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I. — Des vêtements liturgiques en général

Avant le YP siècle , les ecclésiastiques se revêtirent • mâBit ponr exercer les fonctions sacrées» de Vêtements sem*^ blables à eaux que portaient les laïques. Nous en avons ooe preuve cettaine dans une lettre que le pape Célestin écrivait, en 428, aux évêques des provinces de Vienne et de Narbonne (1). Ce ne fut que plus tard et peu à peu , que diverses modifications furent apportées aux vêtements liturgiques, afin de les mieux accommoder aux usages sacrés. Néanmoins, nous voyons que, tout d'abord, on prend soin de préparer, pour le service de Tautel, des vêtements plus propres (2). L'Église les consacrait à ce saint usage

(I) c Btsccmtndï a plèbe vel exleris mmus doctrinâ non veste ; camfersationey non habitu* Labbe, tome H, p. i8i7.

(S) BeUgio divina alterum habitum habet in ministerioj allerum in usa vUâqw communi. > S. Jérôme, liv. XIU sur Ézéchiel. Édition Mîgne. Tome V, col. 437. — On lit en note, à la même colonne : Quœ suffi, rogo, inimiciliœ contra Deum, si tunicam habent munêMrem ? St Ejriscoms, presbyter et Diaconus in administralione sacrifidortim cwn canaidà veste processerini f i

par une béoédiclion s|>êcialf. Le pape Dama9e, Skw l'oulifieai, nous apprend que S. Ëlienoe, pape et martyr,] %ers le milieu du III* siècle, ordoDoa qu'on ne se servirai point , hors de l'eaceinte de l'Ëglise , des Tèlenwnts i crés (1).

Les habils sacrés el les habits ordinaires commeDcèreil k être bien distincts les uns des autres, vers le VI' siède. L'invasiuD des Barbares apporta de nouveaux costumes. Ces babils, tels que le sagon ou sagum, étaient ronrts el étroits; ils furent jugés peu conrormcs a la gravité ecclésiastique, el l'Église ordonna a ses ministres de conserver les vêlements amples et talaires des Amiens.

Jean Diacre, dans la vie de S. Grégoire, nous représente ce grand homme arrêtant au seuil de sa maison l'iovasion des idées et des mœurs des Barbares, pour maiolenir le digne costume et la noble langue de Cicéroo et it Virgile.

En traitant des vêtements sacerdotaux en particulier, on verra comment \es vêlements des anciens Romains se sont transformés et comment une partie du costume litur* gique des prêtres en est une dérivation. Il serait superflu de m'étendre à celte heure sur tes anciens vêtements nommés fcyrnis, penu(a, alba, tunka talaris, dalmafica, eolobium {%),

Si, dans l'origine, les vêtements sacerdotaux, les vêtements employés dans les actes liturgiques, se confondaient, quant à la forme, avec les costumes des laïques, les apôtres

(1) < Hic constiluit, Sacerdotes et Levittu veslibus iacratU in uni quolidiano non titi et niti in Ecrlestà tantiim. • (Patro)ogie de Migne. Tom. III, col. 98i.)

(2) Voir principalement Ferrari, De re vetttarià, sur les vêtements romains en usage aux premiers siècles de l'ère chrétienne.

et leurs premiers saccessears faisaient une distinction entre les habillements qu'ils portaient à Tau tel et ceux dont ils usaient dans la vie ordinaire. Nous pensons, avec un grand nombre d'écrivains dont le nom seul fait autorité (1), que les apôtres ont pris soin de donner aux vêtements liturgiques une décence particulière. Le bien même de la religion le demandait, et les Juifs, surtout en quittant les pompes du culte mosaïque, eussent été choqués de voir les cérémonies chrétiennes s'accomplir avec les vêtements communs de la vie ordinaire (2). D'ailleurs, les apôtres ne manquaient pas de l'argent nécessaire pour déployer quelque richesse dans le costume avec lequel ils accompliflsaieot les fonctions saintes. L'Écriture nous apprend, en effet, que les Chrétiens, vendant leurs biens, en remettaient le prix entre les mains de leurs chefs; l'Église, d'ailleurs , compta bientôt parmi ses enfants les plus dé- ▼oués des personnages puissants et riches. On ne peut pas nous objecter la crainte des persécutions ; car les assemblées se tenaient dans des lieux cachés et le secret en était sévèrement gardé. Du reste , il y a plus que des conjectures : il y a des témoignages historiques et des faits dont plusieurs , il est vrai , se présentent environnés d'incertitudes et de doutes, mais qu'il ne faut pas rejeter dans une commune proscription. Ainsi nous con-

(1) Baronius, Benoit XIV, Petau, Thomassin, Tillenioot, etc.

