‹ Cours d'arboricultureChapitre 30 sur 83 · CULTURE DU POMMIER DANS LES VERGERS · texte numérisé non relu

CULTURE DU POMMIER DANS LES VERGERS

Ce que nous avons dit de la culture des pommiers à fruits à cidre dans notre Traité spécial de la culture des arbres et arbrisseaux à fruits propres aux boissons fermentées s'applique également à ceux à fruits de table dans les vergers. Nous n'avons donc à indiquer ici que le choix à faire parftii les diverses variétés pour cette destination. Il conviendra de préférer les variétés suivantes parmi celles dont nous avons donné la liste plus haut :

Pigeon d'hiver.

Reine des reinettes.

Reinette du Canada. Royale d'Angleterre.

Kibston pippin.

Reinette de Caux.

Reinette franchp.

Reinette grise haute bonté.

Doux d'argent.

Reinette très- tardive.

Restauration. — Les procédés de restauration décrits pour le poirier (page 215) s'appliquent de tous points au pommier.

Maladies. — Les principales maladies qui sévissent le plus souvent sur les pommiers sont surtout les chancres et la jaunisse, dont nous avons déjà parlé à propos du poirier.

Animaux et insectes nuisibles. — Nous avons déjà parlé, au chapitre du poirier, de certains animaux et insectes nuisibles qui attaquent également le pommier. Tels sont, parmi les animaux, les lièvres et les lapins, et parmi les insectes :

Le Hanneton commun.

Le Tingis du poirier.

Le Kermès coquille.

La Noctuelle fiancée.

La Teigne hémérobe.

Le Bombyx livrée.

— chrysorrhée.

— auriflue.

— ' disparate.

La Pyrale des pommiers.

Les insectes suivants attaquent plus particulièrement le pommier :

Anihonome du pommier [Anthonomus poinorufn) (/î^^.SSQ).—

Cette sorte de petit charançon est de couleur brune. Vers la

fin d'avril les individus femelles qui sont restés

Mj- engourdis tout Thiver percent avec leur bec la

mk^ base des jeunes fleurs du pommier et y déposent

J^ un œuf. Au bout de quelques jours, chaque œuf

Fig. 229. éclôt et donuc lieu à une petite larve qui dévore V^raTer. *^^ l'intérieur de la fleur; celle-ci noircit et ne s*épanouit pas. Cette larve se transforme en nymphe quinze jours après sa naissance, dans la fleur même; puis éclôt vers le commencement de juin et passe Tété, l'automne et l'hiver dans l'engourdissement jusqu'au printemps suivant, époque de l'accouplement et d'une nouvelle ponte. On diminuera sensiblement le nombre de ces insectes en enlevant les fleurs desséchées des pommiers et en les brûlant.

Ypjiomeute cousine {Ypnoineuta cognalella) [fig, 230). — Les ailes supérieures de ce très-petit papillon sont d'un beau blanc et marquées de 25 points noirs. Ce papillon éclôt en août et dépose bientôt ses œufs par plaques à la bifurcation des rameaux. Ils éclosent en septembre et les chenillettes passent l'hiver dans l'engourdissement, abritées sous une petite enveloppe de soie d'où elles ne sortent qu'en mai. Elles se dirigent alors sur les jeunes bourgeons, les enveloppent

d'une toile soyeuse et vivent en commun en rongeant le pa- Tenchime des feuilles, passant ainsi d'un bourgeon à un autre et dévastant toute l'étendue de Tarbre qui semble parfois enveloppé d'une série continue de toiles d'araignée. C'est en juin que ces chenilles se transforment en chrysalides dans un petit cocon allongé. Ces cocons sont réunis en masse sous

Fig. 230. Ypnomeute du pommier.

l'enveloppe commune à l'abri de laquelle les chenilles ont vécu. Le papillon paraît au mois d'août.

Cet insecte, qui est un des fléaux les plus redoutables pour les pommiers, est assez difficile à détruire. Il faildrait enlever ces nids de chenille à la fin de mai et en juin, au moment où elles se transforment en chrysalide, ou bien allumer des feux clairs dans la soirée, en août, dans le voisinage

des pommiers. On brûlera ainsi une grande quantité de ces papillons.

Puceron lanigère [apis lanigera) (fig. 231). — Cet autre insecte est encore un des ennemis les plus redoutables pour les pommiers. Ces pucerons sont d'un brun rougeâtre, recour verts d'un duvet blanc très-abondant qui les cache entièrement. Jusqu'à l'automne ils sont dépourvus d'ailes (B). A cette époque les mâles et les femelles sont ailés (A). Ils s'accouplent

alors et pondent des œufs sur les rameaux. Un certain nombre d'individus résistent aux froids de l'hiver en descendant sur les racines à une assez grande profondeur. Ils remontent au printemps pour aller fonder de. nouvelles colonies sur les jeunes rameaux de l'arbre.

Le puceron lanigère s'attache sur tous les points de l'arbre où il y a de jeunes écofces : sur les bourgeons, les rameaux, les bourrelets qui naissent ,

Fig.. 231. Puceron Fig. 232. Exostoses pro- «„ « ip^^rimPtrA Hp<5 nlaiV9 lanigère grossi. duites par la piqûre ré- ^Ur 10 périmètre Oes pjaiCS, A. Individu mâle. cente du puceron lani- aU COllct de la raCÎUe,

a^,„aMdu ft. gé„^une branche „,i,3„rtoutsur les jeunes

rameaux où ils forment

une ligne continue sur le côté qui regarde le sol. Sur tous ces points ce puceron pique l'épjderme pour y puiser les fluides des tissus. Il résulte de ces piqûres une inflammation telle dans ces tissus qu'où voit bientôt se former à chaque point des exostoses [fig, 232) qui, grossissant chaque année, arrivent à la grosseur du poing, entravent la circulation delà sève et donnent lieu à la dessiccation successive des branches. Il y a plus d'un siècle qu'on a vu apparaître ce puceron sur les pommiers de la Normandie, qu'il n'a cessé de ravager depuis cette époque. Il s'est étendu depuis sur toute la

COGNASSIER. 285

France. Il est, dit-on, originaire des États-Unis, d'où il nous serait arrivé en passant par TAngleterVe.

