CULTURE DANS LES VERGERS OU CULTURE EXTKNSIVE
Abris. — Si le terrain où l'on se propose d'établir le verger d'orangers n'est pas naturellement abrité contre les vents froids du nord, du nord-ouest et du nord-est, on devra planter du côté du terrain ouvert à l'une de ces mauvaises expositions un épais rideau d'arbres à feuilles persistantes, formé de lauriers d'Apollon ou de cyprès pyramidaux. Les premiers se développent rapidement, mais leur voisinage nuit aux orangers. Les cyprès ne présentent pas cet inconvénient, mais ils poussent plus lentement.
Forme de la plantation. — Lorsqu'il s'agira d'établir une seule ligne d'orangers à haute tige, on n'aura pas à se préoccuper de la forme à lui donner. Mais si la plantation doit se composer de plusieurs lignes contiguês, on pourra adopter la forme carrée ou celle en quinconce. On devra préférer cette
yGoogk
m ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.
dernière, caractérisée par ceci : chacun des arbres occupe l'un des angles d'un triangle équilatéral. Cette forme de plantation permet de placer sur la même surface de terrain un plus grand nombre d'arbres qu'avec la plantation carrée, et cela sans qu'ils soient plus rapprochés les uns des autres.
Quant à l'intervalle à laisser entre ces arbres, il est déter- .miné par la forme de la plantation, la richesse du sol et les espèces d'orangers. Pour une plantation composée d'une seule ligne, on placera les arbres à 6 mètres les uns des autres dans un sol riche, et à 5 mètres dans un terrain médiocre.
Lorsque la plantation se composera de plusieurs lignes rapprochées, on réservera une distance de 8 mètres entre les arbres pour les sols riches et 6 mètres seulement pour les terrains de moins bonne qualité.
Pour les espèces et variétés moins vigoureuses, telles que leslimoniers, les cédratiers, les bergamotiers, etc., on diminuera d'un quart toutes les distances que nous venons d'indiquer.
Préparation du soi, — Le sol est préparé au moyen de trous circulaires ouverts à chacun des points qui doivent être occupés par les arbres. Les dimensions à donner à ces trous sont déterminées par la richesse naturelle du sol. Dans les meilleurs terrains ils pourront n'avoir que i mètre de diamètre sur i mètre de profondeur. Dans les sols secs et brûlants ils devront présenter 2 mètres de diamètre sur au moins 1">,30 de profondeur. Ces travaux de terrassement seront, autant que possible, exécutés avant l'hiver qui précédera la plantation, afin que les terres déposées sur le bord des trous soient amendées par l'action de l'air ainsi que les parois des trous.
Il sera aussi très-important de disposer la surface du sol de façon que les eaux d'irrigation puissent facilement arriver sur tous les points de son étendue. Ce travail est fait avant l'ouverture des trous.
Choix des arbres pour ta plantalion. — Il est utile de choisir pour ces plantations des arbres assez développés, afin qu'iis résistent mieux aux intempéries et qu'ils fassent ' attendre moins longtemps leurs premiers produits. Dans ce but, les tiges devront avoir une hauteur de 1°*,50 à 2 mètres et un diamètre de 0"*,03 à 1 mètre au-dessus du sol.
On peut planter soit des arbres greffés, soit des arbres
■francs de pied qui ne seront pas greffés, soit enfin des sauvageons destinés à recevoir la greffe. On plante le plus souvent des sauvageons qui seront greffés après leur reprise. On est ^insi plus certain des variétés qu'on greffera soi-même. On plante aussi des arbres francs de pied qui ne seront pas •greffés. On réserve les arbres greffés en pépinière pour remplir les vides qui peuvent se manifester dans les jeunes plantations.
Dans tous les cas il faudra choisir de préférence pour tous ces arbres des sujets obtenus de semis. On aura ainsi des arbres plus vigoureux, d'une plus longue durée, qui prendront un plus grand développement et qui seront plus rustiques.
