DES CLOCHES
SOMMAIRE. — Noms, origine, anlqoité des cloches. — Lcss^inanlcres. — Formes rhronologiqncs des cloches. — Poids. — Métal des cloches. — Procédés de la fonte. — Béné* dictiou «i syaiboUsinc des cloches. — Carilloa. — Fondeurs.
La cloche est le premier des instruments de masiqae dans la liturgie : la bénédiction qu'elle reçoit, le fréquent usage que Ton en fait selon les règles ecclésiastiques, le lien qui Tunit intimement à toutes les fêtes et aux principaux actes de la vie du chrétien, son antiquité déterminent le rang que Ton doit lui assigner. Considérons successivement les noms, Torigine et l'histoire des cloches, leurs formes diverses et la manière de les fondre, leur usage et leursigniGcation (1).
Noms, origine, histoire. La cloche, si variée dans ses formes, quand on l'examine depuis la sonnette jusqu'au bourdon des cathédrales, a reçu des noms différents. On l'a appelée en latin tintinnabuïum^ expression naturelle du son qu'elle produit. On parait avoir désigné les grosses cloches par le mot petasus et les clochettes babillardes par as dodoneum. Le terme lebes^ qui indique un vase d'airain destiné à recevoir du feu , a été employé par analogie. L'usage de la cloche la fit appeler du nom générique signum. Le mot cloche est d*une étymologie difficile. Selon les uns, il vient de danger ; suivant les autres, du grec kaUin. appeler. Mais, dans la basse latinité, on rencontre clocca que ceux-ci tirent de Tallcmand glocke^ ceux-là du
(I) Les principaux tniics que j*ni consullcs sur les cloclies sont ceux de Thicrs, de D. Lisscoir, de Griinaud, de Rocca.
— Î30 — saion elugga, d'autres du bas-breton eloch. Beaucoup on1 imagini^ que les dodis denofa et eampana avaient élA donnés aux clocfacs, parce que le lieu de leur invention serait la ville de Noie, en Campanie. On va voir ce qu'il tant eo penMF.
A la vérité, c'est sous l'inspiration de l'Église qoe l'art du fondeur a donné naissance h nos grandes et belles cloches; mais on ne peut contester que l'usage de certaines cloches ne remonte k une antiquité très reculée. Saos parler des sonnettes qae nous avons vues au bas de la robe do Grand-Pr£tre des Hébreux, ne lisons-nous pas. dans une épigramme de Uarlial, qoe l'airain sonore donnait le signal de l'ouverture des bains publics? Chez les Athéniens, les prêtres de Proserpine appelaient par le même mojren le peuple au sacrifice. Juvénal compare le babil d'une femme i UD bruit de clochettes, et on connaît le joli mot de Phèdre : Clarumque eollo jaetal (iiititinabutum.
Les païens avalent donc des cloches de différenles dimensions. Je ne sais pas ce qu'on doit admettre sur Fanliquité de celles des Chinois. Les auteurs disent généralement que ce peuple en a fonda d'énormes avant les Ocndentaux.
L'opinion de ceux qui allribuenl l'invention des cloches h S. Paulin Je Noie est. par conspuent, dénuée de fon-lejjjint é»t'i]ueesl d'ailleurs entré dans de si minu- 'nl k la consInictioD et à loinl aussi
de suspendre et de balancer cet instrument par an mécaoisme qui rappelle la balance, nommé campanastatera.
Quoiqu'il en soit, il est raisonnable de penser que les chrétiens des premiers siècles, à cause des persécutions, n'employèrent ni la cloche ni aucun autre instrumerit bruyant, pour annoncer publiquement l'heure des assemblées. Ils se réunissaient à l'inslant marqué d'avance ou d'après un avertissement communiqué en particulier.
L'Église latine adopta les cloches de bonne heure ; mais, selon Goar et Raronius, l'Église grecque ne les connut qu'au IX* siècle. Les deux premières que l'on entendit à Constantinople furent envoyées en 865, par le chef des Vénitiens à l'empereur Michel, qui les fit placer dans une tour élevée près de Sainte-Sophie. Jérusalem n'en avait pas avant celles qui furent données par Godefroy de Bouillon et détruites, 88 ans après, par Saladin.
