CULTDRE DE L ABRICOTIER DANS LES VERGERS
Dans les vergers, l'abricotier occupe la même place que le pêcher; mais sa culture est beaucoup plus fréquente et plus étendue, parce que c'est dans cet état qu'il donne ses meilleurs produits.
La forme la plus convenable est celle en vase. La tige qui supporte ce vase est plus ou moins élevée, selon le degré de violence des vents froids auxquels les fleurs sont exposées au printemps, et aussi suivant la nature des autres récoltes qui sont associées à ces arbres.
Pour que les abricotiers des vergers vivent longtemps et donnent constamment d'abondants produits, il ne faudrait pas les abandonner à eux-mêmes, comme on le fait presque toujours. Il serait nécessaire de retrancher chaque hiver la moitié environ de la longueur des rameaux destinés à la fructification. On empêcherait ainsi les branches de charpente de se dégarnir aussi vite de rameaux à fruits. On supprimerait complètement les rameaux gourmands qui naissent dans Tintérieur de la tête de Tarbre, y déterminent de la confusion et épuisent les branches de charpente.
Restauration. — Les abricotiers les mieux traités, soit en espalier, soit en plein vent, finissent, au bout de quinze à dix -huit ans, par devenir languissants ; les branches se dégarnissent de rameaux à fruits et se desséchent. Quand ce moment est venu, il faut restaurer ou rajeunir ces arbres. Heureusement les gourmands qui se développent constamment vers la base de Tabricotier se prêtent merveilleusement à cette opération. 11 suffit de couper les branches de la charpente vers leur oase, et immédiatement au-dessus du point où se sera développé un rameau gourmand. Ces nouveaux rameaux serviront à former une nouvelle charpente, et la même opération pourra être répétée plusieurs fois de suite, à mesure que le besoin s'en fera sentir.
Les abricotiers cultivés à haut vent dans les vergers^ et que Ton abandonne le plus souvent à eux-mêmes, se .dégarnissent assez rapidement de rameaux à fruits, d'abord vers la base des branches principales, puis progressivement jusque vers le sommet de ces mêmes branches; d'où il résulte que ces arbres deviennent improductifs sur la plus grande partie de leur étendue. Il convient alors de les restaurer aussi. Il faut pour cela couper les branches principales vers la moitié de leur longueur totale. Pendant Tété suivant, ce qui reste de ces branches se couvre de nombreux bourgeons qui donnent lieu à une nouvelle charpente et à de nouveaux rameaux à fruits. Il suffit, pour compléter cette opération, de retrancher, lors de l'hiver suivant, les rameaux vigoureux placés dans l'intérieur de la tête de l'arbre et qui empêcheraient la lumière d'y pénétrer. Cette sorte de rapprochement des branches de la charpente doit être répétée chaque fois que ces
vGooçIe
gl
branches sont dégarnies, c'est-à-dire tous les huit ou dix ans.
Maladies et insectes nuisibles, — La maladie la plus redoutable pour l'abricotier est la gomme; on la prévient ou on la guérit par les procédés indiqués plus haut, au chapitre du Pécher. '
Il faut aussi défendre Tabricotier contre la plupart des insectes nuisibles qui attaquent les autres espèces d'arbres à fruits à noyau.
Récolte et conservation. Les abricots sont récoltés avec les mêmes soins que les pêches. Ils ne peuvent être conservés frais, mais on les sèche comme les pruneaux, après en avoir extrait le poyau; ils peuvent se garder ainsi pendant tout l'hiver. Trempés la veille dans de l'eau-de-vie étendue d'eau, on les cuit avec du sucre, et l'on en fait d'excellentes compotes.
J^MANOIER.
V amandier commun (amygdalus communis, L.) {fig. 375) est originaire de l'Asie et du nord de l'Afrique. Les Romains ne connurent d'abord que l'amandier à fruit amer; ce ne fut qu« beaucoup plus tard qu'ils cultivèrent les variétés à fruits doux. Cet arbre s'est ensuite naturalisé dans tout le midi de l'Europe, et notamment en Espagne, en Italie, en Sicile et dans le sud de la France.