Les moyens à tenter pour le détruire, au moins sur les jeunes arbres, sont les suivants : pendant le repos de la végétation : i° brosser fortement les points attaqués ; 2° appliquer avec un pinceau de Thuile de poisson non épurée. Pendant la végétation, essayer l'acide phénique très-étendu d'eau ou l'essence de lavande aussi très-étendue d'eau, et de l'eau de tabac concentrée.

Pour ceux de ces pucerons qui, pendant l'hiver, se réfugient sur le collet de la racine, déchausser le pied des jeunes arbres et y répandre de la suie de bois.

Récolte et conservation des pommes. — Ce que nous avons dit précédemment de cette opération en parlant du poirier s'applique également au pommier. — Nous n'avons à ajouter que l'observation suivante :

Dessiccation, — Dans quelques contrées de la France, et notamment dans l'Est, on conserve une certaine quantité de pommes, lorsqu'elles sont très-abondantes, au moyen de la dessiccation. On les pèle, on les passe au four rfeux ou trois fois, jusqu'à dessiccation complète, puis on les conserve dans des tonneaux placés dans un endroit sec, jusqu'au moment de la vente ou de la consommation. Ces fruits étant cuits, font d'excellente marmelade. On en fait aussi une sorte de cidre.

COGNASSIER

Le cognassier {fig. 233) est encore un des arbres fruitiers dont la culture est la plus ancienne. Les Grecs avaient dédié le fruit de cet arbre à Vénus et en décoraient les temples de Chypre et de Paphos. Pline et Virgile font Téloge de cet arbre, dont les Romains paraissent avoir possédé des variétés moins âpres que celles que nous connaissons. Aujourd'hui le cognassier est cultivé surtout pour en obtenir de jeunes sujets destinés à recevoir la greffe d'autres espèces, et notamment du poirier. Toutefois on le cultive encore comme arbre fruitier dans, quelques localités du centre et du midi delà France. Dans ces contrées, les fruits sont confits, ou bien on en forme

28a ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

diverses sortes de conserves connues sous les noms de coti^ gnac ou codognae, de pâte de coing, de gelées de coing, etc., et qui sont aussi saines qu'agréables. Les pépins du coing sont également employés à divers usages, à cause du mucilage abondant qui recouvre leur surface.

Espèces et variétés. — On cultive deux espèces de cognassiers :

Le cognassier commun [cydonia communis) . Il a donné lieu à quelques variétés, parmi lesquelles nous citerons les deux suivantes :

Le coing pyrif orme , fruit de médiocre grosseur, à surface un peu rugueuse, presque aussi large que haut.

Le coing oblong, fruit très-gros, présentant la forme d'une barrique.

On distingue encore deux autres races : le cognassier d'Angers et le cognassier de Doué, plus vigoureuses que les précédentes, et préférées, à cause de cela, pour servir de sujets,

La seconde espèce est le cognassier du Portugal {cydonia Lusitanica, fig, 233). C'est l'espèce la plus estimée, celle qui donne les fruits les plus recherchés.

Climat et sol. — Les deux espèces de cognassiers dont nous venons de parler sont originaires des parties méridionales de l'Europe et plus particulièrement de Cydon, dans l'île de Crète (aujourd'hui Candie). Aussi ces deux arbres donnent-ils leurs plus beaux produits dans le centre et dans le midi de la France. Ils préfèrent aux autres les sols de consistance moyenne, substantiels et un peu frais. Ils redoutent les terrains légers et surtout calcaires.

Culture. — Nous avons traité, à l'article Pépinière (p. 12), des procédés les plus convenables pour obtenir de jeunes cognassiers destinés, soit à servir de sujets, soit à être conservés sans être greffés; nous n'avons donc à nous occuper ici que des opérations que réclament ces derniers pour leur culture spéciale.

Le cognassier peut être cultivé à haute tige dans les vergers, ou en cône, en vase ou en contre-espalier dans le jardin fruitier. On lui applique, pour la formation de sa charpente, les soins que nous avons décrits plus haut pour le poirier.

On a dit que la taille était pernicieuse pour cet arbre,

COGNASSIER

qu'on devait l'abandonner à lui-même en l'empêchant seulenient de perdre la forme qu'on lui avait imposée. Nous ne partageons pas cette opinion. Nous avons taillé, pendant plusieurs années, des cognassiers soumis à la forme conique, et nous avons constamment remarqué que les fruits que nous obtenions étaient plus volumineux et tout aussi abondants que sur les arbres non taillés. Nous pensons donc qu'on pourra le soumettre à cette opération lorsqu'on voudra le cultiver dans le jardin fruitier.

Les boutons à fleur du cognassier naissent sur de petites brindilles (B, fig. 233) développées Tannée précédente, et placées sur toute l'étendue des branches principales. Ces boutons donnent lieu à un bourgeon feuille (C) qui s'allonge de 0",04 à 0™,06, et épanouit une fleur à son sommet. Les autres bourgeons non florifères développés par la même brindille sont pinces

pendant l'été pour les empêcher de s'allonger outre mesure. Lors de la taille d'hiver suivante, la brindille primitive (B) est taillée en (A), afin de refouler la sève vers sa base et d'arrêter son allongement. Les deux nouvelles brindilles qu'elle porte sont taillées, l'une à fruit sur le bouton à fleur le plus rapproché du sommet, l'autre à bois sur un des boutons à bois destiné à produire de nouveaux bourgeons pour asseoir .la taille l'année suivante, et ainsi de suite chaque année, de façon à obtenir à chaque point une ou deux nouvelles brindilles. Toutefois nous devons reconnaître qu'il sera généralement plus convenable de cultiver cet arbre dans les vergers en lui donnant la forme à haute tige.

