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SIXIÈME DIVISION. — FRUITS EN CAPSULE CHATAIGNIER

Le châtaignier commun (fagus casianea, L.) [fig. 532) est indigène des parties méridionales et tempérées de l'Europe. Sa culture, comme arbre fruitier, remonte à la plus haute

Fig, 53*2. Châtaignier commun.

antiquité. Cuite dans Peau ou légèrement grillée, ou débarrassée de son enveloppe et réduite en farine, la châtaigne joue un rôle très-important dans Talimentation du Limousin,

CHATAIGNIER. té?

de TAuvergne, du Languedoc, de la Corse et d'une partie de la Bretagne. On en emploie aussi une grande quantité pour la nourriture des animaux de basse-cour. Dans notre Traité des plantations d alignements forestiers nous nous occupons de cet arbre au point de vue sylvicole; nous n'avons donc à Tenvisager ici que comme arbre à fruit de table.

Variétés. — Les variétés de cet arbre sont assez nombreuses ; nous n'indiquerons ici que les meilleures.

VARIATES CULTIvâBS DANS LBS CBVBMMES

Bono-Branco. — Châtaigne grosse, de bonne qualité, époque de maturité moyenne; productif; demande les bas-fonds.

Coutinello. — Châtaigne grosse et lisse, de bonne qualité ; précoce ; craint les rosées ; le placer sur les hauteurs.

Daoufinenco, Dauphinoise. — Châtaigne grosse et ronde, la meilleure de touteft ; précoce, productive ; demande des engrais et de la culture.

Figaretto. — Châtaigne petite, de bonne qualité, fine, précoce ; se dépouille très-bien lorsqu'elle est sèche ; demande les bas-fonds.

Gaougiottso. — Châtaigne de grosseur moyenne, fine, la plus tardive, productive ; se dépouille bien lorsqu'elle est sèche ; ne craint pas les brouillards; se platt dans les vallons, au bord des ruisseaux.

Jaleuco. — Châtaigne de grosseur moyenne, de bonne qualité, la plus précoce de toutes ; peu productive ; demande les bas-fonds.

Malespino. — Châtaigne grosse, de bonne qualité, tardive, productive ; épines fermes et piquantes ; demande les bas-fonds.

Olivouno. — Châtaigne de grosseur moyenne, de bonne qualité, précoce, produit beaucoup ; se plaît â mi-côte.

Paradouo, Verdalesco. — Châtaigne petite, très-bonne ; produit bien, tasdivai se platt sur les hauteurs.

Peyroubèse, PeyroiUetle. — Châtaigne grosse, de bonne qualité, précoce; pm* duit bien ; se plait dans toutes les positions.

Pelegrino. — Châtaigne de grosseur moyenne, l'une des meilleures; époque de maturité moyenne ; très-productive ; vient bien dans toutes les positions.

Pialotw. — Châtaigne grosse, très-bonne; époque de maturité moyenae; at dépouille facilement lorsqu'elle est sèche ; se platt dans les terres cultivées et fumées.

Rabeyreso. — Châtaigne grosse, très-bonne; époque de la maturité mojvaim; très-productive ; se platt près des ruisseaux ; vient bien dans toutes les positionsi.

Triudouno. — Châtaigne grosse et large, de bonne qualité, époque de maturité moyenne; productive.

VARléTé DBS ENVIRONS DE PÉRIOUBUX RANQ^BS DANS L'ORDRB OB LBUR MATURITÉ.

Royale blanchère. — Assez grosse, de couleur brune.

Portalone. — De grosseur moyenne, presque ronde, écorce fine, de couleur jaune; très-savoureuse.

Gannehellone. — Grosso, de couleur très-brune, un peu aplatie ; se coiuerve lincilement.

Ganiatuie. — Très-grosse, de couleur brune; duvet soyeux vers la pointe; de bonne qualité.

Grosse verte. — C'est la plus estimée ; elle est productive et se conserve très-bien.

Le vrai marron^ marron de Lyon, de Lue, d'Agen, d'Aubray. — La meilleure de toutes les variétés ; presque rond, très-gros, écorce fine. Pellicule se détachant très-facilement de l'amande. Le fruit ne renferme ordinairement qu'une châtaigne ; très-savoureux.

