‹ Cours d'archéologieChapitre 8 sur 11 · HUITIEME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIEME LEÇON

SOMMAIRE

Continuation du même sujet. — Familles d'artistes, nommés Dédalides , à l'exemple des familles de poètes et de médecins . nommés Homérides et Asclépiades. — Anciennes écoles de l'art grec. — L'école éginélique. — Observation générale sur le caractère de cette ancienne école. — Digression sur les peintures de la renaissance , et en particulier sur celles du Campo Santo , de Pise, comparées aux productions de l'ancieuue école grecque. — De Bularqne , le plus ancien peintre grec qui soit nommé dans l'Histoire. — Des plus anciens monumens de l'art grec. — Les médailles ; importance de l'étude de la numismatique, sous le rapport de l'Histoire de l'art. — Les vases grecs; notions générales sur cette classe de monumens archéologiques. — Du coffre deCypsélus. — Conclusion.

J'ai tâché de vous donner une idée de l'art grec , sous sa première forme , et dans sa plus ancienne école, mais sans rien dissimuler de ce qu'il y a d'incertain ou de fabuleux dans cette période de l'histoire de l'art. C'en est là , à proprement parler , la partie mythologique, et c'est

8* leçon. i„

2l6 • COURS

plutôt un intérêt de curiosité, qu'un intérêt réel d'instruction, que peuvent nous inspirer les traditions plus ou moins vagues d'une époque de l'art, dont les nionumens nous manquent absolument. Nous sommes réduits, pour les temps qui suivirent immédiatement, à une égale insuffisance de notions positives, à une égale disette de monumens originaux. J'ai déjà parlé de la grande lacune que présente l'histoire grecque, depuis le retour des Héraclides jusqu'au commencement des Olvmpiades, lacune qu'on n'a pu jusqu'ici remplir ni même expliquer d'une manière satisfaisante. Les arts se trouvèrent sans doute compris dans les mêmes causes qui arrêtèrent, pendant toute cette longue période, le développement du génie grec, ou du moins les notions relatives à leur histoire se sont trouvées enveloppées dans le même naufrage où ont été englouties toutes les autres connaissances : car j'avoue qu'il est difficile de croire que, tout orageuse et tourmentée qu'ait été la condition de la Grèce en général , pendant le cours de ces cinq ou six siècles , la civilisation y soit restée constamment stationnaire ; et il semble même contre la nature des choses, que là où la société est perpétuellement agitée , où les gouvernemens changent , où les lois varient d'une génération à l'autre, l'esprit humain demeure ainsi immobile, et conséquem-

D'ARCHEOLOGIE. 3 1 «y

ment l'art ainsi uniforme. Nous savons d'ailleurs qu'unassezgrand nombre de poètes fleurirent dans cet intervalle; nous savons, de plus, qu'une foule d'établissemens formés à cette époque , portèrent la langue, les lois et les arts de la Grèce , sur des plages lointaines, et couvrirent de colonies florissanjtes presque tout le bassin de la Méditerranée, le pourtour entier de la mer Noire, et les côtes de l'Italie méridionale et de la Sicile. Tant de ressources et d'activité dans la population ^ tant de moyens de richesse et d'industrie, peuvent-ils se concilier avec un état inerte et passif des facultés de l'imagination et du goût? Une nation qui se déploie au dehors avec tant d'énergie, ou qui s'agite dans son propre sein avec tant de violence, qui couvre les mers de vaisseaux, et les continens de villes nombreuses et opulentes, put-elle rester inactive ou stationnaire dans tous les travaux de la pensée et de la main? Cela n'est certainement pas probable ; et cela ne fut sans doute pas le cas de la Grèce. Mais nous manquons de données historiques ; et l'on ne peut jamais suppléer qu'imparfaitement , par des conjectures, aux faits ou aux monmmens.

Si, comme tout porte à le croire, le nom de Dédale est un nom collectif, qui désigne toute une école d'artistes , plutôt qu'un seul artiste en particulier, nous devons admettre que cette école

ai8 ♦ COURS

continua de produire des ouvrages du même style que celui qui y avait été d'abord adopté, et qui, consacré par le temps et par la religion, dut se maintenir sans aucune modification importante, à la faveur de cette double intluence. C'est par des raisons de cette espèce , tirées de la nature des choses, et confirmées par des exemples étrangers, que l'on peut expliquer ce long sommeil de l'art , ou ce long silence de l'histoire. Quelques faits semblent d'ailleurs venir à l'appui de cette supposition. On sait qu'il en fut long-temps, chez les Grecs, de certains genres d'industrie et de connaissances^ comme de certains emplois sacrés, de certaines magistratures religieuses, qui étaient devenues la propriété héréditaire de quelques grandes familles. Ainsi , lapoésie^ qui n'était pas, à ces anciennes époques , un art cragrément ou de luxe, mais une profession grave, solennelle, religieuse; ainsi, la jnédeci?ie^ qui avait une égale importance morale et politique, étaient deux branches du savoir humain, qui furent long-temps cultivées à l'ombre du sanctuaire, dans des familles privilégiées, celles des Hoinérides et des Asclépiades^ familles ainsi nommées de deux hommes illustres, dont la reconnaissance et l'admiration publiques avaient fait des Dieux, à peu prés au même titre, mais non pas tout-à-fait au même degré. Ces familles de poètes et de

