LA PEINTURE SUR VERRE
SOMMAIRE. — Orij^ine Je l'art do la vitrifiratlon. — Son application a divers usages chc« les Anciens. — Verres des catacombes. — Origine et histoire de la peinture sur verre, où l'on indique les caractcresdes verrièresde couleur aux diffiVcnles <^poques duraovonôge et quelques-uns des proc<'d(^ suivis dans la fabrication. — Décadence de cet art. — Retour à la peinture sur verre. — Conservation des verrières.
L'essor que la peinture sur verre a pris en France, depuis quelques années, sera Tun des plus beaux résultats
(1) Voyez Mcm. de la Soc, des Antiq» de la Morme^ lomc V; Ann» arch.y lomc XI.
déterminés par le retour à Tétude et à l'estime des monuments du moyen-âge. Mais avant d'aborder Tbistoire de cet art et d'exposer ses moyens d'exécution, il est bon de remonter à Fart de la vitriGealion dont il dépend, et qui a eu des applications très diverses, en dehors de son alliance avec la peinture.
On ne s'arrête plus à la fable des marchands qui, traversant la Phénicie raille aos avant notre ère, auraient surpris, en allumant du feu sur le bord du fleuve Bélus, le moyen de fabriquer le verre. La violence de la chaleur aurait mis en fusion les mottes de nitre et de sable qu'ils avaient trouvées sur ce rivage et dont ils s'étaient servis par hasard pour disposer leur foyer. Il est vraisemblable que les fours employés pour la cuisson de la brique et la fonte des métaux amenèrent les premiers effets de vitriGcation dont l'industrie des hommes s'empara et qu'elle sut féconder.
La Bible, où Ton puise tant de notions sur l'origine des choses, ne fournit pas de renseignement positif sur l'antiquité de l'usage dû verre. Job dit, au sujet de la sagesse : « Non adœquàbUur et aurum vel vitrum , » et Salomon , dans les Proverbes, donne ce conseil : « Ne intuearis vinum quatuid flavesctt^ cum splenduerit in vitro color ejus ; » mais le terme hébreu n'a pas la clarté du mot latin par lequel on l'a traduit, et il peut désigner simplement une substance douée de transparence et d'éclat.
Quoiqu'il en soit, les Égyptiens ont connu très anciennement la fabrication d'ouvrages en verre, et elle fut plus ou moins exercée par tous les peuples de l'antique Orient. Ils ont su en faire des vases, des colonnes, des miroirs, le colorer ponr imiter les pierres précieuses , l'unir à des émaux, l'appliquer en tables à la décoration des plafonds
et des murs. Nos masëes renferment d'anciens monuments à l'appui de ces assertions (1).
L'art du verrier fut importé chez les Romains à la suite de leurs conquêtes en Asie, et il contribua bientôt à augmenter la magniGcence et le luxe dont les empereurs aimaient à s'environner. Pline nous montre en deux mots les diverses espèces d'ouvrages en verre que les Romains savaient exécuter : a Ex massis rursùs funditur in officinisj tingilurque; etaliiAd flalu figuratur, aliud tomo lertdir, aliud argenti modo cœlatur. i> Alors l'Italie n'eut rien à envier aux Asiatiques. Tandis que le verre ajoutait à la mosaïque de marbre une splendeur nouvelle, il se produisait sur les tables somptueuses, en merveilleuses coupes, ornées de peintures, taillées au rouet, ciselées en reliefs ou en creux.
Mais, parmi ces verres antiques, il en est qui intéressent particulièrement l'archéologie chrétienne ; ce sont les verres recueillis en grand nombre dans les catacombes et déposés au musée du Vatican. Plusieurs savants, et entre autres Ph. Buonarotti (2), se sont illustrés par leurs travaux sur CCS précieux objets qui servirent au culte dans la primitive Eglise.
Les vases de verre les plus importants sont ceux que Ton connaît sous le nom d*Ampolla di sangue^ et qui ont renfermé le sang des martyrs. Ils sont scellés dans le tuf à
(1) En outre elles sont fondées sur le témoignage des auteurs anciens qu'on trouve rassemblés par M. Bàtissier : Hist. de VArt monum.j p. 633. Voir aussi la grande Encyclop. Antiquités^ art. verre.
