‹ Cours d'arboricultureChapitre 34 sur 83 · CULTURE DO CÉDRATIER EN CORSE · texte numérisé non relu

CULTURE DO CÉDRATIER EN CORSE

Nous croyons utile d'ajouter à ce qui précède, et sous forme d'appendice, quelques indications sur la culture spéciale du cédratier en Corse. Nous avons puisé ces renseignements dans une excellente notice publiée sur ce sujet par M. l'inspecteur général d'agriculture Boitel.

Choix de remplacement, — C'est la variété décrite plus haut sous le nom de cédratier de Florence, qui est particulièrement cultivée en Corse. Cette culture est établie sur tous les points les plus exposés à la chaleur et les mieux abrités des vents froids ou salins. Le cédratier est peu exigeant sur la nature du sol, mais il faut que le terrain qui le nourrit soit profond, très-riche, frais, perméable et susceptible de recevoir d'abondantes irrigations. Ce sont les vallées bien abritées, dont le sol d'alluvion tantôt calcaire, le plus souvent granitique, qui remplissent le mieux les conditions que nous venons d'énumérer. Aussi est-ce sur ces points que cette culture s'est concentrée. Malheureusement c'est aussi sur ces points où les fièvres (la malaria) sont le plus à redouter, et cette circonstance en éloigne les bras si nécessaires pour cette culture pendant les chaleurs de l'été.

Multiplication, — Le cédratier est multiplié au moyen des boutures. On choisit pour cela des rameaux âgés d'un an et terminés à la base par 1 ou 2 centimètres de bois de deux ans. On donne à ces boutures i^ne longueur d'environ 0'",40. Ces boutures sont mises en place ou bien on les fait enraciner en pépinière pour les planter ensuite. Cette pépinière reçoit les soins indiqués plus haut pour la multiplication des orangers. On préfère planter des plants enracinés, parce qu'on obtient le produit maximum un an ou deux plus tôt qu'avec des bou-

tures privées de racines. Les boutures destinées à être plantées à demeure sont choisies parmi celles dont le bois est le plus gros, c'est-à-dire présentant à la base un diamètre de 0",0i à 0™,02.

Forme de la plantation. — La forme donnée aux plantations est subordonnée à la disposition du terrain dont on dispose. Lorsqu'on ne peut former qu'une ligne isolée, les arbres sont placés à k mètres l'un de l'autre; si l'on peut placer plusieurs rangs rapprochés, les plants sont espacés de 5 mètres et disposés en quinconce.

Préparation du sol. — La préparation du sol pour la création de la cédraterie consiste d'abord dans l'appropriation de la surface au point de vue de l'irrigation. Très-souvent ces surfaces se composent de terrasses plus ou moins larges, établies sur le flanc et vers la base des montagnes et soutenues par des murs en pierres sèches. Ces travaux préparatoires étant exécutés, on défonce uniformément toute détendue du terrain jusqu'à environ O^ïSO de profondeur, puis, pendant l'hiver qui précède la plantation, on ouvre, à chacun des points qui doivent être occupés par un plant, un trou pénétrant jusqu'au fond du défoncement et offrant une largeur d'environ i'",20.

Plantation. — Les boutures et les plants enracinés sont plantés avec les mêmes soins. Cette opération est faite du 15 mars \ la fin d'avril, alors qu'on n'a à redouter ni les froids de l'hiver ni les chaleurs de l'été. A ce moment on répand au fond du trou une certaine quantité de terre de bonne qualité qu'on recouvre avec d'autre terre mélangée de fumier bien consommé. On met en place la bouture ou le plant enraciné, puis on achève de remplir le trou avec la même terre mélangée de fumier. Ces plants doivent être disposés de façon à ce que leur sommet ne dépasse que d'environ 0",10 le niveau du sol. La terre doit être fortement comprimée sur les boutures non enracinées. Enfin les unes et les autres doivent recevoir immédiatement un premier arrosage. Les opérations annuelles que réclame la cédraterie sont la taille, la fumure, les irrigations, Tapplication des abris, enfin la culture du sol. Taille, — Pour que le cédratier échappe plus facilement à l'influence si nuisible des vents froids et qu'il reçoive la plus grande somme de chaleur, on élève peu sa charpente au-des-

SUS du sol. En général, elle ne dépasse pas i'",30 de hauteur. Tantôt ces arbres sont disposés en buisson; ou bien ils forment une sorte de gobelet dont les branches sont soutenues au moyen de perches verticales et de quelques cerceaux. On en trouve aussi qui présentent la forme tabulaire ; la tige, haute d'environ 1 mètre, se divise à son sommet en un certain nombre de branches qui rayonnent horizontalement et sont fixées à leur extrémité sur des perches maintenues cîrculairement au moyen de piquets enfoncés verticalement dans le

Fig 252. Forme donnée à la charpente d'un cédratier.

sol. Enfin ces arbres présenteat souvent aussi cette autre disposition [fig. 252) : les branches, distribuées sur toute la hauteur de la tige, sont disposées par étages successifs formant autant de plants horizontaux superposés. L'extrémité de chacune de ces branchés est fixée sur des traverses ainsi que le montre notre figure.