Fig. 233. Rameau à fruit du cognassier du Portugal.

Recolle. — Pour que ces fruits soient pourvus de tout leur arôme, il faut les cueillir lorsqu'ils sont parfaitement mûrs, . ce qui a lieu, selon les régions, de la fin de septembre au milieu d'octobre. Ils sont alors d'un beau jaune. On choisit pour cela un beau jour et on les transporte dans la fruiterie. Les coings ne peuvent être conservés que pendant quelques Jours; ils pourrissent rapidement. Le mieux est de les utiliser peu après leur récolte.

La célébrité des orangers comme arbres fruitiers remonte aux siècles héroïques et fabuleux. Si l'on se reporte aux temps historiques, on voit, d'après M. de Sacy, que V oranger à fruit amer ou bigaradier a été apporté de l'Inde postérieurement à l'an 300 de l'hégire; qu'il se répandit d'abord en Syrie, en Palestine, puis en Egypte. On voit, dans Ebn-el-Awam, que cet arbre était cultivé à Séville vers la fin du xii« siècle. Nicolaus Specialis assure que, dans l'année 4150, il embellissait les jardins de la Sicile; enfin l'histoire du Dauphiné nous apprend qu'en 1337 le bigaradier' était un objet de commerce dans la ville de Nice.

U oranger à fruit doux croît spontanément dans les provinces méridionales de la Chine, à Amboine, aux îles Mariannes et dans toutes celles de l'océan Pacifique. On attribue généralement son introduction en Europe aux Portugais. Gallesio avance, toutefois, que cet arbre a été introduit de l'Arabie dans la Grèce et dans les îles de l'Archipel, d'où il a été transporté dans toute l'Italie.

D'après Théophraste, le citronnier ou cédratier existait en Perse et dans la Medie dès la plus haute antiquité; il a passé de là dans les jardins de Babylone, dans ceux de la Palestine, puis en Grèce, en Sardaigne, en Corse et sur tout le littoral de la Méditerranée. 11 formait, dès la fin du \V siècle de l'ère vulgaire, un objet d'agrément et d'utilité dans l'Europe méridionale. Son introduction dans les Gaules paraît devoir être attribuée aux Phocéens, lors de la fondation de Marseille.

Le limonier croît spontanément dans la partie de l'Inde située au delà du Gange, d'où il a été successivement répandu.

par les Arabes, dans toutes les contrées qu'ils soumirent à leur domination. Les croisés le trouvèrent en Syrie et en Palestine vers la fin du xi« siècle et le rapportèrent en Sicile et en Italie.

Les diverses espèces d'orangers sont des arbres qui, dans le midi de l'Europe, peuvent atteindre une hauteur de 8 à 9 mètres. Ils sont l'objet d'une culture assez importante, soit pour leurs feuilles, employées sous forme d'infusions, soit pour leurs fleurs, dont on fait Veau de fleur (Voranger, soit enfin pour leurs fruits qui servent à l'alimentation, et dont on extrait aussi les huiles essentielles et de l'acide citrique.

Espèces et variétés. — Les diverses sortes d'orangers peuvent être partagées en groupes, parmi lesquels nous n'indiquerons que les suivants, parce qu'ils fournissent les espèces propres au midi de la France :

l«f GROUPB. — Oranger à fruit doux {citrus aurantium, Risso). Pétiole des feuilles peu ailé ; fleurs blanches ; fruit arrondi ou ovale, obtus, rarement mamelonné, jaune d'or« quelquefois rougeàtre ; vésicules de l'écorce convexes ; pulpe très-abondante, très-aqueuse, d'une saveur douce, sucrée, très-agréable. Toutes

Fig. 2dS. Coupe

du fruit de l'oranger

franc.

Fig 234. Oranger firanc.

Fig. 235. Fleur de l'oranger franc.

les variétés de ce groupe sont cultivées pour leurs fleurs, dont on fait Veau de fleur d'oranger, et pour leurs fruits qui sont mangés crus. Voici les variétés dont la culture présente le plus d'avantage.

Du Brbuil, Fruits de table.

Oranger franc (Poit.) ; orange douce (Oliv. de Ser.) ; oranger sauvage à ft-uit doux (fig. 234). Considéré comme le type des orangers à fruits doux; arbre trèsvigoureux^ rameanx épineux. Fruit moyen, arrondi ; peau d'un beau jaune doré, an peu chagrinée ; pulpe jaune. Son fruit résiste mieux que celui de toutes les

autres variétés à l'intensité du froid et est assez précoco ; mais la grande Tigueur de l'arbre retarde le moment où il donne d'abondants produits.

Oranger de la Chine (Encycl.).

Fruit de moyenne grosseur, arrondi ; peau très-Ûsse, luisante; graines munies d'une pointe recourbée. Rameaux munis parfois de très-petites épines; floraison bisannuelle; fruits peu sujets à la gelée.

Oranger à fruits pyri formes (Poit.) .

Fruits assez gros, pyriformes; chair jaune au centre, rouge à. la circonférence. Cette variété, cultivée à Nice, est très-féconde et craint peu les froids du midi de l'Burope ; ses fruits mûrissent en mars.

Oranger à larges feuilles (Poit.).