(2) V. spécialement la préface de son grand, ouvrage. Osservaùoni sopra alctini frammenti di vasi antichi di vitro y» çmati di figure^ trovati necimiterj di Roma, Florence, 1716.
l'extérieur de la niche sépulcrale. On les trouve auprès de tombeaux qui, selon des signes indubitables, contiennent les reliques des martyrs , et ils ne se rencontrent jamais près de ceux qui sont postérieurs à l'ère des persécutions. Ces circonstances, jointes aux récils de l'histoire qui témoigne do soin et du respect avec lequel les chrétiens recueillaient* le sang de leurs frères immolés pour la foi, démontrent qoe ces vases ou ces fioles sont un signe certain du martyre. D'ailleurs, que seraient-ils? Un lacrymatoire , un yase à parfums? Mais ils renferment du sang ou des rétîiu, des croûtes, des teintes rougefttres où l'analyse chimique découvre les éléments du sang. Ils portent souvent l'inscription SANG ou SA. Celui dont nous donnons la figure et qui provient du cimetière de Saint-Calixle présente de plus la palme gravée sur son enveloppe (1). Il n'y a pas de trace de parfums dont la place, au reste, eût été à T intérieur du tombeau. Des vases de terre ont partagé la même destination. Leurs formes sont très variées. Les uns ont les flancs larges, les autres sont allongés comme des fioles (2). Ils sont ou non munis d'anses.
Indépendamment de YAmpolla di sangue, on a retiré des catacombes beaucoup d'autres vases de verre , des aiguières, des coupes, des patères non moins importantes sous le rapport religieux que sous le rapport de l'art. Suivant l'opinion bien fondée du P. Seccbi, chaque fidèle avait son vase de communion dans lequel il recevait le corps et le
(1) Planche II, fîg. 3. Vovez Bosio Roma sotu, lib. III, c. 23, p. 199.
(2) Je ne veux pas doooer une classification des formes de ces vases antiques. Elle pourrait être établie d*après celle qui a été bile par H. Ziégler dans ses Etudes céramiques, p. 40.
sang de Jésus-Christ. Il y avait aussi les vases destinés aux agapes communes. J'ai vu dans les cartons de H. Perret des dessins de verres eucharistiques avec rinscription PIE ZESES, bots , tu vivras^ dont le sens ne saurait être douteux. On lit eucore DVLGIS ANIMA VIVASouBIBE ET PROPINA. La signiGcation que portent avec eux de tels monuments va droit au cœur catholique.
Ces vases sont ornés de figures en or qui représentent le plus souvent le Christ ou les apôtres. L'artiste fixait h la gomme une feuille d'or sur une plaque de verre et il exécutait son dessin à la pointe sèche, en accusant les omfaiH par des hachures. Puis il ajustait cette lame au fond du vase et opérait l'union de ces diverses parties en les soumettant à l'action du feu. Pour peindre des vases de verre en couleurs variées, on étendait sur le dessin tracé au stylet, de la poudre de verre teint qui s'incorporait au vase par la chaleur du fourneau.
Ainsi nous constatons, à la naissance du christianisme» remploi du verre, du verre teint e( môme d'un procédé de peinture sur verre. Mais Tapplication du verre à la clôture des fenêtres est une question archéologique tout-à-fait distincte.