D ARCHÉOLOr.IK. 2ig

médecins n'étaient pas du reste constituées sur le même pied que les castes de l'antique Egypte, où les professions se transmettaient de père en fils. C'était par l'adoption et non par le sang, par l'enseignement direct et non parla succession héréditaire, que les Homérides et les Asclépiades perpétuaient leurs familles ; c'étaient , en un mot, des écoles composées de maîtres et de disciples , des sectes , modèles de ces familles philosophiques, comme le fut depuis celle de Pythagore, et non des familles, dans l'acception propre de ce mot. Ces écoles, établies près de quelque grand sanctuaire , ou de quelque oracle célèbre , tels qu'étaient ceux de Delphes ^ A' Eleusis , à'Épidaure ^ de Samos ou d'Éphèse^ réunissaient ainsi la sanction du culte à l'autorité de la doctrine , et jouissaient, à ce double titre, de ce respect public et de cette confiance nationale, qui sont encore un moyen puissant d'influence, et un élément de perpétuité et de succès.

Il dut y avoir, de la même manière et parles mêmes raisons, une famille d'artistes, de Dœdalides^ une école où les traditions d'art, où les principes de goût, où les procédés d'imitation, tels qu'ils avaient été fixés aux anciennes époques, étaient enseignés et pratiqués sous l'autorité de la religion. De là , ces nombreux simulacres de Dédale, qui avaient été sans doute exécutés dans

un long espace de temps et par des mains difl'érentes, mais dans un même style, et dans une intention semblable : comme ces innombrables M adonnes ^ ouvrages du prétendu Saint-Luc, qui se ressemblent toutes, en effet, par le caractère et par l'exécution, mais qui appartiennent indubitablement à des temps et à des artistes divers. De là , ces anciens artistes cités par l'histoire, comme fils ou comme disciples de Dédale ^ Talos , Perdix , Epeus , Endœiis^ Dipoene et Scillis , quelques-uns desquels , notamment les deux derniers, d'après la nature même de leurs travaux , et d'après des témoignages dignes de foi , doivent avoir vécu à cinq ou six siècles de distance de celui de l'Athénien Dédale, et ne peuvent conséquemment être regardés comme ses erifans ^ que dans le sens moral de ce mol , c'est-à-dire en qualité de disciples formés à son école, ou de Dédalides^ de la même manière que les Homérides et les Asclépiades étaient les enfans d'Homère et d'Esculape.

Nous connaissons du reste une famille d'artistes, qui existait à Chios, dont les dernières générations descendent jusque vers la So" Olympiade , et dont le chef était un de ces anciens Dédalides, élevés, à proprement parler, dans le berceau même de l'art, en sorte que s'il n'y eut pas quelque lacune dans les généalogies de cette famille , l'exercice

de l'ait dut s'y être perpétué durant uu espace de cinq siècles; ce qui suppose que la tradition du goût et la pratique même de l'art y auront bien peu changé pendant tout ce long espace de temps. Tel aussi, c'est-à-dire un Dédalide de la première époque , paraît avoir été ce Smilis d'Égine, qui fut l'auteur de l'antique Junon de Samos, et probablement aussi le fondateur de cette école éginétique ^ si célèbre depuis entre toutes les écoles grecques , par le style particulier qu'elle affecta, et auquel elle resta toujours fidèle, à travers toutes les révolutions du goût et tous les progrés de l'art.

Il importe de remarquer ici cette permanence de style, cette transmission régulière de doctrines, en fait d'art et de goût, comme une des causes principales de la perfection à laquelle s'éleva depuis l'art grec, et dans laquelle il se maintint si long-temps. En effet , il devait résulter de cet enseignement public, qui admettait toutes les capacités individuelles à mesure qu'elles se produisaient, et toutes les améliorations techniques qu'amenait la pratique journalière de l'art; il devait , dis-je, en résulter que l'exercice même de cet art fut , sous le rapport de l'exécution , dans un mouvement non interrompu , dans un progrés Jk continuel ; et en même temps que , sous celui du style, certains caractères fixés par l'autorité pu-

322 COtRS

blique ou consacrés par l'autorité religieuse, se maintinssent à peu près exempts de toute atteinte, de toute altération étrangère. A la faveur de cette espèce de constitution , qui conciliait lès avantages du pouvoir et les droits de la liberté; au moyen de cet heureux mélange d'autorité et d'indépendance , l'art, tout en imprimant à ses productions ce caractère hiératique qui était un des élémens de leur manière d'être, une des conditions de leur succès , pouvait suivre son génie et s'attacher à la nature ^ dans une foule de détails secondaires qui ne changeaient rien à la valeur symbolique du sigue, qui n'ôtaient rien à l'effet moral de la représentation.

