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RÉCOLTE DBS FEUILLES, FLEURS ET FRUITS

Récolte des produits. — Il est peu d'arbres dont on puisse tirer un si grand parti que de l'oranger; en lui tout est production : les feuilles, les fleurs, les fruits sont autant d'ob^ jets que l'industrie sait utiliser.

Feuilles, — Ce sont particulièrement les feuilles des orangers proprement dits et surtout celles des bigaradiers q\\^

'é2i ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

Ton recueille pour les employer eu infusions. On n'en dépouille pas les arbt*es exprès pour cet usage ; ce sont seulement celles que Ton détache des rameaux supprimés lors de la taille. On les fait sécher à Tombre, puis on les livre au commerce. En f 8/t8, elles se vendaient à Nice 20 francs les 400 kilogrammes.

Fleurs. — Dans les régions méridionales, la récolte des fleurs des orangers proprement dits et des bigaradiers est d'une tout autre importance que celle dont nous venons de parler; elle commence dans le mois de mai et se prolonge Jusqu'en juin dans les années froides et pluvieuses ; et même il n'est pas rare de la voir se renouveler en automne ; mais pour que ce cas puisse avoir lieu, il faut qu'une grande sécheresse ait régné pendant l'été; alors aux premières pluies d'automne les arbres ci-dessus entrent de nouveau en végétation, et donnent cette seconde floraison, qui cependant est de beaucoup inférieure à la première. Ce phénomène se mani* feste également dans les arbres atteints d'une fnaladie incurable; ils fleurissent alors d'une manière plus considérable que les autres, mais ils périssent ensuite.-

Pour recueillir les fleurs, on étend des draps sous l'aréole des arbres, et par un temps sec ou après le lever du soleil, lorsque la rosée a disparu, on les secoue avec force pour les faire tomber : l'on renouvelle cette opération chaque deux jours pendant tout le temps de la floraison. Il faut soigneuse- , ment éviter de secouer les arbres immédiatement après la pluie et avant l'évaporation totale de la rosée; si l'on négligeait cette précaution, l'arbre en recevrait un dommage considérable, les fleurs perdraient de leur arôme et passeraient facilement à l'état de putréfaction. On sait que ces fleurs deviennent entre les mains des parfumeurs une des principales branches de leur industrie; ils en confectionnent l'eau dite de fleurs d'orangers, dont le luxe et la médecine tirent également parti. Pour l'obtenir encore plus suave et plus délicate, on doit faire cueillir les fleurs au moment où elles sont prêtes à s'épanouir : elles contiennent alors une plus grande quantité d'arôme. Malgré cette récolte, il reste toujours assez de fleurs sur les arbres pour donner une suffisante quantité de fruits. Les oranger^ commencent à donner des fleurs et des fruits vers l'âge de cinq ans; ils sont en plein rapport vers

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quarante ans; à ce moment, uo bigaradier produit moyennement liO kilogrammes de fleurs; les orangers à fruits doux n'en donnent que 20 kilogrammes.

En général, on ne fait aucun cas des fleurs de limoniers et cédratiers. Toutefois, dans quelques villes des bords de la Méditerranée, on les distille pour en retirer une huile essentielle.

Fruits, — La récolte des diverses espèces et variétés d'orangers a lieu à différentes époques de l'année. On commence à cueillir les cédrats, qu'on appelle de première fleur, en août et en septembre, et l'on continue jusqu'en janvier; les chinois, les pommes d'Adam et les mellaroses se cueillent en septembre, ainsi que les bigaradiers dont la cueillette se prolonge jusqu'en mars; les bergamotes se ramassent en février; la récolte des oranges proprement dite se fait en trois fois : la première vers la fin d'octobre, quand les fruits commencent à prendre une teinte jaunâtre; ils sont encore verts, mais dans cet état ils résistent aux longs trajets sans se gâter, la seconde se fait en décembre; ils sont alors à moitié de leur maturité, et on les envoie à d'assez grandes distances sans qu'ils se corrompent; et la troisième au printemps, quand ils ont atteint leur maturité; mais alors ils ne peuvent être transportés au loin que par des voies rapides.