Chez les Anciens, « les temples carrés , dit Winckelmann , n'avaient en général point de feoêlres et ne recevaient de jour que par la porte, et cela pour leur donner un air plus auguste en les éclairant par des lampes. Lucien dit d'une manière expresse que les temples n'étaient éclairés que par la porte. Les plus anciennes églises chrétiennes sont de même très faiblement éclairées, et dans celle de Sainl-Miniato à Florence, il y a, au lieu de vitrages, des tables d'albâtre de différentes couleurs à travers lequel passe une faible lumière. Quelques temples
rondSt teb que le Panthéon, à Rome, recevaient le jour d'en haot par ane ouverture circulaire. » A Herculannm et i Pompéi, on a trouvé des châssis de fenêtres avec des plaques de verre qui prouvent que Ton fit usage des fenêtres vitrées pour les maisons particulières, dès les premiers temps de Tempire. Sénèque est le premier auteur qui en parle (1). Souvent les fenêtres rares et étroites étaient fermées par des lames de pierres transparentes désignées sous le nom général de pierres spéculaires. Elles pouvaient n'être qu'imparfaitement closes par un treillis ou de petits dbat-vent (2). Saint Jérôme parle clairement des vitres : « Fenestrœ quœ vitro in tenues laminas obductœ eranl ; » et Lactance : « Manifestas est^ mentem esse quœ per ocûlos ea (pue sunt apposita transpiciat^ quasi per fenestras Imente vitro aut speculari lapide obductas »
Les basiliques chrétiennes furent bientôt pourvues de fenêtres vitrées en verre blanc et en verres de couleur. Ceux-ci formaient comme une mosaïque diaphane, mais non pas une verrière peinte ; car les lames qui les composaient étaient teintes dans la masse. S. Grégoire de Tours mentionne plusieurs fois les vitres des églises. Il nous apprend que, de son temps, l'usagé en était répandu : « Fenestras ex more habens {ecclesia)^ quœ vitro lignis incluso clauduntur^ quo prœclarius œdi sacratœ lumen qtwd mundus meruerit subministret. » Ces verres n'étaient pas blancs, mais teints ; car un voleur qui voulait passer par une fenêtre et emporter quelque chose du mobilier de cette église,
(1) Sencqoe, £p. 90.
(2) Saint- Jérôme in cap. 41 Ezech. t Fenestfœ quoque factœ erant in modum retis, instar cancellarumy ut non speculari lapide nec vitro f sed lignis interrasilibus et vermiculatis clauderentur. t
disait en tut-méme : n Si aliquid invenirt non possum, veî has ipsas quas cerno vitreas atiferam, fusoque métallo aliquid auri conquîram mihi. » Il enleva les vitres et le métal qai les accompagnait. Il ne réussit pas en les faisant foudre ; mais il vendit pourtant à des marchands le verre quod m pilulis nescio quibus conversum fuerat. Quel prix aurait eu ce verre s'il eût été blanc, et pourquoi le faire fondre s'il n'y avait aucune substance à en retirer (1) ?
On ne comprendrait pas les descriptions do Prudence et de Forlunat s'il fallait les entendre de vitres sans couleur. Le premier loue Théodose d'avoir embelli Satnt-Paul-Ifonles-Murs :
BracUolas irabilms mbtevit, ut omitU aamlenla
Lnx ettet inliu, seujubar siib orftt.
... Tum camuros kyalo imigni varié cucurrit arau
Sic prala vernU jloribtui renident (3).
. Fortunat décrit une église de Paris :
Prima capil radio» vitreis oculnla feneUrit
Arlifii-uque manu clauàt în ara; dian.
Curàbiu atirorœ vaga lux taquearia complet
Alque fuù radiU ei rirte «oie mical (3).
Les Francs se distinguèrent dans l'art de la verrerie.
Le moine Théophile leur rend ce témoignage : « fVanct tn
hoc opère peritiuimi. d C'est à eux que les peuples établis
i, la suite des invasions s'étaient adressés pour en connaître
les procédés. Le vénérable Bède dit de S. Benoit Biscop :
« Proximante autan ad perfecium opère mtstf {«^atortos in
(1) S. Grégoire de Tours, De gloria martyrum, lib. I, c. 59.
(3) Prudence, Pertft. hym. 13. Migne p. 566. Toïr les noies lor ce passage.
{3) Fortanit, lib. Il, Poem. 11.
