‹ Cours d'archéologieChapitre 10 sur 11 · ONZIEME LECON · texte numérisé non relu

ONZIEME LECON

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SOMMAIRE

Aperçu historique des élémens et des ressources de la, puissance athénienne , après la guerre des Perses. — Monumens publics. — Habitations privées. — Edifices produits sous radministraliou de Cimcu ; le temple de Thésée , le Pœcile. — De* l'Odéon, bâti par Périclès. — De quelques autres constructions contemporaines. — Tableau de l'administration de Périclès, sous le rapport de Tart. — Ecoles d'art qui fleurirent dans 1 intervalle de la 60*^ à la y5® olympiade ; celles d'Argos, d'Athènes et dEgiue. — Caractères de l'école d'Egine , tels qu'ils résultent do l'examen des statues trouvées dans les ruines du temple de Jupiter Pan- Hellénius , à Egine. — Style éginétique, commun à un grand nombre d'autres monumens d'origine grecque; indi- «ation sommaire des principaux de ces monumens.

Après avoir exposé , bien imparfaitement sans doute, eu égard à l'importance et à l'étendue de la matière, mais suffisamment pour l'objettrésrestreint que j'ai dû me proposer, les principales causes du développement des arts dans la Grèce,

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il me reste à vous entretenir des monumens mêmes qui nous sont parvenus de cette grande époque de l'histoire de l'art, et d'après lesquels nous pouvons nous former une idée des principes et des ressources de cet art, à l'époque dont il est question.

Les victoires des Grecs sur les Perses avaient porté au plus haut degré d'exaltation et d'en ergie toutes les facultés de ce peuple magnanime. L'enthousiasme de la liberté qui venait de produire tant de miracles, ne s'affaiblit pas en même temps que le danger qui l'avait excité; bien loin de là; il acquit chaque jour de nouvelles forces, en prenant une direction nouvelle; et des ressources immenses , fruits d'un dév eloppement extraordinaire de forces politiques, secondèrent cette disposition généreuse. Athènes surtout , grâce à des circonstances particulières, telles que la nature de son sol , l'activité de ses habitans , la puissance de sa marine, si glorieusement établie par les victoires de Salamine et de Mycale; grâce enfin , au génie de quatre hommes d'Etat , dont la rencontre dans la même période de temps, et la rivalité sur le même théâtre de gloire, sont un des phénomènes de cette belle époque de l'histoire , Thémistocleet Aristide, Cimon et Périclès, Athènes devint, dans l'espace de moins de cinquante années, la première ville de la Grèce et du

d'archéologie. ou

monde, et mérita que dans tout le reste des âges, son nom servit à désigner cliez tous les peuples le plus haut degré de la culture et de la civilisation humaines.

Rebâtie presque tout entière, Athènes s'embellit d'une foule d'édifices publics et de monumens de tout genre. Le Pirée fut terminé; des chantiers, où vingt trirèmes devaient être construites chaque année, furent établis; et la double muraille qui joignait le port et la cîté^ s'éleva sur un espace de quarante stades, environ deux lieues. Bientôt, par l'établissement d'un trésor commun formé des contributions des alliés, montant à 460 talens, ou 2,4847000 fr. par année, trésor déposé d'abord à Délos , puis à Athènes, cette seule ville, disposant de tous les tributs de la confédération dont elle dirigeait les forces, attira à elle V Hégémojiie ^ ou le commandement de la Grèce entière; et l'on vit, sous l'administration de Cimon, un pays stérile et pierreux, dont la surface ne surpasse guère l'étendue moyenne d'un de nos départemens , et dont la population en hommes libres ne s'élevait pas au-dessus de vingt-un mille âmes, étendre sa domination de l'île de Chypre au Bosphore de Thrace^ le long de toutes les côtes et dans quarante îles de la Méditerranée, de Byzance jusqu'à l'Eubée, et de Samos jusqu'à la Sicile; repousser enfin de tout le bassin de la mer Egée, et de tous

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les rivages de rAsie-Mincure, le grand roi, qui naguère avait jeté sur ce seul petit point de l'Attique des armées innombrables.

D'immenses richesses affluèrent dès-lors à Athènes, à la fois par les tributs levés sur les villes sujettes, et par les fortunes brillantes et rapides des citoyens qui dirigeaient les forces navales et militaires, ou qui maniaient les deniers publics. On peut juger par la seule amende à laquelle avait été condamné Miltiade, et qui se montait à loo talens, ou 540,000 francs, à quel point le bien-être des particuliers s'était accru par suite de la prospérité générale, depuis.les temps de Solon , où un revenu de 4^0 fr. par année constituait la première classe des citoyens d'Athènes. Thémistocle, aidé par ses amis, sauva, lors de son bannissement, la plus grande partie de ses biens ; et néanmoins la valeur de ce qu'il ne put emporter, et qui fut versée dans le trésor public, montait encore à la même somme de 100 talens, ou de 54o,ooo fr.Or, il n'en possédait pas trois, c'est-à-dire 16,200 fr. , suivant Plutarque, avant de parvenir aux emplois publics. Mais cette fortune, dont, si nous devons en croire l'écrivain que je citais tout à l'heure, la source n'était pas toujours aussi honorable que l'avait été la pauvreté des anciens temps, cette fortune des particuliers, s'ennoblissait du moins parl'usage qu'ils en faisaient. Ce n'était point en de