(2) Il est a propos, dans tout le cours de ce chapitre, de se reporter à ce que nous avons dit dans le premier volume de cet ouvrage, page 22, au sujet des vêtements sacrés de l'ancienne loi ; €:ar, outre certains rapports dans rorigine et la forme, on ne peut nier l'analogie frappante de leur symbolisme avec les vétcuicuti» liturgiques de la nouvelle loi.

venons sans peine que la pénule de S. Paal (1) oe peal être considérée, à coup sûr, comme vêlement sacré. Nous avouerons, avec le cardinal Bona, que Jean Diacre, ao sujet de la tunique de S. Jean l'Ëvangéliste, a pu s'en rapporter à une simple tradition mal appuyée. Mais il n'en est pas de même de la lame d'or que le même apôtre portait sur son front dans les cérémonies sacrées. Polycrate, évéqne \ d'Ëpbêse, cité par Eusèhe, en fait mention ('i). L'expression qu'il emploie désigne en général quelque chose 1I0 mince e( d'aplati comme une feuille. S. Jérôme cite la mêma lettre et traduit ^leloion par laminam (3J. Le témoignage de Polycrate a d'autant plus d'autorité qu'il était, vers la Gn du II" siècle, évèquc d'Ëphèse, où S. Jean était mort. Nous observerons encore que S. Jeaa, n'appartenant point* par sa naissance, à la race sacerdotale de Lévi, a porté celte lame d'or comme pontife de l'Église clirélienoe einon point comme prêtre de l'ancienne Loi. Des autcai^' protestants, il est vrai, ont pris ces mots : lamina aureo, dans le sens spirituel, pour les vertus qui brillaient dans S. Jean ; mais ils ne donnent aucune raison de cette iolerprétation. Nous croyons donc à la réalité de cet orDement, et nous en concluons que les vêtements liturgiques devraient être en harmonie avec la richesse de cette lame d'or. Nous avons déjà signalé une grande richesse dans les vases sacrés dont se servaient tes apôtres; pourquoi n'an-

(I) Ep. à Tim. Cil. i. V. 13.

Ci) t Joannes qui supra pcctus Uoniiiii recubtiit ; qnique cùm «* sel sacerdos laminam (pcialon) iiestav'n. Busèbc, H'tst. eccl. liv.lH,

(3) Dt- vim iUmtr. Cap. io.

raienl-ik pas eo, dans les cérémonies du cuite pubiit, des vétraneots remarquables par leur richesse , quoique leur fome ne fot pas différente de celle des babils ordinaires.

S. Ëpipbane, invoquant les témoignages de Clément d'Alexandrie et d'Eusèbe » affirme aussi que S. Jacques portait une lame sur le front : « Sed et braeteam eidem in eapiU gMaf9 Himisu relati fide dtgni viri in suis cammm" êariiê îeslaH sunî. » En vain nous dira-t-on que l'on ne UtMiv^ rien de semblable dans les auteurs cités. Toutes lears csavres ne nous sont pas parvenues, et S. Épiphane wnnaisBait trop les origines chrétiennes pour se tromper k cet égard.

Mais pourquoi donc accumulerai-je des textes à discoter? Il est plus simple de tout résumer en deux mots. Il est certain que des apAtres ont introduit l'usage de quelqoes vêtements ou insignes particuliers pour la célébration dcf cérémonies saintes. Donc tous l'ont fait; car ik devaient agir ici d'après une idée commune. Les évéques et les prMres n'ont pa que marcher sur leurs traces. Nous en rcMontrerons d'ailleurs de nouvelles preuves en traitant dis ▼ètements en particulier.

Les vêtements liturgiques ne diffèrent pas seulement des autres par la forme; ils s'en distinguent aussi par des eooleors consacrées.

De tout temps et chez tous les peuples i, on a rattaché soz couleurs quelque signification symbolique. L'impression qu'elles produisent sur l'œil paraît avoir de Tanalogie avec les sentiments qui émeuvent Tâme. II y a des couleurs qui attristent, d'autres qui réjouissent naturellement. Si le goût de toutes les nations n'est pas le même pour certaines couleurs, il n'en est pas moins vrai qu'elles ne les adoptent pas , en toute circonstance, indifféremment

l'noe- pour l'autre. L'Église, en consacraDl certaines couleurs pour les vC-temeDls liturgiques, conlînuait d'auliques traditions et mellailà proGt ane tendance de notre oature. Dans le culte juif, la richesse des ornements sacrés était encore rehaussée par l'éclat de quatre couleurs précieuses (1). Les apôtres et leurs premiers successeurs firenl Usage de la couleur blanche; un peu plus tard, on porta des vêtements de couleur rouge. L'opinion commune de* savants est que ce fut seulement vers le Xir siècle que l'on distingua i;éguliÈremeat plusieurs couleurs liturgiques. Innocent III (2j, Guillaume Durand (â) et leurs contemporains parlent de quatre couleurs principales employées par l'Ëglise : le blanc, le rouge, le noir c( le vert. Aujourd'hui, la liturgie romaine admet une cinquième cou-> leur : te violet.

