‹ Cours d'arboricultureChapitre 26 sur 83 · RAJEUNISSEMENT DES POIRIERS ÉPUISÉS PAR LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

RAJEUNISSEMENT DES POIRIERS ÉPUISÉS PAR LA VIEILLESSE

Quelques soins qu'on donne aux arbres fruitiers soumis à la taille, il arrive, au bout d'un nombre d'années plus ou moins considérable, qu'il se forme à chacun des points occupés par les rameaux à fruit, des nœuds déterminés par la coupe et le renouvellement successif de ces rameaux. Ces nodosités deviennent des obstacles graves à la circulation de la sève des racines vers les boutons, et à la descente des filets ligneux et corticaux des feuilles vers les racines. Il s'ensuit que, d'une part, les bourgeons se développent moins vigoureusement, et que, de l'autre, les racines ne prennent plus que très-peu d'extension. Ces causes de souffrances sont encore aggravées par les pincements annuels auxquels on soumet les bourgeons.

Enfin les couches corticales dures et desséchées qui s'accumulent Sans cesse à la surface des branches et de la tige, ne se prêtent plus aussi facilement au libre accroissement du corps ligneux et des nouvelhes couches du liber. Elles compriment les vaisseaux de ces couches, et gênent ainsi la circulation des fluides. Bientôt, sous l'influence de cet état languissant, l'arbre se couvre d'un nombre considérable de fleurs dont la plus grande partie reste stérile, tandis que celles qui fructifient, ne recevant pas une quantité suffisante de fluides nutritifs, ne donnent que de chétifs produits. Cette floraison sùr-

abondante achève d'épuiser Tarbre en absorbant la plus grande partie de la sève destinée au développement de nouveaux rameaux. Dès que ces symptômes se manifestent, l'arbre dépérit rapidement; car la production des rameaux devenant presque nulle, les feuilles sont moins nombreuses, les couches d'aubier et de liber ne présentent-q^'une très-faible épaisseur, et les extrémités radicu^aîres, qui ont à peine la force de s'élancer vers de nouvelles couches de terre jion épuisées par

Fig. 175. Poirier en espalier arrivé à sa décrépitude.

leur succion, dépérissent également. La figure 267 montre un vieux poirier arrivé à cette dernière période de son existence, la décrépitude.

Si cette décrépitude est due à la vieillesse ou à une taille vicieuse, plutôt qu'à la mauvaise qualité du sol, il est possi^ble de rajeunir le plus grand nombre de ces arbres en opérant de la manière suivante :

Arbres en espalier. — Les causes de leur état languissant étant l'absence de bourgeons vigoureux, l'organisation imparfaite des couches d'aubier et de liber, l'avortement des prolongements radicaux, il faudra d'abord s'efforcer de rempli cer ces parties essentielles par de nouveaux organes sains et

vigoureux, et concentrer à cet effet, sur certains points, la vie répandue dans toute retendue de la tige. Pour les arbres en espalier, on coupera les branches principales (A, fig. 176) à 0'",20 ou 0™,25 de leur base, en C ; les autres (B) seront laissées entières. Ces amputations devront être faites de manière que les branches non amputées soient choisies parmi celles qui seront jugées inutiles à la forme que Ton donnera à la nouvelle charpente de Tarbre; leur nombre ne devra pas, dans tous 1& cas, dépasser le quart de toutes les branches principales. Si nous conservons momentanément ces branches, c est dans la crainte que l'arbre, ainsi recepé, n'ait pas la force de développer immédiatement, sur la vieille écorce, les nouveaux bourgeons nécessaires pour entretenir les fonctions des racines, auquel cas celles>ci périraient et Tarbre mourrait. En conservant, au contraire, quelques vieilles branches, les boutons qu'elles portent préviendront cet accident. Pour faciliter la sortie dos bourgeons sur les branches taillées, on enlèvera, à l'aide d'une plane, toute l'écorce desséchée, puis on recouvrira les parties mises au vif avec un lait de chaux éteinte. Cet enduit stimulera l'énergie vitale de ces couches de l'écorce et empêchera l'ardeur, du soleil de les dessécher trop vite.

Voyons maintenant ce que produit cette opération. La sève, concentrée sur une étendue de branches très-restreinte, agit avec une grande énergie sur le tissu cellulaire de l'écorce qui avoisine le sommet des branches coupées près de leur base, et y détermine la formation de boutons qui se développent bientôt en bourgeons vigoureux. Vers la fin de mai, on choisit, parmi ces productions, celles qui sont les mieux placées pour former les branches principales d'une charpente régulière; tels sont les rameaux C, D, E, F, G, H {fig, 176) ; les autres sont tordus vers le milieu de leur longueur. L'année suivante, au printemps, on taille ces rameaux principaux de manière à imposer à l'arbre la forme que l'on a déterminée à l'avance, soit celle indiquée par notre figure.

Après la seconde année de végétation, l'arbre présente l'aspect de la figure 176, et les branches B, devenues inutiles, sont •mputées. Ces nouvelles suppressions augmentent encore la vigueur des jeunes branches, lesquelles s'accroissent rapi-

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Fig. 176. Vieux poirier en espalier, rajeuni.

dément et remplacent bientôt Tancienne charpente de l'arbre. Les diverses plaies sont recouvertes avec du mastic à greflfer.

A mesure que la tige subit cette sorte de rajeunissement, les mêmes changements se produisent graduellement sur les racines. Aussitôt que de nombreux et vigoureux bourgeons apparaissent sur les branches coupées, les feuilles qu'ils développent envoient vers les racines une grande quantité de filets ligneux et corticaux. Ceux-ci rencontrant, vers les racines, les couches de Taubier et du liber dans un état languissant et surtout privées des fluides qui facilitent leur passage, dévient de leur direction naturelle, percent Técorce sur le corps de la racine, et donnent lieu à de nouveaux orgaues nourriciers plus sains, plus vigoureux que les anciens, et qui les remplacent entièrement dans leurs fonctions. Si donc on vient à déplanter, au boiit de trois ou quatre ans, un arbre opéré comme nous venons de l'indiquer, on remarque {/ig, 176j, que la moitié inférieure des anciennes racines, comprise entre les lignes J et K, commence à périr, et que ces parties sont remplacées par de nouvelles ramifications nées au-dessus d'elles et comprises entre les lignes K et L. L'arbre, arrivé à ce point, présente de nouveaux rameaux plus vigoureux, de nouvelles couches d'aubier et de liber mieux constituées, enfin de nouvelles racines fonctionnant avec une bien plus grande énergie. C'est réellement un nouvel arbre qui est venu recouvrir l'individu primitif, dont les organes essentiels ont cessé de vivre.

Pour assurer le succès complet de l'opération, il sera bon de pratiquer, à l'automne de la deuxième année, une tranchée circulaire qui, naissant à 0'",70 du pied de l'arbre, présentera une largeur de 1 mètre et une profondeur de 0™,70. Cette tranchée sera remplie avec une terre neuve, de consistance moyenne, et bien fumée. Si, pendant ce travail, on découvre quelques anciennes racines, il sera bon de les conserver intactes.

Si les branches d'un arbre soumis au rajeunissement présentent un diamètre de plus de 0™,06, et surtout si leur écorce offre une grande épaisseur, il sera plus prudent de poser des greffes en couronm Théophrasie (voir le chapitre

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des greffes dans le premier volume de cet ouvrage) à chacun

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Fig. 177. Vieux poirier en cône, rajeuni.

des points où Ton désire obtenir de nouvelles branches, car

232 ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRDITS DE TABLE, il pourrait arriver que les nouveaux bourgeons ne pussent pas percer la vieille écorce.

Arbres en plein air. — Quant aux poiriers en plein air, on opérera d'après les mêmes principes. Ainsi s'il s'agit d'arbres en vase, chacune des branches mères sera recepée à 0™,20 ou 0",25 de sa naissance, puis on la greflTera si on le juge nécessaire.

Pour les arbres en cône, on les disposera comme l'indique la figure 177, c'est-à-dire qu'on coupera la tige vers la moitié de sa hauteur, et que les branches latérales seront taillées d'autant plus long qu'elles seront rapprochées de la base de manière à conserver la forme conique au restant de la charpente. Celles de la base seront coupées à 0",60 de leur naissance et celles du sommet à 0'",15 seulement. Il y aura généralement plus d'avantage à grefifer en couronne chacune de ces branches, parce que l'action de la sève, répartie sur une plus grande étendue de la tige, n'aurait pas une force suffisante pour faire développer assez vigoureusement les nouveaux bourgeons destinés. à reconstituer ces branches. On pourra opérer le ravalement de toutes les branches la même année, car'' les quelques boutons que présentera encore la tige suffiront pour entretenir les fonctions des racines.

Nous insistons pour qu'on supprime la moitié environ de . la hauteur de ces arbres. Si, en effet, on laissait la tige entière, les ramifications inférieures, étant raccourcies, n'auraient plus assez de force pour attirer à- elles la sève des racines, qui s'élancerait alors en trop grande abondance vers le sommet de la tige : on ne pourrait plus alors rendre à Tarbre sa forme primitive. En opérant, au contraire, comme nous venons de l'indiquer, la sève est accumulée au profit de ces ramifications inférieures.

Pendant lès premières années qui suivront ce rajeunissement des cônes, il sera nécessaire de tailler très-court les rameaux du sommet, afin de les empêcher d'absorber une trop grande quantité de sève au détriment de ceux de la base. Il sera également convenable, pour les arbres en cône ou en vase, de renouveler une partie de la terre qui les environne, comme nous venons de l'expliquer pour les arbres en espalier.

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L*observatîon que nous avons faite plus haut sur la convenance qu'il y a de remplacer par une plantation en cordon les arbres à restaurer s'applique, à plus forte raison, aux arbres à rajeunir pour lesquels le succès de cette opération est beaucoup moins certain.

CCLTCRE DES POIBIERS DANS LES VERGERS.

Nous avons donné plus haut (page 5) la définition des vergers en général, et nous avons indiqué dans quelles circonstances ce mode de culture peut donner des bénéfices. Ce que nous devons dire ici, ce sont les soins que réclame la création et l'entretien d'un verger de poiriers. Ces soins étant les mêmes pour les poiriers à fruits à cidre, nous renvoyons à ce chapitre dans notre Traité spécial de la culture des arbres et arbrisseaux à fruits propres atuv boissons ferment lées. Nous n'avons à ajouter ici que ce qui est relatif au choix des variétés à cultiver dans cet emplacement.

Il faut choisir pour cela des variétés à la fois vigoureuses, rustiques et très-fertiles. Les poires de verger étant surtout destinées à être consommées dans la région, il faut encore que la variété à laquelle elles appartiennent y soit parfaitement connue et qu'on les y vende facilement. Parmi celles dont nous avpns donné la liste à la page 26/i, nous conseillons surtout les suivantes pour les vergers :

Épargne. i Bon>chrétien Williams.