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vaines supertluitcs , ou en de folles dépenses ^ que se dissipaient CCS trésors acquis, d'une manière plus ou moins légitime, au service de TÉlat, ou aux dépens de ses ennemis: c'était pour l'ornement du pays^surtout pourrie bien-être'du peuple, ou bien dans l'intérêt de ses plaisirs , que ces chefs de la démocratie athénienne employaient leurs revenus, sans cesse accrus par leurs victoires. Ainsi, Thémistocle étant chorége ou chef des jeiiJC^\i la représentation d'une tragédie dePhrynicus, dépensa des sommes considérables; et généralement cettecharge de cho7'ége,si ambitionnée par les citoyens riches et puissans, ou qui aspiraien t à le devenir, semblait n'avoir été imaginée que pour procurer aux grands l'avantage de se ruiner en amusant les petits, et pour rendre ainsi au public tout ce que les particuliers avaient gagné sur l'ennemi. Nous pouvons juger,par le dénombrement de toutes les sommes dépensées en diverses circonstances, presque toujours à l'occasion de jeux ou de fêtes publiques, par un simple particulier qui n'avait rien d'illustre, sommes qui se montaient à plus de 60,000 francs, et dont le relevé nousaété transmis dans une des harangues deLysias; nous pouvons, dis-je, juger que l'art de se ruiner au service du peuple n'était pas moins commun à Athènes, que celui de s'y enrichir à ses dépens. Une autre espèce de luxe des

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grands capitaines athéniens, qui n'était pas moins propre à réconcilier le peuple avec la fortune de ses chefs, consistait à habiller les pauvres citoyens, à les nourir, à faire les frais de leurs funérailles, ou à doter leurs filles : c'était là un des emplois des revenus de Cimon,ou, si l'on veut, uudesélémens desa fortune. Thémistocle, choisissant un gendre pauvre, mais homme de mérite et de probité, justifiait encore, aux yeux du peuple, des richesses qu'il employait ainsi à honorer le pouvoir dans sa personne, en récompensant la vertu dans autrui.

Mais c'était surtout par l'éclat qu'ils déployaient dans les monumens publics dont ils embellissaient la patrie, en même tempsquepar la simplicitéde leur vie domestique, que se distinguait la politique de ces chefs, et que leur fortune achevait de s'épurer, en retournant, pour ainsi dire, à sa source, consacrée par la gloire et par l'utilité publique. Rien n'était plus modeste que l'habitation privée des Athéniens du premier ordre; les maisons de Thémistocle , de Cimon , de Périclès luimême, ne se distinguaient, au témoignage de Démosthènes, par aucun éclat extérieur, par aucune disposition différente, de celles des plus pauvres citoyens; et généralement les maisons particulières des Grecs, jusqu'au siècle d'Alexandre, étaient très-petites, très-basses, sans aucune

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apparence au dehors, sans aucune commodité au dedans. Dicéarque , qui florissait vers la i iS'^ olympiade , remarque que Platées, Thèbes, Athènes elle-même , et les principales villes de la Grèce, étaient encore très-mal bâties sous ce rapport ; les rues d'Athènes étaient étroites, irrégulières, obscurcies par la saillie des toits ^ au point que cet inconvénient provoqua une loi de l'Aréopage(i). Quant aux maisons mêmes, elles ne consistaient toutes, d'après la description que nous a donnée Lysias de celles de son temps (2), qu'en un rez-de-chaussée habité par les hommes, et un premier qui était réservé à l'usage des femmes ; du reste, sans aucun ornement, ni de peinture, ni d'aucune autre sorte.

On peut juger, par l'exemple de la maison de Socrate, contemporain de Périclès, quelle était en général l'exiguité de ces maisons, et le peu de valeur des objets qu'elles contenaient. Dans un dialogue de ce philosophe avec Critobule, un de ses amis, dialogue qui nous a été conservé par Xénophon ,. Socrate évalue tout ce qu'il possède, y compris sa maison, à cinq mines ou 5oo

(i) Stieglilz , Archœologie der Baukunst, I, 55-36; III, i5i-i5'2.

(2) Lysias, Defens. pro cœde Eralosthen, t. V, p. \1 bqq. Reisk.

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drachmes, qui répondent à peu près à 45o francs de noire monnaie actuelle; et j'ai déjà remarqué que l'autorité Ti'était guère mieux logée à Athènes que la philosophie , attendu que l'ostracisme étendait là son niveau sur toutes les existences!, et menaçait particulièrement, comme on sait, celles qui s'élevaient au-dessus des autres. A Sparte, les maisons des particuliers n'étaient sans doute pas plus imposantes, à en juger d'après celle du roi Polydore, que les Lacédémoniens achetèrent de sa veuve, après sa mort, pour un certain nombre de bœitfs ; et cette maison, qui subsistait encore du temps de Pausanias (i), portait un nom qui témoignait de cette singulière transaction , preuve tout à la fois de la rareté du métal , de la simplicité des mœurs et de l'exiguité du local.