Nous avons, à l'appui de cette manière d'envisager l'art grec, une autorité qui me semble décisive, dans l'exemple de cette école éginétique que je citais tout à l'heure , et qui nous est aujourd'hui si bien connue, par un nombre considérable de statues trouvées il y a peu d'années dans les ruines du temple de Jupiter Pan-Hellénius , à Égine. Ce qui frappe au premier coup-d'œil dans ces productions, bien certainement originales, de l'école éginétique , c'est l'union intime d'un type hiératique fortement empreint dans la conformation des traits du visage , avec une vérité de détails, une imitation de la nature , si soigneuse et si parfaite, dans tout le reste , qu'elle est la

nature même. Or^ en considérant , d'une part, ce style conventionnel si minutieusement rélléchi dans toutes les tètes, et de l'autre, cette prodigieuse vérité d'imitation , ce soin exquis d'exécution dans les détails, il est impossible de ne pas admettre que l'artiste, docile au modèle sacré qu'il devait reproduire, en même temps que libre dans son travail, avait pu obéir à la religion sans s'écarter de la nature, et se conformer à l'autorité sans abdic[uer son indépendance. On acquiert, en même temps, dans l'observation attentive de ces ouvrages, la preuve de cette longue succession de travaux, et de ce cours prodigieux d'études , par lesquels l'art grec était arrivé, en suivant toujours un type hiératique, à cette expression si accomplie de la nature individuelle : on sent, à l'aspect d'une seule de ces statues, combien de siècles il a fallu pour s'élever du style encore inimitatif de Dédale, à cet étonnant degré de vérité d'exécution; combien de patience et d'industrie il a fallu pour concilier à ce point les droits de la religion , qui voulait que l'ancien objet du culte fût toujours rcconnaissable, pour rester toujours sacré; et ceux de l'imitation , qui exigeait que chaque détail fût vrai , que chaque forme fût réelle ; combien , en un mot, de temps et de génie tout à la fois il a fallu à l'art grec, pour rester également fidèle à la religion et à la nature : admirable accord ,

qui nous révèle pcul-étrc, dans celte seule école (les arls de la Grèce , et dans une seule figure de cette école , tout le génie et toute l'histoire de l'art grec!

J'aime à puiser dans l'histoire de l'art moderne des exemples à l'appui des doctrines de l'art antique. Ces parallèles n'ont pas seulement l'avantage de nous faire mieux apprécier le génie de l'un et de l'autre, dans les points où ils se rencontrent; on peut encore tirer de cette comparaison , des régies d'une utilité pratique et d'une application usuelle. Or, l'histoire de la renaissance et du développement de l'art, en Italie, présente un phénomène assez semblable à celui qui est résulté pour nous de la connaissance de l'école éginétique. Là aussi un type sacerdotal , toujours modifié par les progrès de l'art, et néanmoins toujours sensible dans ses diverses périodes, marqua d'une empreinte commune des productions très-dissemblables, du reste, d'époque, dégoût et d'exécution. Certainement, pour quiconque a suivi d'un œil attentif le développement de l'école florentine, depuis Giotto jusqu'à Pérugin, et jusqu'à Raphaël lui-même, il est impossible de méconnaître l'influence d'un certain type sacerdotal , d'une certaine physionomie religieuse, jointe à l'expression individuelle du goût de chaque âge et du talent de chaque artiste; de ne pas voir que

ccrlaiues pliysiononiies consacrées, certaines lormes d'ajustement, certains détails convenus, s'y reproduisent toujours à peu prés de même dans les mêmes sujets, avec cette variété d'exécution, avec ces propriétés particulières de goûtj qui tiennent et au génie de l'artiste, et au progrés de l'art. Il y a bien véritablement ^ entre les tableaux de Giotto, de Fra Angeliço, de Masaccio, de Pérugin, et de Raphaël, abstraction faite des temps comme des mérites divers de ces ouvrages, une sorte d'air de famille qui tient h l'influence des idées religieuses, en même temps qu'une différence d'exécution qui prouve que, sous l'empire même de ces idées , l'art s'est toujours exercé suivant toutes ses ressources et dans toute sa liberté.

C'est surtout dans le Campo Santo de Pise , que cette observation se produit de la manière la plus sensible, et qu'elle peut être le plus facilement vérifiée. Le Campo Santo^ ou le Cimetière de Pise, est un vaste édifice, destiné, dès le principe, à servir de sépulture aux plus illustres citoyens de cette république, si petite sur la carte de l'Italie, si considérable dans l'histoire du moyen-âge. Elevé sur les dessins et sous la direction de Jean de Pise, il fut achevé en i283; et dés cette époque du treizième siècle, où presque tout le reste de l'Europe était barbaie , où les hommes ne con-

naissaient presque partout ailleurs d'autres arl5 que celui de se battre et de se dépouiller les uns les autres , les Pisans se proposaient d'orner de sculptures l'un des plus vastes édifices qui existent encore de nos jours, et d'en décorer toutes les murailles de peintures; ce qui a été complètement exécuté dans l'espace des deux siècles suivans, et ce qui forme le plus considérable ensemble de peinture locale qui ait peut-être jamais existé en aucun lieu , et une sorte de musée national , où tous les arts de l'époque, consacrés à toutes les illustrations du pays, composent un monument encore unique sur la terre.