Espèces et variétés. — On ne cultive, comme arbre fruitier, que l'amandier commun ; mais cette espèce a produit un certain nombre de variétés qu'on partage en deux groupes principaux : les amandiers à fruits doux et ceux à fruits amers. Le choix à faire parmi les diverses variétés de ces deux groupes présente une certaine importance, attendu que leurs produits n'ont pas la même valeur, et que dans les contrées où les gelées tardives sont à craindre, il importe d'adopter celles dont la floraison est la moins précoce. Nous donnons ici la liste des meilleures variétés rangées par ordre successif de floraison.
l*f GROUPE. — FRUITS DOUX.
Amandier mi-fin ou à la dame. — Coque mi-tondre, très-petite; c'est la variété préférée dans les parties chaudes du Midi.
Amandier fin ouprincetse (Jlg.BIB). — Coques très-tendres; amandes de pre» mière qualité.
Amandier commun. — Beaux arbres, dont les fruits se détachent facilement à la gaule.
Amandier Molière ou race. — Amandes dures, d'une belle grosseur.
Amandiei' Maiheron. — Mêmes qualités.
Amandier à flots ou Irochets. — Fruits réunis en forme de grappe sur les rameaux. .\Tbre très-fertile. Coque moins dure que celles des variétés précédentes. C'est la variété la plu4 cultivée aujourd'hui.
Amandier grosse verte. — Recommandable par sa floraison tardive.
Amandier petite verte. — Fleurit plu.s tard encore que la grosse verte. Ces deux variétés, dont le produit n'est pas de première qualité, ne sont cultivées que dans les lieux les plus exposés aux gelées tardives.
2* GROUPE. — FRUITS AlfB&S.
Amandier amer. — Fleurit en même temps que l'amandier- à flots. On le plante de préférence dans les lieux exposés à la maraude.
Climat et sol. — L'amandier est essentiellement propre au climat du midi de l'Europe. En France, ses produits ne
sont assurés que dans les parties les plus méridionales, dans la région des oliviers.
On le voit, il est vrai, suivre la culture de la vigne jusqu'à sa dernière limite, vers le nord; mais plus il se rapproche de ce dernier point, moins ses récoltes sont abondantes ; car, sa floraison ayant lieu dès la fin du mois de février, les gelées printanières empêchent, le plus souvent.
Fig. 375. Amandier princesse. Fig. 376. Fleur de l'amandier princesse.
sa fructification. L'amandier ne redoute pas moins une température élevée, non interrompue. Sa végétation devient alors
continue^ et il ne fructifie pas; on observe ce phénomène aux Antilles.
Dans les sols compactes, humides, Tamandier se développe assez vigoureusement, mais il est y fréquemment atteint par la maladie de là gomme, et il donne peu de fruits. Dans les terrains qui ne sont que siliceux, sa végétation reste languissante. C'est dans les sols renfermant une notable quantité de calcaire, mélangés ou non de galets et de pierrailles, que cet arbre trouve sa véritable place. Toutefois, comme ces racines tendent à s'enfoncer profondément, il est indispensable qu'elles ne soient pas arrêtées par une couche imperméable trop rapprochée de la surface.
11 convient de réserver à l'amandier les sols découverts, exposés aux veats; les points les plus froids semblent lui convenir particulièrement, sa floraison y est retardée, et il a moins à redouter l'action désastreuse des gelées printanières. C'est par la même raison qu'il faut éviter de le placer dans les lieux, bas, où les vapeurs s'accumulent pendant la nuit et où les gelées blanches sont plus fréquentes.
Multiplication. — Les diverses variétés de l'amandier ne se multiplient que par la greffe. Quoique on puisse le greffer sur prunier ou sur abricotier, on le greffe exclusivement sur lui-même, parce qu'il fournit des sujets plus rustiques et plus vigoureux.
Pour former une pépinière d'amandiers, on choisit des amandes amères, pour que les mulots ne les mangent pas ; on les stratifié, puis on les sème au commencement d'avril. Les amandes sont placées à 0",10 de profondeur et à 0",/iO les unes des autres sur les lignes; un espace de 0™,80 sépare celles-ci. Cet ensemencement est fait d'ailleurs avec les soins prescrits à l'article Pépinières,
Quelques cultivateurs du Midi sèment les amandes en pépinière dès la fin de décembre; mais, la germination n'étant pas alors commencée, comme pour celles qu'on stratifié jusqu'en mars, le pivot de la racine s'allonge beaucoup, il se ramifie à peine, et les arbres ont moins bon pied.