Mais si les maisons des particuliers étaient encore humbles et modestes, en revanche, la cité se remplissait de temples, de portiques, de théâtres, de gymnases, et d'autres édifices publics, qui faisaient l'orgueil du citoyen et l'admiration de l'étranger, et par lesquels se signalait^ entre les chefs de l'État, cette noble émulation de travaux et de sacrifices, qui devenait, particulièrement à Athènes, la voie la plus sûre, comme elle était la

(i) Pausanias , III , 12 , 3.

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plus honorable , pour parvenir aux emplois publics, ou pour s'y maintenir. Thémistocle, et suctout Cimon, avaient montré la route qui conduisait à l'autorité suprême, en exaltant chez les Athéniens la passion de la gloire nationale. Les longs murs du Pij'ée furent un des travaux entrepris sous l'administration deCimon; lamuraillc méridionale de VAci'opole d'Athènes, les lontaines et les promenades dont il décora les jardins de V Académie; mais surtout le temple de Tliésée, qui subsiste encore de nos jours presque en son intégrité, et lePcecz'/e, ou le^o/'/^/^z^e, ainsi nommé à cause àes peintures dont il était décoré, furent encore des monumens illuslre.s de l'administration de Cirnon, où sa fortune particulière, fruit de ses victoires, contribua presque autant, sans doute, que le trésor public. A la vérité , la générosité des artistes ne concourait pas moins efficacement que celle des chefs de rjEtal, à l'achèvement ou à la décoration de ces glorieux édifices. AinsiPolvgnote, chargé de peindre une portion considérable du ji

Pœcile , refusa de recevoir aucun salaire pour ce grand travail , et il en fut dédommagé par le droit de nourriture publique, qui lui fut accordé au Prytanée. Il est vrai encore que cet avantage d'être nourri aux frais de l'Etat, ne constituait pas , pour ceux qui étaient appelés à en jouir, un traitement bien magnifique. Cette nourriture con-

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sistait , (ra{)rès les lois de Solon (i) , en un peu de bouillie d'orge et du pain , seulement aux jours de fête; et si depuis, ce traitement ne s'était pas amélioré dans la même proportion que la fortune publique, on voit que l'État ne courait pas trop risque de se ruiner, ni les citoyens de se corrompre, par des libéralités de cette espèce. Mais cette nourriture publique n'était sans doute pas estimée pour ce qu'elle Yalait en elle-même, ou pour l'usage qui s'en faisait; c'était surtout pour l'honneur qui en résultait à l'égard de celui qui recevait une distinction pareille, qu'elle méritait d'être appréciée , et qu'elle l'était effectivement; et un repas frugal, qui devenait un titre de gloire et une leçon de modération , servait ainsi doublement les intérêts de la chose publique.

Mais ce fut surtout sous l'administration de Périclès, lorsque cet homme d'État eut triomphé du parti de Cimon, d'abord par l'éloignement de son rival , puis par sa mort qui suivit de près son rappel, qu'Athènes se remplit de monumens, et devint, dans le cours de peu d'années, le théâtre du luxe pubhc le mieux dirigé et le plus admirable cjui fut jamais. L'atteinte portée à la constitution d'Athènes, dans l'affaiblissement du parti aristocratique vaincu avec Cimon et Thucydide, ne

(i) Athénée , Deip/iOAoph. IV. 157. ,

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pouvait être compensée , aux yeux mêmes de la démocratie triomphante^ que par l'éclat de la sujétion nouvelle qu'elle recevait de la main de Périclès; car le peuple, en changeant de maître^ n'avait fait, comme en tout temps, que changer de servitude; et son joug lui parut seulement plus léger, parce que Périclès s'attacha à le rendre plus brillant. Cet homme d'Etat avait Fait, du vivant même de Cimon ^ l'essai d'une politique tracée par l'exemple , et justifiée par le succès de ce dernier. Il avait fait construire, n'étant encorç qu'homme privé, VOdéon, ou théâtre couvert , destiné aux répétitions des chœurs de musique et de poésie qui avaient lieu dans la célébration des fêtes dionysiaques.

Cet édifice, qui offrit le premier exemple, produit dans la Grèce, des théâtres coin'erts^ dont les nôtres sont imités, était un de ceux qui témoignaient delà manière la plus sensible les progrésde l'art, et qui flattaient au plus haut degré l'orgueil national. La forme était celle d'une rotonde, soutenue par des colonnes de marbre j on s'était servi, pour la toiture, des mâts et autres débris provenant de la destruction de la flotte des Perses à Salamine, débris restés jusqu'alors sans emploi dans les magasins du Pirée; et pour donner encore à cet emploi de matériaux ennemis un caractère plus patriotique, Périclès voulut que la forme de la cou-

pôle imitai celle de. la fameuse tente dorée^ clans laquelle Xerxès avait contemplé, sur un navire de Sidon, la fastueuse revue de sa flotte vouée à une destruction si prochaine et si imprévue. On peut présumer, d'après cela, quel luxe tout républicain avait dû être déployé dans la décoration de cet édifice; et nous savons, du reste, que la construction en avait été dirigée de la manière la plus savante, conformément aux lois de l'acoustique. Plutarq!(e dit que cet 0<^/eo7^ contenait intérieurement un grand nombre de colonnes et de gradins. Ony faisaitla répétition des pièces dramatiqi^es qui devaient être représentées, dans les fêtes de Bacchus, sur le théâtre proprement dit; les combats de poésie et de musique qui avaient lieu, à plusieurs époques de l'année, entre les Rhapsodes et les Citharœdes , s'y célébraient de même en présence d'auditeurs choisis, des juges du concours et des principaux magistrats. Il s'y trouvait aussi une salle où l'on conservait les vases et les divers ustensiles sacrés , appartenant à l'Etal, et qui servaient dans la célébration des fêtes publiques. Cet Odéoji,\e premier de tous ceux qui paraissent avoir été construits dans la Grèce, et peutêtre aussi le premier édifice qui ait offert le modèle d'une coupole^ fut incendié lors des guerres de Mithridate et de Sylla, el rebâti, dans la même forme de lente, sous laquelle il subsistait en-