L'Eglise ne parle pas seulement à l'àme du chrétien ;* elle s'adresse encore à ses sens, parce qu'elle ne veut négliger aucun moyen de l'instruire. Ce qui frappe tout d'abord le 6Jèle, témoin des cérémonies saintes, c'est la conlear même des ornements. L'Église a ses vêtements de joie, comme aussi ses vètemenis de deuil : le blanc, symbole de la sainteté, de la candeur et de l'innocence, est employé aux fôtes de Notre-Seigneur, de sa sainte Mère, des Confesseurs et des Vierges. Le rouge, comme symbole de la charité et do véritable courage, convient aux fêtes du Saint-Esprit et des Martyrs. Le vert est ici, comme dans la nature , un

(1) Exod. XXVni. V. 5 cl suivanis.

(2) Innocent IH. De sacro ail. mijstcrh. Llb. 1, cap. 64.

(3) Duranit, Rafhmli: Lib. III, cap. 1»,

symbole d'espérance. Il est la figure des biens à venir, et il est employé aax simples dimanches, dorant le temps surnommé du pèlerinage par plusieurs liturgistes. Le violet est la couleur ordinaire du deuil de TÉglise ; c'est la couleur de la chair matée par la pénitence. Le noir a la même rignification. La liturgie romaine n'en a conservé l'usage que pour l'office du Vendredi-Saint et les offices des Morts : mais, autrefois, il était employé dans toutes les circonstances ob nous employons aujourd'hui le violet. Dés le Xnr siècle, néanmoins, le violet remplaçait quelquefois le Doir. Le pape Innocent III rapporte la controverse agitée entre les liturgistes sur la couleur à prendre pour .la fête des Saints-Innocents ; les uns prétendaient qu'il fallait employer le rouge, les autres, le noir ; après avoir indiqué qnelques-unes des raisons données de part et d'autre, il ajoute : « Hodié utimur violaceis^ $icut in Lœtare Jeru^aiem, prapUr lœiiiiam quam aurea rosa significat (1). »

Ces dernières paroles font allusion à une cérémonie particolière dont nous devons dire ici quelques mots. Le quatrième dimanche de Carême, Lœtare^ Jérusalem^ a lieu la bénédiction de la rose d'or. Ce jour-là, le pape, allant dire la messe à l'église de Sainte-Croix, porte une rose d*or, parfumée de chrême et de musc, et après la messe, de retour à Saint-Jean -de-La tran , il donne cette rose à quelque personnage important ou il l'envoie à quelque prince ou princesse catholique. Pour cette cérémonie.

(I) Les béraldistes ont donné aussi rexplication symbolique des émaux usités dans les armoieries ; ces explications ont plus d*un rapport avec celles de la liturgie. — Voir Le Palais de VHonneur par le P. Anselme, i'* partie, ch. 24. — La vrageet parfaicte Sdence des Armoieries par Pierre Palliot, aux articles or, argent^ axurj gutuleSf sable^ pourpre et sinople.

et aussi à cause des pensives de joie espriméefl dans l'introït de la mesee, le pape quittait les vêlements de deuil pour prendre ane conteur moins sombre, le violet. PtM tard, l'Ëglise ayant adopté la couleur violette poor h* jours de tristesse et de pénitence, le pape revêtit, aa quatrième dimanche de carême, des ornements couleur de rojf sèche. Cette couleur lient le milieu entre le pourpre et le violet. Au troisième dimanche de l'Avent, GmdMt, le pape fait usage des mêmes ornements (1).

Dans quelques diocèses, il y a un plus grand nombre it couleurs liturgiques. Les ornements de coutear jaune, flofa, sont employés aux fêles des Anges ; mais si l'omement est en drap d'or, il peut même, d'après la liturgie' romaine, tenir lieu de toutes autres couleurs. Les ornomeutscoulenrd'aorore, fulva, peuvent remplacer le rouge; les ornements bleus, carufed, peuvent être considérés comme violets; ou bien ils sont la couleur propre des fêles de It Sainte- Vierge ; les ornements bruns, /u«a, sont considérés comme noirs.