Depuis la prise de Constantinople par Mahomet II, les cloches ont en quelque sorte disparu de l'Orient. Les musulmans ne les peuvent souffrir. Efles annoncent trop puissamment les solennités du culte chrétien pour ne pas offenser leur fanatisme. Cependant des églises et des monastères ont obtenu à cet égard, surtout de notre temps, une certaine tolérance. Les maronites aiment passionnément le son des cloches. Une des plus douces sensations que l'on paisse éprouver en voyageant dans le Liban, c'est d'entendre leurs voix métalliques s'élever nombreuses et variées vers le Ciel à l'heure de la prière (t).
(i) L*étendnrd dcployc nu faite des minarets, les lampes de couleur et le chant des mouedzens sont tes signaux religieux adoptés par les mnhométnns. L'arnbc du Sahara est flatté par le don d'une clochette qu'il suspend au cou de sa jument.
En Occident, l'u$<ige au moins excciilionoel it«s floche* remoDtG au Vl" siècle. S. Gr6<^oire de Tuura, mort en 596, nous a|>[iren<l qu'elles scrvaieiil dc> signal ^ur se rendre à l'ollice divin. Il est vrai que, dans les endroits où il en parle, il emploie lemolxi'^»iim, qui n'est pas clair par lui-nièoie; mais je ferai observer qu'il dit commolo signa et qu'il fait une Tois menlioo de la corde : ce qui s'applique IiicD k une cloche {1}. Cumeneus Allius, dans la Vie rfe S. Columban, s'csprinie neltemenl à plusieurs reprises ; «Palsanle atmpanà. » Le VIT siècle a de plus fréquents témoignages. S. Ouen parle des ckiches dans ta lie ilf S. Eloi, Le vénérable Itéilc, rapportant la mort de l'abbesse llclila. dît qu'une religieuse entendît « novum campanw sonumquo ad oralioties excitart vel convocari solebant (2). Le son d'oBÉ rlocbe faisait les délices de Charlemagne, au rapport do moine de Saiut-Gall. Celle de Kueil devait émouvoir plai lard la grande Ame de Napoléon.
En Orient, au lieu de cloolies, on s'est siTvi très anciennement et l'on se sert encore de plaques de bois ou de métal auxquelles on fait rendre on son relentissant en les frappant violemment. Au second concile de Nicêe, en 787, on rapporte des Iragmenls d'un livre de S- Athanase, où l'on voit que les liilèles de Césaréc se réunissaient au bruit du buis sacre. Cet instrument est appelé semanifrtun. Il y en a de plusieurs dimensions. Le petit semant<>rc est une simple planche que l'on frappe avec un maillet. Les grands se (ilarcnt dans les tours el les bàlimenls destinés au cuite
(I) *A-I fniirm Hlim th qiio ^hiomi '.H, Ile vil. i'I'.
(^2) Bi'.kv llhl. vcii.WU. II, c. 23.
public. Th. Balsamon , le fameox canoniste groc du XIP siècle, Dous apprend qu'on en frappait trois coups dans un sens symbolique : le pelit, io micron, signifiant TAncienne Loi annoncée seulement au peuple juif ; le grand, totnega, marque de la prédication*^clatante de l'Évangile dans tout l'univers ; le coup de fer, to sidêroun, pour figurer le fracas de la ^ du monde.
En certains monastères, on prévenait les religieux à l'heure des offices en frappant à la porte de leur cellule ; dans ceux de S. Pacôme et de S. Jean Glimaque, on employait la trompette.
Les Latins abandonnèrent les plaques de métal pour les cloches. Cependant ces plaques ont été conservées à Tintérieur de quelques monastères, où elles servent spécialement au réveil (!)•
Formes, poids. Les anciennes cloches sont très-rares et il ne faut pas s*en étonner. Elles sont exposées h se fendre sous le battant ; les révolutions les transforment en monnaie ou en pièces de canon; l'imperfection des formes qu'elles affectèrent au moyen-flge nuisant à leur sonorité» détermina aussi h les refondre dans de meilleures proportions.
