JUJUBIER
Climat et soL — Le jujubier résiste aux hivers du centre de la France, et il mûrit en Touraine ; mais comme son abondante fructification exige l'action d'une très-vive lumière, sa culture reste confinée dans la Provence et dans le Languedoc.
Cet arbre peut vivre dans les terrains secs et arides, mais il n'y atteint qu'une hauteur de 3 à /r mètres, et ses produits sont peu importants.
Au contraire, dans les sols légers ou de consistance moyenne, frais et arrosés, sans humidité permanente , et surtout bien exposés, il peut s'élever à la hauteur de 8 à 10 mètres, et donner d'abondantes récoltes.
Culture, multiplication. — Le jujubier peut être multiplié par semis', marcottes ou Jîoutures; mais, comme les noyaux ne germent que la deuxième année, on a renoncé aux semis, et Ton emploie exclusivement les drageons qui poussent abondamment au pied de l'arbre, et dont il
convient d'ailleurs de le débarrasser soigneusement chaque année.
Après avoir séparé les drageons, on les transplante en pér pinière, où on leur donne les soins indiqués à l'article Pépinière, du premier volume de cet ouvrage, pour leur faire développer une tige de 1™,50 de hauteur environ et offrant une grosseur proportionnée. Après quoi, on les plante à demeure.
Plantation à demeure. — Le jujubier est planté dans les vergers agrestes. On réserve entre chaque pied un espace de
Fi(j. 380. Jujubes arrivées à leur maturité.
4i)6 ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.
6 mètres environ. Gomme le développement de cet arbre est très-lent, et que ses produits ne commencent à devenir importants qu'à r&ge de vingt ou trente ans, le sol qui le nourrit resterait longtemps improductif si, pour diminuer cet inconvénient, on ne plantait dans les intervalles des pêchers et des pruniers dont le produit paye la rente du terrain jusqu'à ce que les jujubiers produisent eux-mêmes.
Quant aux soins d'entretien, ils consistent, comme pour les autres espèces, en des labours, application d'engrais, suppression du bois mort, etc. En hiver, les rameaux du jujubier sont couverts de boutons saillants, d'où sortent, au printemps, des bourgeons fructifères {fig, 377 et 380), qui, par exception, tombent chaque année, en automne, après la maturation.
Rendement, — La durée du jujubier est très-longue; mais il ne commence à donner ses premiers produits que vers l'âge de vingt ans. Ils augmentent ensuite graduellement et peuvent arriver pour chaque arbre à 10 kilogrammes de jujubes sèches qui sont vendus 1 franc le kilogramme.
Recolle, — Si Ton destine les jujubes à être mangées fraîches, on les cueille dès qu'elles commencent à rougir; mais on attend une maturité complète lorsqu'on veut les faire sécher, ce que l'on obtient en les exposant au soleil, sur des claies. Ce fruit, ainsi séché, ne conserve ses qualités que pendant une année.
PISTACHIER.
Le pistachier cultivé [pistacia vera, L.) [fig. 381) fut, diton, apporté du Levant à Rome par Vitellius, gouverneur de la Syrie ; il s'est, depuis, naturalisé dans tout le midi de l'Europe et particulièrement en Espagne, en Italie et dans nos provinces méridionales ; mais c*est surtout la Sicile qui fournit aux besoins du commerce.
Le fruit du pistachier (fig, 381 à 384) a la forme et le volume d'une olive ; il en diffère cependant par sa surface rugueuse, conyexe d'un côté, concave de l'autre ; la pulpe, peu épaisse, est de couleur cramoisi tendre ; le noyau s'ouvre en deux valves et renferme une amande verdâtre recouverte
PISTACHIER.
d'aune pellicule rouge. L'amande du pistachier sert à farcir certaines viandes, à aromatiser les glaces, les crèmes, à former des dragées, etc.
Climat et soL^ Bien que le pistachier soit un arbre propre aux contrées les plus méridionales de la France, on pourrait en obtenir des produits avantageux dans les départements du
Fig. 382. Fleur mâle du pistachier cultivé.
Fig. 383. Fleurs femelles du pistachier cultivé.
Fig. 381. Pistachier cultivé.
Fig. 384. Coupe du fruit du pistachier cultivé.
Centre, si on le plantait en espalier contre des murs placés à l'exposition la plus ohaude, après l'avoir grelOTé sur le lentisque ou le térébinthe (pistacia lentiscm et pistacia terebinthus,L,)^ ce qui le rend moins sensible à la température de Thiver. Dans le Midi, il s'accomode de toutes les expositions, même de celle du nord, où, moins exposé à la sécheresse, ses fruits deviennent plus beaux.
Le pistachier aime les sols légers et substantiels; mais il s'accommode encore très-bien des terrains arides les plus secs. Les collines incultes du département du Var sont couvertes de
lentisques inutiles quMl serait aisé de convertir, par la greffe, en pistachiers très-productifs.