Après la question de l'origine des vêtements sacrés et celle des couleurs liturgiques, se présente une troisième question générale : Est-il convenable de ramener les orne-

(1) Aux approches de In fcie de Pâques et dans un jour de trêve entre les jours de In pénitence, la rose d'or rappelait agrcablemeol le Clirist en même temps <jue la joie chréiienne. Le commentaire de (tocca, De aureà rvsà, le montre élégamment : < Sicul naiuralis rosa colore suo scnsiim vmu deleetal, odore othratum recréât, et tapore ffustttm confortât ita Christui... Caro Chritti tncomtpta, per auram quod cornimpt non jtolcst designniur ; anima (uavium odorum et virtutum plena pa' muicum n(fnificalur ; rfirtnilai onmium rervm pretiosistmn per hnlsanmm rcpr(csenlatur, < Voir l'opuscule Je Uocea an lumc 1" de ses œuvres.

ments sacerdotaux el pontificaux à la forme qu'ils avaient ao moyen-âge?

Oa comprend à quel point de vue nous nous plaçons pour traiter de réforme, ici et dans les cas de même nature. Nous savons qui a le droit et le devoir de régler les choses du culte public. An XVIir siècle, les évéques ont autorisé des changements qui avaient pour but de rendre les vêtements sacrés plus commodes ; c'est à eux à juger s'il convient de revenir sur ce qui a été fait alors et de rétablir les formes anciennes. Les évéques d'Angleterre et plusieurs évéques de France se sont prononcés en faveur de ce retour. La réforme est commencée. Les archéologues peuvent donner humblement leur avis, en examinant la question sous le rapport artistique.

Il est, selon nous, de toute évidence que les coupes mo«demes de plusieurs, ornements liturgiques, spécialement des chasubles, leur ôtent la gravité et la beauté qu'ils avaient au moyen-âge. La beauté d'une draperie ou d'uneétoffe ne consiste pas seulement dans la richesse de la matière; elle réside encore dans le caractère de souplesse, de flexibilité qui distingue naturellement les tissus. L'ampleur, la longueur des plis, le moelleux de leurs formes, les effets de lumière et d'ombre qui s'y produisent, sont les conditions nécessaires de la majesté et de la décence pour des vêtements destinés à être portés dans des cérémonies re- Ugieoses. Or, ces conditions sont incompatibles avec ane économie mesquine de l'étoffe, comme avec l'emploi des doublures inflexibles jet des enduits gommés dont on a fortifié la plupart des ornements liturgiques (1). On objecte

(i) D'anciens ornements étaient raîdes et pesants ; mais ils le devaient à rezcessive richesse des tissus et aux broderies qui les recouvraient.

qae les usages nouveaux sout plus commodes. Il y a lien d'eu douter, par exemple pour (a chape. Un maoteau de soie De saurait être plus gênant qu'un manteau, si c'en est encore un. dont l'élofTe raide vise à l'elTel du carlon. La chasuble moderne est sans doute fort commode ; mais à quel prix? Je ne répéterai point ta comparaison que l'on a faite de sa partie antérieure avec un étui de violon ; gardons un langage sérieux. Le moins qu'on en puisse dire. c'e6t qu'elle a perdu sa dîgnilé et que souvent elle res- J semble à peine a un vêtement. L'ancienne chasuble, comme J on le verra, était moins commode. Mais il serait p«ut-élrB>| facile de lui enlever son caractère génaut, eu mainlcnaDi 1 ses plis au-dessus du coude, au moyen d'un cordon rattaché sur l'épaule. Il faut d'ailleurs se souvenir que les ce- { rémonies religieuses ne demandent pas à être expédiées, cl J qu'on n'entrave pas leur exécution d'une façon regrettable j pour la rendre un peu plus lente. Qui pourrait, aujonr-o d'hui, préférer à la barrette le bonnet pointu, malgré le Inxe de sa houppe de soie? Qui ne reconnaît l'exciesNve élévation de la mitre épîscopale? Elle fatigue les yeux de ceux qui la voient comme elle doit fatiguer la tête de celui qui la porte. Au reste, l'étude particulière de chaque vêtement me dispense d'entrer dans un plus grand nombre d'applications spéciales.

Si l'on traite de la réforme <les costumes sacrés en les considérant dans leur rapport avec l'état monumental des églises, celle réforme paraîtra évidemment en pleine conformité avec celle de l'architcclure religieuse qui est maintenant un fait accompli. Il ne serait pas logique d'approuver l'une et de rejeter l'autre. Désormais, les anciens vêtements reparaîtront dans les peintures, dans les verrières, dans la statuaire même. 0"t'll« serait la raison du contraste? Le

senlimeot de runité doit s'étendre partout. Noos Favons dit. assez, il y avait dans tous les arts da moyen-âge, dans son entente de la coaleor et des lignes, on goût parfait d'union et d'harmonie. Ne scindons point cet ensemble.

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