Galliamf qui VUri factorei^ artifices tidelieet Britanniis eaUniks ineognitoê , ad caneellandas Ecclesiœ partieutmque §i eotnacuhrum efus fenestras abdtêeerent (1). »
Il paraît constant, d'après les historiens, poisqae les monaments de cet âge ont presque entièrement disparu , que les yerrières de couleur étaient déjà communes en France ayant le XI* siècle. Lorsqu'on eut trouvé l'idée et la manière d'y dessiner des personnages, elles furent appréciées comme un des plus puissants moyens de décoration pour les églises , non-seulement à cause des effets de lumière, niaia parce qu'elles mettaient sous les yeux du peuple les images instructives de Dieu et des Saints. Durant le cours du moyen-âge, elles devinrent partie intégrante des églises de toute proportion. La piété et quelquefois le faste des bienfaiteurs des églises qui plaçaient leurs portraits ou leurs armoiries dans ces verrières, se plurent à les multiplier (2J. Les corporations ouvrières concouraient souvent aussi à en décorer les basiliques.
A quelle époque remontent les verrières historiées ? Les plus anciennes dont nous ayons la date incontestable sont.
(i) Bède, édition de Migne, tome V, col. 7i6. Ytta quinque Monctorum abbatum» Ce curieux passage montre de plus que les habitants d*Outre*MaDche avaient recours à nous pour d*autres arts : c GalUoi pelens ccementarios qui lapideam sibi ecclesiam juxtà Ronumorum quem semper amabat morem facerent, postulavit,,.» Viiri factores.,, venerunl ; nec soltun opus postulatumcompleveruntj $ed et Anghrum ex eo gentem hujmmodï arttficium notse ac dU^ cere fecerunt» » etc.
(3) C'est surtout au déclin du moyen-âge qu*on aperçoit cette tendance à se mettre en scène : c Qui fenestras eccleiianim et capeUarwn dictarum nostrarum civitalii et diœcem aliquando devotione, aliquando ambitUme et mperbia vitrare, et vitris hujuimodi arma et signa depingi faciunt» > D. Martène, Anecd» cité par Du Caoge. Statuta eccU Trecor., ann. 1455.
en France, celle de l*abbé Suger à Saint-Denis. Mais il est possible qoe Ton en découvre d'une date plas recplée ; car nous savons que Suger appela à lui des verriers étrangerSt qui s'étaient rendus célèbres dans la pratique de leur ar(.
Émeric David attribue l'invention de la peinture sur verre au temps de Gharles-le-Chauve, d'après un passage de la chronique de Saint-Bénigne où il est parlé d'une verrière représentant le martyre de sainte Paschasie, baptisée par l'apôtre de Langres et de la Bourgogne : ce 5mtentiâ fuit mulctata captlali^ ut quœdam vilrea anttquUùsfacla et usque ad noslra perdurans lempora eleganti prœmonsiràbat piclura. x> Or, cette verrière , plus ancienne que l'église, rebâtie en 1001 , datait sans doute de la construction du monument renversé qui, selon la chronique , remontait à Gharles-le-Chauve : « A Carolo imperalore cognomento Calvo et domno Isaac episcopo restaurata. » Cette circonstance attacherait un nouveau rayon à la gloire d*Isaac, l'un des plus grands évêques de Langres et l'un des hommes les plus émioents de son siècle. Si la peinture sur verre eût été connue auparavant, par exemple au temps de Charlemagne, les monuments écrits nous en auraient légué le souvenir (1).
Quoiqu'il en soit, Tart de peindre sur verre ne fut pas proprement un secret, et il ne fut jamais perdu comme on le croyait récemment. Le XVIF siècle, en préférant dans les églises le verre blanc au verre peint, vit nécessairement diminuer le nombre des artistes dont il méprisait le talent et brisait les ouvrages ; mais quelques verriers, assez forts
{i) D'Achery. Spicileg. lonae 11, p. 383. Sequitur forma ccclcsiœ (inûquœ.
poar sarmonter l'injastice et l'errear de lean contemporains, gardaient dans Tobscnrité les traditions d'un passé glorieux (1). La simplicité même des procédés essentiels à la peinture sur verre les aurait préservés d'un oubli total et d*nne perte réelle. Nous admettons pourtant qu'on les avait à peu près perdus de vue, et que chaque verrier pouvait avoir quelques procédés inconnus et particuliers.