Professeur Du Breuil.

Beurré d'Amanlis.

Beurré d'Angleterre.

Louise-Bonne d'Avranches.

Beurré Câpiaumont.

Beurré d'Aprémont.

Bergamote Sylvange.

Beurré Hardy.

Marie-Louise.

Bergamote espérance.

Doyenné du comice.

Doyenné de juillet.

' Tarquin des Pyrénées (à cuire).

Rousselet de Reims (à confire).

Cerleau d'automne (à cuire).

Messire-Jean (à cuire).

Martin-sec (à cuire).

Catillac (à cuire).

Tous ces arbres devront être greflés sur franc. Sous le climat du Midi, on pourra indifféremment cultiver dans les vergers toutes les variétés indiquées sur la liste de la page 95.

Principales maladies du poirier. — Les principales

maladies du poirier sont déterminées par les intempéries, la mauvaise qualité du sol, la présence de certaines plantes parasites ou de certains animaux ou insectes nuisibles. Les altérations produites par les trois premières causes sont surtout les suivantes :

Les chancres. — Cette maladie se reconnaît particulièrement aux caractères suivants : la surface des branches ou de la tige se couvre d'abord de plaques brunes; bientôt l'écorce, désorganisée vers ces points, se déchire irrégulièrement, et laisse apparaître, sur la circonférence de ces plaies, une sorte de renflement spongieux et pulvérulent, de couleur brune [fig. 178). Le corps ligneux est souvent attaqué jusqu'à la moelle. La plaie, grandissant toujours, finit par s'étendre sur toute la circonférence de la branche ou de la tige, et la partie placée au-dessus de cette plaie se dessèche et meurt.

Quelques faits semblent indiquer que le germe de cette maladie est répandu sur toutes les parties de certains individus et qu'ils peuvent la transmettre à ceux avec lesquels on les 1^*9- ns. chancre unit par la greffe. Si l'on greffe un rameau '"7e°po^rier^^' d'arbre chancreux sur un autre individu, on voit souvent ce greffon »périr de cette maladie et en transmettre le germe au sujet qui l'a nourri. Les coups de soleil, la grêle, les contusions peuvent donner lieu aux chancres.

Toutefois on peut affirmer que les chancres ont pour cause générale une gêne, un embarras dans la circulation de la sève. Les deux faits suivants viennent justifier cette opinion : si l'on greffe en tête, dans une pépinière, des poiriers de haut vent plantés dans un sol riche et humide, presque toujours les tiges deviennent chancreuses pendant l'été qui suit l'opération. La suppression de la tête de ces arbres restreint la sève très-abondante dans des limites trop étroites. Elle s'extravase sur certains points ; il y a là mélange des fluides, fermentation, altération des tissus et les chancres apparaissent. Si ces mômes arbres sont déplacés en novembre et greffés au printemps, cette altération n'a pas lieu, parce que ce déplacement diminue l'abondance de la sève. Si des poiriers très-

vigoureux sont soumis chaque année à une taille très-courte par suite de l'impossibilité d'étendre leur charpente, ils se couvrent de chancres ; si on les soustrait à la taille pendant quelques années, cette maladie ne fait plus de nouveaux progrès.

Les moyens préventifs qu'il convient d'employer sont donc les suivants : ne pas prendre de greffons sur les arbres chancreux; ne pas faire de suppressions trop considérables sur les arbres vigoureux plantés dans un sol humide.

Quant aux moyens curatifs, voici ce qu'il convient de faire : enlever toute l'écorce et le bois des parties malades avec un instrument bien tranchant. Laisser sécher la plaie pendant quelques jours, puis la recouvrir de mastic à greffer. II se forme alors un bourrelet circulaire qui vient bientôt cicatriser cette plaie.

La jaunisse ou chlorose. — Cette affection se reconnaît à la couleur jaune plus ou moins prononcée que prennent les feuilles et les jeunes bourgeons. Les arbres fruitiers sont assez fréquemment attaqués de cette maladie, que l'on peut considérer comme une sorte d'atonie du tissu cellulaire des parties vertes, chargé de préparer les fluides nourriciers et dans lequel la matière verte ou chlorophylle ne se forme plus. Cette altération a toujours pour cause l'état maladif des racines ; on la voit apparaître lorsque ces organes ont été attaqués par les larves de certains insectes ou qu'ils sont engagés* dans une couche de terre qui ne leur convient pas. Jusqu'à présent on se contentait, si la maladie était déterminée par la nature du sol, d'en changer la composition, ou, si elle résultait de la mutilation des racines par les larves des insectes, on attendait patiemment que de nouveaux organes fussent venus remplacer les anciens; mais aujourd'hui, grâce aux recherches de M. Eusèbe Gris, on connaît un moyen de hâter singulièrement la guérison de cette affection.

M. Gris, étudiant l'action de diverses matières salines sur les plantes attaquées de la jaunisse, a reconnu la propriété qu'a le sulfate de fer ou couperose de faire disparaître très-rapidement cette maladie. Nous avons répété ces expériences sur diverses espèces d'arbres, et notamment sur le poirier et sur la vigne, et nous avons obtenu le succès le plus complet.

Le sulfate de fer peut être administré dissous dans Teau, soit en arrosements sur la partie du sol où Ton suppose que les racines de Tarbre sont engagées, soit en aspersions sur les feuilles; ce dernier moyen agit avec beaucoup plus de promptitude; on emploie 2 grammes de sulfate par litre d'eau, si la végétation est avancée et les feuilles déjà coriaces; mais, si l'on opère au commencement de la végétation, quand le tissu des feuilles est encore très-tendre, oa se contente de 1 gramme à 1 gramme 12 par litre d'eau.

Cette solution est répandue sur toutes les parties vertes à l'aide d'une seringue de jardin, le soir, après le coucher du soleil, ou par un temps sombre. On répète l'opération une ou deux fois, suivant l'intensité de la maladie, et à six ou huit jours d'intervalle. Au bout d'un mois environ, les feuilles et toutes les parties herbacées ont repris leur couleur verte.

Quant au mode d'action du sulfate de fer, nous pensons qu'il stimule l'énergie vitale du tissu cellulaire des feuilles frappées d'atonie par l'état maladif des racines. Bientôt ces feuilles reprennent une nouvelle vie, les bourgeons s'allongent rapidement et envoient vers les racines de nombreux filets ligneux et corticaux. Ceux-ci donnent lieu à de vigoureuses radicelles qui remplacent les anciennes dans leurs fonctions.

Ce sel de fer, employé en arrosements sur les racines, est absorbé par ces organes, puis porté vers les feuilles, où il produit le même résultat.

L'action du sulfate de fer sur la jaunisse ou chlorose des arbres devient insuffisante quand la maladie provient de la mauvaise qualité du sol; on arrive bien à diminuer momentanément cette influence nuisible, mais la cause subsistant toujours, l'effet se reproduit sans cesse. Il faut donc améliorer le sol en même temps qu'on emploie le sulfate de fer.

Dessiccation du sommet des bourgeons ou brûlure, — Trèssouvent, lorsque la chlorose résulte de la mauvaise qualité du sol, on voit succéder à cette affection, vers le mois de jnillet, la dessiccation complète du sommet des bourgeons. Cette altération est produite, à n'en pas douter, par l'état de souffrance des extrémités radiculaires engagées dans une zone

Fig\ 179. Poirier soumis à raffranchissement.

de terre retenant une humidité surabondante qui les fait pourrir, ou, au contraire, dans un sol dur et très-sec, de nature calcaire ou siliceuse. Le seul remède consiste à faire disparaître cette cause en améliorant le sol, et surtout en le défonçant profondément en même temps qu'on applique la dissolution de sulfate de fer.

Appauvrissement de l'arbre détermine par la nature du sauvageon. — Si le poirier grefifé sur cognassier est planté dans un terrain sec et peu fertile, l'arbre pousse peu vigoureusement; il se charge bientôt d'une quantité surabondante de fruits qui Tépuisent rapidement, et il ne vit qu'un petit nombre d'années. On peut souvent prévenir cet appauvrissement en affranchissant ces

arbres ; mais il faut pour cela que la greffe soit placée tout près du sol. Alors on procède ainsi : on pratique, au printemps, sur le bourrelet de la greffe, de trois à six entailles (A, fig. 179), suivant la grosseur du sujet. On donne à ces entailles 0™, 004 de largeur, 0"', 05 de longueur verticale, et une profondeur suffisante pour la faire pénétrer jusqu'au corps ligneux. On recouvre aussitôt le pied de l'arbre d'un petit monticule ayant la forme d'un cône tronqué B, et composé de terre bien fumée. On recouvre cette terre d'une couche de litière pour y maintenir l'humidité pendant l'été. La sève descendante fait bientôt naître des bourrelets sur les

Fig. 180. Résultat de l'opération de l'afifranchissement.

bords des incisions, d'où se développent des racines (C, fig, 180). L'arbre se trouve ainsi affranchi» c'est-à-dire qu'il ne vit plus par les racines du sujet, qui pourrissent bientôt, mais par celles du greffon. — L'arbre devient alors presque aussi vigoureux que s'il était greffé sur franc.

Champignons. — Parfois toutes les feuilles du poirier se couvrent à la surface de taches de rouille qui correspondent à de petites excroissances de même couleur, placées à la face inférieure. Les fonctions des feuilles, ainsi atteintes, sont entravées, et l'ensemble de la végétation de l'arbre en souffre beaucoup. Cette altération est due à la présence d'un petit champignon parasite, Vœcidium cancellatum, qui envahit presque toujours une espèce de genévrier, le juniperus sabina ou Sabine, Sur cet arbrisseau, Tœcidium n'offre pas l'aspect qu'on lui voit sur le poirier; c'est en changeant de station qu'il prend cette nouvelle forme. Le soufre sublimé ayant la propriété d'empêcher le développement des champignons, on arriverait sans doute à . arrêter le mal en répandant cette matière sur toutes les feuilles au début de cette altération. Mais il serait plus simple de supprimer les sabines placées dans le voisinage.

Une sorte de moisissure d'un vert noirâtre apparaît parfols, sous forme de petites taches circonscrites, sur les feuilles et les jeunes fruits de certaines variétés de poiriers. Ce champignon, dont nous ignorons le nom botanique, se montre surtout pendant les mois de mai et de juin. A chacun des points où il se développe, sur les feuilles et les fruits, on voit se former une tache noire résultant de la désorganisation des tissus, d'où il suit que les fonctions des feuilles sont plus ou moins compromises et que les fruits ainsi tachés et déformés perdent une partie de leur qualité et presque toute leur valeur commerciale.

Les variétés délicates du poirier, telles que le doyenné d'hiver et autres, sont surtout atteintes par cette altération. Elle est favorisée par un terrain humide, par une position où les brouillards et l'humidité atmosphérique sont abondantes. Un soufrage énergique ne nous a donné aucun résultat. Les abris placés pendant les premiers mois de la végétation sont le moyen qui nous a le mieux réussi.