Les cloches les plus anciennes que l'on connaisse sont celle de Sainte -Godeberte à Noyon , et celle de Téglise Sainte-Cécile à Cologne. Elles consistent en feuilles de métal battu jointes par des clous rivés. Il n'est pas improbable qu'elles remontent jusqu'au Vir siècle, époque de transition entre Tusage des plaques de métal et celui des cloches fondues. La cloche de Sainte-Cécile est grande et munie à sa partie supérieure de pièces de fer clouées et qui
(1) Planche Vill, Hg. 3.
dessin d'une cloche au iX' siècle (2j. On sonne encore à U cathédrale de Sienne, l'une des plus inléressanles de l'Italie par son architecture germano-italienne et les ouvrages d'art de toute espèce qu'elle possède, une cloche qaî date de 1159. Haute d'environ un mètre, elle tend à se refermer par le h.is comme un tonneau, au lieu de s'évaser. Sa voix est aiguë (3). La cloche que le frère Ëlie, premier général des FraDci>icains, lit fondre au XI11° siècle pour la basilique de Saint- François, se rapproche de la forme qui a é4é adoptée par les modernes (l). Une plus grande coonaissann' des lois qni régissent les sons a indiqué le degré d'évasement le plus favorable pour la partie inférieure du vase sonore.
S'il est des cloches qui ne présentent qu'une surfact extérieure unie, la plupart sont pourtant plus ou moins enrichie d'ornements en relief. Indépendamment des ioscriplions, elles portent des rinceaux de feuillages, les images du Christ cruci&é. de la Sainte Vierge, do palroD de l'église pour laquelle on les a fondues, les armoiries des personnages qui les ont données ou qui en ont été parrains et marraines. Les anses ont été souvent l'objet d'un travail soigné. Ces particularités ne doivent pas échapper à l'œil de l'archéologue.
La puissance du son des cloches dépend tant de leur
(1) Pbnrlic Vlll,fig. i.
(2) PknelicVtlI. fijç.5.
(3) l>biiclic VIII, lig. G.
(4) Planrhc V[!|, fis 7. Les Aimik:'! iic. M. Didrc lu AI. Uuly nous ooi [irucuré ces modules.
poids que Ae la nature du métal et de ses proportions. Il est hors de doute que celles qui servirent d*abord aux églises ne furent pas très grosses. On raconte, il est vrai, que la cloche de Sens mit en fuite les soldats de Clotaire qui marchaient contre cette ville ; mais il est plus raisonnable de croire que Tarmée fut moins effrayée de l'intensité de sa voix que de la foule attirée par ce signal. Helgrade, moine deFleury, dans la vie du roi Robert, appelle salis mirabile une cloche de 2600 livres, et la plus grosse de celles que Raoul, abbé de Saint-Trou, fit fondre pour son monastère, au commencement du XIP siècle, pesait 3300 livres.
Au XIV' siècle, on arrive à de plus fortes mesures et Ton commence à fondre les grosses cloches appelées bourdons. Celui de Notre-Dame de Paris, nommé Emmanuel, avait été donné à cette église en 1400. Il pesait 15000 livres et se nommait Jacqueline. Le chapitre le fit refondre en 1680 et augmenta son poids: l'opération ne réussit pas et fut recommencée en 1681. Il reçut alors de Louis XIV et de son épouse les noms d*Emmanuel-Louise-Thé-* rèse. Fondu de nouveau et augmenté de poids en 1685, il pèse environ 32000 livres. Il a 8 pieds de diamètre sur une hauteur égale et une épaisseur de 8 pouces au gros bord. Sa voix est large et pure. Descendu en 1794, dans la crainte qu'on ne s'en servit pour sonner le tocsin, il fut remonté pour la cérémonie du Concordat, le jour de Pâques 1803. Le second bourdon de Notre-Dame pesait 25000 livres. En 1792 , huit hommes travaillèrent 42 jours à le casser.
Le fameux Georges d'Amboise de Rouen, dont 93 a fait des canons, pesait 36364 livres. Le bourdon actuel de Reims pèse 23000 livres. La cathédrale de Sens possède aussi une cloche imposante, et il en est une belle, récem-
ment élevée è la leur de IVoirc-Danie-de-Ia-G»rite, k Mar- ^ Mille.
