CULTURE DU PÊCHER DANS LE JARDIN FRUITIER
Dans la région où le pêcher ne peut être cultivé en plein air, on le place en espalier à bonne exposition, c'est-à-dire de l'est au sud; le sud-est est la meilleure exposition; le sud
est un peu trop brûlant. On peut, il est vrai, le placer contrç des murs à Touest et même au nord; mais c'est seulement lorsque les jnurs, très-rapprochés les uns des autres et de couleur blanche, se renvoient mutuellement la lumière et la chaleur.
La culture du pêcher en espalier a pris naissance aux environs de Paris, au commencement du siècle de Louis XIV. Elle a d'abord été tentée par de La Quintinie, au potager du roi à Versailles, mais les résultats ont été peu satisfaisants. Vers la même époque, Girardot s'y consacra tout entier et imprima à cette culture le mouvement progressif qui Ta conduite au degré de perfection où nous la voyons aujourd'hui. Après avoir dissipé sa fortune au service, Girardot quitta les mousquetaires de Louis XIV et se retira dans un petit fief de 3 hectares environ qu'il possédait encore à Bagnolet et à Malassise, près de Montreuil. Il imagina de diviser cet emplacement par des murs parallèles éloignés de 8 mètres et surmontés de chaperons mobiles, semblables à ceux décrits plus loin au chapitre des Abris ^ puis tous les murs furent couverts de pêchers en espalier. Cette culture eut un plein succès, et ses jardins (dit Le Grand d'Aussy) lui rapportèrent, année com« mune, 36,000 livres. Un résultat aussi satisfaisant ne pouvait tarder à fixer l'attention des cultivateurs voisins de Girardot, et qui étaient placés dans les mêmes conditions de sol et d'exposition. Aussi vit-on bientôt se former un grand nombre de jardins semblables au sien. Telle est l'origine de la culture du pêcher en espalier, qui eut pour berceau Montreuil, nommé à cause de cela Montreuil-aux-Pêches, et qui se répandit de là dans les diverses contrées de la France.
Dans le Midi, le pêcher est cultivé en plein air. Les murs lui sont plutôt funestes qu'utiles, surtout dans la région de l'olivier, à cause de l'excès de chaleur à laquelle il y est soumis, à moins qu'on ne le place aux expositions les moins^ chaudes. La position en contre-espalier sera celle qui lui conviendra le plus souvent.
Nous avons indiqué à la page 35 les conditions à remplir quant au choix des arbres pour la plantation du jardin fruitier. Ajoutons que, pour les pêchers, il importera de choisir de jeunes arbres d'un an de greffe, pourvus de boutons bien con-
stitués depuis le point occupé par la greffe jusqu'à environ 0",30 de hauteur {fig, 259). Ceux de ces arbres qui présentent des rameaux anticipés jusqu'à la base doivent être repoussés d'une manière absolue. Ces rameaux anticipés ne peuvent servir de point de départ aux branches de la charpente.
Taille. — Le mode de taille qui convient au pécher est exactement le même pour le Nord que pour le Midi.
Nous allons, comme nous l'avons fait pour le poirier, étudier séparément les opérations relatives à la formation de la charpente, puis celles qui s'appliquent à l'obtention et à l'entretien des rameaux à fruit.