Il y a deux manières de colorer le verre. L'une consiste à teindre le verre dans la masse ; l'autre, nommée peinture en apprêt, consiste à étendre au pinceau sur la surface du verre, les couleurs vitri6ables que l'on soumet ensuite à Faction du feu pour les incorporer à la substance du verre, qo^elles pénètrent plus ou moins profondément. L'emploi successif de ces deux procédés et leur union à différents degrés servent à distinguer les phases que la peinture sur verre a traversées.
Les plus anciens vitraux peints, ceux du Xir et du Xlir siècles, sont formés de pièces de verre teint dans la masse et peuvent être considérés comme une mosaïque translucide. Les contours et les ombres sont dessinés par des traits et des hachures obtenues au moyen d'un noir vitri&able étendu sur le verre coloré aux verreries. Ce système était plus favorable à la couleur qu'au dessin. Le modelé, le
(1) Tel fut Pierre Levieîl (1708-1772), originaire de Rouen et d'une famille qui depuis plus de deux siècles cultivait la peinture sor verre. Son père avait été chargé par Mansard de peindre des vitraux à la chapelle de Versailles et au dôme des Invalides. Pierre dirigea la réparation des verrières de Notre-Dame de Paris. Outre plusieurs ouvrages manuscrits sur Tart du peintre verrier, on a de lui un savant Traité hist. et prat. de la peinture sur verre dont la première partie fait l'histoire de l'art ; la seconde en expose les procédés en détail ; la troisième regarde spécialement le métier de vilfier.
racconrcî ne sonl pas étniliés. Les personnages rappelleot'l par les lignes des draperies la peinture byzantine. En revanche, les verrières conservent toute la puissance d'ana j conteur franche et brillent d'un doux l'clat. L'artiste recherche principatcnient cet effet, et pour obtenir plus^ j d'harmonie, il peint souvent les objets qu'il représente sans s'inquit^lcr de leur couleur naturelle. Il les détache sut . des fonds en mosaïque, réliculés'en baguettes rouges sur i fond bleu , à compartiments carrés , losanges, semés da | fleurous. Aux bordures en feuillages, en crochets, eo ( trelacs , on reconnaît le style des ornements d'arcbitec ture à la même époque. Dans ces verrières, les pièces t verre sont fort épaisses et de petite dimension ; le réseaBii de plomb qui les lie est par là même très serré. La solidilé.*! qui en résulte pouvait seule nous conserver un si granl.! nombre de ces ouvrages à travers mille causes d'aoéBotifl-r-J sèment (1).
Les vitraux à personnages de grandeur oalnrelle oa de 1 taille colossale se voient plus communément anx grandes ' fenêtres delà nef majeure; lea dessins légendaires disposés en médaillons occupent aillears la plupart des fenêtres. On 7 retronve les snjets traités par la sculpture et puisés dans la Sainte-Écriture ou dans l'histoire des Saints. Les Ggurw sont posées sar le même plan et colorées de manière à De pas rompre l'unité de lamière qui resplendit dans l'ensemble. Les légendes qui les accompagnent peuvent tire
(1) Nos plus ancîcQDes verrières Mot à Ssiot-Denis, à Stiot* Pire de Cbarlres, à l'abside de la calbèdrale de Bourges, aux catbédrales de Rouen, de Tours , d'Angers ; & In Sainte- Chapelle, k larosesud deN.-D. de Paris, etc. On compte à N.-D. de Chartres 146 fenêtre* composées de 1,3S9 siùets, parmi lesquels les reprnenlatioDS de 38 corps de métiers douaieurs des verriir«.
inacritos sur nue bande au pied des personnages on se dé- Telopper de droite à gauche en commençant par le bas.
Outre les yerrières en simple mosaïque et historiéest on fit aussi des vitraux en grisailles ornées sur un fond blanc de lacis, d'arabesques, de fleurs, d'enroulements grisou noirs.