Puisque le cours involontaire de mes idées, sinon l'ordre rigoureux des faits, m'a conduit à parler de ce fameux Campo Santo^yousdevez me permettre de vous faire part de l'impression si vive et encore si récente qu'a produite en moi l'aspect de cet admirable monument des arts modernes , et d'essayer de vous la communiquer au moins par la parole. Imaginez quatre immenses et majestueux portiques, soutenus sur des pilastres et ouverts en arceaux sur l'aire carrée qu'ils enferment , et qui était destinée à la sépulture des gens du peuple, tandis que, dans l'intérieur de ces quatre portiques, sont disposés plus de six cents tombeaux , tous le vêtus de marbre, tous différens de composition, d'âge.

d'exécution, appartenant à diverses familles ou corporations de la république de Pise. Parmi ces tombeaux du moyen-àge et des temps modernes, ont été placés depuis des vases grecs, des urnes étrusques, des sarcofages romains, des stèles et autres monumens funéraires apportés de la Grèce, ou recueillis dans le pays; en sorte que les monumens de l'art, de tous les temps, et de la mort, sous toutes les formes; les œuvres de la sculpture antique et de la sculpture moderne , réunies et • pressées dans cette vaste enceinte, composent l'un des plus riches musées, et peut-être celui de tous qui produit l'impression la plus profonde, la plus religieuse, et qui, au seul aspect de cette immense collection d'épitaplies grecques, étrusques , romaines, et du moyen-âge , présente à la fois le plus d'objets d'études instructives , de parallèles intéressans et d'émotions touchantes.

Mais c'est surtout la part donnée à la peinture dans la décoration de cet édifice, qui excite au plus haut degré l'étonnement et l'admiration, qui surprend et confond par l'immensité de l'ouvrage , par le mérite de quelques parties, par l'intérêt et le caractère de l'ensemble. Les quatre énormes murailles qui enferment tout l'édifice sont entièrement peintes par panneaux, la plupart desquels offrent, dès Fenfance de l'art, les compositions les plus vastes que cet art ait jamais

^lS COURS

exécutées, et qui tous présentent dans leur ensemble l'histoire à peu prés complète de la peinture, depuis sa renaissance presque jusqu'à son achèvement. C'est donc là, et presque là seulement, qu'on peut, sur place, et sans sortir du même lieu, étudier la peinture dans son entier développement, la suivre pas à pas, et la voir, d'abord faible et timide au sortir de son berceau, s'avancer pas à pas, grandir de mains en mains, ' de siècle en siècle, et toucher enfin un point si voisin de la perfection , qu'il semble qu'il n'v ait plus qu'un pas à faire pour y atteindre.

Je n'ai pas besoin de dire que tous les sujets représentés dans ces peintures sont des sujets religieux tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, des légendes des saints ou des martyrs. L'art alors ne connaissait pas d'autres sources d'inspirations que la croyance publique; et la religion, à son tour, suppléait à l'imperfection de l'art, ou aidait à l'impression de ses images; elle était à la fois son guide et son auxiliaire. Quant aux artistes employés dans ces grands travaux , ce sont , à partir du commencement du quatorzième jusqu'à la fin du quinzième siècle^ les peintres les plus renommés de chaque époque, qui furent successivement appelés à grands frais par les Pisans pour décorer ce somptueux cimetière républicain : c'est à savoir, un Buffamalco, un Giotto,

un Andréa Orgagna, un P. Laurati, un Simone iVÏemmi , un Spinello d'Arezzo, un Anton Veneziano, et enfin Benozzo Gozzoli. Alors, en effet, on ne connaissait pas non plus les grands travaux au rabais, et les œuvres du génie à bon marché. liCs citoyens, simples chez eux, et encore plus économes dans leur administration, ne savaient plus ce que c'était que l'épargne, quand il s'agissait de leurs édifices pubUcs; c'était leur gouvernement qu'ils voulaient simple, et non pas leurs monumens; c'était au plus habile, et non pas au moindre prix, que s'adjugeaient les grands travaux; et jamais on n'entendit, au sein de ces petites républiques de marchands de Pise ou de Florence, non plus qu'autrefois à Athènes, prononcer le mot brutal à^ économie, quand il était question d'un monument public, précisément parce que l'économie la plus sévère régnait dans toutes les dépenses de l'État. Il résultait de là que ces peuples, si faibles de population et avec des ressources si modiques, ont cependant laissé des monumens si somptueux et en si grand nombre, que nous pouvons à peine les concevoir, nous autres, avec nos ressources immenses et avec nos énormes budgets. Mais hâtons-nous de revenir aux arts du moyen-âge et au Campo Santo de Pise, pour ne pas nous compromettre vis-à-vis

•j3o cours

des épluclieurs de budget et des commissions de

finance.