Plantation, — Le moment à choisir pour procéder à ces plantations est celui où les orangers commencent à entrer en -Tégétation, c'est-à-dire en avril. Il en est de même pour .toutes les plantes ligneuses à feuilles persistantes, dont les fonctions des racines ne sont jamais complètement suspen- -dues, même eu hiver, afin de réparer les pertes d'humidité que font les feuilles par l'évaporation. D'ailleurs cette circulation latente de la sève défend les parties aériennes de l'arbre contre les abaissements de température. Si donc on plantait avant ou pendant l'hiver, il en résulterait une suspension ^complète dans les fonctions des racines, les feuilles seraient exposées à se dessécher, et l'arbre pourrait succomber à un 'abaissement de température auquel il aurait pu résister sans <ie déplacement.
Afin de rendre la reprise des orangers plus facile, on doit les déplanter avec toutes leurs radicelles, et il serait utile de conserver la terre qui les enveloppe, afin qu'elles souffrent moins de l'action desséchante de l'air.
Le moment de la mise en terré étant venu, on y procède 'de la manière suivante : on dépose auprès de chaque trou, ouvert à l'avance, environ un dixième de mètre cube de fumier •bien consommé. Comme le fumier est rare dans le Midi, on rpourra le t'emplacer par quatre litres de sang desséché et 'pulvérisëj ou -six litres de guano. Si le sol où l'on plante est ^e: mauvaise qualité, on remplacera la moitié de la terre •extraite du trou par une égale quantité de' terre argilo- ^silloeuse ou argilo-calcaire. Les engrais^ dont nous venons de
vGooçIe
parler sont parfaitement mélangés avec la moitié de la meilleure terre extraite du sol. On place la moitié de ce mélange au fond du trou sous forme d'un cône évasé, puis on place le pied de Tarbre au sommet de ce cône de façon que le collet de la racine ne soit pas enterré plus profondément qu'il ne rétait dans la pépinière; si Ton dépasse cette limite, les racines, privées de l'action de l'air, ne fonctionneront qu'imparfaitement. Il n'y a d'exceptions à cette règle que pour les plantations faites dans un terrain très-sec. Dans ce cas, le collet de la racine sera placé à environ C^fOô au-dessous du niveau du sol. Le pied de l'arbre fiinsi placé, on rejette sur les racines ce qui reste de la terre mélangée d'engrais, de manière à les envelopper toutes de cette très-bonne terre. On achève de combler le trou avec ce qui reste de la terre extraite du sol. Ces trous doivent être comblés à 0",06 ou 0"*,08 au-dessus du niveau du terrain environnant, afin que, la terre venant à se tasser, il n'y ait pas de dépression au pied de chaque arbre. Cette terre en saillie sera disposée en cuvette.
La plantation ainsi exécutée, on doit pratiquer immédiatement un arrosage pour que la terre soit bien en contact avec toute l'étendue des racines. Cet arrosage sera répété plusieurs fols pendant les mois d*avril et de mai, selon que le temps sera plus ou moins sec.
Les sauvageons que l'on a plantés en vue de les greffer sont soumis à cette opération lorsqu'ils sont bien repris, c'est-à-dire, le plus souvent, au mois d'août de la seconde année de plantation. On leur applique la greffe en écusson à œil dormant, avec les soins indiqués plus haut pour la pépinière.
Soins d'entretien, — Le sol qui nourrit les orangers doit recevoir chaque année un ou deux labours, selon le degré de perméabilité du sol. Dans les terrains un peu compactes, deux labours sont nécessaires : le premier, pratiqué au printemps après rélagage, pénètre à 0"\30 de profondeur; le second, exécuté à l'automne, sera seulement de 0"',20. Pour les sols légers, un seul labour de 0'»,25 de profondeur et pratiqué au printemps sera suffisant. Ces diverses façons données à la terre devront être impliquées à l'aide d'instruments à dents et non
vGooçIe
gl
avec des outils à lame, qui pourraient mutiler les racines profondes des arbres.
On ne doit pas craindre, en exécutant ces labours, de détruire les racines superficielles de Toranger, car elles sont souvent atteintes par la sécheresse du sol et Tarbre souffre ; en les détruisant, on force Tarbre de vivre de ses racines profondes, qui ont moins à redouter cette influence fâcheuse.