An XIV* siècle, nous observerons comme caractères dis-* tinctife, dans les verrières, une plus grande importance accordée an dessin qui tend à se perfectionner au détriment de l'effet général de la couleur. Il est plus correct, et poar indiquer les ombres, on ne se contente pas de simples hachures, mais on demande des ressources à la peinture en apprêt. On préfère les grandes figures aux médaillons ; on substitue aux fonds en mosaïque les fonds plats, unicolores et les encadrements qui figurent des clochetons, des arcades, selon le style de l'époque. Les morceaux de verre sont plus grands , et Ton évite moins les teintes pâles du jaune et du vert (1).
Cest à la fin de ce siècle que paraissent les verres peints incrustés d'émaux, importante innovation qui permettait de ne pas multiplier les pièces de rapports dans les dessins compliqués et de différentes couleurs. Elle épargnait de plus une notable dépense de temps. Avait-on, par exemple, on ornement à placer sur une pièce de verre autrement colorée, on usait celle-ci au moyen de Témeri et de Fean à l'endroit où l'on avait tracé les contours de l'ornement ; puis on y appliquait un émail de telle couleur qu'on le voulait. Il y avait ainsi deux couches de verre que le fen unissait.
On fit un usage fréquent de ce procédé, au XY* siècle.
(1) Exemples, vitraux de Jean de Kircheim, à N.-D. de Strasboai^*
pour rehausser les bordures des draperies et pour peindre les armoiries dont l'écu est souvent chargé de détails qu*il était difficile de reproduire par autant de morceaux de Terre unis au moyen de plomb.
Les verrières du XV^ siècle et du commencement du XVP se composent presque totalement de pièces peintes en apprêt ; on abandonne le verre teint dans la masse. Elles doivent être désormais considérées plutôt comme des tableaux destinés à mettre en relief les brillantes qualités du peintre que comme des parties de la décoration monumentale. Impatiente des plombs grossiers qui s'opposent au fini, à la perfection du dessin, la peinture s'étale sur de larges verres ; elle s'attache aux détails, vise à la scrupuleuse imitation de la nature et rivalise avec la peinture à l'huile dans le sentiment du modelé , la recherche du clairobscur, la perfection des paysages. L'artiste consacre à ses personnages la partie inférieure des fenêtres. Ils ressortent sur un fond moiré, damassé, ou semblable à une tapisserie moelleuse, et se tiennent debout sur les bases des niches comme sur des piédestaux où souvent le blason étincèle. La partie supérieure de la verrière est remplie par un dessin architectural dans le goût de Tépoquc.
Bien que les couleurs bleue, rouge, verte soient souvent d'une belle transparence, Tusagc immodéré des tons clairs, du gris et du jaune pâle enlèvent l'harmonie de l'ensemble. Cette perte n'est pas compensée par le mérite du dessin dont les détails ne sont point saisissables à distance. L'œil voit de la confusion et les tons clairs heurtent les teintes vigoureuses. La peinture en grisaille, avec quelques nuances jaunes, est très répandue (1). On a soin de dissi-
(1) Exemples, à la cathédrale d*Evreux, en plusieurs chapelles
moler les enchâssures de plomb dans les ombres ; elles serveol même à tracer puissamment les contours et les traits forts des draperies.
Les peintres verriers copiaient souvent alors les tableaux des maîtres qui s*illustraient dans la peinture à l'huile. Ils leur envoyaient les dimensions et la forme des baies que les verrières devaient clore, et ceux-ci exécutaient des cartons que le verrier n'avait qu'à reproduire. Les vitraux d'Eoguerrand-le-Prince, mort à Beau vais en 1530, furent peints, pour la plupart» d'après les cartons de Jules Ro* Inain, de Raphaël et d'Albert Durer (1). Aux fenêtres de rhdpital de GbâIon-sur-Saône, on reconnaît la TransGguration de Raphaël et des calques de plusieurs figures de son école. Du reste, les peintres verriers ont toujours travaillé d*après des cartons qui se conservaient et se transmettaient dans les ateliers. Ce fait explique comment on peut rencontrer des verrières identiques à des distances éloignées, et comment elles doivent présenter quelquefois des nuances d*oD stjle antérieur à la date réelle de leur exécution.
