OBTENTION FT ENTRETIEN DES RAMEAUX A FRUIT DU POIRIER
Tout ce que nous venons de dire de la taille du poirier s'applique à la formation de la charpente. Occupons-nous maintenant des opérations propres à favoriser le développement des rameaux à fruit ou à les entretenir.
Les rameaux à fruit des arbres à fruits à pépins soumis à une taille annuelle et régulière doivent être distribués sur toute la longueur de chacune des branches de la charpente sans interruption. Dans les arbres en plein air, ces rameaux doivent occuper toute la circonférence de ces branches; dans les arbres en espalier, le côté de la branche placé contre le mur en est seul dépourvu.
Dans le poirier, les boutons à fleur apparaissent sur de petits rameaux peu vigoureux, âgés de 2 à /i ans. D'où il suit que les rameaux à fruit ne sont en général entièrement constitués que vers la fin de la troisième année qui suit leur premier développement. Si ce résultat est obtenu avant cette époque, ce sera l'indice d'un état de souflFrance dans les parties de l'arbre où ce fait se produira.
Ces rameaux à fruits sont maintenus le plus courts possible, afin que, les fruits étant plus rapprochés des branches principales, ils reçoivent plus directement l'action de la sève
et deviennent plus gros. Ceci posé, voyons comment on obtient ces divers résultats.
Première armée.— Les rameaux à fruit résultent du développement des boutons à bois en bourgeons peu vigoureux. Pour obtenir une série continue de ces bourgeons sur toute la longueur du rameau de prolongement d'une branche de la charpente, il e§t nécessaire de raccourcir un peu ce rameau; autrement les boutons à bois qu'il porte resteront endormis sur une certaine étendue de sa base, qui restera dès lors privée de rameaux à frijiits. Il conviendra donc de retrancher sur ce prolongement une quantité variant de la moitié à rien.
Fig. 134. Rameau de prolongement d'une branche de la charpente du poirier.
suivant que ce prolongement est pluâ ou moins rapproché de la ligne verticale, ainsi que nous Tavi^ns expliqué aux principes généravœ de la taille (p. 8Zi). En retrancher davantage, comme on le fait trop souvent, ce sera déterminer une trop grande vigueur dans les bourgeons, qui ne produiront alors que des rameaux à bois.
Supposons que ce retranchement ait été convenablement l'ait sur le rameau de prolongement {fig. 13Zi). Dès les premiers jours du mois de mai, ce rameau sera couvert de bourgeons sur toute son étendue (fig. 135). Il conviendra alors de procéder à Vébourgeonnement, c'est-à-dire à la, suppression des bourgeons inutiles sur ces prolongements. Cet ébourgeonnement est pratiqué le plus t-ôt possible, aussitôt que les bourgeons n'ont que 0'»,06 de longueur. On les coupe tout près de la branche avec la lame du greffoir. Cet ébourgeonnement est surtout utile dans les deux circonstances sui-
vantes : lorsque le bourgeon de prolongement de la brancher est double ; dans ce cas on supprime complètement Tun des deux bourgeons; puis, lorsqu'il s'agit de poiriers en espalier, alors on coupe tous les bourgeons placés du côté du mur.
Cette opération terminée, les bourgeons conservés serout d'autant plus vigoureux, qu'ils seront plus rapprochés du sonA^f met, et ces derniers pourront acquérir un gr^nd développement s'ils ne sont pas arrêtés. Or ce sont seulement les bourgeons faibles qui donnent lieu à des rameaux à fruits. Il importe donc de diminuer la vigueur trop grande de ces pro-
Fiy. 135. Rameau de prolongement d'une branche de poirier au moment dn bourgeonnement.
ductions. On obtient ce résultat en les soumettant au pincement. Aussitôt que les bourgeons destinés à former des rameaux à fruits ont atteint une longueur de 0"^10 à 0",15, on les pince, c'est-à-dire qu'on en coupe la pointe avec l'ongle {fig. 136). Beaucoup de praticiens pratiquent ce pincement, mais d'une manière trop intense ; ils laissent à la base du bourgeon seulement trois ou quatre feuilles {fig, 137). Deux inconvénients peuvent en résulter : tantôt ce fragment de bourgeon cesse de végéter, et après la chute des feuilles on obtient un petit bout de rameau complètement dépourvu de boutons (/î^. 138), lequel se dessèche pendant l'année suivante et laisse un vide à sa place. Ge fait se produit surtout dans certaines variétés de poiriers dont les bourgeons n'offrent pas d*yeux dès leur base : tels sont, entre autres, le bon-chrétien d'hiver, le beurré magnifique, les doyennés, Vépargne, etc.
Parfois, cependant, on voit apparaître, un an ou deux après ce pincement, deux boutons placés de chaque côté du point dMnsertion de ce petit rameau (fig. 139), lesquels se transforment en boutons à fleurs trois ans après leur naissance. Le vide laissé par le rameau primitif se trouve ainsi rempli; mais on perd au moins une année sur la formation des productions
Fig. 136. Bourgeon du poirier pincé à 0,12.