Il me faudrait bien plus de temps qu'il ne m'en reste aujourd'hui, et que je ne dois d'ailleurs en consacrer h un objet étranger au sujet principal de nos entretiens, qui est l'art antique, si je voulais décrire avec quelques détails les peintures du Campo Santo. Mais je veux au moins vous en donner une idée générale, à l'appui de l'induction que j'ai voulu tirer des peintures, par rapport à l'ancienne école grecque. Ainsi, les peintures de Buffamalco, les premières dans l'ordre des temps, tiennent encore beaucoup du stylé bysantin (i); c'est la manière de Dédale, encore presque entièrement inimitative. Giotto, qui vient ensuite, et qui travaillait à Pise vers l'an i3oo, nous montre, dans les aventures et les malheurs de Job , un des sujets les plus variés, les plus pathétiques que l'art ait jamais eu à traiter, rendu avec une richesse d'imagination, une vérité, une ingénuité d'imitation, et une science de dessin déjà si avancée sous quelques rapports , que l'on ne peut assez y admirer le progrès que l'art, à peine sorti de son berceau.

(i) Rosiiii , Descrizione délie pitture del Campo Santo, pag. i4 : // carattere di qiieste piUiire ( di Buffamalco ) tiene infinitamenle più délia rozza maniera de' Greci.

D'ARCHÉOLOGIE. 23l

avait fait entre les mains de ce grand homme. Les ouvrages de P. Laurati et de Simone Memmi, produits dans la même école, prouvent que l'art, s'il avançait peu dans la route tracée par Giotto, n'avait pas du moins rétrogradé; l'on y sent toujours la nature timidement et naïvement rendue sous la même influence religieuse. Andréa Orgagna, grand peintre, grand architecte et poète célèbre, comme l'étaient presque tous les habiles artistes de ces temps, qui réunissaient en eux presque tous les talens, comme Tétait Giotto lui-même ; Andréa Orgagna déploie, dans ses terribles peintures du Triomphe de la mort, du Jugement dernier et de l'Enfer^ une vigueur de conception , une variété de physionomies , d'expressions et d'attitudes, auxquelles il ne manque que le coloris et la perspective, pour annoncer un précurseur de Michel-Ange; c'est l'austère génie du Dante et la sombre couleur du quatorzième siècle, avec le dessin des anciens vases grecs, dur et sec, mais ferme et vigoureux, qui brillent au plus haut degré dans ces peintures, et en des compositions, dont l étendue n'a peutêtre été surpassée , ailleurs que dans le Campa Santo même, qu'une seule fois et par un seul homme, par Michel-Ange, dans la chapelle Sixtine. Spinello d'Arezzo, le plus médiocre de tous ces peintfes, et Anton Veneziano, le plus habile, 8* Leçon. i8

nous montrent presque également les progrès de l'art, jusque dans la faiblesse de l'un, aussi bien que dans la supériorité de l'autre. Mais c'est surtout Benozzo Gozzoli , qui réclame dans cette immense galerie de peintures une part d'éloges proportionnée à la place immense qu'il y occupe.

Vingt-trois grands tableaux y couvrant l'une des deux, grandes murailles, c'est-à-dire à peu près le tiers de l'édifice entier (i), exécutés absolument de sa main , dans l'intervalle de dix années, de 1468 à 1478; car il mourut à l'ouvrage, et son tombeau se voit encore au-dessous de l'une de ses peintures avec une épitaphe simple et modeste; ces tableaux, représentant les traits les plus touchans et les plus variés de l'Ancien Testament, remplis chacun d'une multitude de figures , offrent un ensemble de peinture sur mur, le plus considérable sans doute qui ait jamais existé de la même main dans le même lieu, et dans lequel la richesse des inventions, la magnificence et le goût des fabriques, disposées déjà suivant les règles de la perspective la plus exacte,

(1) Trois seulement de ces tableaux sont à peu près détruits; ce qui est le cas de plusieurs peîîitures du Campo Santo , et malheureusement des plus recommandables , entre autres de celles de Giollo.

la variété des sites ^ la composition des paysages, le mouvement des figures, la grâce et le naturel des attitudes, l'agrément infini des airs de tète, surtout dans les figures de femme, l'art enfin avec lequel tout est conduit et exécuté, excitent au plus haut degré l'étonnement et l'admiration. Il faut avoir vu ces peintures du Campo Santo, pour apprécier, non-seulement cet homme extraordinaire si peu connu d'ailleurs, mais encore l'immense et rapide progrès qu'avait fait l'art de peindre, dans cet intervalle d'une seule génération, entre Fra Angelico, maître de Benozzo, et Raphaël d'Urbin , qui étudiait déjà h Florence en i5o4, vingt-six ans seulement après la mort de ce dernier. Du reste, s'il fallait trouver dans l'histoire de l'art grec un homme qui, par la place qu'il occupa dans cette histoire , par la nature et l'étendue de ses compositions, le goût et le caractère de son style, pût être assimilé à Benozzo, autant toutefois que le permet la différence des temps et des lieux, je n'hésiterais pas à désigner Polygnote, qui laissa de même d'immenses pages de peintures sacrées dans le Lesché de Delphes et dans le Pœcile d'Athènes, et dont le -genre de mérite, autant que nous pouvons l'apprécier, d'après les témoignages des anciens, et aussi d'après (|uelques réminiscences qui se

sont conservées de ses ouvrages (i), nous semble avoir quelque analogie avec celui des peintures du Canipo Santo.