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côre, du temps de Pausanias. Hérode Atticus en construisit un second à ses frais; mais il ne reste plus aujourd'hui de traces de l'un ni de l'autre; et les faibles vestiges qui subsistent encore au pied de l'Acropole d'Athènes, semblent plutôt appartenir à un théâtre de Bacchus (j), qu'à l'un ou à l'autre de ces célèbres Odéoiis.

D'antres constructions semblent devoir être rapportées^ sinon à l'influence personnelle et à là direction de Périclès, du moins h la miéme époque. Telles sont les temples élevés à Minerve Suniade, sur le promontoire Sunium, dont il reste plusieurs colonnes debout, et le petit temple ionique bâti sur les rives de l'Ilissus, qui subsistait encore presque en entier, à la vérité bien dégradé, du temps de l'architecte anglais Stuart, et qui a disparu totalement de nos jours, dans une période de temps si courte, et malheureusement plus féconde en dévastations de monumens antiques, que presque tout le cours entier des âges de barbarie qui l'avaient précédée. Ce temple de l'Ilissus, sauvé du moins d'une destruction totale dans l'ouvrage de Stuart (2), était le plus ancien modèle de l'ordre ionique qui se fût conservé jusqu'à nous.

(i) Stuart, Ardiqvit. qfAthe?is , t II, p. 55. (2) Stuart, Antiquit. of Athens ^ vol.I, cap. II, pi. I- VIÏI.

Mais ces travaux n'étaient qu'une sorte de prélude aux grands ouvrages de tout genre qui devaient signaler l'administration de Périclès, lorsqu'affranchi de la rivalité de Cimon, de l'opposition de l'aristocratie, et de la tutelle de l'Aréopage, Périclès se livra tout entier au soin de flatter le peuple pour l'assujétir, et d'embellir la cité pour s'en rendre le maître. Alors le trésor des alliés, transporté de Délos à Athènes, devint le principal élément de la grandeur d'une seule ville, aux dépens, il faut bien en convenir, de la sécurité ou de l'indépendance de toutes les autres. Cet argent, suivant le compte réglé par Aristide, pouvait former, ai-je dit, annuellement, une somme de 4^0 talens , ou 2,484,000 francs. Périclès, en augmentant ce subside d'un tiers environ, l'éleva arbitrairement à 600 talens, ou 3,240,000 francs, coup d'état hardi , qui tripla presque les revenus d'Athènes, en les portant à 1,000 talens, ou 5,4oo,ooo francs (i). Ce fut avec ces ressources , qui ne nous paraîtront peut-être pas bien imposantes, puisqu'elles ne représentent guère que la huitième partie du revenu de la seule ville de Paris , mais qui exci-

(i) Voy. Meiners, Preissschrift uberden Luxus der Athenienser; cette dissertation, imprimée dans le premier et unique volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de Cas sel ^ a été traduite en français, i823, 8°, ch. A. Égron.

d'auchéologie. 323

tèrent au plus haut tlcgré l'envie et la crainte (les républiques grecques; ce fut, dis-je, avec (le pareilles ressources sagement aciministrées^ que Périclés opéra tous ces prodiges qui étonnèrent la Grèce, et qui ont fait jusqu'à nos jours l'admiration du monde. Ce fut avec ces revenus qu'il entretint de plus grandes armées qu'on n'en vit sur pied avant et depuis lui; qu'il fit construire et équiper, chaque année, plus de vaisseaux qu'on n'en avait compté jusqu'alors sur les chantiers de la république et sur toutes les mers de la Grèce; et cependant, depuis le commencement de son administration, jusqu'à l'époque où éclata la guerre du Péloponése, il avait mis en réserve prés de 10,000 talens, ou 54,000,000 francs; et ce fut enfin, sur une partie de ce fonds de réserve que furent entrepris et payés tous ces grancJs monumens, tous ces beaux quvrages d'art exécutés, comme par enchantement, durant la courte administration de Périclés ; monumens qui avaient encore, six siècles après, au temps de Plutarque, et d'après le témoignage de cet auteur, tout Véclaty toute la fraîcheur de la jeunesse, et qui devaient, bien des siècles encore après Plutarque, faire la gloire d'Athènes, et la leçon et l'ornement du monde. .*

Tels sont les faits qui résultent des témoignages de l'histoire, et qui donneraient lieu sans doute

à des réflexions de plus d'un genre. Mais je ne me permettrai qu'une seule observation que je livre à vos méditations. Cette somme demoins de six millions ^ sur laquelle la république d'Athènes levait ses armées , équipait ses flottes, et produisait tant d'admirables monumens, est à peine supérieure à celle qui s'emploie annuellement parmi nous, tant bien que mal, en dépenses d'utilité publique^ en objets d'art, en exécution de statues, de tableaux et de monumens. Mais pouvons-nous nous flatter que ce soit avec de pareils résultats, que s'emploient de pareilles sommes? Et si, avec la meilleure volonté du monde, nous ne pouvons en convenir, ne serait-ce pas une épreuve digne de toute la science et de toute l'ambition de nos hommes d'état, si habiles à critiquer un budget ou à le dépenser, que d'essayer de faire une seule foisi, au même prix et avec les mêmes ressources, les mêmes choses que Périclès ?