Fig. 137. Pincement exagéré des bourgeons du poirier.
fruitières. D'autres fois , lorsque les feuilles inférieures de ces bourgeons offrent des yeux h leur aisselle, on voit ces yeux donner lieu à autant de petits bourgeons anticipés, immédiatement après ce pincement exagéré (/îp, l/iO). Or c'était
Fig. 138. Résultat du pincement trop intense.
Fig. 139. Autre résultat du pincement trop intense.
précisément ces boutons inférieurs qu'on voulait transformer en boutons à fleurs. Ces petits bourgeons anticipés donnent lieu à des rameaux moins bien constitués et qui se mettent à fruit plus tardivement que les rameaux résultant des bourgeons proprement dits. D'ailleurs les boutons à fleurs sont ainsi trop éloignés de la branche de charpente. Il est (Jonc préférable de pratiquer le pincement de façon à laisser au bourgeon une longueur de 0™,10 à 0™,15 {fig. 136).
i98 ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLtl.
Chacun des rameaux de prolongement des branches de la charpente est pourvu d'un bouton si favorablement placé quant à Taction de la sève (A, fig^ 13Zi), que les pincements réitérés auxquels on peut soumettre le bourgeon qu'il produit (fig. 135) ne diminuent qu'imparfaitement la vigueur de celui-ci, et qu'il donne toujours lieu à un rameau trop vigoureux ; il vaudra mieux soumettre ce bourgeon au traitement suivant. Lorsqu'il aura atteint une longueur de 0"%02 à O°\03, on le coupera à la base, en conservant seulement son empâtement. Les deux boutons stipulaires qui accompagnaient le bouton principal (C, fig, Mxi) donneront lieu, presque immé-
Fig. 140. Autre résultat du pincement Fig. 141. Boutons stipulaires
trop intense. du poirier.
diatement, à deux petits bourgeons beaucoup moins forts que le bourgeon principal [fig. lZt2). On supprimera le plus vigoureux des deux, A, et celui que l'on conservera et que Ton soumettra au pincement, si cela est nécessaire, donnera lieu à un petit rameau qui se mettra facilement à fruit.
Un premier pincement suffit ordinairement pour arrêter la vigueur trop grande des bourgeons. Les plus vigoureux cependant produisent souvent, à la suite de cette opération, un bourgeon anticipé D vers leur sommet (fig. l/i3). Celui-ci sera également pincé lorsqu'il aura atteint une longueur de 0™,08 à D'Oslo, et l'on répétera l'opération une troisième fois si cela est nécessaire.
Si quelques bourgeons ont été oubliés lors du pincement et que l'on s'en aperçoive au moment où ils ont atteint une longueur de 0"»,2Q ou 0'",30 et plus, il sera trop tard pour les
pincer; si en effet on les rompait alors à 0'",12 de leur base, on verrait tous les yeux placés à l'aisselle des feuilles conservées, et qu'on voulait transformer en boutons à fleurs, se développer immédiatement en boutons anticipés sous Tinfluence de l'acti.on de la sève, qui a pris son essor vers ce point et qui se trouve tout à coup restreinte dans des limites trop étroites. Il con.viendra donc, pour ces bourgeons oubliés, de remplacer le pincement par la torsion^ c'est-à-dire qu'on les tordra à environ 0'",12 de leur base , de B en A, comme l'indique la figure 1/i/i. Il sera bon, en outre, de pincer leur
Fig. 142. Bourgeons stipulaires Fij. 143. Bourgeon de poirier
après la suppression du bourgeon principal A. avec bourgeon anticipé.
sommet. Il résultera de cette double opération que le développement de ces bourgeons sera arrêté et que les yeux de la base grossiront sans se développer en bourgeons anticipés.
Tels sont les soins que réclament les bourgeons destinés à à former des rameaux à fruit, pendant l'été qui préside à ce premier développement. On voit que ces opérations ne peuvent pas être pratiquées le même jour sur tous les bourgeons du même arbre. C'est l'état du développement de chaque bourgeon qui indique le moment où l'on doit opérer, et ces soins doivent être continués pendant le temps où la végétation est la plus active, c'est-à-dire de la fin d'avril au milieu de juin.
Deuxième année. — Par suite des diverses opérations que nous venons de décrire, les bourgeons nés sur le prolonge-
ment pris comme exemple {fig. iSlx et 135) ont donné lieu à une série de petits rameaux d'autant moins vigoureux, qu'ils sont plus rapprochés de la base de ce prolongement. On doit leur appliquer, pendant l'hiver suivant, un mode de^ taille différent suivant leur degré de vigueur, et cette taille est faite en vue de les fatiguer et de hâter ainsi leur mise à fruit.
Les bourgeons situés sur le tiers inférieur de la longueur du prolongement {fig. 135) se sont allongés de quelques millimètres seulement et ont donné lieu à de petits rameaux extrêmement courts et semblables à celui de là figure lZi5. On leur donne le nom de dard. On ne leur applique aucune opération ; ils se transformeront d'eux-mêmes en rameaux à fruits.
Les bourgeons placés sur le tiers intermédiaire de la longueur du prolongement (fig, 135) se sont allongés un peu