VARliTBS DB l'OUBST DE LA FRAMCB.

Exalade. 7- Ressemble au marron, mais moins grosse ; très-productive.

Ormaie. — Grosse, féconde, très-bonne.

Jaune de Bordeaux. — Très-féconde ; se garde peu et craint la gelée ; assez précoce.

Pattue. — Très-féconde; remarquable par l'empâtement qui occupe les deux tiers de la surface de l' écorce.

ly Espagne. — Petite, mais la plus sucrée de toutes.

Grosse rouge. — Ne craint pas la gelée et se conserve bien ; époque de maturité moyenne.

Grosse bergère. — Craint un peu la gelée et n'est pas de longue garde, féconde ; assez précoce.

Osillarde, Nouzillai'de. — Très-bonne variété.

Avant-châtaigne, châtaigne jaune hâtive. — Fruit gros, rond, de couleur brune.

Châtaigne Knight prolific. — Variété anglaise; fruit gros, rond, de couleur brunr^, très tardif.

On rencontre également dans cette contrée quelques-unes des variétés cultivées dans les autres parties de la France.

GUmat et sol. -~ C'est dans la région de la vigne et des pâturages que le châtaignier prospère. Plus on s'avance vers le Midi, plus il exige une position élevée et rexposition du nord. Dans les plaines de la région des oliviers, le châtaignier ne conserve [de fruits que sur les rameaux situés au nord et abrités du soleil par la masse de leur feuillage. Au nord de la région de la vigne et des pâturages, on trouve encore des châtaigniers; mais ils sont souvent détruits par la rigueur des hivers, et, la maturation de leurs fruits ayant rarement lieu, on les cultive seulement comme arbres forestiers.

Le châtaignier ne réussitbien que dansles terrains siliceux ou granitiques, profonds et un peu frais. Dans les Cévennes, il se développe vigoureusement sur le flanc des montagnes au milieu des rochers granitiques, entre lesquels ses racines rampent pour trouver l'humidité dont elles ont besoin.

Culture. — - Multiplication. — Les diverses variétés de châtaigniers sont multipliées au moyen de la greffe, que Ton pose sur des sujets obtenus par semis. Ces sujets sont d*abord

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élevés dans la pépinière, puis greffés après leur plantation à demeure.

Les châtaignes destinées au semis sont stratifiées (voir les Pépinières dans le premier volume de cet ouvrage) jusqu'au mois de mars. A cette époque, le terrain de la pépinière ayant, été disposé par plates-bandes de 2 mètres de largeur, on y plante les châtaignes, la pointe en bas, en lignes distantes de 0",2Zi les unes des autres. On laisse entre chaque châtaigne un intervalle de 0™,10 environ, et on les enterre aune profondeur moyenne de 0'»,08. Si Ton craignait qu'elles ne fussent dévorées par les animaux rongeurs avant leur levée, on les ferait tremper, pendant douze heures, avant de les semer, dans de l'eau à laquelle on aura ajouté une forte proportion de suie, de la noix vomique en poudre, ou de la fiente de chien. Les jeunes plants reçoivent, pendant les deux premières années, tous les soins qu'on donne aux semis dans la pépinière. Au bout de ce temps, à l'automne ou au printemps, suivant la nature du sol, on les repique en les plaçant en lignes distantes de 0'»,70 les unes des autres, et à 0",50 dans les lignes. Pendant les années suivantes, on forme la tige, en recepant ceux qui en ont besoin; vers la sixième année, on a des arbres hauts de 2'»,50 environ, qui présentent à leur base un diamètre de 0™,0/i à 0*",05 et que l'on peut planter à demeure. (Voir, pour ces diverses opérations, le chapitre des Pépinières dans le premier volume de cet ouvrage.)