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Animaux et insectes nuisibles. — Au nombre des animaux qui attaquent les arbres à fruits à pépins, nous devons surtout compter les lapins et les lièvres. Aussitôt que la terre est couverte de neige, ces animaux, ne trouvant plus rien à brouter dans les champs, commencent leur dévastation dans les jardins. Quelques nuits leur suffisent pour ruiner complètement une belle plantation en rongeant l'écorce des jeunes arbres. Il convient donc de tenir le jardin fruitier parfaitement clos. Si la clôture est forcément insuffisante, on aura recours au moyen suivant pour éloigner ces animaux : on fait fuser dans 10 litres d'eau environ 2 kilogrammes de chaux vive en pierre ; on ajoute quelques poignées de suie de bois, et Ton agite pour opérer le mélange; puis, à l'aide d*un pinceau grossier, on en badigeonne les rameaux et la tige depuis le sol jusqu'à la hauteur d'environ 0™,50. Cette opération doit être pratiquée dès le mois de novembre, parjun temps sec; 12 litres de ce liquide suffisent pour badigeonner 300 bu liOO arbres à basse tige.

On a conseillé, dans le même but, l'emploi du goudron ou cooltar résultant de la préparation du gaz d'éclairage.

Nous ne saurions trop mettre en garde contre ce moyen. Ce goudron, qui contient une certaine quantité d'acide phénique mis en contact avec les tissus des arbres, les brûle et les dessèche complètement, ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois.

Lorsque les lièvres, les lapins ou autres rongeurs auront décortiqué circulairement la tige d'un arbre, on pourra remé-

Fiy. 181. Greffe américaine pour remédier aux décortications annulaires.

diep à cet accident au moyen d''une sorte de greffe imaginée récemment aux États-Unis et à laquelle nous donnons le nom de greffe américaine. On procède alors de la manière sui* vante :

Supposons la tige indiquée par la fig. 181, décortiquée en • hiver sur tout son périmètre, au point B. Couper en février quelques rameaux vigoureux appartenant à l'espèce de l'arbre à opérer. Les enterrer complètement à l'abri du soleil, puis couvrir d'une couche de mastic à greffer toute l'étendue dénudée du corps ligneux. Au printemps, au moment où l'écorce de l'arbre se détache facilement des bois, pratiquer sur l'écorce, au-dessus et au-dessous de la décortication au point correspondant C, un certain nombre de doubles incisions verticales ainsi qu'on le voit en D. Préparer les rameaux coupés à l'avance comme nous le montrons en E. Ces greffons ont une longueur qui dépasse un peu l'intervalle qui sépure les deux bords de la partie décortiquée. — Soulever légèrement avec la spatule du greffoir les deux côtés de l'écorce sur les points incisés, puis glisser au-dessous les extrémités des greffons. Ligaturer ensuite solidement aux points où les greffons sont, placés. Il conviendra de laisser un intervalle d'environ 0'",06 à 0",10 entre les rameaux ainsi greffés. Ils seront donc d'autant plus nombreux que la tige sera plus jgrosse. Les boutons placés sur ces rameaux se développeront bientôt en bourgeons. On devra supprimer chacun d'eux en trois fois, en commençant dès qu'ils atteindront une longueur d'environ 0™,08. On conçoit que, par ■ suite de cette opéaation, la circulation de la sève sera rétablie entre les deux côtés de la partie décortiquée et que l'arbre ne périra pas, ce qui, sans cela, aurait eu lieu infailliblement.

Les rats, les mulots, les souris, les loirs (voir pour cette dernière espèce les animaux nuisibles au pêcher) font du tort aux arbres fruitiers en espalier en mangeant les fruits, et quelquefois aussi, en rongeant les rameaux pendant l'hiver. On détruit facilement ces petits animaux avant la maturité des fruits, en plaçant dans de petits pots suspendus contre le mur, pour que les animaux domestiques ne puissent y atteindre, un appât auquel on a mêlé de la noix vomique. Les

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souricières et les pièges de diverses fgrmes peuvent aussi être employés pour la destruction de ces animaux.

{.es insectes nuisibles au poirier sont assez nombreux; nous ne nous occuperons ici que des suivants que nous avons pu observer et pour lesquels on peut indiquer quelques moyens de destruction.

Parmi les coléoptères^ le hanneton commun (melolontha vulgaris; L, fig. 182) est un des plus redoutables. — Cet insecte, que tout le monde connaît, dépouille complètement les arbres

Fig. 182. Fig. 183.

Hanneton commun. Larve de hanneton.

de leurs feuilles. Ses larves {fig, 183), connues sous le nom de vers blancs ^ de turcs, de mans, etc., rongent les racines des arbres et les font périr.

La femelle pond ses œufs dans le sol à 0"',08 ou 0™,10 de profondeur, pendant les mois d'avril et de mai. Ces œufs, de la grosseur d'un grain de chènevis, sont réunis au nombre de 20 à AO. L'éclosion a lieu en juin et juillet, et les larves commencent immédiatement leurs ravages, qui se continuent pendant* quatre ans environ, sauf pendant l'hiver où elles s'engourdissent en s'enfonçant à plus de 1 mètre de profondeur. Elles se transforment en nymphes à l'automne de la troisième année, et les insectes parfaits sortent de terre en avril et mai. La fécondation des femelles a lieu immédiatement pour donner lieu à une nouvelle génération .

Le procédé de destruction le plus certain serait, à coup sûr, une loi qui obligerait à un hannetonnage général. En attendant, nous nous sommes très-bien trouvé du moyen sui-

vant pour débarrasser des vers blancs les plates-bandes du jardin fruitier : vers le commencement de juin, à la suite d'une apparition nombreuse de hannetons, pratiquer un l^ger binage sur toutes les plates-bandes, y répandre de la graine de laitue à la volée et Tenterrer au râteau. Aussitôt que les jeunes plantes ont développé trois ou quatre feuilles, parcourir ces plates-bandes dans la soirée armé d'une houlette et enlever toutes lés jeunes plantes fanées. On trouvera au pied de chacune d'elles trois ou quatre vers blancs.

Rhynchile conique {rhynchiles conicus). — Cette sorte de petit charançon^ connu en horticulture sous les noms de lisette, de coupe-bourgeon, de bécarre:, d/attelabe, est d'un bleu foncé. La femelle pond ses œufs en mai sur les bourgeons du poirier et de tous nos arbres fruitiers. Pour cela elle y fait un petit trou avec son bec et y dépose un œuf; elle descend ensuite un peu plus bas et coupe le bourgeon avec ses mâchoires sur les trois quarts de son diamètre, de mîinière qu'il reste attaché à une partie de l'écorce ménagée à dessein. La larve se nourrit de la moelle et de la sève du bourgeon flétri qui bientôt tombe à terre. Elle en sort pour se cacher dans le sol et y subir ses transformations. C'est ainsi que nous voyons très-souvent les bourgeons de nos arbres fruitiers soumis au pincement, opération faite d'une manière presque toujours désastreuse, car ces insectes choisissent les bourgeons vigoureux destinés à prolonger les branches de la charpente. Pour diminuer le nombre de ces insectes, enlever et brûler les bourgeons pendants et fanés. On peut aussi, dès le matin, secouer les arbres sur un linge blanc étendu sur le sol et détruire ensuite les insectes ainsi recueillis.

Rhynchile bacchus {fig. 18Zi). — Cette espèce, très-voisine de la précédente, est d'un beau rouge doré métallique. La femelle perce avec son bec les petites poires nouvellement nouées et y dépose un œuf. Cet œuf éclôt au bout de cinq ou six jours et la larve se creuse des galeries dans le jeune fruit. Après un mois elle a acquis tout son développement. Elle abandonne alors le fruit dont elle détermine toujours la chute, et s'enfonce en terre pour se métamorphoser et éclore au printemps suivant. Pour amoindrir le dégât occasionné par cet insecte, enlever et brûler tous les fruits piqués.

Anthonome du poirier {anthonomus pyri) {fig. 185). — Cet insecte est une très-petite espèce de charançon de couleur ferFugineuse noirâtre. La femelle perce avec son long bec, en mars, les boutons à fleurs du poirier et y dépose un œuf qui éclôt au bout de huit jours. Aucun bouton ainsi attaqué ne peut s'épanouir ; ils noircissent et se dessèchent;. La larve subit toutes ses métamorphoses dans le bouton et en sort en mai à l'état d'insecte parfait. 11 paraît vivre pendant une année-en restant engourdi pendant l'hiver dans les anfractuosités de l'écorce. Il se réveille en mars pour procéder à la

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Fig. 184. Fig. 185. Fig. 186.

Rhynchite bacchus. Anthonome du poirier. Phyllobie oblong.

fécondation. On pourra détruire cet insecte en enlevant et en brûlant en avril tous les boutons attaqués.

Phyllobie oblong {phyllobius oblmigus) {fig. 186). — C'est encore un insecte qui appartient à la nombreuse famille des charançons, il vit au détriment des feuilles de diverses espèces d'arbres .fruitiers, tels que poiriers, pommiers et cerisiers, sur lesquels on le trouve souvent en très-grande quantité de la fin de mai au commencement de juin. Cet insecte est long de 0",OOZi à 0'»,006, bombé en arrière, rétréci en aVânt, à bec plus court et plus épais que celui des anthar nomes, d'un brun plus ou moins ferrugineux ou noir, revêtu de poils très-fins et serrés. Ses pattes et se&anthènes sont rougeâtres. On ne connaît d'autre moyen d'en diminuer le nombre qu'en secouant, dès le matin, au-dessus d'une toile, les arbres qui en sont chargés.

Nous n'avons à citer dans l'ordre des orthoptères qu'une seule espèce nuisible aux arbres fruitiers.

Forfictde auriculaire {forficula auricularia L), vulgairement appelé perce-oreille (fig, 187). — La figure que nous donnons de cet insecte, d'ailleurs connu de tout le monde,

nous dispense d^en faire la description. Les perce-oreille rongent les boutons des arbres en espalier; ils entament les poires et la plupart des autres fruits.

C'est seulement pendant la nuit qu'ils exercent leurs déprédations. Pendant le jour, ils se cachent sous les feuilles derrière les treillages, dans les anfractuosités de Técorce, etc. Pour les détruire, suspendre le long du mur des tiges creuses de dahlia, de roseaux, des paquets desséchés . de bourgeons, etc., dans lesquels ils se retirent pendant le jour. Le matin, secouer ces refuges sur un seau plein d'eau.