Ces diverses formes sont progressivement obtenues au moyen de la taille d'hiver et du pincement pratiqué pendant la végétation. Cette dernière opération est faite sur tous les bourgeons vigoureux qui ne sont pas nécessaires à l'exten-

sîon de la charpente. On mutile leur sommet dès qu'ils présentent une longueur d'environ O^jiô. On les transforme ainsi en petits rameaux fructifères. De cette façon on fait tourner au profit de la fructification et du développement de la charpente une notable quantité de sève qui eût été employée inutilement. Quant aux bourgeons nécessaires à la charpente de l'arbre, il est bon de modérer les plus vigoureux en les palissant horizontalement. Enfin on devra supprimer les épines qui naissent sur les jeunes rameaux et qui rendent plus difficiles les diverses opérations de taille et de palissage.

Fumure, — De toutes les conditions à remplir pour la culture du cédratier^ la plus importante est l'application d'abondantes fumures. Ces arbres doivent recevoir deux fumures chaque année : la première en décembre : on l'enterre ou bien on la répand en couverture pour abriter les racines là où les froids de l'hiver sont à redouter; la seconde est répandue en avril et est enterrée par un léger labour.

Pour obtenir les plus fortes récoltes de fruits, chaque arbre arrivé à l'âge adulte devrait recevoir chaque année 300 kilogrammes de bon fumier administrés en deux fois. Nous avons dit que la malaria est un des obstacles les plus graves à l'extension de la culture du cédratier. Il en est de même quant à la fumure, par suite de la difficulté qu'on éprouve & se procurer en Corse les engrais indispensables pour cet arbre. En effet, les bestiaux sont peu nombreux dans cette région et ne sont pas soumis à la stabulation. De là, rareté du fumier, auquel on s'efforce de suppléer par }es semis de lupin, de trèfle * incarnat, ou par l'emploi d'algues marines, de terres riches prises partout où l'on en trouve. Les semis de lupin et de trèfle sont pratiqués sur les terrains les plus rapprochés de la cédraterie.

Irrigations, — Les arrosages pendant l'été sont encore une des conditions indispensables au succès de cette culture. On admet que, pendant six mois de l'année, chaque arbre doit recevoir par semaine deux arrosages de 100 à 200 litres d'eau, suivant la force des individus.

Cette eau peut provenir d'une rivière largement pourvue; dans ce cas, il suffit d'un barrage en amont de la cédraterie pour y amener l'eau.

Si l'eau résulte d'une source ou d'un ruisseau d'un débit peu sûr en été, il est indispensable d'établir de vastes réservoirs où l'on emmagasinera pendant l'hiver l'eau nécessaire pour les irrigations pendant l'été.

Enfin, faute de mieux, on utilise les vallées étroites qui existent presque toujours au-dessus des cédrateries. Pour cela, on construit un barrage solide sur cette vallée, les eaux s'accumulent derrière en très-grande quantité et fournissent ainsi au besoin des irrigations. Mais ce travail donne presque toujours lieu à une dépense considérable.

Abris, — Le cédratier est le plus frileux des diverses sortes d'orangers. Aussi, môme dans les localités de la Corse les moins exposées aux froids de l'hiver, ces arbres doivent-ils être défendus contre les vents froids et glacés du nord.

Tant que les arbres sont jeunes, on les abrite au moyen d'un capuchon en bruyère ouvert d'un côté et abritant contre le vent et le soleil levant. On les enlève au retour de la belle saison.

Les cédratiers adultes sont protégés au moyen d'abris horizontaux et d'abris verticaux. Ce sont ces derniers qui sont les - plus importants. Ils atteignent une hauteur de 3 h U mètres et doivent être aussi rapprochés que possible les uns des autres. Ces abris sont établis en lignes parallèles au moyen de planches, de roseaux, de paillassons et même de murs en maçonnerie. Ils restent d'une manière permanente.

Les abris horizontaux ne sont posés qu'après la cueillette des fruits et sont enlevés au milieu de mars. Ils sont surtout employés contre les fortes gelées. Us ne sont pas nécessaires dans toutes les localités.