L'emploi du diamant pour couper le verre est un des grands progrès de cette époque. Auparavant on se servait de la tige de fer chaud. Incommode à diriger , elle ne procurait souvent qu'une cassure défectueuse et frangée qu'il fallait régulariser au moyen de Tégrisoir , lame d'acier échanerée aux extrémités. La coupure au diamant abrégeait et facilitait cette taille des morceaux de verre.
de la cathédrale de Bourges, à Saiot-Gervais de Paris, à la Sniiuc- Cbapelle de Riom, à SaÎDl-Ëliennc de Beauvais, à Saint-Martin de Troyes, à Thêpital de Chàlon-sur-Saôoe, etc. Dans le diocèse de Langres» grisailles à Humbécourt, à l'église de la Nativité à loinville ; verrières de couleur à CelTonds, à la chapelle Saint-Anne de Joinville, à Louze. à Droyes, à Puellemontier.
(i) BAiissicr, Hi$u de VArt monum., p. 659.
LadécoatMrtfedetaittvaUMj^inturesfilrifiables, dueant dérdoppemenUl âtfl'alchilliie, fut une autre source deprogrëi. ODricanleqnele frère-Jacques l'Allemand, de l'ordre de Sunt-DomillïiitM,- et run des verriers les plus distingués dn XV* Aèda, troUTa d'une manière mer\-eillease lirco&lear juM prareiUBtdel'argeDt. Pour obéir â son Mpérieiir qiri reorojaità U quëlc, il (juïlla le fourneau ofe.Q commençait la caÎHon de vitres peintes. Mais un booton d'argekit tomba, uns qn'il s'en aperçût, de son vStemont sur la ehanx qni swTiit à stratifier son verre, et, «n se fondant, il teignît en jaune la pièce sur laquelle il reposait.
A la RenaEssance, la France compta parmi les verriers rnn de ses artistes les plm émioeuts, Jean Cousin. It peignit des TerriéreB et des cartons pour un 1res grand oombre de bnCtres des églises de Paris et de la province. On volt de«s œama an chœor de Saint-Gervais, à la Saiote- Chapélle de Vincennes. à la chapelle Sainte-Geneviève de Saint-Ëlienne do Mont et à la cathédrale de Sens.
Il avait en pour émute Robert Pinaigrier, dont les trois fib Nicolas, Jean, Loois et un petit-fils, nommé aussi Nicolas, marchèrent sur ses traces. Saint-Ëtienne dn Mont, Saint-Gervais à Paris , Saint-Père et Saint-Hilaire de Chartres conservent de leurs ouvrages. Jean de Molles fit des vitraux pour la cathédrale d'Anch , oii ils garnirent vingt fenêtres de 45 pieds de haut sur 15 de large. On les regarde comme supérieurs à ceux de Sainte^udule de Brnxelles' et de Notre-Dame d'Anvers.
Les verrières de la Renaissance sont faciles à distinguer par la décoration : elle ne rappelle plus le style gothiqae. L'architecture peinte en grisaille présente l'arc cintré , les gairlandes de fleurs et de fruits, les génies nos, les anges
bouffis. Les étoffes sont d'une extrême richesse; le modelé, imité par des points plus ou moins serrés suivant les décroissances des ombres. Le XVII* siècle et surtout le XYIir, en repoussant Tart du moyen-âge dans toutes ses branches, pour adopter exclusivement les traditions de Tart grec et romain, oublièrent graduellement et par une marche logique la peinture sur verre, dont Teffet mystérieux convenait à la mystérieuse ogive.
Les verriers allèrent demander à Tétranger, qui le leur donna quelque temps encore, le pain matériel avec un aliment à leur activité. Ils étaient bien déchus de leur noblesse passée et des privilèges dont les rois les avaient comblés. Le gentilhomme extrait de noble et ancienne lignée, disait Tancien Droit, ne déroge point à la noblesse et n'est pas dans le cas d*ètre imposé à la taille pour exercer lart de la verrerie. Cette législation disparut devant les règlements de 1614 (ij. Ce n'est pas seulement le métier qui se trouvait frappé, mais Tart et les artistes. L'indifférence avait succédé à l'engouement* « N'est-ce pas, disait déjà Palissy, un malheur advenu aux verriers des pays de Périgord , Limosin , Xaintonge « Ângoulmois , Gascongne , Béam et Bigorre, ausquels pays les verres sont méchanisez en telle sorte qu'ils sont venduz et criez par les villages.