Me voici naturellement ramené du Canipo Santo de Pise au Lesché de Delphes , et de Benozzo Gozzoli à Polygnote, c'est-à-dire, de l'art moderne à l'art antique. Cette .digression , du reste, si longue qu'elle ait pu vous paraître, et qu'elle soit en effet, n'est cependant pas aussi étrangère à notre objet principal qu'on serait tenté de le croire. Si la disette des documens et l'absence des ouvrages de l'art nous empêchent de suivre, pendant un long espace de temps, les lents et faibles progrés de cet art dans les anciennes écoles de la Grèce , comment pourrionsnous mieux remplir cette grande et fâcheuse lacune, qu'en cherchant, dans l'histoire d'un art plus voisin de nous, et dont tous les monumens se pressent et se succèdent sous nos yeux, des faits, des principes et des exemples analogues? Où trouve-t-on , en effet , plus de ressemblance, dans l'action et dans le concours des causes diverses qui favorisent le développement des arts, qu'entre la Grèce antique et l'Italie moderne, où,

(i) Telle est indubitablement celle que nous offre le fameux ▼ase Yivenzio , actuellement au Musée des Studi , à Naples.

de part et d'autre, de petites républiques, fondées sur des institutions libres, enrichies par le commerce, et puissantes par l'industrie^ ne connaissaient, après la passion de l'indépendance, d'autre rivalité que celle des arts, d'autre ambition que celle de la gloire qui s'y attache, et, rapportant toutes leurs pensées et toutes leurs ressources à l'éclat de leur culte et à l'ornement de leur liberté, produisaient en foule des monumens qui participaient de tous les arts, et des artistes qui possédaient tous les talens?

Pour revenir à l'histoire de l'art grec, nous ne trouvons, des temps de Dédale, qui sont les temps mythologiques de cette histoire, jusque vers la cinquantième olympiade , ou le sixième siècle avant notre ère , où commence une série à peu près complète de monumens qui s'y rapportent, c'est-à-dire, dans un espace d'environ huit siècles, presque aucune notion certaine, et encore moins de monumens originaux, qui puissent nous servir à combler ce vide immense. Un seul nom d'artiste, et pour un seul tableau de bataille ^\q, nom du peintre Bularque, qui florissait sous Candaule, roi de Lydie, vers l'an 719 avant notre ère, a surnagé, grâce à une seule citation de Pline (i), dans ce grand naufrage des connais-

<i) Pline, XXXV, 8, 34.

sances historiques. S'il fallait nous en rapporter à ce témoignage unique de Pline, l'art avait déjà, à cette époque, acquis un certain degré de mérite, puisqu'un prince opulent voulut couvrir d'or ce tableau, bonne fortune qui n'arrive jamais, comme on sait, aux chefs-d'œuvre de l'art perfectionné, mais qui dénote toujours un certain mérite relatif dans les productions de l'art primitif qui en sont favorisées. Le sujet même de cet ouvrage donne lieu à une observation plus importante : c'était une bataille^ conséquemment une peinture qui ne se recommandait pas simplement par un style grave et sévère, par une composition sage et tranquille, mais plutôt encore par le mouvement des figures, par des motifs de groupes variés, d'attitudes et de physionomies expressives, et surtout par quelques effets de coloris^ tels qu'en comporte nécessairement ce genre de peinture. Si l'on admet donc que celle-ci dût offrir, pour le style du dessin, beaucoup d'analogie avec celui de certains vases grecs, de fabrique primitive, qui présentent de pareils sujets, on devra supposer aussi que l'emploi des couleurs, et l'art de les fondre ou de les appliquer, auraient déjà été portés dans ce tableau à un degré d'habileté où n'était pas encore parvenue la science de la plupart des contemporains de Bularque, et conséquemment que l'art du co-

loris commençait à naître , au plus tard , dans le huitième siècle avant notre ère.

D'autres faits, il est vrai, en bien petit nombre, éclairent encore, à de rares intervalles, ce vaste et obscur domaine de l'art grec. J'ai déjà cité cette famille d'artistes qui existait à Chios , famille dont le berceau se confondait avec celui de l'art, et dont deux membres, Antherme et Bupaliis , nous sont connus, vers la 49^ olympiade , comme victimes de la verve satirique du poëte Hipponax (i). Egine, où une école dédaléenne avait été fondée par Smilis , natif de cette île, où de bonne heure aussi florissaient un vaste commerce et une grande puissance maritime ; Egine se distingua constamment, dans ces anciens temps, par l'art de fondre et de travailler les métaux, et par une fabrique de bronzes sculptés, qui eurent une grande réputation dans tout le cours de l'antiquité grecque, l'un desquels, monument d'une industrie et d'une époque primitives, s'est conservé jusqu'à nous et fait partie du cabinet du Roi(2). Mais c'est surtout par l'art de graver les monnaies, particulièrement celles d'argent, dont

(i) Lucian. in Philops. c. 2.