Culture du sol. — Le sol qui nourrit les cédratiers reçoit chaque anqée deux labours : le premier avant l'hiver, le second au printemps. Ces labours doivent être peu profonds, pour mutiler le moins possible les racines des arbres. Il convient également d'appliquer au sol de fréquents binages pendant l'été. Maladies, — Le cédratier est exposé, comme les autres sortes d'orangers, à diverses maladies qui sont surtout la gomme, le kermès, la fumagine ou charbon, la cochenille ou oscine. Nous avons décrit plus haut ces diverses maladies en nous occupant des autres espèces d'orangers.

J3f» ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

Produit. — Les cédratiers commencent à donner quelques fruits à l'âge de deux ou trois ans. On sacrifie cette première production, qui nuirait beaucoup au développement de la charpente. A l'âge de quatre à cinq ans, Tarbre peut donner Ix à 5 kilogrammes de fruits. A sept ou huit ans, il est en plein rapport et donne /jO à 50 kilogrammes de produit. A quinze ans, les meilleurs sujets pourront atteindre le chiffre maximum de 100 kilogrammes. Cette quantité est parfois de beaucoup dépassée par des arbres isolés, placés dans une position exceptionnelle.

Le prix de vente des cédrats, qui autrefois ne dépassait pas 0 fr. 25 à 0 fr. 30 le kilogramme, est - aujourd'hui de i franc.

La cédraterie la plus importante de la Corse est celle qui a été créée au pénitencier agricole de Chiavari, sous le contrôle de M. 4'inspecleur général Boitel. Elle se composera bientôt de 7,000 cédratiers qui, arrivés à leur produit maximum, donneront environ 700,000 kilogrammes de fruits et un produit brut de 700,000 francs. Les frais annuels de toute nature qui pèsent sur cette culture étant au plus de 15 francs par arbre, il restera une somme d'environ 595,000 francs comme produit* net, ou 85 francs par arbre.

On comprend que de pareils résultats ont singulièrement stimulé les propriétaires de la Corse. Aussi on établit des cédrateries sur tous les points où la malaria, le climat, l'absence d'eau et d'engrais ne forment pas obstacle à l'établissement d'une culture aussi lucrative.

Récolte.— h^ cédratier est en fleur pendant les deux tiers de l'année ; d'où il suit que la maturité de tous les fruits n'a pas lieu à la même époque. La récolte a lieu du 15 octobre au 15 novembre. La cueillette est faite avant la complète maturité, alors que les fruits sont encore un peu verts. Ils sup- * portent ainsi plus facilement le transport. Le poids du fruit marchand varie entre 1 kilogramme et 4 kilogramme et demi.

Ces fruits sont généralement vendus sur place à des marchands qui les exportent immédiatement. En 1873, cette exportation s'est élevée à 1,800,000 kilogrammes.

GRENADIER

GRENADIER

Originaire de Tancienne Carthage, d'où il fut importé en Italie par les Romains lors des guerres puniques, le grenadier (fig, 253) s'est répandu dans tout le midi de l'Europe, où il est aujourd'hui cultivé, soit comme arbre d'ornement, soit pour faire des haies d'une grande solidité, soit enfin comme arbre fruitier, à cause de la saveur douce, légèrement acidulé,

Fig. 254. Coupe du fruit [ . du grenadier à fruit doux.

Fig. 253. Grenadier à fruit doux. Fig. 255. Fleurs du grenadier à fruit doux.

de la pulpe qui entoure chacune des semences. C'est surtout sous ce dernier point de vue que nous avons à- le considérer ici. La pulpe des fruits du grenadier est mangée fraîche, • assaisonnée de sucre et d'eau de fleur d'oranger ou de vin de liqueur. On en fait aussi des gelées.

Variétés. — Les diverses variétés de grenadier cultivées appartiennent toutes à une seule espèce, le grenadier commun (punica granalum). Abandonnée à elle-même, cette espèce ne dépasse guère 3 à Zi mètres d'élévation; soumise à la culture, elle peut atteindre 8 mètres de hauteur. La variété la plus

intéressante au point de vue de la production des fruits est le grenadier à fruits doux {fig, 253) .

Il existe aussi aux environs de Téhéran (Perse) une autre variété non moins intéressante et qui n'a pas encore été introduite en Europe : c'est le grenadier à fruits sans pépins. Les fruits sont aussi volumineux que ceux du grenadier à fruits doux ; cette autre variété est bien préférable, puisque toute la masse du fruit est composée de cette pulpe si agréable qu'on trouve dans les autres sortes de grenades, mais en trop petite quantité, par suite de l'extrême abondance des graines. Il est donc désirable de voir cette variété bientôt introduite chez nous.