Les oranges sont vendues en bloc, au mille ou à la caisse. On les divise en plusieurs catégories, suivant leur grosseur : les oranges belles, qui présentent un diamètre d'au moins 0'",07Zi; les caisses, qm ont 0™,068; les caisses de Menton, qui n'ont que 0'",061; les patronnes de magasin et patronnes de barque, qui ont moins de 0" 0,59.

Les limoniers fleurissent depuis le commencement du printemps jusqu'à la fin de Tautomne; on en cueille les fruits à diverses époques. Quelques fleurs qui s'épanouissent, à la fin de l'hiver, au sommet des rameaux donnent des limons ou citrons très-gros, mais à écorce très-épaisse : on leur donne le nom de testassa. Les limoniers qui fleurissent en avril donnent leurs fruits en novembre ; ces fruits sont les plus beaux et les plus succulents. Les fleurs qui s'épanouissent en mai et juin ne donnent leurs fruits que dix mois après, et ces fruits ont moins de valeur que les précédents. Les limons ou citrons

Du fiREUiL, Fruits de tabU» i^

sont livrés au commerce après avoir été partagés en catégories diverses suivant leur grosseur et leur poids. Les meilleurs sont ceux qui sont lourds, à écorce mince et lisse, d'un jaune pâle et d'une odeur agréable.

La cueillette des fruits des diverses espèces d'orangers est faite par des hommes expérimentés. Ils montent à pieds nus sur les arbres, après que la rosée est dissipée, et détachent les fruits en cassant le pédoncule avec le pouce. Des paniers doublés en toile sont suspendus à une branche et reçoivent les fruits qu'il faut toujours éviter de contusionner. Ces paniers sont ensuite vidés sur le sol couvert d'une couche de paille. Là, des femmes coupent le pédoncule des fruits immédiatement au-dessous du calice, puis ces fruits sont portés au magasin pour être enveloppés de papier, mis en caisse et livrés au commerce.

L'oranger proprement dit, arrivé au maximum de son produit et soumis à la culture extensive peut donner en moyenne trois mille fruits de bonne qualité. Les bigaradiers donnent environ quatre mille fruits. Le produit des cédratiers ne dépasse guère quarante fruits; celui des bergamotiers et des mellaroses s'élève, en moyenne, à deux cent cinquante fruits; mais le plus productif de tous ces arbres est incontestablement le limonier, dont la récolte moyenne peut s'élever à six mille fruits.

L'oranger proprement dit et le bigaradier ne donnent en général une abondante production qu'une année sur deux. On diminue les effets de cette intermittence en récoltant tous les fruits avant la fin du mois de décembre.

Propriétés économiques. — Bois. — Dans le midi de l'Europe, le tronc des orangers atteint jusqu'à neuf mètres d'élévation et deux mètres de diamètre. Le bois de cet arbre, d'un tissu serré, susceptible d'un beau poli, d'une couleur d'un blanc jaunâtre, légèrement veiné, d'une odeur agréable, est recherché par l'ébénisterie et la marqueterie.

Feuilles. — Les feuilles des orimgers proprement dits et des bigaradiers sont très-employées en médecine^ soit sous forme d'infusions, soit en retirant, par la distillation, une huile essentielle connue sous le nom de petit grain,

Flewrs. — Par la distillation des fleurs d'oranger (oranger

ORANGERS. 3i7

proprement dit et bigaradier), on obtient une eau et une huile essentielle d'un grand usage, soit pour la médecine, soit pour l'économie domestique.

Fruits. — Les oranges proprement dites, parvenues à leur complète maturité, jouent un rôle important dans Tallmentation. Leur suc doux et sucré est aussi fréquemment employé en médecine. On en fait aussi un vin d*orange des plus agréables.