Les hémiptères fournissent aussi quelques insectes nuisibles au poirier. Tels sont les perce-oreme. Suivants : Tingis du poirier (tingis pyri). — Cette espèce, connue des horticulteurs sous le nom de Tigre, a la forme d'une très-petite punaise de couleur grisâtre. Les ailes sont tigrées chacune de deux petits points bruns. Le tigre s'attache par familles nombreuses, à partir du mois de juillet, à la face inférieure des feuilles. Là, il pique répiderme pour vivre des fluides de la feuille. Celles-ci prennent une teinte grise et succombent bientôt.

C'est toujours dans les positions chaudes et abritées où les poiriers sont surtout attaqués par cet insecte. Pour en diminuer le nombre, couper les feuilles atteintes, à la fin du jour, et les brûler immédiatement. Essayer aussi des aspersions avec de, l'acide phénique très-étendu d'eau.

Kermès du poirier (chermes pyri) {fig. 188). — Cet Insecte se compose de très-petites coquilles d'un roux clair, de forme circulaire, fortement adhérentes à la surface des ramifications du poirier. Ce kermès est parfois si abondant qu'il forme une couche continue à la surface de l'écorce. Là ces insectes sucent les fluides de l'arbre et peuvent déterminer sa mort en l'appauvrissant progressivement. En général, ces insectes n'attaquent que les arbres souflireteux. On peut les détruire en brossant les branches attaquées, pendant le repos de la végétation. Nous avons parfaitement réussi à les détruire en appliquant pendant l'hiver, sur toute l'étendue de l'arbre, une bouillie alcaline ainsi composée : pour U litres de lessive,

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500 grammes de savon noir et assez de chaux vive pour en faire une bouillie épaisse.

Kermès coquille {chermes conchyformis) {flg. 189). — Cette espèce, qu'on trouve à la fois sur le poirier et le pommier, diffère de la précédente par sa coque en forme de virgule et sa couleur plus foncée. On le détruit à l'aide des moyens indiqués pour l'espèce précédente.

Les hyménoptères suivants doivent être comptés au nombre des insectes nuisibles pour le poirier :

Fourmis (formica). — Les espè-

Fij. 188. Kermès du poirier.

Fig. 189. Kermès coiuille.

ces de fourmis qu'on rencontre le plus habituellement dans les jardins sont surtout la fourmi jaune, la fourmi brune, la fourmi mineuse. On a beaucoup calomnié les fourmis au point de vue des arbres fruitiers. Toutefois elles sont certainement capables des deux méfaits suivants : 1° elles entament les fruits mûrs; 2° elles dévorent parfois les jeunes boutons, au printemps, au moment où ils commencent à entr'ouvrir leur enveloppe écailleuse.

Nous avons employé avec succès les deux moyens suivants

pour défendre les arbres fruitiers contre les fourmis : pour les arbres en espalifer, suspendre de place en place, le long du mur, de petites bouteilles remplies à moitié d'eau miellée dans la proportion de 1 partie de bon miel pour 2 parties d'eau. Chaque soir, vider ses bouteilles et les fourmis qu'elles contiennent en très-grande quantité. Lorsque cet appât ne séduira plus les fourmis, le remplacer par du sucre brut pulvérisé, mis de place en place au pied du mur sur une couche d'ouate ou de filasse serrée entre deux planches. Secouer tous les soirs cette ouate sur un seau plein d'eau.

On empêche les fourmis de monter sur les arbres en plein air en fixant vers la base de la tige un bourrelet de coton enduit de goudron végétal.

Tenthrède comprimée (lenthredo compressus). — Cette sorte de mouche à scie pique les bourgeons du poirier en mai et juin et y dépose un œuf qui éclôt bientôt. Ces bourgeons se flétrissent et noircissent, tout en conservant pendant tout l'été leur position normale. La larve se nourrit des tissus intérieurs de bourgeon en cheminant de haut en bas. Elle arrive vers la base en septembre et en octobre. A ce moment elle a acquis tout son développement et s'enveloppe dans un petit cocon. C'est aux premiers jours du mois de mai que l'insecte parfait s'ouvre un passage latéral et se fait jour au dehors. Couper en juin tous les bourgeons flétris et les brûler pour anéantir cet insecte dans son berceau.

Tenthrède limace {lenthredo adumhrata) {fig, 190). — La larve de cette autre mouche est gluante et noire comme une très-petite sangsue. Elle est attachée immobile à la face supérieure des feuilles des poiriers de juillet en octobre. Là elle ronge le parenchyme des feuilles en laissant intactes les nervures et l'épiderme de la face opposée. Les feuilles ressemblent alors à des dentelles. Cette larve, qui finit par prendre une teinte d'un jaune orangé, descend de l'arbre, se fait une coque dans le sol et se transforme en insecte parfait à la fin du printemps suivant.

Nous avons facilement détruit ces larves en mouillant les feuilles avec une eau alcaline ou en les saupoudrant de chaux vive.

Parmi les diptères, les deux espèces suivantes sont les

POIftiERS. 247

seules qui doivent appeler l'attention au point de vue du poirier. Cecidomye noire du poirier (cecidomyanigra).— Au milieu d'avril, l'individu femelle de cette sorte de mouche fait sa ponte dans les boutons à fleur prêts de s'épanouir. Les petites larves, écloses bientôt, pénètrent dans les fruits rudimentaires. Ceux-ci continuent leur premier développement, mais prennent tous une forme globuleuse qui les a fait distinguer par les horticulteurs sous le nom de calebasse. Ces

Fiç. 190. Tenlhrède limaee.

fruits noircissent et ne tardent pas à tomber. Les larves sor^ tent alors de ces jeunes fruits, s'enfoncent dans le sol pour s'y métamorphoser et reparaître à l'état d'insectes parfaits au printemps suivant. Pour détruire cette sorte de mouche, réunir ces jeunes poires calebassées pendant que les larves y sont encore logées et les brûler.

Sciare des poires (sciara pyri), — Cette petite mouche a toutes les habitudes de la cecidomye noire. Elle est un peu plus grande. — Sa larve détruit aussi une grande quantité de jeunes poires.

Puceron du poirier (aphis pyri). Voir plus loin, pour cet insecte, le puceron du pêcher.

Psylle du poirier [psylla pyrisaga, fig. de 191 à 193). — Cette espèce, voisine des pucerons, mais plus grosse, est longue de

0"',003, de couleur rougeâtre foncé, avec des bandes brunes. Il apparaît sur le poirier vers la fin d'avril et parfois en trèsgrande quantité. La femelle étant fécondée, se pose sur le pétiole des jeunes feuilles ou: sur le pédoncule des fruits et y perce avec sa tarière une ouverture où elle introduit un œuf.

Fig. 191. P&ylle du poirier.

Fig. 192. Larve de Psylle grossie.

Fig. 193. Nymphe de Psylle grossie.

Ces œufs éclosent bientôt et donnent lieu à une larve indiquée par la figure 19:2. Ces larves se développent rapidement et donnent lieu à une nymphe (^^f. 193), qui devient particulièrement nuisible. On la trouve appliquée à la base des bourgeons, la trompe enfoncée dans lajeune écorce et laissant suinter par Tanus des gouttelettes visqueuses qui salissent les bourgeons et les feuilles situées au-dessous.

Fig. 191. Bombyx livrée. F/^..195. Chenille du Bombyx livrée.

On ne peut détruire cet insecte qu'en Técrasant avec une brosse là où il se tient souvent en troupe.

Ce sont les lépidoptères qui fournissent les ennemis les

plus nombreux du poirier. Nous devons compter surtout les espèces suivantes :

Bombyx livrée (bombyx neustria, L) (fig, 19ii). — La figure que nous donnons de cet insecte nous dispense de le décrire. La chenille (fig. 195) vit sur tous nos arbres fruitiers et les dépouille complètement de leurs feuilles. Le papillon femelle dépose ses œufs soùs forme d'anneaux autour des petites branches d'arbres (fig. 196). Ces sortes de bracelets ont parfois 0"%03 de largeur et se compose d'une centaine d'œufs. Ces œufs éclosent au printemps. Jusqu'à l'âge adulte, les chenilles vivent en sociétés nombreuses abritées sous une légère enveloppe de soie. Elles se dispersent après le dernier changement de peau. En juin, elles filent un cocon d'un blanc jaunâtre placé entre les feuilles ou sous la corniche des murs. Le papillon, d'un roux ferrugineux, éclôt vers le commencement de juillet. Pendant tout l'hiver, enlever les bracelets d'œufs qui entourent les rameaux. Dès les premiers jours de mai, détruire les nichées de chenilles réunies pendant le jour sous leur enveloppe de soie, ou accumulées à l'enfourchure des branches.

Bombyx chrysorrhée, bombyx cul-brun (bombyx chrysorrhœa) (fig, 197), papillon blanc, avec les

Fig. 196. Œufs du Bombyx livrée.

Fig. 197. Bombyx chrysorrhée (femelle).

Fig 198. Chenille du Bombyx chrysorrhée.

quatre derniers anneaux de l'abdomen d'un brun obscur. La femelle dépose ses œufs, à la fin de juillet, sur les feuilles à

Textrémité des bourgeons des arbres fruitiers. Ces œufs, dispensés en paquets, sont recouverts d'une bourre de couleur fauve sécrétée par Tan us de la femelle.

Les chenilles {fig, 198) éclosent aux premiers jours de septembre. Elles enveloppent alors quelques feuilles d'une toile de soie et s'y tiennent abritées pendant tout l'hiver. Au printemps elles sortent de cette retraite pour dévorer toutes les parties vertes des arbres, mais elles y rentrent le soir ou à l'approche de la pluie. Elles ne quittent cet abri commun qu'après la dernière mue. En juin, elles filent un cocon grisâtre et le papillon éclôt en juillet.

Cette espèce de chenille est la plus commune de toutes et la plus redoutable pour tous nos arbres fruitiers. Couper pen-

Fig. 199. Bombyx auriflue. ¥lg. 200. Chenille du Bombyx auriflue.

dant Thiver les nids de chenilles parfaitement visibles à l'extrémité des rameaux.

Bombyx auriflue, bombyx cul-doré {bombyx aurifluaj ■ {/îg, 199 et 200). — Espèce très-voisine de la précédente; elle en diffère par la présence de poils d'un beau jaune qui garnissent l'extrémité de l'abdomen et qui servent aussi à la femelle à recouvrir ses œufs. Les mœurs de cet insecte sont semblables à celles de l'espèce précédente. On a recours à l'emploi du même moyen pour les détruire.

Bombyx disparate ( bombyx dispar) {fig, 201 à 203). — Les ailes du papillon femelle sont d'un blanc grisâtre avec des lignes noirâtres en zigzag, comme le montre notre figure. Ce papillon dépose ses œufs [fig. 201) en août sur le tronc des

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OIRIËRS. 251

arbres et les recouvre d'une sorte d'étoupe soyeuse ayant Taspect de Tamadou.

L'individu mâle, plus petit, n'a que 0",0/iO d'envergure. Les ailes supérieures sont nuancées de brun clair et de brun obscur disposés par bandes ondulées. Les ailes inférieures sont brun 'clair et bordées de brun obscur. Les antennes sont très-plumeuses.