La Russie a fooiiii d'énormes cloches. La beaaié da «m De rivuliae pas, sans itoute, avec te poids du tnétaL Li cloche de Sainl-lvan, à Moscdii. pèse 1 liOOO livres, et celle du Kremlin, qui n'c&t pas suspendue, 492000 livra. La Chine s'enorgueillit de semblables ouvrages. La elocfae qui sonne les heures à Pékin pèse 1S0000 livres. On la croit du commencement du XV siècle. Les Jésuites relevèrent dans sa tour à l'élonDemcnt de la cour impériale.
Fonte. Le métal de cloche est un alliage de cuivre cl d'élain. Les fondeurs admetieni généralement le rapport d'une partie d'élain pour trois de cuivre comme le meilleur. Un peu <le zinc rend, dit-on, la cloche plus sonore, mais aussi plus cassante. Nous appelons sur ce point l'attention de ceux qui ont il faire aux fondeurs. La fraude s'exerce rréqucmnient sur la quantité des métaux entrant dans l'alliage.
Il faut noter qne l'on a fait primitivement des cloches de fer, qu'on en a fondu en argent et qu'il y en eut aussi de bots.
Avant de rendre compte de la fonte des cloches communes, il est bon d'en connaître les parties.
On nomme :
Cerveau, la partie supérieure à laquelle tiennent les anses <^n dehors et l'anneau du battant en dedans. Il est fortifié il l'extérieur par une augmentation de matière qu'on appelle onde ou calaHe.
l'aussures, les points de la surface e\tiirieure et inférieure dune cloche où elle cesse de suivre la même convexité. On les appelle faussures, parce que sur celte cir-
conférence se réunissent les axes des différents cercles dont se forme la courbure extérieure de la cloche.
Vase supérieur, la partie de la cloche qui s'élève audessus des faussures.
Gorge ou fourniture, le renflement compris depuis les faussures jusqu'au bord de la cloche. Ce bord ou arrondissement de la cloche, qu'on appelle aussi ptnce ou panse^ est la partie épaisse de la cloche frappée par le battant.
PaUe, la partie la plus inférieure qui termine la cloche en s'amincissant.
Pont^ le pilier placé au centre du cerveau sur lequel se réunissent toutes les anses.
Bonnet ou couronne^ la partie supérieure d'une cloche.
BaUvres^ les inégalités qu'on aperçoit sur la surface des pièces fondues et qu'il faut ensuite enlever au ciseau ou à la lime.
Le métal est mis en fusion dans un fourneau construit exprès.
A quelque distance du fourneau et quelques pieds plus bas que le terrain où il est posé, on confectionne le moule de la cloche.
Il se compose de trois choses principales : le noyau^ Ia fausse cloche ou le modèle et la chape. On pourrait y joindre le bonnet qui est travaillé & part et appliqué au moule en dernier lieu.
Le noyau^ en terre d'herbue, destiné à mouler l'intériear de lacloche, est creux, pour recevoir du feu. Son extérieur a la forme de l'intérieur de la cloche. On le fait d'abord bien sécher, puis on y étend une dernière couche de terre plus délayée, de façon à obtenir une surface très polie. Quand cette seconde couche est sèche, on en applique
la
«fiB aulr« de fraise do bœuf pour empii-hw le nfifiin it 1 coller k la fiusse cloche.
Oite faussé cloche ou modelé esl failr de mfmp terre. épaisse et ast-ez dure. Ou lui cIoddb l>pai.>£tur el la riinne de la cloche vt^rilable. Apr^s la dernière courbe, on applique lea iDsrriplions el dessins failit en cire. Aulrefoicoa les sculptait en relief. Une couche de graisse prévient l'adhérence de la chape au modèle.
La chape est destinée à mouler rexlèrieur de la cloche : c'est pourtguoi on exécute avec soin ses premières concbtt inlérieiires.
Lorsque le feu a séché le noyau, la fausse cloche el la chape ou la chemise, on enlève celle-ci, puis on la repose sur les mêmes points, après avoir cassé la fausse cloche qne le métal doit remplacer.
Alors le mouleur applique les anses pétries séparément el où l'on a ménagé des trous pour l'entrée du métal en fusion et la sortie de l'air. L'appareil du moula étant soutenu par la terre tassée à l'entour, la gueule du four s'ouvre, le métal li(|ui(le arrive par une rigole à l'oreille de la cloche el remplit le vide laissé par renlêvemcnlde la fausse cloche. Lors<|UC le métal est refroidi, on casse la chape el la cloche apparaît. Il ne reste plus ([u'à faire disparaître, si on le veut, les bavures et les aspérités que le métiU laisse ordinairement.