Le suc des limoniers ou citrons sert de base pour la préparation des limœiades. Il est aussi d'un usage très-fréquent comme condiment. Enfin on en extrait de. l'acide citrique. On extrait de leur écorce une huile essentielle employée par les parfumeurs et les confiseurs. Ces derniers emploient également ces écorces pour en faire des confitures.

La surface de l'écorce des cédrats donne une huile essentielle très-employée par les parfumeurs. Ces écorces sont aussi transformées en excellentes confitures.

Le plus grand mérite des fruits des bergamotiers est dans l'huile essentielle que renferme leur épiderme et qui est très-recherchée par les parfumeurs.

Les fruits des bigaradiers sont ^ployés à des usages assez divers. Leur jus sert de condiment. L'huile essentielle extraite de l'épîderme est employée en médecine et dans la parfumerie. Enfin les écorces desséchées servent à préparer diverses liqueurs, notamment le curaçao ; à l'état frais, on en fait aussi des confitures.

Maladies. — Les maladies des orangers sont produites par les intempéries, les insectes, les plantes parasites, la vieillesse.

Intempéries. — Ce que les orangers redoutent par-dessus tout, c'est la gelée. C'est ainsi que périrent, en 1709, presque tous les orangers des bords de la Méditerranée. Sous l'action de la gelée, les fleurs noircissent, les feuilles se crispent, se roulent et se dessèchent, les fruits perdent leur brillant, l'arôme se dissipe, le suc disparaît, ils deviennent amers, se putréfient et tombent; si le froid est plus intense, les rameaux se courbent, brunissent, les branches et la tige môme se crevassent. Pour réparer ces dommages, il n'y a d'autre moyen que de couper toutes les parties atteintes. Ces amputations

sont faites au printemps, au moment du nouveau bourgeonnement. Les plaies sont mastiquées avec soin, et l'on donne au sol une fumure très-abondante.

La neige peut aussi devenir très-nuisible aux orangers, s'il survient un temps clair lorsqu'ils en sont couverts; l'eau glacée qui résulte de sa fonte altère les jeunes rameaux. Pour prévenir cet accident on emploie la fumée interposée entre les arbres et les rayons solaires, cette fumée est produite par de petits tas de paille ou de broussailles humides placés de distance en distance du côté du vent et que l'on allume au lever du soleil. On pourra rendre cette fumée plus épaisse en répandant sur la paille ou les broussailles une certaine quantité d'huile lourde.

Certaines espèces d'orangers, tels que les limoniers, les cédratiers, sont parfois atteints d'une maladie analogue à la gomme qui attaque les arbres à fruits à noyau. Cette altération est due aux changements subits de la température. Pratiquer des incisions longitudinales dans le voisinage des parties malades, pour faciliter la circulation des fluides, enlever toutes les parties altérées et recouvrir les plaies avec du mastic à greffer, sont les seuls moyens de remédier à cet accident.

C'est encore aux intempéries et surtout aux brouillards épais et aux fortes rosées du printemps qu'est due la maladie connue à Nice sous le nom de peleia^ et qui se manifeste sur •les fruits par une tache rougeâtre qui brunit et qui finit par en altérer complètement la pulpe.

La jaunisse ou chlorose n'est le plus ordinairement due qu'à l'humidité surabondante du sol; il devient alors indispensable de l'égoutter à l'aide du drainage.

La pourriture des racines. — Cette maladie a fait de tels ravages dans les orangeries d'Hyères, qu'en 1855, lorsque nous les. avons visitées, presque tous les orangers avaient disparu. Les premières atteintes du mal sqnt indiquées par la jaunisse des feuilles, puis par des ulcérés sanieux qui se manifestent vers la base de la tige. Si l'on examine alors les racines, on les trouve dans un état de putréfaction plus ou moins avancé» La cause de cette maladie n'est pas encore parfaitement connue. Toutefois nous pensons qu'on doit l'attribuer à l'abus que Ton fait d'un, certain engrais, les tourteaux d'arachide*

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Ces tourteaux, encore assez riches en huile, mais à l'état acide, suffisent, selon nous, lorsqu'on les emploie en trèsgrande quantité, pour produire cette altération sur les racines. Ce qu'il y a de certain, c'est que les orangeries du Cannais, près de Cannes, soumises au même climat, placées sur des terrains analogues et recevant le même mode de culture, à l'exception de l'espèce d'engrais dont nous venons de parler, sont parfaitement intactes.