Les chenilles {fig, 203) n'éclosent qu'en mai. Elles se reti-

Fig, -201. Bombyx disparate. Fiy.20i. Chrysalide du Bombyx disparate.

rent dans les fentes de l'écorce, dans une feuille roulée, ou sous le chaperon des murs pour se transformer en chrysalide {fig. 202) qui éclôt vers la fin de juillet.

La chenille- de ce bombyx est très-abondante et l'une des plus voraces. Elle se nourrit des feuilles de presque toutes les espèces et fait parfois de grands dégâts sur nos arbres fruitiers. Comme moyen de destruction : enlever avec un

grattoir sur le tronc des arbres, depuis Tautomne jusqu'au printemps, les paquets feutrés qui renferment les œufs et les brûler.

Noctuelle fiancée (nocttia pronuba). — Papillon assez grand, remarquable par ses ailes. supérieures grises marbrées de brun, et les inférieures d'un beau jaune rougeâtre avec une bande noire presque marginale.

L'insecte parfait se montre du commencement de juillet au milieu d'août. Les chenillettes éclosent dès la fin d'août

Fig. 203. Chenille du Bombyx disparate.

et atteignent souvent les deux tiers de leur grosseur avant l'hiver. Pendant la mauvaise saison, elles se cachent sous les feuilles sèches, la mousse. En faisant la taille d'hiver, nous en avons souvent trouvé qui étaient engourdies et fortement appliquées sur les arbres fruitiers au-dessous des enfourchures des branches.

Au réveil de la végétation, ces chenilles, dd couleur grise et assez grosses, recommencent leurs ravages en dévorant les jeunes bourgeons jusqu'à la fin d'avril, époque à laquelle elles s'enfoncent dans le sol pour se transformer en chrysalides.

Tâcher de détruire les papillons et surtout les chenilles qu'on trouve sur les arbres en faisant la taille d'hiver.

Phalène effeuillante {hihernia defoliaria) {fig, de 20/jà206). — L'envergure de l'individu mâle {fig. 20U) est de 0™,0A0. Ses ailes supérieures sont d'un jaune d'ocre pâle, avec des points bruns nombreux ; elles sont marquées de deux bandes jaune obscur. Les ailes inférieures sont d'un jaune pâle, avec dopr^ points bruns. La femelle {fig. 205) est privée d'ailes. Son corps glabre est jaune avec trois rangs de points noirs. Cette espèce

Fig. 204. Phalène effeuillante (mâle).

Fig. 203. Phalène effeuillante (femelle).

paraît au printemps et à l'automne. Dès que la femelle est fécondée elle grimpe sur les arbres et dépose ses œufs sur les bourgeons. Les chenilles {fig. 206) se développent au printemps, elles sont brunes avec une bande jaune de chaque côté. Notre figure indique la façon dont elles se fixent.

Dans le courant de l'été elles s'enfoncent dans le sol pour se transformer en chrysalide et éclore au printemps. Pour arrêter les ravages de ces insectes, il faudrait, lorsqu'on pourra prévoir leur abondance, entourer

la base -de la tige des Fig. 2O6. ChenlUe de la phalène effeuillante.

arbres d'un anneau d'é-

toupa enduit de goudron végétal. La femelle, privée d'ailes, ne

pourra franchir cet obstacle pour aller déposer ses œufs.

Du Brbuil, Fruits de table, 15

Pyrale des pommes et des poires {tortrix pomana) (fig. 207). — Après la fécondation, le papillon femelle dépose un œuf dans rœil du fruit nouvellement noué. Aussitôt éclose, la petite chenillette pénètre dans l'intérieur du jeune fruit. Devenue plus forte, elle se creuse une galerie sinueuse allant du centre à la circonférence, où elle se ménage une ouverture pour rejeter ses excréments.

Les fruits attaqués par cette chenille continuent de s'accroître et présentent presque toujours les signes d'une matu-

Fig. 207. Pyrale des pommes et des poires.

rite précoce. Ces fruits se détachent et tombent; dès lors la chenille, qui est arrivée à sa grosseur, sort du fruit et se réfugie dans les fentes de l'écorce ou à la surface de la terre. Là, elle s'enveloppe d'une petite coquei dans laquelle elle passe l'hiver. Au printemps suivant, elle se transforme en chrysalide, et le papillon éclôt en juin.— Pas d'autre moyen de destruction que d'enlever avec soin tous les fruits véreux , soit sur l'arbre, soit tombés, et de les écraser avec la chenille qu'ils renferment.

Teigne hémérohe [tinea hemerohiella)'(fig. 208). — Vers le mois de juillet, la femelle de ce très-petit papillon pond ses œufs à la face supérieure des feuilles du poirier. Ces œufs éclosent bientôt et les très-petites chenillettes s'introduisent

au-dessous de Tépiderme. Là elles rongent le parenchyme de la feuille en suivant une direction circulaire et sans attaquer répiderme. Cette altération apparaît à l'extérieur sous forme de taches brunes plus ou moins nombreuses sur la même feuille et qui atteignent progressivement jusqu'à 0"',008 de diamètre. Les petites chenilles sortent des feuilles lorsqu'elles ont atteint tout leur développement et vont se fixer sur les branches voisines enveloppées d'un petit cocon dans lequel elles se transforment en chrysalides et passent l'hiver. C'est dès la fin d'avril que ces papillons éclosent et donnent lieu

Fig. 208. Feuille du poirier attaquée par les larves, de la Teigne hémérobe.

immédiatement à une seconde génération dont les ravages apparaîtront en mai et qui fournira les papillons qui écloront en juin.

Le seul moyen de destruction à employer contre cette teigne, souvent désastreuse pour les poiriers, consiste à couper et à brûler toutes les feuilles atteintes, et cela à deux époques de l'année, en mai et en juillet.

Récolte des fruits. — Degré de maturité, — La récolte des poires est effectuée lorsqu'elles présentent un degré suffisant de maturité. Quant au moment précis, il varie suivant les variétés.

Celles qui mûrissent en été ou en automne doivent être cueillies huit ou douze jours avant leur maturité absolue, c'est-à-dire avant le moment où elles se détachent d'ellesmêmes des arbres. Ces fruits renferment alors les éléments

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nécessaires pour accomplir leur maturation, car celle-ci n'est plus alors qu'une réaction chimique, indépendante, en quelque sorte , de l'action vitale. En les séparant de l'arbre à ce moment, on les prive de la sève des racines, on les force d'élaborer plus complètement celle que contiennent leurs tissus, le principe sucré est moins étendu d'eau, et ils sont plus savoureux. L'instant où ces fruits peuvent être récoltés est indiqué par la teinte jaune que prend le côté opposé au soleil.

La plupart des fruits à pépins ou à noyau qui mûrissent en été ou au commencement de l'automne ne présentent pas tous en môme temps ces signes de maturité pour le même arbre. Cette maturation est donc presque tonjours successive. De là la nécessité de ne récolter que successivement tous les produits d'un même arbre. On appelle cette manière de procéder enlrecueillir les fruits.

Les fruits qui ne mûrissent qu'en hiver doivent être récoltés dès qu'ils ont acquis tout leur développement, et aussitôt la fin de la végétation, c'est-à-dire de la fin de septembre à la fin d'octobre, suivant les variétés, les années et le climat. L'expérience a démontré que ces fruits laissés sur l'arbre après leur croissance se conservent ensuite moins facilement; ils deviennent d'ailleurs moins parfumés et moins sucrés, parce qu'à partir de ce moment la température est ordinairement trop basse pour que les nouveaux fluides qui arrivent dans leurs tissus puissent y être suffisamment élaborés. Si, au contraire, on les récolte avant leur complet développement, ils se rident et mûrissent très-aifficilement. Il est également utile de les recueillir en deux fois sur le même arbre; on détachera d'abord les fruits placés sur la moitié inférieure; puis, huit ou dix jours après, on prendra ceux du sommet, dont l'accroissement s'esjt prolongé un peu plus longtemps sous l'influence de l'action de la sève, qui n'abandonne qu'en dernier lieu cette partie de l'arbre. Par la même raison, on récolte les fruits des arbres en plein vent après ceux en espalier, et ceux des jeunes arbres après ceux des arbres plus âgés, etc. Au surplus, le. moment précis est indiqué, pour chaque^ fruit, par la facilité avec laquelle il se détache lorsqu'on le soulève un peu.

Moment favorable, — On choisit, autant que possible, pour faire la récolte, un temps sec, un ciel découvert, et l'on opère depuis midi jusqu'à quatre heures. Les fruits sont alors chargés d'une moins grande quantité d'humidité, ils ont une saveur plus prononcée, et ceux qui sont destinés à être conservés se gardent mieux. Cette règle s'applique à tous les fruits.

Mode de recolle, — La meilleure méthode consiste à détacher les fruits un à un et à la main. On doit tâcher de ne leur faire éprouver aucune pression, car chacune des foulures détermine une tache brune qui donne lieu à la pourriture.

Quant aux fruits placés au sommet des arbres, hors de la portée. de la main, on a imaginé plusieurs instruments plus ou moins ingénieux pour les cueillir sans le secours d'une échelle; mais aucun n'opère d'une manière bien satisfaisante : il en résulte un travail trop lent, ou" bien les fruits, ainsi détachés, sont plus ou moins meurtris et ne peuvent être conservés. Il est donc plus convenable de se servir tout simplement d'une échelle pour arriver jusqu'aux fruits trop élevés.

Fig. 2C9. Panier pour récolter les fruits. Fig. 210. Bourrelet

pour supporter le panier.

A mesure que les fruits sont détachés de l'arbre, on les dépose dans un panier semblable à celui dont se servent les cultivateurs de Montreuil {fig. 209); il présente une longueur de 0"',65 sur 0™,Zi8 de largeur et 0",25 d'élévation. On garnit le fond d'une tapisserie; les fruits y sont posés un à un, et l'on n'en superpose que trois rangs séparés par une certaine quantité de feuilles. Quand le panier est suffisamment rempli, on Je place sur la tète pourvue d'un bourrelet {fig, 210), et on le porte dans un local spacieux, aéré, où les fruits sont déposés sur une table couverte de mousse bien sèche. Là, les

fruits d'été ou d'automne achèvent leur maturation. Quant aux fruits d'hiver, ils reçoivent les soins de conservation dont il nous reste à parler.