Arbre très- vigoureux ; fruit gros, sphérique, à écorce mince, pulpe jaune ; ses fruits, souvent en bouquets, résistent bien aux intempéries de l'hiver. Cultivé à Nice.

Oranger de Gênes (Poit.). Fruits ronds ou un peu déprimés, marqués de sillons à la base ; peau un peu chagrinée, jaune rouge ; pulpe jaune au centre, rouge à la circonférence.

Il donne une récolte presque chaque année.

Oranger de Nice (Risso). Fruit frèsgros, souvent déprimé aux deux extrémités; peau chagrinée, d'un beau jaune rougeàtre, un peu spongieuse intérieurement; pulpe jaune foncé.

Cette variété, cultivée à Nice, est celle qui donne les produits les plus beaux, les plus abondants et les plus lucratifs.

Oranger de Malte (Poit.), orange

rouge de Portugal, orange grenade.

Fruit rond de moyenne grosseur à

surface chagrinée, d'un jaune foncé passant au rouge après la maturité; pulpe

d'un rouge foncé, surtout à la circonférence. Cultivé à Nice.

Oranger de Majorque (Risso). Assez rapproché de l'oranger franc par ses caractères. Fruit assez gros, lisse, luisant; écorce assez mince, jaune foncé, pulpe jaune* Oranger multi flore (Poit). Fleurs extrêmement nombreuses ; fruits peu volumineux, arrondis, lisses, d'un beau jaune; écoïce mince; pulpe jaune. '

Orangei' à fruit tardif (Poit.). Fruits très-déprimés, gros; peau un peu chagrinée, d'un beau jaune, quelquefois rougeâtre, peu épaisse ; pulpe rouge. Maturité très-tardive. Préfère l'exposition du nord.

Fig. 237. Bigaradier à fruit comiculé.

Fig, 238. Coupe du fruit du bigaradier.

Oranger mandaiin (Loureiro). Arbre peu développé; feuilles petites, trèsentières, acuminées aux deux extrémités, d'un vert pâle, pétiole dépourru d'ailes. Fleurs petites, très-blanches, très-parfumées. Fruits de la grosseur d'une belle pomme d'apis, très-déprimés dans le sens des pôles; assez légers lorsqu'ils sont mûrs ; écorce mince, peu adhérente à la pulpe, à surface ruguense et présentant en partie l'odeur des bigarades. Pulpe formée de grosses vésicules d'un beau jaune et divisées en dix ou douze loges se séparât facilement l'une de l'autre; eau sucrée, très-agréable, pas très-abondante. Graines nombreuses à cotylé- \ dons ou amandes d'un vert pistache.

Cette espèce d'oranger parait être originaire de l'tle de Madura, près de Java, d'où il s'est répandu dans l'empire anamite et en Chine. Son introduction en Europe remonte seulement à 1828.

' Il est moins sensible au froid que les autres orangers.

2« GROUPE. —Bigaradiers. Feuilles généralement plus larges que celles de l'oranger à fruit doux ; pétiole trèsailé. Fleur plus grande, plus odorante ; fruit à surface plus tourmentée, d'un jaune plus foncé ; vésicules de la peau concaves; pulpe jaune, contenant un suc acide mêlé d'amertume. Les variétés de ee groupe sont cultivées pour leurs fleurs, dont on fait de l'eau de fleur d*oranger, et pour leurs fruits, employés conmie condiment, ou pour la préparation de certaines liqueurs.

Voici quelles sont celles' qui devront être préférées pour la culture :

Bigaradier à fruit comiculê (Poit.) ifig. 23*7) . Fleurs grandes, nombreuses, très-odorantes, offrant un style qui dépasse souvent la fleur avant son épanouissement. Fruit arrondi, plus large au sommet qu'à la base, muni latéralement d'appendices ou forme de cornes; écorce rugueuse, d'un jaune rougeâtre, assez épaisse, spongieuse ; pulpe jaune, acide, peu amère. Cultivé pour ses fleurs et poUr les fruits; c'est un des plus féconds.

Bigaradier riche dépouillé (Poit.); bigaradier bouquetier (Risso). Tige peu élevée, rameaux courts; feuilles pe- . tites, ovales, obtuses, souvent imbriquées sur les rameaux et arquées en arrière, un peu crispées; pétiole trèscourt, sans ailes. Fleurs très-nombreuses, rapprochées en bouquet au sommet des rameaux ; fruits arrondis, déprimés, rugueux, d'un jaune rougeàtre, marqués au sommet d'une grande aréole; peau offrant l'odeur du muguet; pulpe formée de grosses vésicules d'un jaune foncé, contenant un suc acide amer.

Bigaradier à fruits sans pépins (Poit.). Arbre très-vigoureux et jprenant un grand développement. Fleurs disposées en bouquet, très-nombreuses; fruit de

Fig. 239. Bergamotier ordinaire.

Fig., 240. Coupe du fruit du bergamotier ordinaire.

29i ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

moyenne grosseur, très^hagriné et même bosselé, muni au sommet d'un mamelon aplati; graines toujours nulles. Risso cite un de ces arbres qui, à Nice, donne tout les deux ans 800 kilogrammes de fleurs et 4,000 Aruits.

Bigaradier Gallesio (Poit ). Fleurs grandes, très-odorantes; fruits gros, arrondis, •d'un jaune orange foncé, peau très-épaisse; pulpe composée de vésicules d'un jaune rougeâtre obscur, contenant une eau abondante acide-amère. C'est la variété qu'on doit préférer à cause de sa vigueur et de sa rusticité pour produire des «vyets propres à recevoir la greffe de tous les orangers.