(2) C'est un candélabre composé d'une figure nue , dans le style éginélique, supportant de ses deux mains une lampe à trois becs, et posant sur une tortue de mer. Ce bronze curieux sera publié dans noire recueil de Moimmens inédits.

les traditions les plus probables, d'accord avec les monumens les plus authentiques (i), attribuent la première fabrication aux Éginètes, que ce peuple mérite d'occuper une place distinguée dans l'histoire de l'art antique. Que ce soit à Phidoii, roi d'Argos, qui régnait dans le neuvième siècle avant notre ère, ou à tout autre prince, que ce premier usage de la monnaie d'argent doive être attribué, toujours est-il certain que, d'après les traditions de l'histoire, d'après l'ancienne prospérité du commerce éginétique, et d'après les monumens mêmes que nous possédons en assez grand nombre, les médailles d'Égine doivent être regardées comme les plus anciens monumens numismatiques, et conséquemment, à ce titre, comme les monumens d'art de la date la plus certaine et de l'antiquité la plus haute qui nous soient parven us. Les monnaies d'-^thènes et deThèùes^ de fabrique primitive, s'éloignent peu de l'époque où furent frappées ces premières monnaies d'Egine. J'en dois dire autant de celles de quelques autres peuples ou villes de la Grèce, soit européenne, soit asiatique, notamment I

(i) Strabon , Géograph. YIII , 358, avec la note de M. Gossellin, dans la traduction française, t. III, p. 192; £lieu, Hist. var, XII ,10.

de celles des Létéens (i)^ de Macédoine; des CnidiëJis, de Carie; àe Methfimia , dans l'iledeZe^bos; de Sybaris , Cauloiiia , Pœstum, Crotojie, Métaponte, en Italie; de Messine, Sélinonte , Sjracuses, en Sicile. Toutes ces monnaies, qui portent plus ou moinsl'empreînted'un art encore enfant et d'une industrie grossière, appartiennent indubitablement aux huitième et septième siècles avant notre ère : elles sont ainsi les monumens les plus authentiques qui nous restent de la première époque de l'art, et les seuls d'après lesquels on puisse en déterminer le caractère et en suivre les progrès, par une série presque non interrompue de rapprochemens contemporains et dégradations successives. Aussïlsk Jiumismatigue doit-elle être considérée, surtout à cette première époque de l'art, comme un des principaux élémens de son histoire; élément toutefois si généralement négligé jusqu'ici, totalement omis par Winckelmann, et sans une exacte et complète appréciation duquel il n'est plus possible aujourd'hui d'écrire siir l'art des anciens.

Les vases grecs, du plus ancien style, qui offrent, en ligures noires sur fond jaune, avec les

(i) Que M. Meyer aLlribue encore, par une ancienne erreur, aux Lc'sbiens , dans son Histoire des arts du dessin, Geschiehte der bildenden Kùnste bei den Griechen , t. /,

contours ou les nus de ces figures tracés à la pointe sur l'argile encore molle du vase, des compositions plus ou moins étendues, mais presque toujours symétriques dans leur ordonnance, un goût de dessin plus conventionnel que vrai, et des sujets généralement puisés dans les traditions mythologiques les plus reculées; ces vases, disje, qui composent une série nombreuse et intéressante parmi ceux de ces monumens qui nous restent, me paraissent aussi devoir être rapportés à cette époque de l'art grec qui précède ou qui suit immédiatement la 5o' olympiade. La plupart de ces vases, trouvés en Sicile, proviennent vraisemblablement des manufactures célèbres à^Agrig ente et de Sélinonte , bien qu'on en trouve fréquemment de pareils dans les fouilles de Nola, qui paraît avoir été, à une certaine époque, la fabrique la plus considérable, comme elle fut certainement la plus belle de toutes celles de vases peints qui nous soient connues. Ces vases d'ancien style ont quelquefois des inscriptions relatives à chacun des personnages qui y sont figurés : tel est, entre autres, le fameux vase du musée de Naples, trouvé à Capouey et publié par d'Hancarville (i), représentant une chasse

(i) Anliquitës grecques, étrusques et romaines , t. I , pi. I-IV.

D ARCHÉOLOGIE. 2/{î

de héros grecs ^ avec les noms de chacun d'eux écrits en caractères grecs d'une forme très-ancienne, et assez semblable à celle des lettres tracées sur un vase proprement grec, déterré il y a peu d'années à Cormthe (i). Quelquefois aussi , mais bien plus rarement, ces vases portent écrit le nom de l'artiste : tel est le beau vase trouvé dans un tombeau d'Agrigente, et représentant la lutte de TJiésée contre le Minotauj'eydyec le nom du peintre Taleidès (2). Quelquefois, enfin, il s'y trouve des inscriptions plus étendues, comme, par exemple, sur le vase athénien qui représente Minerve Poliade ou tutélaire, avec des paroles grecques qui signifient : Je suis un piix donné par les habitans d'Athènes y vase capital sous plusieurs rapports, et dont on connaît plusieurs répétitions (3), lequel constate l'usage qui se fai-

(i) Voy. Dodwell, Travels in Greece , t. II, p. 196. J'ai publié les inscriptions de ce vase dans mes Lettres à lord Aberdeen , pi. III , n. i.