L^application des engrais est indispensable pour hâter le développement de Toranger et maintenir sa fertilité. Sans cela il croît lentement, il se charge bientt^t de fruits qui restent petits, qui épuisent l'arbre par leur abondance, et celui-ci succombe longtemps avant d'avoir donné son produit maximum. L'oranger réclame des engrais pendant deux périodes différentes de son existence : pendant son premier développement, alors la fumure doit être abondante, afin de hâter le plus possible la formation de la charpente de l'arbre, et l'obtention du produit maximum ; puis ensuite pendant le restant de son existence; ce n*est plus alors qu'une fumure d'entretien, dont la fréquence et l'abondance sont indiquées par l'état de végétation des arbres.
Pour la première période de végétation des orangers, il \ convient d'employer des engrais à décomposition rapide, afiiv qu'ils fournissent immédiatement et abondamment des éléments nutritifs aux racines. Tels sont les fumiers bien préparés, la colombine, les tourteaux de graines oléagineuses, le guano, le sang desséché, les résidus de magnaneries, les matières fécales. Pour la fumure d'entretien, on doit préférer les engrais à décomposition plus lente, tels que les rognures de corne, les os concassés, les chiffons de laine, les crins, les poils, les tendons, les déchets de cuir. L'effet de ces derniers engrais se prolonge pendant cinq à huit ans. Les uns et les autres sont appliqués sur toute l'étendue du sol qu'on suppose occupée par les racines et particulièrement sur les point» où sont arrivées les extrémités radiculaires, c'est-à-dire audessous du périmètre de la tête des arbres. Ces engrais sont enterrés à la fin de l'automne à une profondeur de 0'",25 à 0™,30.
On emploie aussi parfois les engrais liquides, tels que matières fécales, tourteaux de graines oléagineuses, guano, et
vGooçIe
gl
le tout mélangé d'une suffisante quantité d'eau. L'effet de ces engrais est immédiat, mais de très-peu de durée. On ne doit les employer que pendant les chaleurs de l'été, au moment où la végétation est la plus active. Appliqués pendant l'hiver, ils pourront déterminer la pourriture des racines. C'est cet emploi intempestif qui a détruit en partie les orangeries d'Hyères. En général, on n'a recours à ces engrais que pour les arbres devenus languissants. On enlève la terre jusqu'à la profondeur de 0"*,05 sur les points où ce liquide doit être répandu, puis on la replace immédiatement.
Opérations contre la Pécheresse du sol. — La température élevée qui se manifeste pendant l'été sous le climat de l'oranger Oblige à employer des moyens énergiques pour défendre les arbres conte l'influence de la sécheresse du sol. Cette influence se manifeste d'abord par la fanaison des feuilles, qui se ramollissent d'abord et se roulent sur elles-mêmes; puis elles jaunissent et tombent, ainsi que les fruits. Si cet état de choses se prolonge, l'arbre lui-môme se dessèche et succombe. On a recours à l'emploi dès moyens suivants pour prévenir ces accidents.
Le défoncement profond du sol, avant la plantation, est une excellente opération pour soustraire les racines à l'action de la sécheresse. Elles peuvent ainsi pénétrer à une profondeur telle qu'elles trouvent là l'humidité qui n'existe plus à la surface. Nous avons conseillé plus haut d'ouvrir des trous d'au moins l'",30 de profondeur dans les terrains secs et de i mètre dans les sols substantiels un peu argileux.
Le procédé le plus énergique pour rendre au sol l'humidité qui lui manque, est certainement l'irrigation ; mais il ne faut pas en abuser; autrement les feuilles jaunissent et les racines pourrissent. Les eaux de source, les eaux froides qui desôendent des hautes montagnes, ne conviennent pas pour les Irrigations. On ne peut les employer qu'après un séjour suffisant dans de grands réservoirs exposés au soleil et placés au-dessus du niveau des surfaces à arroser. La quantité d'eau à répandre à la fois sera plus considérable dans les sols légers et perméables que dans les ^terres compactes, qui retiennent plus longtemps l'humidité.
Quant à la fréquence des arrosements, elle est déterminée
vGooçle
gl
qpar lé degré de compacité du sol. En général, dans les terrains légers on commence à arroser dans les premiers jours de juin, dès que la température s'élève à 25°, et Ton répète cette opéjratïon tous les huit ou dix jours, jusqu'au mois de septembre, ^ans les sols compactes, ces arrOsements ne sont répétés que ious les quinze jours. Du reste, lorsque les feuilles commencent à se rouler, il faut immédiatement recourir à ce moyen. C'est entre le coucher et le lever du soleil que cette opération est pratiquée pendant l'été. En automne, c'est le matin.