Bigaradier à gros fruits (Risso). Fleurs grandes, très-suaves; fruit très-gros,

aiiondi, déprimé, flexible sous le doigt, très-léger, marqué de plusieurs sillons et protubérances d'un jaune foncé; écorce épaisse»

spongieuse ; pulpe d'un jaune pâle contenant un suc assez doux, un peu amer; ses fleurs sont les plus recherchées à Nice pour faire les fleurs d'orange pralinées.

Bigaradier chinois (Risso), grand chinois. Tige petite; feuilles petites, ovales, aignës, réfléchies, très-pressées les unes contre les autres. Fleur formant le thyrse au sommet des rameaux. Fruit petit, arrondi, aplati à la base, d'un jaune rougeâtre ; écorce assez épaisse, spongieuse; palpe jaune. Cette variété résiste bien au froid ; une partie de ses fruits sont confits, et le reste sert de -condiment.

3« GROUPE. — Bergamotiers.

Fleurs petites, blanches, d'une odeur particulière, très-suave; fruits pyriformes ou déprimés, d'un jaune pâle, à vésicules de la peau, concaves à pulpe verte, légèrement acide et d'un arôme très-agréable. Les bergamotiers sont cultivés pour les huiles essentielles qu'on extrait de leurs fleurs et de l'écorce de leurs fruits. La variété suivante est la plus recherchée pour ce produit.

Bergamotier ordinaire (Poit); ^n-anger bergamote (Desf.) ; limeltier bergamote (Risso) {fig. 239). Fruit assez gros, ordinairement pyriforme, d'un jaune pâle à Paris, d'un beau jaune d'or en Italie, lisse, luisant, d'une odeur particulière très-agréable; peau mince; pulpe d'un jaune verdâtre, remplie d'un suc un peu acide très-aromatique.

4« OROUPR. — Limoniers ou citronniers. Rameaux effilés, quelquefois épineux, feuilles ovales et oblongues, dentées; pétiole à peine ailé; fleurs de grandeur moyenne, lavées de rouge en dehors, blanches en dedans ; fruit jaune clair, ovale, oblong, rarement arrondi, à surface lisse, rugueuse ou sillonnée, terminée par un mamelon ; écorce mince, à vésicules concaves ; pulpe abondante, pleine d'un suc txôs-acide et safooreux. Les limoniers sont cultivés pour l'huile essentielle de

Fig, 241. Limonier à grappes.

Fig. 242. Coupe du fruit du limonier à grappes.

leva écorce, et pour l'acide citrique que renferme si abondamment leur pulpe et que l'on emploie pour faire les limonades, comme condiment, etc. Nous citerons les variétés suivantes comme les plus dignes d'être cultivées :

Limonier Bignelte (Risso). Jeunes pousses lavées de rouge pâle; feiùlles portées sur de courts pétioles non ailés ; fleurs souvent disposées en corjmbe, lavées de rouge en dehors ; fruits ovoïdes arrondis , assez lisses, très-légèremeiit sillonnés, d'un jaune verdàtre, terminés par un .mamelon obtus, court, à moitié détaché par un sinus ; écorce mince, adhérente à la pulpe, très-riche en suc acide. Cette variété «st l'une des plus productives, une de celles dont les fruits fermentent le moins promptement; aussi sont-ce ses fruits qui sont choisis de préférence pour envoyer au loin.

lAmonier Ponzin (Poit.) ; Limonier Poncine (Kisso).

Bameaux épineux; jeunes pousses d'un beau rouge ; fleurs réunies en bouquet au sommet des rameaux, fortement lavées de rouge en dehors; fruit gros, ovale, terminé par un petit mamelon et ordinairement strié et cannelé ; écorce épaisse, compacte; pulpe contenant un suc abondant peu acide.

limonier mellarose (Poit.). Rameaux très-tortueux, quelquefois munis de peitites épines; jeunes pousses d'un vert luisant; feuilles violettes en naissant ; fleurs peu nombreuses lavées d'une teinte violacée en dehors ; fruit de moyenne grosseur, lui- /sant, très-lisse, arrondi, déprimé vers la queue,

terminé au sommet par un mamelon obtus non séparé du fruit par un sillon, jaune foncé ; suc abondant, acide, très-agréable.

Limonier ordinaire (Poit.). Fleurs grandes, violacées en dehors; fruits de moyenne grosseur, ovales, oblongs, lisses, d'un jaune pâle, terminés par un mamelon obtus ; suc acide très-abondant. C'est la variété la plus répandue dans les localités où ce fruit est un objet de spéculation.

Fig. 243. Cédratier à gros fjruît.

Fig. 244. Coupe du cédratier à gros fruit.

Limonier à grappe (Poit.) (fig. 241). Fleura grandes, abondantes, réunies fiti bouquet, purpurines en dehors ; fruits de moyenne grosseur, réunis en grand nombre sur la même grappe, ovales, oblongs, ventrus, légèrement rugueux, terminés par un long mamelon pointu, assez souvent courbés ; suc abondant, trèsacide. ♦

5« GROUPB. — Cédratiers. Rameaux plus court«<, plus roides que ceux des limoniers; fruits plus gros, plus verruqueux ; chair plus épaisse; plus tendre; pulpe moins acide. Les fruits des variétés de ce groupe sont employés aux mêmes usages que ceux des limoniers et surtout pour confire.