(2) Ce vase a été publié plusieurs fois , entre autres par Lanzi, Su i vazidipinti, tav. III; etpar Millin , Vases peints , t. II, pi. LXI. Il a passé en Angleterre, et appartientaujourd'hui à M. Hope. •

(3) Publié par M. Milliugen, Jnc. uned. monum. , I part., pi. 1-3. Il en existe des répétitions dans la collection de feu le général Koller, et dans celles de MM. le comte de Pourtalès- Gorgier , duc de Blacas et Durand , à Paris , mais ces deux dernières, sans inscription.

sait, en de certaines circonslances et .en de certaines localités, des vases peints, pour être donnés en prix aux vainqueurs des jeux publics, l'époque de la fabrication de ces sortes de vases, bien certainement antérieure, d'après la forme des lettres grecques, au sixième siècle avant notre ère, et enfin, le style du dessin propre h cette époque de l'art grec. Je dois me borner^ quant à présent, à ce petit nombre de notions générales au sujet des vases peints ^ sur lesquels j'aurai plus d'une occasion de revenir dans le cours de nos entretiens.

Un monument qui peut nous servir mieux que tout le reste h nous former une idée juste de l'état où l'art grec était parvenu, dans les temps antérieurs à la cinquantième olympiade, c'est le fameux coffre de Cjpsélus, déposé à Olympie, comme un monument du salut de ce tyran de Corinthe, vers la trentième olympiade, environ l'an 658 avant notre ère , et que Pausanias vit encore conservé dans le trésor d'Olympie, au deuxième siècle de la même ère. C'était un coffre de bois de cèdre, orné, sur les quatre côtés et sur le couvercle, de figures de bas-relief rapportées en or et en ivoire, ou sculptées dans le bois même, représentant divers sujets mythologiques , et accompagnées d'inscriptions en grec ancien. Quel trésor c'eut été pour nous que la conserva-

tlon d'un pareil monument , qui nous eût offert à la' fois l'art , la mythologie et la langue grecques, sous leur forme la plus ancienne, la plus originale, la plus authentique! Mais^ à défaut de ce monument, nous possédons la description très-précise et trés-détaillée qu'en fait Pausanias (i), et qui est elle-même un de5 plus précieux documens de l'histoire de l'art. Nous pouvons d'ailleurs nous faire une idée asisez juste du .style de dessin, et de la composition de quelques-uns des principaux sujets figurés sur le j coffre de Cypsélus, par des réminiscences ou des imitations plus ou moins exactes de ces mêmes sujets qui se rencontrent sur les vases grecs d'ancien style. Je crois y avoir remarqué jusqu'à dix ou onze de ces sujets qu'on peut rapporter, avec plus ou moins de vraisemblance, à ce monument original, et dans le nombre desquels je citerai particulièrement la fable de Thétis et de Pelée ^ sujet jusqu'ici peu connu , et dont j'aurai bientôt occasion de publier une série nombreuse de représentations, du plus ancien comme du plus — ■■ Il ■ Il I III ■ I

(i) Paiisanias, V, 17-19. l'arnii les travaux, dont l'explication ou la restauration de ce monument a été l'objet , je citerai sui'tout la dissertatioN de Heyne , ïiber den Kasten des Kjpselus, Gôttingen , p. 72, avec la traduction italienne de Ciampi, Pisa , i8i4? et le chapitre IX, part. II, p. 124j32 , du Jupiter Olympien ^ de M. Qualremère de Quincy.

beau style de l'art, toutes tracées sur les vases peints. Un de ces vases est -en ce moment sous vos yeux (i); et il en existe plusieurs répétitions du même style et du même âge.

Nous touchons à une époque où l'art grec va prendre un brillant et rapide essor, au siècle de Pisistrate, de Crésus, de Polycrate; c'est cette époque de la cinquantième olympiade, où l'action de diverses causes lentement combinées va désormais se manifester avec une énergie toujours croissante, et par une suite non interrompue de monumens du premier ordre. C'est ici surtout qu'il convient de nous arrêter, pour examiner avec attention les causes qui donnèrent lieu à ce magnifique développement de l'art, et pour en apprécier les effets. Mais cet examen important veut un autre temps ; il exige une séance entière: ce sera donc l'objet de notre prochain entretien.

(i) Trouvé" récemment à Nola , et acquis par M. le comte. de Pourtalès-Gorgier, à Paris. Il sera prochainement publié en lète de notre recueil de Monumens inédits.

SEA:NCE du 10 JUILLET.

Page 1