Plantation. —- Les châtaigniers sont plantés en bordure le long des champs, du côté du nord, en avenue et môme en massif. Gomme cet arbre ne fructifie bien qu'autant que sa tête n'est gênée par le voisinage d'aucun autre, et que, d'un autre côté, il est appelé à prendre un grand développement, on doit laisser un intervalle de 12 à 15 mètres entre les pieds plantés en bordure ou en avenue et 20 mètres environ entre ' ceux plantés en massif. On donne d'ailleurs à ces jeunes arbres les soins prescrits pour les autres plantations. (Voir, pour l'exécution de ces plantations le chapitre des arbres à fruits à cidre dans le troisième volume de cet ouvrage. ' Greffe. — Les châtaigniers sont greffés lorsque la tige présente, à sa. base, un diamètre de 0'",06 environ. Au printemps, on coupe la tige à 2'",70 d'élévation; il se développe alors de

Du Brbuil, FruiU de table. 37

650 ARBRES ET ARBRISSEAUX A FROITS DE TABLB.

nombreux bourgeons; on n'en conserve que cinq ou six des plus vigoureux vers le sommet» et on les greffe en écusson à œil dormant j dès le mois d'août suivant, ou bien, au printemps qui suit, en fente anglaise, ou en flûte de faune : ce dernier mode est le plus usité, mais la greffe en fente anglaise réussit mieux. (Voir, pour ces sortes de greffes, le premier volume de cet ouvrage.)

Soins d'entretien, — • Il est bon de multiplier les labours, les binages, les engrais; il faudra surtout débarrasser le sol des ronces et autres arbrisseaux parasites qui Tépuisent. On détruit aussi avec soin les rejetons qui naissent sur la tige au collet de la racine, et qui diminuent la vigueur de l'arbre. Enfin on coupe le bois mort tous les deux ou trois ans.

Placé dans une position convenable et cultivé avec soin, le châtaignier peut vivre deux ou trois siècles; mais, vers T&gede cent cinquante ans, il se couronne, et ses produits diminuent rapidement. Il convient alors de couper ses branches secondaires à 1 mètre environ des branches principales, et de recouvrir les plaies avec du mastic à greffer. Il se couvre bientôt de nouvelles ramifications vigoureuses quiforment une nouvelle tête et donnent encore d'abondantes récoltes. Quarante ans environ après cette opération, Tarbre devient entièrement creux. Quelques cultivateurs des Gévennes arrêtent les progrès de cette carie en la carbonisant par le feu ; si la carie est à son début et que les cavités soient peu étendues, on obtiendra le même résultat en maçonnant ces vides avec du mortier et des moellons. Lorsque, enfin, la décrépitude est telle, que leurs produits deviennent sans importance, on coupe Tarbre au pied, et l'on profite d'un rejeton vigoureux de ^\V^ la base pour reformer lin nouveau siyet qui est ^^■^V aussi soumis au greffage.

^^' Insectes nuisibles. — Une espèce de

Pvr^'^bruLita P®*^*® pyralc détruit parfois jusqu'aux trois du châtaignier, quarts de la récolte. C'est la Pyrale brillante (Tortrix Splendana) (fig. 53â). Ce très-petit papillon paraît au commencement de l'été et pond ses œufs sur les jeunes fruits. Bientôt ces œufs éclosent; la larve pénètre dans les jeunps châtaignes et en dévore l'intérieur. Lorsqu'elle a atteint tout son développement, la châtaigne se

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détache de Tarbre. Alors la larve en sort et pénètre dans le sol. Elle se transforme en chrysalide au printemps et le papil^ Ion reparaît en juin.

Le seul moyen de destruction serajt de ramasser et de brûler toutes les châtaignes qui tombent avant l'époque habituelle de maturité et qui cbntiennënt encore les larves. '

Récolte. — Le châtaignier commence à produire vers la cinquième année de greffe. Il atteint son produit maximum, environ 60 kilogr. de châtaignes, vers Tâge de soixante ans. La récolte a lieu dès que les châtaignes se détachent d'ellesmêmes; après les avoir recueillies, en les débarrassant de leur enveloppe épineuse, on les répand sur une surface bien sèche, abritée et bien aérée, où on les remue souvent pour leur faire perdre une partie de leur eau de végétation. On les trie ensuite pour en former trois qualités de grosseur diffé-^ rente, et on les livre au commerce.