Conservation. — La conservation des fruits est une question intimement liée à celle du jardin fruitier. Nous avons vu, en effet, que celui-ci doit fournir, pendant chacun des mois de Vannée, la même quantité des meilleurs fruits. Nous avons dit, il est vrai, qu'on peut obtenir ce résultat en plantant un nombre égal de variétés mûrissant leurs fruits pendant chaque mois de l'année; mais ce moyen sera insuffisant si l'on n'emploie pas un mode de conservation qui place dans les conditions les plus convenables les fruits dont la maturité peut être retardée jusqu'au printemps, et même jusqu'au commencement de l'été, époque à laquelle les variétés les plus précoces commencent à donner de nouveaux produits. Cette question offre donc un grand intérêt, non-seulement pour celui qui consomme les fruits qu'il produit, mais encore pour celui qui en fait un objet de spéculation, puisqu'ils ont d'autant plus de valeur qu'on peut les vendre plus tard.

Les soins de conservation ne s'appliquent guère qu'aux fruits qui mûrissent en hiver. Le but est : 1° de les soustraire à l'influence des gelées qui les désorganiseraient complètement; 2° de faire que la maturation s'effectue si lentement, qu'on arrive à la prolonger pour une partie des fruits jusqu'à la fin du mois de mai de l'année suivante, car, quoi qu'on fasse, la décomposition succède toujours assez rapidement à une maturité complète. Ces deux résultats sont obtenus d'une manière plus ou moins complète, suivant le mode de construction du local où ces fruits sont réunis, et auquel on donne le nom de fruitier ou mieux de fruiterie, puis aussi aux soins qu'y reçoivent les fruits.

De la fruiterie, — L'expérience a démontré que la fruiterie donne des résultats d'autant plus satisfaisants, qu'elle remplit plus complètement les six conditions suivantes :

i** Une température constamment égale, — En effet, c'est surtout par les changements de température qui dilatent ou raréfient les liquides renfermés dans les fruits que la fermentation peut y être excitée et l'organisation intérieure à peu près détruite.

2° Une température de 8 ou 10° centigrades au-dessus de zéro. — Une température plus élevée favoriserait trop la fermentation. Si elle était abaissée au-dessous de zéro, la fermentation ne pouvant avoir lieu, la maturation resterait com-* plétement stationnaire.

S° Que la fruiterie soit complètement privée de V action de la lumière, — Cet agent accélère la maturation en facilitant les réactions chimiques.

à^ Que l'atmosphère de la fruiterie ne renferme que la quantité d'oxygène rigoureusement nécessaire pour qu'on puisse y pénétrer sans danger, et que Von y conserve tout r acide carbonique dégagé par les fruits, — On sait, en effet, que la présence de l'oxygène est indispensable pour que la fermentation et par conséquent la maturation puissent avoir lieu. En en diminuant la proportion, on rendra donc la maturation moins prompte. Quant à Tacide carbonique, il semble, d'après les expériences de Couverchel, concourir assez puissamment à la conservation des fruits.

5° Que celte atmosphère soit plutôt sèche qu'humide. — L'humidité est aussi une des conditions nécessaires à la fermentation dans les fruits ; elle diminue la résistance des tissus et favorise Tépanchement des liquides ; il est donc convenable d'éviter son accumulation dans la fruiterie; mais il ne faudrait pas toutefois que ce local fût par trop sec, car les fruits, perdant alors par leur surface une quantité notable de leurs fluides aqueux, se rideraient, se dessécheraient et ne mûriraient plus.

60 Que les fruits soient placés de telle sorte qu'on diminue autant que possible la pression qu'ils exercent sur eux-mêmes. — Cette pression résulte de leur propre poids lorsqu'on laisse longtemps des fruits un peu volumineux supportés par un corps dur. En effet, si cette pression est continue, elle détermine la rupture des vaisseaux et des cellules vers les points où elle s'exerce; les divers fluides se confondent, et ce mélange favorise les réactions.

Voici maintenant comment nous proposons de construire la fruiterie pour qu'elle remplisse ces conditions.

On choisira un terrain très-sec, un peu élevé et placé à Texposition du nord. Les dimensions du local seront déterminées par la quantité de fruits à conserver; celui dont nous

donnons le plan (fig, 211 et 212) présente une longueur intérieure de 5 mètres sur k de large et 3 d'élévation. On peut y placer 8,000 fruits, en admettant que chacun d'eux occupe un espace de 0"\10 carrés.

Le plancher est à 0"',70 au-dessous du sol environnant : si le terrain est bien sec, on pourra descendre jusqu'à 1 mètre. Cette disposition permettra de défendre plus facilement l'at-

Fig. 211. Élévation de la fruiterie, suivsnt la ligne KL, de la ftgure 212.

mosphère de la fruiterie contre l'influence de la température extérieure. Pour empêcher l'eau des pluies de s'accumuler dans le sol placé près des murs et de s'infiltrer dans la fruiterie, on donne à la surface environnante (A, fig, 211) une pente opposée aux murs. Ceux-ci sont en outre construits en ciment jusqu'au-dessus du sol.

La fruiterie est entourée de deux murs (A et B, fig. 212) laissant entre eux un espace vide et continu (C) de 0™,50 de large; cette couche d'air interposée entre les deux murs est un excellent moyen de soustraire Tintérieur à l'action de la température extérieure. Ces deux murs, présentant chacun

POmiERS.

une épaisseur de 0'",33, sont construits avec une sorte de mortier ou pisé formé de terre argileuse, de paille et d'un peu de marne. Cette matière est préférable à la maçonnerie ordinaire, d'abord parce qu'elle est moins bon conducteur de la chaleur, ensuite parce qu'elle coûte moins cher. Les briques creuses que l'on fabrique aujourd'hui donneraient le même résultat. Ces murs sont disposés de telle sorte que le sol du couloir (C) soit au niveau de celui de la fruiterie.

L'enceinte est percée de six ouvertures, trois dans le mur extérieur et trois dans le mur intérieur. Celles du mur exté-

Fig. 212. Plan de la fruiterie, suivant la ligne CH, de la figure 211.

rieur, semblables aux ouvertures du mur intérieur, sont pratiquées en face de celles-ci. Ces ouvertures se composent, pour le mur extérieur : 1° d'une double porte (D, fig. 212) : la porte extérieure s'ouvre en dehors, celle de l'intérieur en dedans et se ploie en deux, dans le sens de sa largeur, comme un contrevint. Lors des fortes gelées, on tasse de la paille dans le vide laissé entre ces deux portes; 2* deux guichets (E) de 0"',50 carrés, placés de chaque côté, s'ouvrant à l'",50 du sol, et fermés par une double cloison dont l'une s'ouvre en ' dehors et l'autre en dedans. L'espace compris entre ces deux cloisons doit être aussi soigneusement rempli de paille au commencement de l'hiver.

Le mur intérieur présente une porte (F) et deux guichets (G) ; mais ici la porte est simple ; les guichets sont aussi fermés par deux cloisons : celle du dehors est à coulisse, celle du dedans s'ouvre en dehors. Aussitôt que les fruits sont réunis dans la fruiterie, on doit, pour empêcher Tair du couloir de pénétrer dans l'intérieur, coller des bandes de papier sur les jointures des guichets. Ces guichets sont destinés seulement à laisser pénétrer dans l'intérieur l'air et la lumière, afin de pouvoir nettoyer et aérer facilement la fruiterie avant d'y rentrer la récolte. Nous verrons tout à l'heure qu'il est facile de se débarrasser de l'humidité intérieure, déterminée par Ja présence des fruits, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des courants d'air.

Le plafond (B, fig. 211) se compose de solives entre lesquelles on tasse de la mousse maintenue par des lattes. Les solives sont surmontées d'une couche de pisé semblable aux murs; le tout présentant une épaisseur de 0"%33. Ce mode de construction est indispensable pour empêcher l'influence de la température extérieure de se faire sentir à travers ce plafond.

Ce plafond est surmonté d'une toiture en chaume, épaisse d'au moins O^jSS. On réserve dans cette toiture une lucarne (C) qui permet d'utiliser le grenier. Cette lucarne doit être soigneusement fermée.

Le sol de la fruiterie est formé d'une couche d'asphalte. Les parois et même le plafond doivent recevoir un lambris de sapin. Ces précautions concourent encore à maintenir dans l'intérieur une température égale et une atmosphère exempte d'humidité.

Toutes les parois sont garnies, depuis 0"s50 du sol jusqu'au plafond, de tablettes en sapin destinées à recevoir les fruits. Elles sont placées à 0'",25 les unes des autres, et présentent une largeur de 0"%50. Afin qu'on puisse voir à la fois tous les fruits rangés sur ces tablettes, on donne aux plus élevjées (D, fig. 211) une inclinaison de 45" environ. Cette pente diminue à mesure que l'on descend, jusqu'à ce que, arrivées à l'",60 du sol, les tablettes (E, fig, 211) se trouvent placées horizon-' talement. Toutes les tablettes inclinées en avant présentent la forme d'un gradin (A, fig, 2J3) ; chaque degré offre une

Fig. 213. Tablettes horizontales et inclinées de la fruiterie.

largeur de 0»M0 environ, et est muni d'un petit reboéd de ^"ïOS de saillie. Afin que l'air puisse circuler librement de bas en haut entre ces tablettes, on laisse libre le derrière de chacun des degrés disposés en gradin. Quant à ceux placés horizontalement(B,/Î5f. 213) on atteint le même but en les formant à l'aide de feuillets larges de 0"\09, et espacés entre eux de 0'»,01. Ces diverses tablettes^ fixées contre le lambris à l'aide de tasseaux, sont soutenues en avant par des montants (D, placés à 1™,50 les uns des autres. Des traverses (E), attachées sur ces montants, supportent des tringles horizontales (F) ou obliques et taillées en crémaillère (G),

suivant la disposition des tal)lettes, et sur lesquelles s'appuient ces dernières sur toute leur largeur.

Au centre de la fruiterie nous avons réservé une table I, {fig. 212) longue de 2 mètres et large de 1 mètre, isolée des tablettes par un espace de 1 mètre. Le dessus de cette table, destiné à recevoir momentanément des fruits, est entouré d'un rebord semblable à celui des tablettes. Le dessous est pourvu de trois tablettes horizontales disposées comme les précédentes. On pourrait également, pour utiliser tout l'espace, établir au-dessus de la table et jusqu'au plafond, une série de tablettes semblables à celles du pourtour.

FI arrive parfois qu'on peut éviter une notable partie des frais de construction de la fruiterie. Si, par exemple, on dispose d'une cave placée sous terre, ou mieux d'une grotte creusée dans le roc, on en profite pour y établir la fruiterie. On n'a alors à s'occuper que de l'aménagement intérieur, qui doit toujours rester le même. Toutefois il est indispensable que cette cave ou cette grotte soit parfaitement sèche et bien abritée contre l'influence de la température extérieure.

Soins à donner aux fruits dans la fruiterie. — Le succès de la conservation des fruits dépend encore des soins qu'an leur donne dans la fruiterie. A mesure que les fruits y sont

rentrés, oa les dépose sur la table, que Ton a couverte d'une petite couche de mousse bien sèche. Là on trie, et Ton met à part chaque variété; on sépare avec soin tous les fruits tachés et meurtris qui ne se conserveraient pas, puis on abandonne les fruits sains sur la table pendant deux ou trois jours afin de leur laisser perdre une partie de leur humidité.