Le ballant, masse de fer qui fait résonner la cloche, ins' trumenl h percussion, est terminé à sa partie supérieure par un anneau qu'un braver de cuir unil à l'anneau saillant au-deJans du cerveau. 11 doit se balancer de manière à frapper les pinces et peser en raison du poids de la cloche. Celui d'une cloche de 1000 livres pèse 40 livres coviron ;
tnais la progression relative de son poids serait moindre que celle du poids de la cloche.
H est inutile de décrire le mouton^ pièce de bois à laquelle on attache les anses de la cloche, et le beffroi, ouvrage en charpente sur lequel on pose le mouton. Le beffroi est construit de manière à éprouver une certaine oscillation qui ne compromette pas la solidité du clocher. C'est par extension que l'on donne son nom à la tour qui le renferme et à la cloche qu'il porte.
Od met la cloche en mouvement au moyen d'une corde attachée à une pièce de bois ou bras^ fixé au mouton J Du reste, on a imaginé des mécanismes divers pour faciliter la mise en branle, entre autres une roue unie au mouton qui lai sert de moyeu et au sommet de laquelle on fixe la corde que tire le sonneur.
Bénédiction et symbolisme. Il y avait un rite pour la bénédiction des cloches au Vlir siècle. Lescapitulaires de Charlemagne en font foi, et D. Martène cite même quelques manuscrits plus anciens qui en contiennent les paroles. L'Église, en instituant cette bénédiction et en la réservant à l'évéque, a voulu sanctifier la cloche comme tant d'autres objets servant au culte divin et nous pénétrer d'un respect particulier pour cet instrument comme pour l'office du sonneur, qui forme l'un des quatre ordres mineurs ecclésiastiques.
On voit dans Alcuin qu'on donnait, dès le VIIP siècle, le nom impropre de baptême à cette bénédiction ; la raison en est que l'appareil du baptême a de la ressemblance avec cette cérémonie. Ou lave la cloche, on l'oint de l'huile des infirmes et du Saint-Chrême, on la revêt d'une robe blanche, on la parfume d'encens, on lui donne un nom , et dans plusieurs diocèses , il y a deux fidèles députés à cet
•flêl et qiifi l'un appelle parrain et marraine. Ces ritei et-
pliqiiés par lus liturgislcs ont Irait à la purificalioo de II inalièrcet, pour ainsi ilire, àsonélcvaliun à l'ordre surualurL'I. Ouctques lilurgits ont unt.' bénédiclinn pour le métal en fusion. Après la fonte, il y avait uu Te Dtttm d'action de grâcus.
Les cloches du la Loi nouvelle «ont les h<^rilière« du sens symbolique atlacbé par la tradition chrétienne toute entière aux ctochelles de la robe du Grand-Prêtre et aus trompettes de la Loi ancienne; «lies figurent le prédicaletir : et les auteurs du moycn-àge ont cherché des développements à celte idi^e gi-nérale jusqiies dans le tuoulon et la corde de la duché [ I ] .
C'est à reflicacité de ia bénédiction que les cloches doi> vent une partie des eFTets que l'Église leur allriboe. Ellef eioilent les sentiments de foi dans le cœur des fidèles et Uoublcnl l'âme de l'impie, elles i^loigneot le mauvais esprîl et chassent les tempêtes (2). On rencontre assez souvent sur
(1) Voye/ l" \<Hrùc, synthoUsme Jus tlocliurs.