Climat et sol. — Le grenadier supporte difficilement les hivers du nord de la France. 11 peut fleurir et fructifier dans le centre s'il est placé en espalier, aux expositions les plus chaudes ; mais ce n'est que dans le Midi que ses fruits mûrissent complètement.

Quant au sol qui lui convient, le grenadier est peu exigeant; il se développe convenablement dans les terrains les plus secs, mais il donne ses plus beaux produits dans les terres substantielles, de consistance moyenne. Il ne redoute que rhumidité surabondante.

Culture. — On peut employer pour le grenadier les divers modes de multiplication ordinairement usités. Les semis sont faits en pépinière sur des plates-bandes bien exposées. On doit choisir pour cela les graines des beaux fruits du grenadier commun à fruits acides. Ces sujets sont plus rustiques que ceux à fruits doux. Au bout d'un an, les jeunes plants sont repiqués sur d'autres plates-bandes. Vers la troisième année, ils sont plantés à demeure, soit pour former des haies, soit pour recevoir la greffe des autres variétés.

La greffe employée est celle en fente Atticm. Mais il est préférable d'employer la greffe en écusson à ceil dormante Pour cela, on coupe la tige des sujets lorsqu'ils ont 0™,015 de diamètre, et l'on place les écussons sur les bourgeons qui naissent vers le sommet. On peut les greffer soit dans la pépinière, soit après leur plantation à demeure. On préfère généralement ce dernier moyen.

Les diverses variétés sont aussi multipliées au moyen du

GRENADIER. 339

marcottage. On fait usage du marcottage par drageons, par racine et en archet avec incision. (Voir pour ces divers modes de reproduction, le chapitre des Pépinières, dans le premier volume de cet ouvrage.) Les marcottes sont sevrées au bout d'un an, repiquées dans la pépinière et plantées à demeure Tannée suivante. Cet arbre est aussi multiplié au moyen de boutures à talon. Ces derniers procédés donnent des arbres moins vigoureux et plus sensibles à la gelée que ceux multipliés par la greffe.

Le grenadier est cultivé en plein vent et en espalier ; dans Tun et Tautre cas, il est eu quelque sorte abandonné à luimême. Pour les arbres en espalier, on se contente d'appliquer les branches contre le mur à mesure qu'elles se développent, de façon qu'elles en occupent régulièrement la surface. Nous pensons cependant que, si Ton donnait à la charpente de ces arbres une disposition régulière, celle en vase ou gobelet, ou pour les espaliers ou contre-espaliers, celle en cordon oblique simple ou en cordon vertical, et surtout si Ton favorisait le développement des rameaux à fruits au moyen d'une taille convenable, on obtiendrait des résultats analogues à ceux qui sont produits sur les autres arbres fruitiers. Ainsi les fleurs du grenadier apparaissent ordinairement à l'extrémité des bourgeons de vigueur moyenne. On devrait, tout en formant la charpente, favoriser le développement de ces bourgeons sur toute la longueur des branches principales ; couper ces rameaux vers leur base, lors de la taille d'hiver, pour obtenir à chaque point un ou deux nouveaux bourgeons fructifères de vigueur moyenne, et supprimer rigoureusement toutes les productions qui n'ont pas cette destination, à l'exception des rameaux destinés à prolonger les branches de la charpente.

Le grenadier développe un grand nombre de bourgeons sur le collet de sa racine : on doit chaque année les détruire avec soin, pour qu'il n'affament pas la tige.

Si l'on veut que les fruits de cet arbre prennent tout leur développement, il est indispensable de le fumer chaque année et de le soumettre à l'irrigation, comme l'oranger, surtout lorsqu'il est placé dans un sol léger et sous un climat brûlant.

On récolte habituellement les grenades vers le milieu de

septembre, parce que plus tard elles se fendent et se déchirent sous riafluence successive des pluies et du soleil; mais leur maturité est alors imparfaite, et elles n*ont pas acquis toutes leurs qualités. Pour obtenir un meilleur résultat, il faudra abriter les rameaux fructifères contre l'ardeur du soleil, vers la mi-septembre, en les introduisant dans l'intérieur de l'arbre et en les y fixant avec des liens. On peut alors retarder la récolte jusqu'au milieu d'octobre.

Les grenades peuvent être conservées fraîches et saines jusqu'au milieu de l'hiver. Pour cela, on les cueille par un beau temps; on les laisse exposées au soleil pendant deux jours, en les retournant le second Jour; on les enveloppe de papier gris, puis on les place dans une jarre à huile, neuve, en séparant chaque lit par une couche de sable de rivière lavé et bien sec. Cette jarre, fermée par un couvercle, est placée dans un local analogue à la fruiterie décrite au chapitre du Poirier,

Page 1