Après ces quelques jours, on répand sur chaque tablette une petite couche de mousse sèche ou de matière analogue on essuie les fruits doucement avec un morceau de flanelle-, et on les range en laissant entre chacun d'eux un espace de 0"%01 et en réunissant ensemble les variétés semblables.

Lorsque tous les fruits sont ainsi disposés, on laisse les portes et les guichets encore ouverts pendant le jour, à moins qu'il ne fasse un temps humide. Huit jours d'exposition à l'air sont nécessaires pour enlever aux fruits l'humidité surabondante qu'ils renferment. Après quoi on ferme hermétiquement toutes les issues, et les portes ne sont plus ouvertes que pour le service intérieur.

Jusqu'à présent, on n'a employé d'autre moyen, pour enlever l'humidité répandue par les fruits dans la fruiterie, que de déterminer des courants d'air plus ou moins intenses. Ce procédé présente des inconvénients assez graves. Et d'abord, on permet ainsi à la température intérieure de s'équilibrer avec celle du dehors, ce qui produit le plus souvent un cliangement de température nuisible dans la fruiterie. D'un autre ' côté, on introduit à l'intérieur un air beaucoup moins chargé d'acide carbonique : ce qui n'est pas moins fâcheux; puis les fruits se trouvent momentanément éclairés, ce qui hâte aussi leur maturation. Enfin ce procédé, tout vicieux qu'il est, ne peut encore être mis en pratique qu'autant que la température extérieure n'est pas au-dessous de zéro et que le temps est sec. Or, comme pendant l'hiver le contraire a presque toujours lieu, il s'ensuit que l'on est obligé d'abandonner les fruits à l'humidité nuisible de la fruiterie. ' Pour faire disparaître cette cause de non-succès nous conseillons l'emploi du chloricre de calcium, qu'il ne faut pas confondre avec le chlorure de chaux. Cette substance, d'un prix très-modique, a la propriété d'absorber une si grande quantité d'humidité (environ le double de son poids), qu'elle

POmiERS.

devient déliquescente après avoir été exposée, pendant un certain temps, à Pinfluence d'un air humide. On peut donc facilement s'expliquer comment ce sel, introduit dans la fruiterie en quantité suffisante, absorbera constamment Thumidité dégagée par les fruits, et maintiendra l'atmosphère dans un état de siccité convenable. La chaux vive présente bien aussi, en partie, la même propriété d'absorption de l'humidité, mais son emploi n'ofifrirait pas les mêmes avantages; car, cette matière se combinant très-promptement avec l'acide carbonique de Tair, elle absorberait tout ce gaz, dont la présence est nécessaire à la conservation des fruits; elle n'absorbe pas d'ailleurs la même quantité d'humidité.

Pour employer le chlorure de calcium, on construit une sorte de caisse en bois (A), doublée de plomb {fig. 21Zi), présentant une surface de

0",50 carrés et une pro- g; :^-^ —

fondeur de 0'»,10. Elle a^^M5^^*^^%b««WA » doit être élevée à 0'",40 du sol environ^ sur une petite table (B) présentant, sur l'un de ses cô:

tés, en C, une pente de 0^,03. Au milieu, du côté le plus bas de la caisse, on réserve une petite ouverture ou déversoir (D).

Ce petit appareil étant placé dans la fruiterie

sous l'un des bouts de la table (J, fig, 212), on y répand du chlorure de calcium bien sec, en morceaux poreux et non fondus, sur une épaisseur d'environ 0^,08 . A mesure qu'il se liquéfie, le liquide s'écoule par le déversoir et tombe dans un vase de grès placé au-dessous. Le vase E indiqué par notre figure sera très-utilement remplacé par un vase à ouverture très-étroite, surmontée par un entonnoir en verre traversant un bouchon de liège. 11 résultera de cette disposition que le liquide recueilli dans ce vase ne s'évaporera pas de nouveau dans l'atmosphère de. la fruiterie. Si la quantité de chlorure employée est entièrement liquéfiée avant la consommation

Fig. 214. Appareil pour recevoir le ihlorure de calcium dans la fruiterie.

totale des fruits, on en ajoute une nouvelle dose. Il suffira d'environ 20 kil. de ce sel, employé en trois fois, pour enlever à la fruiterie que nous venons de décrire toute Thumidité nuisible. Le liquide qui résulte de cette opération doit être soigneusement conservé dans des vases en grès, couverts avec soin jusqu'à Tannée suivante. A cette époque, lorsque la fruiterie est de nouveau remplie, on verse ce liquide dans un vase de fonte, on le place sur le feu et Ton fait évaporer jusqu'à siccité. Le résidu est encore du chlorure de calcium, que l'on peut employer chaque année de la même manière.

La fruiterie doit être visitée tous les huit jours, pour enlever tous les fruits qui commencent à se gâter, et mettre à part ceux qui sont mûrs. On examinera aussi si Tépiderme des fruits est bien distendu ; dans ce cas on renouvellera le chlorure de calcium s'il est complètement liquéfié. Si au contraire les fruits commencent à se rider, c'est que l'atmosphère deviendra trop sèche, alors on enlèvera le chlorure.

Nous indiquons plus loin un mode de séchage pour les pommes. On procède de même pour les poires.

Le Pommier commun (malus communis, Linn.) {fig. 215) est un arbre fruitier presque aussi important que le poirier. Ses fruits mûrissent à des époques très- variées, ce qui permet d'en consommer pendant toute l'année, crus ou cuits.

Leur consistance se prête parfaitement au transport et leur ouvre le commerce d'exportation. Toutefois le pommier ne s'accommode pas de climats aussi variés que le poirier, et l'acidité de ses fruits convient moins à un certain nombre d'estomacs. Aussi le»

Fig. 2i5. Pommier sauvage.

pommes ont-elles généralement moins de valeur que les poires.

Histoire. —On trouve le pommier à l'état spontané dans toutes les parties tempérées de l'Europe, de l'Asie et dans les montagnes du nord de l'Afrique. L'origine de la culture du pommier paraît remonter à la plus haute antiquité. On parle souvent du fruit de cet arbre dans l'histoire sacrée et dans l'histoire profane. Les hommes les plus célèbres de l'ancienne Rome ne dédaignèrent pas la culture du pommier, et plusieurs donnèrent leurs noms aux espèces qu'ils firent connaître. C'est ainsi qu'on avait à Rome des variétés de pommes connues sous les noms de Manliennes, de Claudiennes, d'Appiennes. Les Romains n'en connaissaient toutefois qu'une vingtaine de variétés, dont quelques-unes, comme Vapi, sont encore cultivées dans nos jardins. Nous nous sommes longuement étendu sur l'histoire de cet arbre, au chapitre des arbres à fruits et à cidre, dans le volume consacré aux arbres et arbrisseaux à fruits propres aux boissons fermentées.

Variétés. — Les diverses sortes de pommes que nous cultivons aujourd'hui ont toutes pour type primitif le pommier commun [malus communis). C'est par suite de semis successifs et des soins de sa culture que cet arbre sauvage, qui ne donnait que de petits fruits de la grosseur d'une noix et d^nne saveur repoussante, ont fini par produire les magnifiques et exceltentes pommes que nous récoltons aujourd'hui. Cet arbre a donné lieu à un nombre considérable de variétés que l'on augmente sans cesse au moyen de semis, et que l'on multiplie ensuite par la'grefle, lorsqu'elles présentent quelques qualités remarquables. L'étude spéciale que nous avons faite de ces diverses variétés, surtout au point de vue de la production du cidre, nous permet de porter, sans hésiter, le nombre de ces variétés à plus de cinq mille. On peut les partager en deux séries : les pommiers à fruits à cidre et ceux à fruits de table; nous n'avons à parler ici que des seconds*. Nous donnons cicontre la description des meilleures variétés de ces arbres pour chaque mois de l'année. Tous ces fruits sont également bons crus ou cuits. Les époques de maturité sont pour le climat de Paris.

1. Nous renvoyons pour les pommiers à fruits à cidre au volume spécial des arbrei et arbrisseaux à fruits propres aux .boissons fermentées.

Variétés d'été.

Borowickif ou Borovitski, Charlamowsky, Duchesse d* Oldenbourg . — Mûrit fin do juillet et en août. Arbre de vigueur moyenne, fertile. Fruit moyen, à épiderme fin et luisant, jauna clair, strié de rose du côté du soleil ; chair ferme, juteuse, acidulée. Variété originaire de la Russie et introduite en France vers 1840.

Cox's pomona, ou Dean's godlin. — Mûrit en août. Arbre de vigueur moyenne. Fruit moyen, allongé, avec protubérance charnue au pédoncule. Épiderme jaune, doré et semé de points rouges du côté du soleil; chair fine, blanche, acidulée et sucrée. Variété anglaise introduite en France vers 1862.

Grand Alexandre ou Alexandre, comte Woronzoff, Empereur Alexandre, Corail, Phônix, Belle d'Orléans, Aubei'tin, etc. — Mûrit en septembre et octobre. Arbre vigoureux ; fruit très-gros, de forme conique régulière. Épiderme d'un vert clair, recouvert d'un beau rouge rayé et d'une légère fleur. Chair assez fine et blanche. Eau assez abondante, sucrée et acide. Récolter un peu avant la maturité complète. Cette variété, obtenue à Moscou vers la fin du xviii« siècle, n'a été introduite en France qu'en 1 838.

Variétés d'automne.

Royale d'Angleien'e ou Reinette rayée, Reinette d'Angleterre hâtive, d'août âge, Reinette demoiselle, de Pir/non. — Mûrit de septembre en décembre. Arbre vigoureux, fertile. Fruit assez gros, allongé, jaune clair rayé de rouge au soleil ; chair blanche, jaunâtre, assez tondre, un peu acide et sucrée. Cette variété paraît avoir été obtenue en France, où elle était déjà cultivée en n68.

Fig. 216. Calville rouge d'automne.

Fig. 211. Gravenstein.

Calville rouge d'automne (pj. 216) ou Framboise d'automne. Présent d*automne, Violette, Grelot. — Mûrit d'octobre en décembre. Arbre assez vigoureux, fertile. Fruit assez gros, conique, côtelé. Épiderme rouge sang, plus foncé au soleil; chair nuancée de rose. Il faut la consommer un peu avant la limite extrême de sa maturité. Cette variété paraît être originaire de l'Auvergne, où elle existait déjà en 16*0.

Gravenstein {fig. 2n) ou Calville Grafensteiner, Ohio non pareil. — Mûrit de septembre en novembre. Arbre assez vigoureux, fertile. Fruit assez gros et assez

conique, un peu anguleux; épiderme jaune clair, légèrement marbré de stries roses carminées. Chair blanchâtre, fine, tondre, sucrée, acidulée et parfumée. Cette variété est d'origine italienne et remonte à 1760.