(2) De ce que le riiucl el le iiuiilil'ir:il ]rrcscrivcnt de sonner
que rOglisc contredise ce (|ue lu |)liysii|ue eiiâeigcie sur l'éleclricjtc. Il n'est pas iicecssiiire de soniur li-s cloclies eci volcc [lour se cuiironncr iiuii l'iibriqiics, ni d'iitlcndrc que l'ornjjc soit assez rn|i)ii'oclié pour rendre tel exercice dangereux. Ce n'est point par uu circl ituliirel (|uc l'église prelciid obtenir t'cloigiieineQl des ornées. Gill>ci't Oriuiaud, e[> mu iritiic des eloehcs, di>ait snus |irévoir les objections que h si'iciice pourrait soulever de noire leuips : < ^ous Usons encore des cloclie.s jinur divertir les orages, les giêlcs et iiulrcs inalif,'iiili:s de l'air, ce qui réujsil assez ordinairement, non |ias 3 cause du liruil qn'elles funt cuiume plusieurs pensent, estiinaot que lu force de ce son rejioussc les nuées et dissipenl leur éjioisseur, à quoi il y « furi peu d'upparence, mais pour parler en vrais clirétiens, c'est la \ertu divine de leur «un«c«ralion el des prières que l'église l'ail en les Itunissanl. >
les cloches rîDscriptian suivante, grayét sur une des clo* ches de la cathédrale de Metz :
Laudo Deum venim, plebem vocoy congrego clerum^ Defunctos p/oro, pestem fugo, [esta decoro.
Nous pourrions reproduire ici un grand nombre d'inscriptions de cloches. Quelques-unes suffiront pour donner une idée du genre.
Jean de Laitre, habile fondeur, né à Clinchamp, inscrivit sur la cloche principale de la paroisse de Saint-Epvre, de Nancy :
Je suis la trompette effrogable.
Du ciel criant incessamment :
Chrétiens, craignez le jugement De Dieu le jour épouvantable*
Jeanj comte de Salm^ baron de Viviers ^ Brandebourg gouvernement. Et, du côté opposé :
Charlotte, Charles ce grand duc m'honora De son beau nom dès mon enfance Pour tivoir de lui souvenance Quand le peuple sonner morra,
Nous fondit maître Jean de Laitre et maître Jacques demeurant à Clinchamp*
Elle était si harmonieuse que Louis XIV , étant à Nancy, en 1673, la faisait sonner pendant ses repas; on voit par là que Louis XIV, comme Charlemagne et Napoléon, était sensible à la voix des cloches. Cassée en 1747, elle fut heureusement refondue par les Burel, habiles artistes du Bassigny.
L'excellente cloche d*Aubigny, près de Langres, porte : L*an 1562, Marie- Loui se ^ nommée à Dieu , fait suppUcaiion les âmes de ceux soient sainctes qui m'ont fait de ma façon. — Mentem sanctam spontansum honorem Deo et patriœ
liberalionem. — Cl^neut t'fbvrt me /"ml. L'in^crïplioD Ulim qtii. par uue coïnciduace assez inexplii:abl«, e^t pri^cts^ incat 1» même quv culte ciii toRi)ie.iii de S'" A{(nlhe (1), st-mbk par ceï tnols : palria" lilierau'onrm, fairu allusion av tocsin que t'oo romniençait à sonner alors dans les guerm civilwi.
A Laogres. la cIoch« du guoi, <]Di est en l'une des loun de Saint-Mamni(-s. a él<i refondue en (828, mats elle a conscrvÉ son ancienne inscription : H'tc koras rrfrro, aa- (orffi facioet dein si flatnma vd hostis aflfstf>t. (juemvis aà artna'voco. lît plus bas -. Je sotme l'heure et liens la gardt alerte ; r( ii au feu, à l'ennemi, un i-hacitn j'arme amsi. Oo connnll celte autre inscription d'une cloche de guet :
Vndtitn. uiulam, undam' undam, undam, iindnm. uiulain. acrurrilt eSr^,
La cloche d'Orniancey. près de Laogrcs, avec la dalt 1635 et le nont de l'évoque Sébastien Zamet, pri'seDte cetb ! inscription : Tut mea ninclomm tit trrmor dtemimiorum.
La plus grosse des duchés de Chauinont, qui est d'une sonorité si parfailo, porte sculpté aux faiissurcs. S. Jean, accompagné de l'Agneau et ahrilé sous une porte à pilastres-caryatides. L'inscription est enfermée entre des cordons de tieurs-de-lys et d enroulements à tètej ailées. Les oreilles sont sculptées en mascarons. An milieu du dodi des fondeurs, Jésus crucifié entre la Vierge et S. Jean ; au dessus, dans un cercle de llannnes, le monogramme IHS. Inscription :
L'un 1681, j'ai rlr iwmim-e ('karhlle Anne paT M" Charles de Scrata du Chnn . ch" de l'ordre de St Jean dt
(1) IMIaml. :. Vc'
Hierusalem, commandeur des commanderies de Thors,- Corgebin et la Romagne^ et dame Anne de Marcillac espoùse de M. Jean Baptiste h Moyne, s»' de Villiers de Ninville et chevalier de V ordre du roy, con" en ses cons^\ /teu* gn'* au baillage et présidial de Chaumonl, mes parrain et marraine, pendant que M* Antoine Dillon advàcat en parl^ et M' Jean Batiste Gaucher con^^ au présidial estoient marguillier et contrôleur de l'Eglise de St Jean Batiste de Chaumont. — N. Chapelle, J. Moreau et A de la Paix m'ont faict. 1684.