L'administration de Périclès, à dater de la mort de Cimon, dura vingt années , et se signala, dans ce court espace de temps, par tant de beaux monumens, que Thucydide lui-même, l'un de ses plus violens adversaires, n'a pu s'empêcher de rendre hommage à la supériorité de son génie. Tous ces travaux, élevés sous l'influence d'une seule pensée, s'opéraient sous la direction d un seul homme. Périclès avait trouvé dans Phidias

rinstrument de tous ses desseins, comme il trouvait, pour ainsi dire, dans chacun de ses contemporains, un juge ou un collaborateur digne de l'un et de l'autre. On reste confondu lorsqu'on considère ce grand nombre d'hommes illustres en tout genre, presque tous Athéniens, que la nature avait, comme à plaisir, rassemblés sur ce seul petit point du globe, dans ce court espace de temps, pour orner h l'envi de leurs talens cet admirable théâtre de la culture humaine rSocrate et ses nombreux disciples; Sophocle, Euripide, et la foule de leurs émules; Aristophane, Cratinus, Eupolis, et tous leurs rivaux; Thucydide et Xénophon; Phidias, enfin, avec ce peuple de collaborateurs, tels que les architectes Ictinus, Callicrate et Mnèsiclés; les peintres Micon, Panœnus et Parrhasius; les sculpteurs Alcamène, Colotcs, Agoracrite, tous hommes dignes de faire la gloire d'un siècle et l'ornement d'un pays, furen t tous ses contemporains, amis ou adversaires, enthousiastes ou détracteurs, mais tous plus ou moins soumis k l'influence de son génie. Ajoutez à cela qu'Athènes, devenue, grâce à la puissance et à l'activité de sa marine , l'entrepôt général du commerce, le grand marché de la Grèce entière; avant à sa disposition les matières rares et précieuses, le bronze , \ ivoire , \or, les bois d'ébène et de cyprès y sans compter son marbre domestique

1 1 * leçon. 24

appelé peiitélit] ue ^ possédant de plus dans son sein cette foule d'artistes, d'artisans ou d'ouvriers en tout genre, dont Plutarque nous a laissé la nomenclature si curieuse, dans l'énumération des ressources créées ou employées par Périclès (1) : population toute appliquée aux arts, toute subordonnée à la direction de Phidias, et trouvant toute l'emploi de son activité dans les grandes entreprises de Périclès, tandis que le reste de la population servait dans les armées, ou dans les forteresses, ou sur les vaisseaux de l'État, et à sa solde, nous présente ainsi le tableau le plus achevé qu'il soit possible d'imaginer, du plus brillant concours de talens et de ressources, et de l'activité intellectuelle la mieux dirigée sur un seul point et vers un seul but, qui se rencontra jamais peutêtre parmi les hommes.

Après cet aperçu général des élémens et des ressources athéniennes , à l'époque de l'administration de Périclès, la nature de notre sujet exige qu'avant de parler des monumens mêmes exécutés par Phidias, nous jetions en arrière un coupd'œil sur les travaux produits dans l'espace d'environ un demi-siècle, qui préludèrent à ce sublime essor de tous les arts d'imitation. A la vérité, il ne s'est conservé qu'un trop petit nombre ,

(i) Plularque, Vie de Périclès , chap. I2.

D'ARCHÉOLOGii". San

je ne dirai pas de monumens originaux, mais de * notions historiques appartenant à cette époque, pour que nous soyons en état d'en tracer un tableau exact ou complet. Mais ces notions mêmes, toutes rares et insuffisantes qu'elles sont, n'en sont que plus précieuses à recueillir; car enfin il ne peut être que d'un haut intérêt pour nous de connaître les prédécesseurs immédiats de Phidias, d'apprendre à quelle école il s'était formé, de savoir enfin, avec toute la précision possibl-e, quel était le style dominant et le caractère général derart,avant l'époque, éternellement mémorable, où Phidias , en lui imprimant le sceau de son génie, le porta, par un progrès si rapide et par un essor si gigantesque^ au plus haut degré de perfection qu'il ait jamais atteint.