Goxiservation. — • Les châtaignes fraîches ayant linô valeur commerciale plus élevée que ' celles qui sont desséchées, on a cherché à leur conserver cette qualité le plus longtemps possible. A cet effet, on devance le moment de leur chute naturelle, et Ton abat les hérissons à coups de gaule. Ces fruits sont ensuite emmagasinés entiers dans des bâtiments secs et aérés, où les châtaignes achèvent leur, maturation, et se conservent fraîches jusqu'au commencement de Tété. Quant aux châtaignes qui sont destinées â ralimentation des habitants des lieux de production, voici comment on les des* sèche pour les conserver pendant toute Tannée.

A mesure que les châtaignes sont récoltées, on les transporte dans un séchoir, bâtiment carré de 6 mètres de hauteur et plus ou moins large, selon la quantité que Ton a à traiter. A 2"%20 du sol, on établit un plancher composé de fortes perches placées à des distances égales et de niveau, sur lesquelles on cloue des lattes séparées par un intervalle de 0",006 à 0°»,007 ; parfois on substitue des claies à ces lattes. Outre la porte qui donne entrée dans, la partie inférieure du bâtiment, et qu'on place au milieu de Tun des grands côtés, on pratique, à 1 métré au-dessus du plancher supérieur, trois autres ouvertures. Tune sur le grand côté opposé à la porte, les deux autres à chacune des extrémités du bâtiment. Ces

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Fig. 534. Soles pour blanchir les châtaignes.

ouvertures servent à y introduire les châtaignes, et sont ensuite fermées. Enfin quatre ouvertures, placées à chacun des angles du bâtiment, et tout près du toit, donnent passage à la fumée.

On forme sur le plancher supérieur une couche de châtaignes de 0'°,50 d'épaisseur ; dès qu*on en a répandu trois ou quatre sacs, on allume un feu au centre du plancher inférieur; et à mesure que le séchoir se garnit, on allume de nouveaux feux, selon rétendue du bâtiment. On ne brûle ainsi que du gros bois, des souches, des feuilles, Técorce des châtaignes blanchies, etc., toutes matières qui donnent peu de flamme et beaucoup de fumée. On chauffe ainsi pendant dix jours environ. Vers le cin^ quième jour, lorsque toute la récolte est rentrée, on retourne les châtaignes pour achever de sécher la couche supérieure. On considère les châtaignes comme suffisamment sèches et prêtes à être blanchies quand leur écorce se détache bien, et qu'elles sont dures sous la dent. On les fait alors tomber sur le plancher inférieur, dont on a enlevé le feu et les cendres ; puis on les dépouille de leur écorce, soit en les plaçant dans des sacs que l'on frappe sur un billot revêtu d'une peau de mouton, soit au moyen des soleSj qui brisent moins les châtaignes. Ces soles se composent de gros souliers ou patins {fig. ô3/i), dont la semelle de bois a 0°»,05 d'épaisseur, et est entourée d'une lame de fer découpée en dessous en forme de scie. Treize dents pointues, de 0™,08 de long sur 0'»,0i5 en carré à leur base, entaillées sur les arêtes, sont implantées dans cette semelle. Quatre hommes, chaussés de ces patins, entreat dans une sorte de

Fig. 535. Masse pour blanchir les châtaignes.

coflfre de 2",50 dé long sur 0'",70 de large rempli aux trois quarts de châtaignes, et les fout passer sous leurs patins.

Lorsque la quantité de châtaignes à blanchir est assez considérable, on se sert d'une sorte de masse {fig. 335). C'est un plateau d'environ 0",ZiO de diamètre, 0",60 de longueur et O^jlO d'épaisseur, au-dessus et au centre duquel est un manche un peu arqué. Ce plateau est garni en dessous de dents de bois dur taillées en pyramide. Les châtaignes sont amoncelées au milieu du séchoir. Six ou huit hommes, armés de ces masses, font le tour de ce tas, marchant sur les châtaignes du bord, en les frappant; un homme qui les suit éloigne avec une pelle de bois les châtaignes dont l'enveloppe est brisée.

Enfin, pour les très-grandes récoltes, les châtaignes sont foulées à pieds de chevaux sur l'aire. On dit que c'est la meilleure méthode pour conserver les châtaignes entières. Dans tous les cas, Topération du blanchissage doit être faite quand les châtaignes sont encore chaudes.

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