Les inscriptions des cloches ont souvent une orthographe défectueuse, et il in*a semblé qu'elles deviennent plus étendues à mesure qu'on se rapproche de notre iemps. Les archéologues doivent se défier de la réputation d'antiquité qui est faite à beaucoup de cloches dont la date a été mal lue. Il serait intéressant de recueillir avec soin et sur une grande échelle les noms des fondeurs. Je me borne à dire qa'on trouvera, surtout dans le nord, un grand nombre de ces artistes sortis du Bassigny lorrain et des environs.
Carillons. Il y a différentes manières de sonner les cloches. Au midi et en Italie, la sonnerie est lente. Cest UD tintement grave et régulièrement frappé. Dans le Nord CD met les cloches en volée. Les sonneries changent d'ailleurs selon le degré des fêtes. Aux grandes solennités, toutes les cloches sonnent en volée; aux jours moins solennels, on tinte les grosses cloches, tandis que les autres sonnent en branle. Quelquefois on exécute des carillons cadencés en frappant à coups de marteau sur plusieurs cloches, ou sur la même cloche en frappant à différents points de sa hauteur.
On appelle proprement carillon un assemblage de cloches combinées de manière que les sons forment une gamme simple ou chromatique. Le P. Amyot et d'autres auteurs prétendent que les Chinois ont, les premiers, composé des
isslniaieota ée cp genre-. OaDiquIl en soit, ih appanisseat en Europe dès le XV' aiècle. Les grands rarilloo» embn»svnt plufieun ocUve» et comprennent les tons et detni-loof, La (laie <Ie leurcréaliun et de leur iléveluppcmcDt coioddaiilaTeccelledu pro^rù'dansla facture d'orgue, pliuieore croient que l'orgue fil naître la pensée de leur cooiïiruclioo.
Lvs cloches des carilions sont immobiles. Le battant qui les frappe est mu par des claviers à la m^ia et soutcul aussi par des claviers de pédales. On a faîl des carillons puretneol mécaniques el où le jev dm ballants a lieu par le movvQ d'un cylindre à pointes, semblable à celui do serinettes et des orgues do Barbarie. Tel est le carilloii de Malmédy, dans les Ardennes. Les sonneurs, dont le r6l« était abaissé par cutle iuveulîon et qui voulaient sXever, jusqu'à un certain point, au rang d'arlisle*. mainlinrenl \es louches et les péJaIvs. Il est certain que quelques-uni ont acquis une jusle d'Iébrilè par leur babile talent à eiécuter sur cel inslrument des mélodies rapides el det compositions harmoniques. PoIlhofT, cari Honneur aveugle, éloona le docteur Duniev, en juuani à coups de poings des morceaux qui oITraient des diflicullés de duiglé pour le clavecin lui-uième.
La justesse des sojis ilan^ Icà cloches des carillons s'obtient par In fonlc el le polissage ; la varitilé des timbres, par la dilîérence de l'alliage qui niodilio la nature du métal. Pour adoucir les sons ou les éteindre, on s'est servi, comme en Hollande, do battants de bois ou de pièces de drap. C'e<t principalement dans la Nord que s'est répandu et conservé le goût des carillons, ils sont populaires, malgré la monotonie des airs qti'ils reproduisent. Cela tient, sans doute, au senlinient naturel (|tii nous fait aimer la Yoi\ des cloches du pa\s natal.
Les jours de la Semaioe-Sainte, où les cloches se taisent, on remplace les sonnettes qui servent aux offices de l'Église par le moulinet en bois appelé crécelle^ à cause de la ressemblance do bruit qu'il fait entendre avec le cri de l'oiseau nommé crécerelle.