Trois écoles paraissent surtout, dans cet intervalle de la 60^ à la "yS* olympiade, avoir fourni tout le reste de la Grèce d'artistes et de monumens publics : ce sont celles ô^Argos,à^Egme et à^ Athènes; et de tous les maîtres qui fleurirent à cette époque, le plus célèbre à la fois par les grands ouvrages qu'il produisit, et par les nombreux et habiles disciples qu'il forma, paraît avoir été Agéladas d^Xvgos. Cet artiste est cité comme auteur de statues de dieux, de statues d'athlètes .4*

vainqueurs, de chars et de chevaux consacrés à Olympie , tous ouvrages exécutés en bronze, sui-

vant l'usage tlu temps, et qui embrassaient, du reste, par la nature même de leurs représentations, presque tout le domaine de l'imitation. Mais c'est surtout comme maître de Myron , de Polyclète, et très-probablement aussi de Phidias, qu'Agéladas mérite d'occuper une place distinguée dans l'histoire de l'art; de même que, dans l'histoire de l'art moderne, le nom d'un disciple tel que Raphaël, fait rejaillir sur le nom d'un maître tel que Pérugin, un éclat supérieur peut-être à celui qui résulte des travaux mêmes de ce grand homjne.

L'école d'Athènes avait alors pour chef l'Athénien Hégias^ cité comme contemporain d'Agéladas, et dont iine Minerve et une statue de Pyrrhus, fils d'Achille, étaient des ouvrages estimés. Anthénor ^ auteur des statues d'Harmodius et d'Aristogiton , qui furent enlevées par Xerxçs et reconquises par Alexandre , semble aussi avoir appartenu à la même école, comme il fleuritbien certainement dans la même période. Mais, de toutes les écoles de cetie époque , celle dont nous pouvons le mieux apprécier le goût et le caractère , c'est incontestablement celle d'Egine, qui comptait alors un grand nombre d'artistes distingués, et de laquelle il nous est resté des monumens du plus haut intérêt.

Trois artistes nés à Egine , Aiiaxagoras , Glandas et Simon ^ cités corjime auteurs de

plusieurs ouvrages iinportans, tels que le Jupiter en bronze, de la hauteur de dix coudées, que les Grecs , vainqueurs à Platée , consacrèrent à Olympie; (c'était l'œuvre d'Anaxagoras); des statues de plusieurs athlètes ou vainqueurs aux jeux publies, entre autres de celle de Gélon, prince dé Syracuses, placée sur un quadrige, ouvrage de Glaucias; mais surtout Onatas et Callon^ pareillement natifs d'Égine , répandirent sur cette école un grand lustre par le nombre et l'importance de leurs productions , par l'éclat et la variété de leurs talens. Onatas, le plus habile et le plus récent, peintre, statuaire et fondeur en bronze, tout à la fois, cultiva avec un succès presque égal presque toutes les branches de l'art ^ et laissa , particulièrement dans le domaine de la sculpture, quelques-^uns des plus beaux monumens qu'elle eût produits jusqu'alors. Gallon est réputé, avec beaucoup de vraisemblance, l'auteur de la plupart des statues qui ornaient les frontons du temple de Jupiter-Panhellénius à Egine^ etqui^, retrouvées^ Wy ^ peu d'années, sous les ruines de cet édifice , nous ont offert, pour la première fois , avec toute la certitude possible, le style de l'école éginétique sous sa forme originale et authentique. Ces statues, qui devaient se trouver au nombre de 27 hSodans chaque fronton, entièrement isolées (lu mur conlre lequel elles étaient pincées.

53o COURS

et terminées avec autant de soin dans la partie postérieure qui ne pouvait jamais être vue, que 'i$È , dans la partie exposée aux regards^ formaient

deux vastes compositions dont il est assez difficile de déterminer le sujet , d'après l'état d'imperfection et de mutilation de la plupart des figures , un grand nombre desquelles n'existe qu'en fragmens, et le reste manque absolument. Mais, suivant les conjectures les plus probables (i), ces statues représentaient le combat livré, pour le corps de Patrocle, entre les Grecs et les Troyens, **« dans l'un des frontons; et, dans le second, le combat livré, au sujet d'Hésione, contre Laomédon et ses fils, par Télamon, Hercule et leurs compagnons; deux faits de l'histoire héroïque, qui avaient pour les habitans d'Egine un intérêt national, à cause de la part qu'avaient prise à ces événemens les jEacides , leurs anciens souverains^ et qui devaient figurer, à ce titre, plus convenablement qu'aucun autre sujet, sur un de leurs plus beaux monumens érigé en mémoire d'jEacus. Quoi qu'il en soit, la différence du costume, qui indique une action entre des Grecs et des Barbares; la nature même de cette action qui ne peut

Ci) Voy. la dissertation flt> M. Hiil, Die neii aufge/uitdenen Mginetische Bildwerke, avec un dessin de M. Cockerel, dans les Litlerarische Analeklen , de Wolf, III , 167-204.

éire qu'un combai^ d'après les attitudes variées et violentes de la plupart des figures, les unes debout ou penchées, d'autres acroupies ou agenouillées, quelques-unes étendues avec l'apparence de la mort; tout indique ici une scène des plus animées^ une composition des plus propres à montrer les diverses qualités de l'art à cette époque, sous le rapport du stjle , de V exécution , de \ expression et du costume.