Variétés d'hiver et de printemps.

Ribston rippin ou Ribstorie, Fomwsa pippin, Reinette de traver. — Mûrit de décembre à mars. Arbre de vigueur moyenne, fertile. Fruit moyen, vert jaune, maculé de roux et strié de carmin du côté du soleil ; eau abondante sucrée, acidulée et parfumée. Ce pommier résulte d'un pépin de pomme pris à Rouen et semé en Angleterre, à Ribston (comté d'York>, vers l(:86.

Doux d'Argent ou Doux d* Angers, Doux commun, Ostaçate, d*Ève. — Mûrit d'octobre à février. Arbre assez vigoureux, très-fertile. Fruit moyen, arrondi ; épiderme lisse, jaune clair, légèrement rosé au soleil. Chair très-fine, sucrée et. parfumée. Cet arbre paraît élre originaire de l'Anjou, où il était déjà cultivé avant 1790.

Reine des Reinettes ou Kronen Reinette, de la Reine, Reinette rousse. Reinette de la Couronne. — Mûrit de décembre à mars. Arbre vigoureux, assez fertile. Fru t de grosseur moyenne, de forme arrondie et régulière ; largement évasé autour de l'œil; épiderme jaune, bien doré, recouvert de piqués et de stries rouges. Chair ferme, un peu jaune, acidulée, sucrée et parfumée. Cette variété parait être originaire de la Hollande. Sa première description remonte à 1802.

Linnœus pippin ou Belle-Flavoise, Galber belle-fleur. — Mûrit de décembre à février. Arbre de vigueur ordinaire, fertile. Fruit assez gros, allongé, un peu côtelé ; épiderme d'un jaune pÀle, doré et quelquefois rosé du côté du soleil ; chair fine, un peu jaunâtre, acidulée et sucrée. Cette variété a été obtenue à Westfield, aux États-Unis, il y a de longues années, et fut introduite en France vers 1830.

Bedfordshire foundling ou Cambridge pippin. Mignonne de Bedford. — Mûrit de décembre à mars. Arbre vigoureux et fertile. Fruit gros un peu aplati. Épiderme d'un vert pâle, rarement marbré de rose ; chair fine, ferme, un peu jaune, juteuse, sucrée, parfumée. Ne pas la laisser trop mûrir. Cette variété a été trouvée sauvage aux environs de Bedford avant 1830, et fut introduit en France veisl834.

Pigeonnet commun ou Pigeon d'hiver. Pigeon rouge, Pigeonnet rose. — Mûrit de novembre à janvier. Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. Fruit petit, de forme allongée ; épiderme rouge ou rose ; chair blanche, tendre, bien juteuse et sucrée. Cette sorte de pomme, déjà décrite en 1651, passe pour être originaire de la Normandie.

Reinette musquée ou Muscate, Margile, Reinette d'hiver sucrée. — Mûrit de novembre à février. Arbre de vigueur moyenne, fertile. Fruit de grosseur moyenne, de forme régulière. Épiderme un peu rugueux, jaune-brun du côté de l'ombre, jaune d'or fouetté de rouge du côté du soleil. Chair jaunâtre et ferme, douce, sucrée et parfumée. Originaire de Normandie, où elle était déjà cultivée en 1608.

Reinette dorée ou Reinette tulipe. Reinette jaune tardive. Reinette grise dorée. Reinette vermeille. Reinette de Lorraine. — Mûrit de décembre à avriL Arbre de vigueur moyenne, fertile. Fruit assez gros, arrondi, surbaissé d'un côté. Épiderme dorée avec des dessins grisâtres ; chair juteuse, parfumée, sucrée, ferme, blanche. Cette variété est née en France, où elle était déjà connue en 1740. On la suppose originaire de l'ancienne province de Guienne.

Reinette du Canada (fig. 218) ou Reinette du Canada blanche. Reinette de Caen. — Mûrit de janvier à mars. Arbre très-vigoureux et fertile. Fruit gros, le plus souvent aplati. Epiderme d'un vert jaunâtre, parsemé de points gris, coloré de carmin du côté du soleil. Chair d'un blanc jaunâtre, parfumée, sucrce, douce et acidulée. Cette reine des pommes paraît être originaire de Normandie, d'où elle aurait été transportée au Canada pour nous revenir sous le nom où nous la connaissons aigourd'hui. On la trouve décrite pour la première fois en France en 1771.

Reinette grise du Canada, on Monstrwuse du Canada, Passe-pomme du Canada. — Mûrit de novembre en avril. Arbre assez vigoureux, fertile. Fruit gros, plat, arrondi; épiderme rugueux, gris avec quelques plaques verdâtres; chair ayant les qualités de la précédente, mais un peu plus ferme. Variété dont l'origine est inconnue et qui parut chez nous vers 1801.

Reinette franche (fig. 219) ou Reinette blanche. Reinette commune, Reinette de Clareval, Reinette de Normandie. — Mûrit de décembre à mai. Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. Fruit moyen, un pou cylindrique, plus haut que large ; épi-

Fig. âl8. Reinette de Canada.

Fig. 219. Reinette franche.

derme jaune, semé de points gris. Chair blanchâtre un peu jaune, tendre, fine, juteuse, parfumée, sucrée et acide. Cette excellente variété parait être originaire de Normandie et y être née vers 1500.

Reinette grise ou Reinette de cuir. Reinette grise de Granville, Bec-de-lièvre, Reinette grise d'hiver, Reinette de Diepdal. — Mûrit de janvier en avril. Arbre de vigueur moyenne, fertile. Fruit arrondi, un peu plat, de grosseur moyenne. Épiderme gris sur fond vert, un peu rugueux. Chair d'un blanc jaunâtre, un peu verte à la surface, fine, serrée, juteuse, sucréa et parfumée. Cette variété paraît être d'origine française et antérieure à 1613.

Reinette verte ou Reinette très-tardive. Reinette verte ronde. — Mûrit de décembre en avril. Arbre assez vigoureux, fertile. Fruit assez gros, arrondi. Epiderme d'un beau jaune lors de la maturité. Chair jaunâtre, tendre, sucrée, acidulée et parfumée. Variété obtenue en France et déjà cultivée en 1660.

Reinette de Caux ou Grosse Reinette rouge tiquetée, Pater-Noster, Vermillon d'Andalousie. — Mûrit d'octobre en avril. Arbre vigoureux, très-fertile. Fruit assez gros, de forme arrondie, parfois un peu aplatie. Épiderme lisse, d'un jaune doré, fouetté de rouge du côté du soleil, et teinté de gris clair. Chair jaunâtre, fine, ferme, très-sucrée, acidulée et parfumée. Cette pomme est née en Hollande, il y a plus d'un siècle, et n'a été connue en France que vers 1820.

Reinette à longue queue {fig. 220). — Mûrit en mars et avril. Arbre vigoureux assez fertile. Fruit moyen, un peu allongé. Épiderme fin, d'un beau jaune avec des hachures grises, teinté de rose du côté du soleil. Chair ferme et sucrée, n'acquérant ses qualités qu'à la fin de l'hiver. Cette variété, dont l'origine est inconnue, est cultivée dans la Côte-d'Or.

Calville blanc (fig. 221) ou Blanche de Zurich, Admirable Blanche, Tapounelle. Calville tardif, de Coing, Reinette à côtes. Bonnet carré. Reinette côtelée. — Mûrit de décembre à mai. Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. Fruit gros, le

Fig. 230. Reinette à la longue queue.

Fig. 221. Calville blanc

plus souvent de forme conique très-évasé à la base, toujours plus ou moins côtelé, surtout au sommet; épiderme mince, brillant, un peu huileux, jaune paille, parfois teinté de rose du côté du soleil, ponctué de gris-blanc. Chair jaunâtre, fine, ferme, su- v

crée, parfumée et suffisamment acidulée. Cette excellente variété, dont les qualités dépassent celles de la Reinette du Canada, paraît être née dans le Wurtemberg avant 1598. Elle était cultivée vers 1600, aux environs d'Évreux, à Calville, où elle prit le nom sous lequel on la connaît aujourd'hui.

Calville rouge d'hiver {fig. 222) ou Passe-pomme d*hiver. De Bretagne rouge, Calville musqué, Calville rouge normand. Calville d'Anjou, Caillot rosat. — Mûrit de décembre en avril.

Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. Fruit assez gros, un peu allongé, fortement côtelé ; épiderme rouge pâle, fouetté de rouge sombre.

Chair tendre, blanche, un peu teintée de rose sous l'épiderme, de saveur vineuse, sucrée et acidulée. Le lieu d'obtention de cette ancienne variété est douteux. Toutefois elle paraîtrait être originaire de Bretagne. On la cultivait déjà en Fiance en 1600.

Fig.. 222. Calville rouge d'hiver.

Court-Pendu rouge ifig. 223) ou Courte-Queue, Courpendu vermeil. Gros Capendu rouge, Reinette de Capendu, Court-pendu plat. — Mûiit de novembre à mars. ' Arbre peu vigoureux, pas très-fertile. Fruit de grosseur moyenne, de forme globuleuse, très-aplati. Épiderme un peu rugueux, d'un jaune verdâtre à l'ombre, lavée et striée de rouge-brun au soleil; chair jaunâtre, un peu verdâtre au centre, ferme, fine et croquante; saveur sucrée, acidulée et parfumée. Cette ponune est née aux environs de Montbéliard et a été décrite pour la première fois en 1613.

Api ou Petit Apis. Apis rouge. Api ordinaire. Api rose. —

Mûrit de janvier à mai. Arbre assez vigoureux, très-fertile.

Fruit petit, de forme sphérique, très- aplati. Épiderme d'un

Fia 22J jaune pâle à l'ombre, d'un beau rouge carmin au soleil.

Court-pendu rouge.

Chair blanche, un peu verdâtre sous l'épiderme, femae.

' sucrée, agréable. Ce chaimant petit fruit a été trouvé à l'état sauvage dans la forêt d'Api, en Bretagne. Il fut décrit pour la première fois en 1628.

Nous résumons dans le tableau suivant tout ce que nous venons de dire à regard des meilleures variétés de pommes et de leur époque de maturité.

Liste des meilleures variétés de pommiers.

NOM DES VARIETES

Borowicki

Cox's pomona

Grand .Alexandre

Royale d'Angleterre. . .

Gravenstein

Calville rouge d'automne

Doux d'argent

Ribston pippin

Reine des reinettes . . .

Linnœus pippin ....

Bedfordshire foundling. .

Pigeonnet commun..

Reinette musquée. . . .

Reinette dorée

Rein 'tte du Canada . . .

Reinette grise du Canada.

Reinette franche

Reinette grise

Reinette verte

Reinette à longue queue.

Reinette de Caux

Calville blanc

Calville rouge

Court-pendu rouge. . . .

Api

EPOQUE DE MATURITE sous

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