Culture. — AiulliplicaUm. — Le marcottage, la greffe et les semis peuvent être employés pour multiplier le pistachier. Le dernier mode doit être préféré dans le Midi. Les jeunes sujets sont repiqués dans la pépinière et plantés à demeure lorsqu'ils ont pris un développement suffisant.
Toutefois le pistachier est un arbre dioïque {fig. 382 et 383). De sorte que jusqu'à présent on ne savait pas si les individus que l'on obtiendrait au moyen des semis seraient mâles ou feraçlles. 11 fallait pour cela attendre le moment de leur première floraison, c'est-à-dire lorsqu'ils seraient âgés de douze ou quinze ans. M. Mesnier, dont nous avons visité la belle
plantation de pistachiers à Saint- Louis, près de Marseille, prétend avoir trouvé le moyen d'obtenir à coup sûr des individus mâles ou des individus femelles. 1) suffit pour cela, dit-il, de choisir les fruits qui offrent les caractères suivants :
Les fruits qui présentent vers
Fia. 385. Fia.. 386. , ^ j .n az
Pistache mâle. Pistache femeUe. l^Ur SOmmet deUX SlllOUS renflés
et très-apparents {fig. 385) donnent toujours lieu à des individus mâles. Ils sont très-peu nombreux sur le même arbre, et 'sont toujours placés vers l'extrémité des grappes.
Les fruits dépourvus de cette sorte d'appendice [fig, 386) produisent toujours des individus femelles. M. Mesnier, qui tient compte de ce choix depuis plus de trente ans, a toujours obtenu le résultat que nous signalons.
Il suffira donc de semer à part les fruits offrant ces caractères différents, pour savoir à l'avance quel sera le sexe des arbres que l'on obtiendra. On pourra ainsi ne former la plantation que d'individus femelles, en y ajoutant seulement un individu mâle bien suffisant pour assurer la fécondité de tous les autres.
Si l'on veut faire usage de la greffe, il sera plus convenable d'employer comme sujet le térébinlhe ou pélélin des Proven-
PISTACHIER.
çaux, ftultiplié lui-même au moyen des graines dans la pépinière. Ces sujets sont greJBTés après leur plantation à demeure, et lorsque leur tige a un diamètre de O^jO/i environ; alors. on les coupe à 1 mètre de hauteur, puis on place des écussohs à œil dormant sur les bourgeons qui se développent vers le sommet pendant Tété suivant. Le lentisque, sur lequel on greffe aussi le pistachier, donne lieu à des individus moins vigoureux et d'une moins longue durée que le térébinthe.
Quant au marcottage, on devra le pratiquer au moyen d'une incision, afin de fac^liter le développement des racines. Mais les pistachiers que Ton obtient ainsi vivent moins longtemps que les autres et sont plus exposés à la sécheresse.
Plantation à demeure et soins d*entretien. — Les pistachiers francs de pied, ou les sujets destinés à être greffés, sont plantés à demeure lorsqu'ils ont acquis assez de force, et on leur donne les soins prescrits pour les autres plantations. Le pistachier étant dioïque, il est indispensable qu'il se trouve quelques individus mâles au milieu des Individus femelles. On obtient le même résultat en greffant quelques rameaux d'individus mâles sur les pieds femelles. Au temps de la floraison, les cultivateurs de la Sicile suspendent des rameaux fleuris de pistachier mâle sur les pieds femelles, et assurent ainsi la fécondité de ces derniers.
Le pistachier demande les mêmes soins que l'amandier quant aux façons et aux engrais à donner à la terre. Les irrigations lui ont toujours été pernicieuses. Lorsqu'ils deviennent languissants, on peut les rajeunir en coupant les branches principales à 0'",20 de la tige. On replace de nouvelles greffes de pistachiers mâles sur les individus qui en sont privés par cette opération. Il ne paraît pas susceptible d'être soumis à la taille, on abandonne donc son développement à lui-même.
Insectes nuisibles. — Le pistachier a beaucoup à souffrir
Fiy. 387. Galle produite
par la piqûre du puceron
du pistachier.
d'une espèce de puceron, le Puceron du pistachier '(Aphis pislaciœ). Ce puceron, qui pique les jeunes feuilles, détermine ainsi la formation de galles de diverses formes, ainsi que l'indique la figure 387, et vivement colorées en rouge. Ces galles nuisent beaucoup à la végétation. Détruire ces pucerons au moyen de fumigations de tabac (page 521) et enlever toutes les feuilles déformées.
Récolte. — Les pistaches ne doivent être récoltées qu'après leur maturité complète, c'est-à-dire au [moment où leur peau ridée prend une teinte jaune plus foncée, et où leur grappe change aussi de couleur et se dessèche. Les pistaches, séparées des grappes, sont placées à l'ombre, sur des claies où on les retourne pour qu'elles se dessèchent. Lorsqu'elles sont ssez privées d'humidité pour ne plus fermenter, on les conrve dans un lieu sec hors de la portée des souris.