Le premier aspect de ces figures justifie jusqu'à un certain point , et pour un œil peu exercé, la seule des notions que nous ait laissée l'antiquité sur le style éginétique, et qui nous vient de Pausanias : c'est à savoir que les ouvrages de ce style ne pouvaient se compare?^ qu'à ceux de l'ancien style attique ou égyptien. Il v a effectivement, dans le caractère des têtes , dans les détails du costume, et dans la manière dont sont traités la barbe et les cheveux, quelque chose d'archaïque et de conventionnel, puisé indubitablement dans les habitudes et dans les doctrines de la primitive école. Mais il y règne en même temps, dans l'exécution des corps et dans la manière dont le nu est rendu, une science anatomique si profonde, et un mérite d'imilation porté à un si haul degré de vérité et d'illusion, qu'il est impossible d'admettre qu'un pareil style ait jamais eu en effet rien de commun avec Vécole égyp-

tienne^ sous quelque rapport et dans quelque période qu'on Fenvisage. Voici ^ du reste, les piin- '^H%» cipaux caractères du stvle éginélique, tels qu'ils se

trouvent constatés par l'observation de ces figures trouvées h Égine même , et bien certainement produites dans cette école.

■ Les felfe.?^ absolu ment privées à^ expression, ou réduites toutes à une expression générale et conventionnelle^ offrent^ dans la position oblique des yeux et de la bouche^ ce rire forcé qui paraît avoir été un caractère commun à toutes les productions du style antique , puisque nous le retrouvons sur les plus anciennes médailles , sur des vases de tferre cuite et des bas-reliefs d'époque primitive appartenant h presque tous les peuples grecs. Les cheveux^ traités pareillement d'une manière systématique , en petites boucles ou tresses travaillées avec une industrie prodigieuse, imitent non A^s cheveux j^éels^maÀs àevérùtables perruques ^ particularité qui avait pu être, déjà remarquée sur d'autres ouvrages d'ancien style, réputés étrusques, entre autres à la célèbre statuette du musée Nani. La barbe est indiquée sur les joues par des traits en creux, et rarement travaillée en relief, mais, dans ce cas-là, de manière à imiter une barbe postiche, et conséqnemment dans le même système que les cheveux. Le costume tient au même goût conventionnel et hié-

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ratique : il consiste en vétemens, à plis droits et réguliers, tombant en parties symétriques et parallèles^ de manière à imiter les draperies réelles dont on habillait les anciens simulacres en bois, et dont je ne puis mieux donner l'idée et expliquer la nature , qu'en les comparant à ces surplis de nos prêtres, plissés parallèlement, et empesés au moyen d'un certain apprêt qui les maintient dans une certaine forme convenue. Ce costume , si remarquable en lui-même ^ et qui se retrouve sur un si grand nombre de figures d'ancien style ou de style d'imitation, était sans doute une des particularités les plus saiHantes auxquelles se reconnaissait, dans l'an cienn e Grèce, le style éginétique, bien qu'il ne fût sans doute pas exclusivement propre à cette école.

Quoi qu'il en soit , les différens traits que je viens d'indiquer, se rapportent si manifestement à un même principe^ à l'imitation des simulacres en bois, premiers objets du culte et de l'art chez les Grecs, et de simulacres qu'on affublait de cheveux artificiels et de drapei'ies réelles, qu'il est impossible de méconnaître, dans un pareil principe, l'origine du style éginétique. D'un autre côté, le talent d'imitation , porté aussi loin qu'il est possible dans l'expression des formes du corps, bien que toujours accompagné d'un peu de maigreur et de sécheresse; la véiité de détails, le soin exquis

<je l'cxéculion, témoiijnenl une si piofoiide connaissance de la slructure du corps humain, une si grande habileté de main , en un mot une imitation de la nature si savante et si naïve tout à la f'ois^ qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître ici les productions d'un art arrive au point le plus voisin de la perfection : d'où résulte ce contraste étonnant, véritable phénomène dans l'histoire des arts d'imitation , et trait caractéristique de l'école d'Égine , ce contraste entre un type hiératique si tortenient empreint d'une part, et de l'autre, une imitation si pleinement affranchie, et un art si complètement émancipé.

Maintenant, quelles peuvent être les causes qui produisirent cette direction singulière de l'art, et qui donnèrent lieu à un goût si particulier, maintenu si long-temps et avec tant de persévérance dans là seule école d'Egine? Ce serait là sans doute un sujet de recherche des plus curieux et des plus intéressans; mais j'avoue que , dans l'état où se trouve actuellement l'histoire de l'art, je ne me crois pas capable de répondre d'une manière satisfaisante à cette question; et peut-être même ne posséderons-nous jamais tous les élémens qui nous seraient nécessaires pour la solution d'un pareil problème. Le système religieux ne lut jamais assez puissant ou assez exclusif, dans la Grèce, pour imposer, comme en Egypte, des types

à riiiiitation ,^ des entraves à l'esprit humain, et «les bornes à l'intelligence ou à l'industrie; mais néanmoins il y posséda sans doute assez d'autorité pour régler, de concert avec le goût général, la conformation de certaines idoles, l'ajustement de certaines ligures, pour influer sur le costume et sur la partie symbolique de l'art, essentiellement liée avec le culte. De là, très-probablement, l'origine de ce type hiératique ou sacerdotal, propre à l'école éginétique. Une fois ce type consacré par le temps, par la religion, par l'habitude , il n'est pas 'étonnant que l'art y soit resté fidèle , tant que le peuple y resta attaché. De là encore cette longue perpétuité de goût qui, en imprimant aux monumens de l'art incessamment produits une sorte de vétusté artificielle , les faisait participer,par cela même, au respect qu'inspirait le culte, et les rendait, en quelque sorte, sacrés comme la religion. Mais comme, d'un autre côté, Fart s'était peu à peu affranchi, dans l'imitation du corps humain , des anciennes entraves qui tenaient à son impuissance, tout autant et plus encore qu'au système religieux, les artistes suivirent pareillement, dans cette école, le mouvemenl général imprimé aux esprits, et parvinrent à rendre fidèlement et habilement la nature, sans renoncer tout-à-fait à leur manière conventionnelle. Mais c'est dans ce dernier point que se

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trouve le véritable nœud de la question; et je confesse une seconde fois que je manque de raisons et de faits pour le résoudre.