Pour ne pas être obligé à des arrosages si fréquents, il sera très-utile, quatre ou cinq jours après l'opération, de pratiquer un binage de 0™,08 à 0^,10 de profondeur sur toute la 6urface du terrain occupé par les racines. Ces binages maintiennent la fraîcheur du sol et font disparaître l'imperméabilité de la surface résultant du tassement que produisent les arrosements.
Enfin, pour suppléer à insuffisance de Teau, ou pour remiplacer les binages dans les sols légers, on pourra user de l'excellent procédé que voici pour maintenir la fraîcheur du sol : aussitôt après un binage, couvrir toute l'étendue du sol occupé par les racines d'une couche de 0'",iO d'épaisseur composée de matières diverses, telles que litières, herbes de marais, feuilles sèches ou broussailles quelconques.
Élagage et formation de la tête des arbres. — Les orangers cultivés dans les vergers ne sont pas plus soumis à la •taille que les autres espèces d'arbres fruitiers placés dans les rinémes conditions, et cela pour les mêmes motifs; c'est-à-dire que ces arbres ne pouvant être soustraits à l'action des intempéries, les soins minutieux qu'exige cette opération ne seraient pas payés par les produits.
Toutefois, dans l'intérêt de l'abondance de la récolte, il est utile de soumettre à l'action directe de la lumière la plus grande surface possible de la tête de l'arbre. Dans ce but, on donne à la tête des orangers la forme sphérique indiquée par la figure 1. Pour obtenir ce résultat, il suffira de soumettre au pincement, chaque année, vers le commencement de juin, tous les bourgeons vigoureux qui commenceront à faire saillie au delà du périmètre de la tête de l'arbre. Cela vaudra mieux
que de laisser ces bourgeons s'allonger et d'attendre à Tannée suivante pour les supprimer, alors qu'ils sont à Tétat de rameaux gourmands, connus sous le nom de plumets. Ces plumets ont absorbé inutilement une grande quantité de sève,
ils épuisent les parties voisines et déforment la tête des arbres. L'opération du pincement que nous venons de recommander fait éviter ces inconvénients.
Il convient néanmoins d'appliquer chaquer année un élagage à la tête de ces arbres. Cette opération est destinée à supprimer les branches mortes ou languissantes, à re^ trancher les plumets dont on aurait oublié d'empêcher le développementpendant l'été, enfin de retrancher tous les rameaux qui font confusion sur le périmètre ou dans l'intérieur de la tête de l'arbre; car il est important que l'air et la lumière puissent agir librement entre chacun des rameaux, sous peine de voir la production diminuer et aussi de voir ces arbres envahis par la cochenille^ dont nous parlerons plus loin.
Cet élagage annuel est pratiqué au printemps, aussitôt que l'on n'a plus à redouter les gelées tardives. On profite pour cela d'un beau temps. Il faut éviter de procéder à ce travail
Fig. 245. Oranger à aaute tige pour les vergers.
lorsque lés ramifications sont mouillées, ou immédiatement avant la pluie* L'expérience a démontré que les plaies qui sont ainsi lavées avant d'avoir été desséchées par Tair se cicatrisent moins facilement*
On doit se servir, pour pratiquer tous ces retranchements, d^un instrument bien tranchant, afin d'avoir des sections parfaitement nettes. Aussi la serpette est-elle préférable au sécateur jqui écrase les rameaux en les coupant. Toutes les fois que les plaies résultant de ces retranchements dépasseront 0*",0i de diamètre, il sera bon de les recouvrir de mastic à greflTer.
Suppression des fruits trop nombreux. — Les orangers sont parfois couverts d'une énorme quantité de fruits. Cette surabondance de produit est fâcheuse, car il en résultera des fruits petits, de médiocre qualité et d'une valeur peu élevée, fin outre, les arbres, épuisés par cette surabondance, seront condamnés à la stérilité pour l'année suivante. Dans ce cas, il y aura donc utilité à procéder ainsi : lors de la fin de juillet, lorsque les jeunes fruits sont bien noués, on supprimera la surabondance en faisant porter cette suppression de préférence sur les parties les moins vigoureuses de Tarbre. Ces jeunes oranges soat vendues pour être confites sous le nom de chinois,