Insectes nuisibles^ . — Un certain nombre d'insectes vivent aux dépens de Toranger. Nous citerons particulièrement deux espèces de kermès ou gallinsecles, qui, fixés sur les feuilles et les bourgeons, épuisent l'arbre en absorbant la plus grande partie de la sève; nous avons indiqué à la culture spéciale du pêcher les mœurs d'une espèce de kermès propre à cet arbre et qui sont les mêmes que celles des espèces qui vivent sur l'oranger. Quant au mode de destruction de cet insecte, il est assez facile : il consiste dans l'emploi d'un lait de chaux lancé sur les rameaux et les feuilles au moyen d'une seringue de jardinier ou d'une petite pompe à main. Il faut faire en sorte que toutes les feuilles et les rameaux soient atteints par ce lait de chaux. — L'opération doit être pratiquée au moment où les insectes commencent à éclore, c'està-dire au début de la végétation. On a d'ailleurs remarqué que ces insectes attaquent de préférence les arbres à tête confuse et serrée et surtout ceux qui sont ombragés car d'autres arbres.

Cochenille des orangers ou oscine [coccus cilri) (fig. 2ol). — Ces insectes difiTèrent surtout des kermès parce qu'ils sont dépourvus de coque. L'espèce dont nous nous occupons ici attaque toutes les espèces d'orangers et exerce les mêmes ravages que le kermès. — La femelle est couverte d'une poudre blanche. Au moment de la ponte elle cesse de marcher, forme un nid ressemblant à un petit flocon de coton dans lequel elle se referme pour déposer ses œufs.

Puceron des orangers {aphis cilri). — Nous renvoyons, pour la destruction de cet insecte, au puceron du pêcher.

1. Nous avons fait, pour les insectes nuisibles aux arbres fruitiers, de nombreux emprunts à l'excellent ouvrage de M. le docteur Boisduval sur l'Entomologie horticole,

Plantes parasites. — Risso a fait connaître deux cryptogames qui vivent sur l'oranger et lui font parfois un tort assez considérable. L'une, qu'on nomme fumagine ou charbon (demathium monophyllum), ressemble à une poussière noire

Fig. 251. Cochenille des orangers.

qui finit par couvrir l'arbre entièrement; elle se développe dans les localités humides et ombragées. L'autre, lichen aurantii, apparaît sous forme d'une petite croûte gris blan^ châtre. Le seul moyen préventif qui ait donné des résultats satisfaisants consiste à faciliter la circulation de l'air, soit entre les branches du même arbre, soit entre les arbres, en diminuant, au moyen de la taille, la confusion des rameaux. Toutefois nous avons constamment remarqué que le demathium ou charbon apparaît toujours à la suite des kermès et disparaît avec eux. Il résulte en effet d'une exsudation du kermès qui, répandue sur les diverses parties de l'arbre, se couvre bientôt de ce champignon. Nous sommes donc convaincu que le meilleur moyen de détruire le charbon consiste à faire disparaître le kermès, et le lait de chaux que nous venons de conseiller suffira également pour avoir raison du lichen.

Vieillesse. — Dans le midi de la France, les orangers bien cultivés vivent, en moyenne, plus d'un siècle ; on peut même' prolonger leur existence au delà de ce terme , lorsque les signes de la décrépitude deviennent évidents, en coupant les branches principales à environ 0",50 du tronc, mastiquant avec soin les plaies, puis donnant au sol un labour profond et une très-abondante fumure.

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