Quelle que soit, au reste, l'explication plus ou moins complète, plus ou moins certaine, qu'on puisse donner dece phénomène, le fait principal, celui qui résulte de la connaissance même du style éginétique, est désormais hors de doute; et ce fait, une des grandes conquêtes archéologiques de notre siècle, suffit sans doute à notre instruction; il sert à établir indubitablement l'origine grecque d'une classe nombreuse de fnonumens, statues, bronzes, h as-reliefs , terres cuites , qui, du temps de Winckelmann, et presque de nos jours encore, étaient réputés étrusques; il comble une immense lacune dans l'histoire du développement de l'art grec, puisqu'entre les productions de l'enfance et celles de la perfection, nous ne pouvions presque placer, encore le plus souvent à l'aide de simples conjectures, que AtS'vases, des médailles, des piérides gravées , monumens fort curieux et fort respectables sans doute, mais qui, d'après leur nature et leur dimension, ne peuvent donner jamais de l'art qui les produit, qu'une idée trop imparfaite ou trop restreinte; il restitue enfin à l'histoire de l'art des anciens une école tout entière, école féconde autant que célèbre, (jui n'y lifïuiait jusqu'ici que pour mémoire:

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trois importans résultais de cette découverte, qui méritaient sans doute d'être signalés à votre attention, avec tout l'intérêt qui s'y attache, et avec tous les détails nécessaires pour les imprimer dans votre mémoire.

Je ne dois pas terminer ces considérations, sans indiquer ici quelques-uns des principaux monumens appartenant au même style , et très probablement produits dans cette période intermédiaire, où l'art , pourvu de toutes ses ressources , s'exerçait dans toute son habileté, mais sous l'influence du système, et très-probablement dans le sein de l'école que j'ai signalée. En fait de statues, j'indiquerai particulièrement les figures dites (TEspérance^ telles qu'on les voit fréquemment figurées sur des médailles romaines , de grand bronze , sur des mosaïques grecques {i) , sur des pierres gravées , et dans plusieurs statues^ deux entre autres inédites, h la Villa Albani et à la Villa Rospigliosi, à Rome, que je me propose de publier dans mon recueil de monmnens inédits. J'indiquerai encore la Diane et la Minerve à^Wevc.uXsinum; la soi-disant Vestale Giustiniani{j2) ^ et la

(i) Une entre autres , trouvée à Métaponte, et possédée par M. l'ancien archevêque de Tarenle, absolument semblable à une mosaïque du Cabinet du Roi, publiée par Caylus , Recueil d'anliquit. T. VI, pi. i.xxxvi . I.

(2) Gal/er. Giustifiiani , I,jj.

Muse B(wberini^<\\\\ est un Apollon musagèle( i *) : ces deux dernières statues marquant d'une manière sensible le progrès de l'art, et la transition d'un style étroit et maniéré à un slvle lar^e et gra^idiose. En fait de bas-rëliefs y l'un des plus remarquables, à tous égards, est celui du musée Capitolin , qui représente trois figures de femmes vêtues, précédées d'un satyre nu, avec le nom de l'auteur de ce monument, Callimaque (2). Les vêtemens des trois femmes montrent ces plis multipliés, réguliers et roides, qui tiennent toutà-fait au stvle éginétique. Les postures de ces personnages sont de même tant soit peu roides et forcées; elles marchent sur la pointe du pied, et elles tiennent les doigts des mains alongés et droits, comme dans les plus anciens ouvrages de l'art; mais en même temps il y a dans le mouvement général de ces figures plus de naturel et de vérité, des proportions plus justes, des formes plus vraies , et dans les traits du visage , particulièrement dans la figure du Faune, un sentiment de beauté déjà porté à un certain degré d'idéal (3),

(i) Bracci , Me/noria deg/i ùicisori , T. I , Lin . agg. 24- (2^ 3ÎUS. Capitol. IV , 45.

(3) H. Mever's , Geschichte der bildenden Kiinste . t. I, p. 32,

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i|ui prouvent que l'art commençait ciès-lors à secouer les derniers anneaux de sa chaîne antique et sacrée.

Notis sommes arrivés au point, où il ne man- ([uait plus à l'art qu'un grand homme, pour accomplir toute sa destinée. Cet homme fut Phidias; et notre prochaine leçon sera consacrée toute entière à l'examen de la vie et des ouvrages de cet artiste, si éminent par les qualités du génie, et qui ne fut pas moins favorisé par la fortune , puisqu'il naquit à Athènes^ et qu'il vécut sdus Périclés. •

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