commence par faire bifurquer chacune des tiges primitives» puis on procède à l'allongement des doubles tiges en procédant comme pour les cordons verticaux simples.

Comme il est utile de faire naître à la même hauteur, sur la tige primitive, les deux branches verticales, nous avons souvent employé avec succès une opération indiquée à la page 152, par les figures 98 à 100. Pour le cas particulier qui nous occupe, nous avons procédé de la manière suivante :

après une année de plantation, receper les jeunes arbres en marc, à environ 0™,25 au-dessus du sol. Si alors on ne trouve pas à ce point deux boutons opposés et naissants presque à la même hauteur, le bouton le plus élevé est descendu à la hauteur du second au moyen de l'opération indiquée par la figure 132.

Les deux boutons A et B se développent vigoureusement, surtout le bouton A. L'année suivante, lors de Ma taille d'hiver, couper en G le prolongement D. A la fin de la deuxième année, les plaies sont cicatrisées et le fragment de tige A a repris sa forme cylindrique. Aussitôt après avoir procédé à cette opération, il sera bon de couvrir les plaies avec un peu de mastic à greffer.

On peut également avoir recours au procédé suivant ; faire naître la bifurcation d'un seul bouton placé en avant et à une hauteur convenable ; pour cela, c-hoisir le moment où le jeune bourgeon naissant de ce bouton a atteint une longueur de 0™,01 au plus, puis le couper en conservant la moitié de sa. longueur. On voit bientôt naître de chaque côté les deux bourgeons stipulaires qui servent de point de départ à la double tige de l'arbre.

Fig. 132. Obtention d'une

bifurcation régulière pour les

cordons verticaux doubles.

Cette sorte de cordon, connue aussi sous le nom de forme en U, a été imaginée en vue de pouvoir appliquer la forme en cordons verticaux aux poiriers palissés contre des murs ayant moiqs de Ix mètres de hauteur. Ainsi pour un mur n'ayant que 2 mètres d'élévation, on a espéré qu'en doublant le nombre des tiges pour chaque arbre, on donnerait une issue suffisante à la sève. Mais on n'a pas songé qu'en doublant l'intervalle qui sépare chaque arbre, on double aussi leur vigueur et par conséquent la quantité de sève dont ils disposent. D'où il suit que, pour des murs ayant moins de k mètres de hauteur, ces arbres pousseront trop vigoureusement et ne se mettront pas à fruit.

Quant à la valeur de cette forme appliquée à des arbres palissés contre des murs ayant au moins Ix mètres d'élévation, elle n'offre qu'un inconvénient, c'est la nécessité de maintenir l'équilibre de la végétation entre les deux branches de chaque arbre et de retarder d'une année la formation de la charpente. On est en effet obligé de réceper ces jeunes arbres pour former la bifurcalion. Il est vrai que ces défauts sont compensés par l'économie résultant -de la plantation d'un nombre d'arbres une fois moins grand que pour les cordons simples.

Taille du poirier en cordons verticaux ondulés. — (fig. 133). — Cette disposition permet l'emploi des cordons pour des surfaces ayant moins de 2 ■",50 de hauteur. En effet, les ondulations imposées à la tige ont pour résultat de pouvoir lui faire acquérir une longueur d'au moins U mètres* €ontre un mur ayant moins de 2'",50. On comprend que ces ondulations devront être d'autant plus accentuées que la hauteur du mur sera plus insuffisante.

Les ondulations indiquées par notre figure donnent à la tige k mètres de développement pour un mur de 3 mètres de hauteur.

On procède de la manière suivante à la formation de cet espalier. On trace d'abord sur le mur, tous le 0",/iO, le trajet que doit suivre chaque tige. On choisit pour la plantation des greffes d'un an et l'on retranche le tiers environ de leur longueur totale. Ces arbres, un peu inclinés lors de la plantation, sont immédiatement attachés suivant la direction qu'ils

doivent suivre. Le bourgeon de prolongement est dirigé verticalement, a6a de favoriser son développement. A la taille d'hiver suivante, le nouveau rameau de prolongement est mis en place sans aucun retranchement. La direction contournée qu'on lui impose suffit pour le faire se couvrir de bourgeons.

Fig. 133. Taille du poirier en cordons verticaux ondulés.

et par suite de rameaux à j^ruits sur toute sa longueur. On procède ainsi chaque année jusqu'à la formation complète de ces arbres.

Conclusions quant aux choix à faire entre les iormes de charpente qui viennent d'être étudiées. — De tout ce qui précède, à l'égard des formes à choisir pour les poiriers soumis à la taille « et cultivés au point de vue du

produit net en argent le plus élevé possible, nous devons adopter les conclusions suivantes :

1° Pour les poiriers cultivés en plein air, on choisira les contre- espaliers doubles en cordon vertical simple (fig, 4 4 5, p. 167), ou en cordon vertical double (fig. 431, p. 189);

2o Pour les poiriers en espaliers : les cordons verticauœ simples (fig. 128) ou doubles {fig. 131), lorsque les murs présenteront une hauteur de 3'",50 à U mètres et plus ; les cordons verticaux ondulés {fig. 133), si les murs n'ont que 3 mètres de hauteur; les cordons obliques simples (fig. 117, p. 172) pour les murs de 2'",50; enfin, si les murs n'ofl'rent pas cette dernière élévation, on sera malheureusement obligé d'avoir recours aux grandes formes, et la moins mauvaise est la palmette Verrier (fig, 90, p. l/i3).

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