Les amandiers peuvent être greffés en pied ou en tête. Ceux qui doivent être greffés en pied dans la pépinière peuvent l'être dès la fin de l'été qui suit leur ensemencement; on
leur applique la greffe en écusson à œil dormant; réeusson est placé à O^'^O au-dessus du sol. Au printemps suivant, on coupe la tige à 0"*,10 environ au-dessus du point où Técusson a été posé, afin de déterminer son évolution. Les sujets dont réeusson n'aurait pas repris sont également recépés, puis on pose un écusson à œil poussant au-dessous du point où le premier a été placé.
Pendant les années suivantes, on forme les tiges en leur donnant les soins prescrits pour les arbres fruitiers à haute tige, page 13. On obtient ainsi de jeunes arbres offrant une tige plus droite, plus vigoureuse, que celle qui serait faite avec le sujet, et surtout d'un développement plus prompt, puisque ces arbres peuvent être plantés à demeure dès Tâge de quatre ans.
Les mêmes soins sont appliqués aux sujets qui doivent être greffés après leur plantation à demeure ; mais leur tige reste presque toujours difforme, contournée, et n'acquiert assez de force pour être plantée à demeure qu'à l'âge de cinq ou six ans. Dans tous les cas, on doit prendre de préférence les écussons sur des arbres âgés et sur des rameaux couverts de fruits ou de boutons à ideurs. Les écussons levés sur de jeunes arbres ou sur des rameaux gourmands donnent lieu à des sujets moins prompts à fructifier.
CULTURE DE L*AHANDIE1l DANS LES VERGERS.
L'amandier est presque exclusivement cultivé dans les vergers, soit en massif, soit en lignes isolées. Quelques propriétaires les plantent dans les vignes; mais les dimensions qu'Us acquièrent et l'ombrage dont ils couvrent le sol ont fait renoncer à cette pratique.
Plantation à demeure, —Lorsque les jeunes amandiers greffés en pied dans la pépinière ou destinés à être greffés après leur plantation à demeure ont acquis un développement suffisant, on les transplante, et cela en décembre.
Si la plantation est faite en massif, on lui donne la forme d'un quinconce; et Ton réserve entre les arbres 1^ mètres pour les arbres en massif et 10 mètres pour ceux qui sont plantés en lignes isolées. Ce travail est exécuté avec les soins
prescrits pour la plantation des arbres à fruits à cidre dan notre traité de la Culture spéciale du vignoble et des arbres à fruits à cidre.
Soins d'entretien, — Vers la fin d'août, quand les amandiers qui ne doivent être greflTés qu'après avoir été plantés à demeure sont bien repris, on les greffe. On choisit, au point où Ton veut former la tête de l'arbre, deux ou trois bourgeons opposés les uns aux autres, et placés de façon que les écussons donnent à la tête une forme régulière. Deux écussons sont placés à 0™,15 de la base de chacun de ces bourgeons, et en dehors, afin que les branches qui en naîtront •tendent à s'éloigner du centre ; au printemps suivant, ces rameaux .sont coupés à 0"%10 environ au-dessus du point où l'on a placé les écussons. Toutes les autres ramifications qui ne portent pas d'écussons sont coupées tout près de la tige. Si, sur un ou plusieurs des rameaux écussonnés, aucun des écussons n'avait réussi, on les remplacerait immédiatement par deux nouveaux écussons à œil poussant. Pendant l'été, ces écus» sons se développent ; on n'en conserve qu'un seul^ sur chaque branche, et l'on supprime le moins vigoureux. Tous ces soins ont pour but de donner à la tête de ces arbres la forme d'un gobelet.
Le mode de végétation de l'amandier ne diffère pas de celui du pêcher ; si donc on Tabandonne à lui-même, les ramifications principales s'allongent outre mesure et se dégarnissent presque entièrement de rameaux à fruits. Il est donc néces-^ saire d'appliquer à cet arbre une taille annuelle ou au moins bisannuelle qui remédie à cet inconvénient. Cette taille consistera à supprimer complètement tous les rameaux gourmands inutiles, à raccourcir le prolongement des branches principales, et à enlever le bois sec et les rameaux languissants. C'est en novembre qu'on fait cet élagage.