Cédratier ordinaire (Poit.). Rameaux munis de longues épines ; jeunes pousses d'un rouge violâtre ; fleurs lavées de rouge violâtre ; fruit ordinairement trèsgros, d'un rouge pourpre lors de son premier développement, d'un beau jaune safran lorsqu'il est mûr, oblong, plus renflé vers le sonunet que vers la base, profondément sillonné à la surface, terminé par un mamelon ; chair épaisse^ blanche, tendre, d'une saveur douce ; pulpe verdâtre, peu considérable, contenant une eau acidulée. /

Cédratier à gros fruit (Risso) ; cédrat de Géiies (fig. 318). Rameaux garnis de longues épines ; fleurs grandes, violettes en dehors ; fruit très-gros, oblong, bosselé, marqué de sillons longitudinaux interrompus, terminé par un mamelon plus ou moins détaché d'un côté par un sinus, jaune pâle, chair très-épaisse, ferme, pulpe verdâtre, presque sèche, acide. D'après Ferraris, les fruits de cette variété pèsent quelquefois jusqu'à 15 kilog. C'est seulem*ent dans les vallées étroites, les plus chaudes des bords de la Méditerranée, et dans des sols susceptibles d'être arrosés pendant l'été, que cette variété peut mûrir ses fruits.

Cédratier de Florence (Poit.). Rameaux épineux; fleurs purpurines en dehors, réunies en bouquets ; fruit conique, d'un beau jaune doré, luisant, légèrement sillonné; chair blanche, tendre, d'une odeur suave; pulpe verdâtre, légèrement acide. C'est la variété la plus recherchée pour ses diverses qualités.

Culture. — L'oranger est considéré avec raison comme Tun des arbres les plus beaux, les plus agréables, les plus utiles parmi ceux de notre continent. Il n'est donc pas étonnant qu'on se soit efforcé de le cultiver partout, même au delà des régions où il cesse de croître en plein air.

Climat. — Les orangers ne commencent à vivre en pleîii air qu'à partir du /i3« degré de latitude, et d'abord dans Je? lieux abrités où la terre, à 0™,02 ou 0'",03 de profondeur; conserve une température supérieure à celle de la congélation^ Il en résulte alors que la sève des racines, toujours en mouvement dans les espèces à feuilles persistantes, même pendant l'hiver, défend les parties aériennes de l'arbre contre la congélation. On a vu le thermomètre descendre à — 10° sans que les orangers succombent, parce que ces froids n'avaient pas été assez continus pour pénétrer dans le sol et que le dégel s'était produit sous l'influence d'un ciel brumeux. On sait, en effet, que la gelée désorganise d'autant plus les tissus vivants que le dégel a lieu plus subitement sous l'influence du

soleil. Ces arbres redoutent également a neige et le givre, surtout lorsque ceux-ci séjournent pendant quelque temps et que la fonte a lieu sous Tinfluence du soleiL Risso a vu à Nice, en 48H, une neige abondante qui ne fit aucun mal aux orangers, parce que la fonte eut lieu par un temps couvert. En résumé, les orangers pourront être cultivés en pleine terre avec sécurité partout où rabaissement de température ne. dépassera pas — 3°. Dans les localités les plus favorables de la Provence, on ne trouve plus cette condition au delà de /^OO mètres d'élévation.

Toutefois les diverses espèces d'orangers ne sont pas également sensibles aux froids de Thiver. Les plus rustiques sont les orangers à fruits doux, les bigaradiers; viennent ensuite les bergamoliers ; les limoniers et les cédratiers sont ceux qui demandent le plus de chaleur : ils succombent lorsque le thermomètre arrive à — 2°.

Les régions qui remplissent les conditions de ^température que nous venons d'indiquer sont, pour la France, quelques localités de la basse Provence, voisines de la mer et abritées par les montagnes des vents du nord et du nord-ouest. Tels sont Ollioules, Toulon, Hyères, le Canet, Cannes, Vence, Saint- Paul, Antibes et Nice. Nous devons yjoindre certaines parties de la Corse et de l'Algérie. L'Italie, le Portugal, l'Espagne sont aussi en possession de régions propres à la culture de l'oranger. Quoique les localités que nous venons d'indiquer, au moins celles appartenant à notre territoire, se prêtent, par leur cliûiat, à la culture qui nous occupe, il arrive de temps en temps certains hivers où le froid devient tel que leâ orangers Succombent. Ces abaissements de température ont lieu périodiquement tous les quinze ou dix-huit ans. Tels ont été les hivers de 1789, 179Zi, 1811, 1820, 1829, 1837, 185/i. Ce sont les hivers de 4789 et de 4820 qui ont gelé complètement ces arbres.

Sol. — Les orangers sont peu difficiles sur la nature du sol ; ils ne redoutent que les calcaires plus ou moins purs, les terrains complètement siliceux et les argiles compactes à hu* midité stagnante. Dans les premiers, les engrais se décomposeht rapidement avant d'avoir pu être utilisés par les racines; puis les irrigations qu'on doit y pratiquer très-souvent lessivent le

sol et répuisent. Dans les argiles compactes, rhumidîté surabondante et stagnante qu'elles renferment prive les racines de Faction de Tair atmosphérique et détermine leur pourriture.

Ce sont les sols de cousistance moyenne, silico-argileux ou argilo-calcaires, un peu frais sans être humides, qui sont les plus convenables. Toutefois les limoniers et les cédratiers paraissent se développer plus vigoureusement dans les terrains légers. Dans tous les cas, ces terrains doivent présenter une profondeur d*au moins un mètre et pouvoir être soumis à l'irrigation.

Multiplication. — La multiplication des orangers se fait, comme pour les autres espèces, au moyen des graines, de la greffe, des boutures et du marcottage. Ces diverses opérations sont'pratiquées dans une pépinière spéciale.

Pépinière, - - On doit choisir, pour établir la pépinière,, remplacement le plus abrité et le plus chaud, car les orangers sont plus sensibles au froid dans leur jeune âge que lorsqu'ils sont arrivés à l'état adulte. Le sol doit être riche, substantiel, assez profond, et susceptible de pouvoir être irrigué.' La surface en est partagée en plates-bandes ou carrés destinés chacun à soumettre les jeunes plants aux diverses opérations qui constituent la multiplication.