On donne aux plantations d'amandiers deux labours par an : le premier en hiver et l'autre en été.
L'amandier se trouverait très-bien aussi de l'application des engrais, ainsi que le démontrent la vigueur et l'abondance de produit de ceux qui sont plantés dans les terres consacrées à la culture des plantes annuelles, et qui profitent de la fumure qu'on y répand.
Rajeunissement des amandiers, — Une production de fruits trop abondante et répétée pendant plusieurs années de-suite, répuisement du sol, ou seulement la vieillesse, déterminent souvent dans les amandiers un état languissant qui se manifeste par le peu de vigueur des bourgeons et la couleur jaune des feuilles sur les branches les plus élevées. On rend à ces arbres leur vigueur première en coupant, à la fin de l'automne, toutes les branches principales, vers la moitié de leur longueur, et en appliquant aux arbres une fumure abondante. L'année suivante, on éclaircit les bourgeons nombreux et vigoureux qui se développent, et Ton favorise la végétation de ceux qui doivent concourir à la formation d'une nouvelle» charpente de l'arbre. Cette opération pourra être répétée plusieurs fois pendant la vie de l'amandier.
Culture de raxnandier dans le Jardin fi*uitier. — Quoique cet arbre ne soit habituellement cultivé que dans les vergers, on pourra cependant l'introduire dans le jardin fruitier, mais dans une faible proportion, et seulement pour la production des amandes vertes. On ne cultivera dans ce but que Vamandier fin, ou princesse.
Dans le Midi, cet arbre sera soumis à la forme en vase à branches verticales, ou mieux, placé en contre-espalier et soumis aux formes que nous avons conseillées pour le pêcher. Dans le Nord et dans le Centre, on le placera en espalier, aux. expositions indiquées pour le pêcher, et on le soumettra aux formes recommandées pour ce dernier. Le mode de fructification de l'amandier étant en tout semblable à celui du pécher, ses rameaux à fruits seront soumis exactement aux mêmes opérations.
Maladies, insectes nuisibles. — La principale maladie qui attaque les amandiers est la gomme; on emploie, pour les en guérir, les moyens que nous avons indiqués pour les autres espèces d'arbres à fruits à noyau (voir le pêcher, p. à51).
L'amandier est aussi exposé à être épuisé par le gui dont nous avons déjà parlé en traitant des pommiers à cidre *. On extirpe ce parasite en creusant les brancl\es à chacun des
1, Voir notre Traité de la culture spéciale des vignobles et des arbres à fituts à cidre.
JUJUBIER. 49a
points où il s'est attaché. On recouvre ensuite ces plaies par une couche de résine.
* Parmi les insectes qui vîvent sur Tamandier et lui causent des dommages, nous signalerons surtout une espèce de lépidoptère, le piéride de Valizier (pieris cratœgi), dont la larve mange les feuilles naissantes et détermine la chute des fruits. On le détruit en enlevant, pendant le repos de la végétation, les flocons soyeux qui entourent les rameaux et qui abritent les jeunes chenilles jusqu'au printemps. Au moment de la pousse des feuilles, on abat, en secouant les branches, les chenilles qui ont échappé à cette destruction.
L'amandier est encore attaqué par le Bombyx à tête bleue (page 5Zi5), les Kermès du pêcher et de V amandier (page 450),. et pai le Puceron de Vamandier (Aphis amygdali),
Récolte. — La maturité des amandes se reconnaît à Fouverture spontanée des péricarpes. On les abat alors avec des cannes de Provence (arundo donax), qui font des gaules lé~ gères dont la percussion n'offense pas les rameaux. On le& dépouille ensuite de leurs enveloppes, et l'on met celles-ci en réserve comme provision d'hiver pour les bestiaux. Si l'on» veut conserver les amandes, il vaut mieux les laisser dans leur enveloppe.
Quant aux amandes vertes, on les récolte aussitôt quel'amande est complètement formée.
Le produit annuel des amandiers est assez variable. Toutefois, dans le midi de la France, on le porte en moyenne, pour un arbre arrivé au maximum de son développement, à 6 kilogrammes d'amandes privées de leur coquille. Le kilogrammese vend habituellement un franc.