Toutes ces plates-bandes ou carrés sont bien fumés et défoncés à la profondeur de 0™,70. Leur surface, après ce travail, doit être bien horizontale et se trouvet* à O^IS audessous du niveau des chemins, afin de retenir l'eau des irrigations.

Semis. — Les semis sont pratiqués soit pour avoir des sujets destinés à recevoir la greffe, soit pour se procurer des arbres francs de pied. Ce dernier mode n'est usité que pour les espèces types, comme Voranger franc, le bigaradier franc, etc., etc. ; les diverses variétés de chacun de ses types dégénéreraient trop facilement si on les multipliait par les semis. Les espèces types obtenues de semis et non greffées donnent de très-bons fruits; ils sont plus robustes, résistent mieux au froid; mais ils se développent lentement et les épines qui accompagnent les rameaux blessent souvent les fruits et rendeat la cueillette plus difficile.

Les espèces d'orangers préférés pour produire des sujets destinés au greffage sont Toranger franc, le bigaradier franc et le bigaradier Gallesio. Ces sujets peuvent recevoir la greffe de toutes les autres espèces et variétés d'orangers.

Pour obtenir ces sujets par le semis, on procède ainsi : on choisit de beaux fruits bien mûrs qu'on met en tas dans un coin exposé au soleil pour qu'ils fermentent et se désagrègent; puis on les jette dans un vase plein d'eau. Après quelques heures de Qiacération, on sépare les graines de la pulpe au moyen de plusieurs lavages et l'on rejette celles qui surnagent et qui, par cela même, sont mal conformées. Si le semis ne peut être pratiqué immédiatement, les graines sont conservées en les stratifiant dans du sable un peu frais. Autrement elles se dessécheraient rapidement.

Le semis est pratiqué en avril, aussitôt que la température s'élève à 15*». Si l'opération est pratiquée dans la partie nord de la région de l'oranger, comme la Provence, il sera prudent de faire ce semis dans des caisses profondes de O^jSO et enterrées jusqu'au niveau du sol. On pourra ainsi rentrer ces caisses lors de l'hiver suivant, et soustraire les jeunes plants au froid et à la neige.

Lorsqu'on n'aura pas à craindre ces abaissements de température, le semis sera fait en pleine terre bien ameublie et en lignes distantes de 0™,1 5. Les graines sont recouvertes d'une petite couche de terre mélangée de terreau de 0''',04 d'épaisseur; on y répand ensuite un léger paillis, et l'on entretient le sol frais au moyen d'arrosement. 11 suffit ensuite de pratiquer un sarclage et d'éclaircir les plants s'ils sont trop rapprochés les uns des autres.

Les jeunes sujets ont acquis assez de force au bout d'un an ou deux, suivant la rapidité de leur développement. Alors on procède à leur repiquage dans la pépinière. Cette opération est faite en avril, au moment où la végétation commence à se manifester* Le sol, bien préparé, est richement fumé. Les jeunes sujets, déplantés de façon à laisser leurs racines intactes, sont soumis à un léger élagage qui consiste à supprimer les petites ramifications, les épines et les feuilles placées à la base de la tige. Ces plants sont repiqués à la distance 4e 0*»,30 en tout sens s'ils sont destinés à former des arbres à

basse tige, et à 0™,50 si Ton en veut faire des hautes tiges. Les plants pour basses tiges sont greffés en pied pendant la seconde année qui suit le repiquage.

Pour les sujets qui doivent former de hautes tiges et qui seront greffés en tête, on arrête chaque année, par un pincement pratiqué en juin, le développement trop vigoureux des bourgeons latéraux, afin de favoriser l'allongement du bourgeon terminal; en avril et aussi chaque année, on supprime sur la moitié inférieure de la tige les rameaux, les feuilles et les épines, et l'on raccourcit ceux des rameaux latéraux placés au-dessus de ce point et qui seraient vigoureux. Ces soins sont répétés tous les ans jusqu'à ce que la tige, bien droite et dépourvue de nodosités, ait atteint une hauteur de 1°»,50 à 2 mètres. Le moment est alors venu de procéder au greffage.

Si, dès le jeune âge, quelques-uns des sujets pour haute tige prenaient une forme buissonneuse, il ne faudrait pas hésiter à les receper en avril dès la seconde année de repiquage, et cela à 0"*,10 au-dessus du sol. Pendant l'été même, ce tronçon de tige donnera lieu à de nombreux bourgeons. Dès qu'ils auront atteint une longueur d'environ 0"%20, on choisira le plus vigoureux, et autant que possible le plus rapproché du sol. Les autres seront supprimés. Ce bourgeon, fixé à l'aide d'un jonc contre ce tronçon de tige, s'allongera rapidement et donnera lieu à une belle tige à laquelle on appliquera les soins que nous venons de décrire pour compléter sa formation.

Pendant tout le temps du séjour des plants dans la pépinière, le sol qui les nourrit devra recevoir chaque année, au commencement d'avril, un labour pratiqué avec la houe bident ou la fourche trident, afin de ne pas couper les racines, et en mai et en juillet deux binages. Des irrigations pendant les chaleurs de l'été seront en outre nécessaires.

Greffe, — Nous avons vu que les deux sauvageons qu'on emploie le plus habituelfement pour recevoir la greffe des divers orangers, sont l'oranger franc et le bigaradier.

Voranger franc donne lieu à des sauvageons qui se dévéioppent lentement; mais ils sont plus robustes et résistent mieux aux froids; une fois greffés, les arbres qui en résultent se mettent promptement en plein rapport; les fruits, très-

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abondants^ mûrissent vite et sont meilleurs que ceux greffés sur bigaradier. Ces sujets devront être réservés pour former des arbres à basse tige.

Le bigaradier fournît des sauvageons qui produisent des arbres plus vigoureux, plus développés et plus durables; on le préfère pour les arbres à haute tige.

La greffe est pratiquée soit sur des sauvageons repiqués en pépinière, soit sur ceux que Ton a plantés à demeure. Dans ce dernier cas, Topération n*est exécutée qu'après un an de plantation. Presque toutes les sortes de greffe peuvent être appliquées avec succès aux orangers ; mais ce sont les greffes en écusson Vitry ou à œil dormant et en écusson Jouette ou à œil poussant qui sont les plus employées. La première est ■^employée depuis le mois d'août jusqu'en octobre,' tant que les sujets à greffer sont en sève; la seconde, depuis le mois d'avril jusqu'en juin. Dans le premier cas, on prend les écussons sur des rameaux formés depuis le printemps précédent, et la tête des sujets n'est supprimée qu'au printemps suivant, en la coupant d'abord à 0'»,iO au-dessus de la greffe, puis un mois après, à 0™,05 seulement lorsque la greffe s'est développée. Dans le second cas, les écusèons sont pris sur des rameaux formés l'année précédente, et la tête du sujet est immédiatement supprimée, en la coupant aussi en deux fois. Dans l'un et l'autre cas, les feuilles des rameaux sur lesquels on prend les écussons sont immédiatement coupées, à l'exception du pétiole, dont on enlève seulement les deux petites ailes qui l'accompagnent. On place ordinairement deux écussons sur le même sujet, soit pour avoir plus de chances de succès, soit pour former plus rapidement la tête des arbres. Quant aux noQibreux bourgeons qui apparaissent sur la tige au moment où l'écusson commence à se développer, on les supprimera ■tous dès leur jeune âge, moins les plus rapprochés des écussons; ils attirent la sève vers ce point. On les soumet au pincement s'ils deviennent vigoureux, et on les retranche complètement dès que les écussons ont atteint une longueur ^i'environ CWjlS.

Boutures. — Les boutures sont aiissi fréquemment em- ^ployées iqùe le semis et la greffe pour la multiplication des : orangers, soit pour obtenir des sauvageons destinés à être

greffés,'soit pour avoir des arbres francs de pied. Mais les^ individus obtenus de cette façon sont moins vigoureux et prennent moins de développement que ceux résultant du semis; leurs racines s'enfoncent moins profondément dans le sol ; ils sont par conséquent moins rustiques et résistent moins bien au froid. Il est vrai que leur premier développement est plus rapide que celui des plants de semis, et que Ton a ainsi des arbres qui sont plutôt propres à être plantés à demeure. Les plants multipliés de cette façon conviendront . surtout pour fermer des arbres à basse tige.

Toutes les espèces d'orangers ne se prêtent pas également bien à ce mode de multiplicatiçn. Les orangers à fruit doux réussissent rarement. Ceux qui réussissent le mieux sont les limoniers, les bergamotiers et les cédratiers. Le limonier ballotin est le plus employé. On procède de la manière suivante à cette opération :

En avril, on coupe sur les espèces que nous venons d'indiquer les rameaux gourmands développés pendant Tété précédent et auxquels on donne le nom de plumets, et qui, dans tous les cas, devront être supprimés. On les coupe par fragments de 0™,/iO de longueur; on enlève toutes les feuilles, moins le pétiole, à l'exception des deux ou trois du sommet. Ces boutures ainsi préparées sont plantées en ligne sur les plates-bandes de la pépinière, préparées comme pour le repiquage des plants de semis; on les place à la même distance que ces derniers, en les enterrant de façon à ne laisser que deux ou trois yeux au-dessus du sol. Ces boutures reçoivent d'ailleurs les mêmes soins de culture et d'irrigation que les plants repiqués. Lorsque les bourgeons de ces boutures ont atteint une longueur d'environ 0",25, on choisit le plus vigoureux, autant que possible le plus rapproché de la base; on le dresse sur un tuteur, et les autres sont pinces et supprimés complètement l'année suivante. La jeune tige reçoit, pour sa formation, les mêmes soins que les plants de semis.

Les sujets ainsi obtenus peuvent recevoir la greffe de toutes les autres espèces ou variétés d'orangers, greffe pratiquée soit dans la pépinière, soit après la plantation.

Marcottes. — Ce mode de multiplication est beaucoup moins usité que les précédents, et cette opération ne réussit

que médiocrement pour les orangers à fruit doux, pour lesquels il est indispensable d'avoir recours au marcottage par étranglement. Pour les uns et pour les autres^on procède ainsi : les pieds mères sont greffés à la base ; deux ans après Topération, la greffe est coupée à O'^îSO du sujet, pour lui faire développer des rameaux près du sol. On soumet alors ceux-ci au marcottage, pratiqué dans un sol bien ameubli, bien fumé et maintenu frais pendant l'été. Ces marcottes, faites en avril, sont sevrées Tannée suivante et plantées en pépinière, où Ton procède à la formation de leur tige.

Plantation à demeure. — Les orangers peuvent être soumis, comme tous nos arbres fruitiers, à deux systèmes de culture : la culture exlensive, ou grande culture, c'est-à-dire la culture à haut vent dans des vergers où ils sont plantés à grandes distances, et dont le sol est consacré à la production d'autres récoltes; puis la culture intensive, c'est-à-dire la culture dans les jardins, où les arbres à basse tige, très-rapprochés les uns des autres, sont soumis à des opérations minutieuses. Ce dernier mode de culture est beaucoup plus coûteux que le premier, mais les produits sont plus assurés, plus beaux et plus abondants; nous allons étudier séparément ces deux méthodes.

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