(I) Les Romains honoraient les verriers et leur accordèrent plosieurs prérogati?es. Théodose les favorisa tout spécialement* En quelques provinces de France, les verriers n*admettaient parmi eux que ceux qui présentaient des titres de noblesse ou établissaient leur filiation avec des familles de noblesse verrière, La considération dont ils jouissaient tient à retendue des connaissances et à l'habileté qu'ils peuvent déployer dans leur art. Chez les Anciens, l'emploi du verre pour les vases servant au culte des Dieux ou aux cérémonies en rhonncur des morts, put contribuer à relever l'art de la verrerie.
par ceux mesines qui crient les vieux drapeaux et la vieille ferraille, tellement que ceux qui les font et ceux qui les vendent travaillent beaucoup à vivre (l). »
Au XVIir siècle, on se mit à défoncer les verrières peintes et à les remplacer par du verre blanc. Ici, je ne puis m'empècher de remarquer la singulière et secrète correspondance qui existe entre les idées générales d'an siècle. On enlève à la liturgie son cachet mystérieux, en traduisant le canon en langue vulgaire , en abattant les jubés, en rapprochant l*autel du peuple ; et c*est précisément alors que Ton condamne les vitraux peints , parce qu'ils diminuent la clarté du jour. Les ombres de la foi pèsent à plusieurs ; beaucoup de ceux même qui en portent volontiers le joug ont assez respiré lair de la Renaissance payenne pour n*avoir plus le sentiment d'un rapport entre la demi-obscurité des églises et les conditions fa?o- ' râbles de la prière chrétienne.
La connaissance de la lecture était plus répandue, et, depuis rinvention de riniprimerie, il était facile à chacun de se procurer des livres. Le peuple pouvait lire durant les oiBces, et par conséquent il y avait lieu de désirer plus de jour que les anciennes verrières n'en laissaient briller. Mais, en accordant que certaines églises presque ténébreuses aient réclamé des changements sur ce point, on n'aurait pas du les exécuter en condamnant en masse la peinture sur verre et en détruisant ses merveilleux ouvrages.
Il est vrai que le vandalisme ne s'est pas toujours acharné directement contre les vitraux de couleur. Une
(i) B. Palissy, De VArt de Tcrre^ au couimcnccmenl.
partie a péri faute de mesures préscrvatives. Tanlôt les chocs extérieurs et violents que nulle grille n'arrêtait ont brisé les panneaux ; tantôt le vent s'engouflTrant dans un étroit passage que, par négligence, on n*avait pasfermé, a renversé la clôture entière de la fenêtre. Mais cette incurie elle-même ne vient-elle pas d*une ignorance qui engendre le mépris?
Âajourd*hoi , il existe en France une cinquantaine d*ateliers pour Texécution des vitraux peints ; la résurrection de cet art est un fait accompli. IPa donné des produits qui rivalisent avec les meilleurs du moyen-âge , et Ion ne doute pas que la chimie moderne, par les lumières qu'elle jette sur les matières colorantes dont se composent les émaax« ne contribue, ainsi que le progrès général de 1* indostrie, h pousser la peinture sur verre dans la voie du perfectionnement. Nos contemporains laisseront derrière eux les procédés indiqués dans V Essai du moine Théophile ou recoeillis par Levieil. Du reste, la marche suivie pour Tensemble de la composition et de la confection d*un vitrail ne peut guère varier. Il est opportun d*en faire maintenant Texposé sommaire (1).
n appartient aux traités spéciaux de fournir des notions techniques sur la nature et la composition des émaux, c'està-dire des substances vitrifiées ou vitrifiables de couleurs différentes^ qui servent à peindre sur le verre et qu'on y fait adhérer en les exposant à une température capable de les mettre en fusion. Les émaux sont composés T des substances colorantes qui sont le plus souvent des oxydes métalliques ; 2*^ des fondants ou véhicules des couleurs, qui
(4) La plupart des détails suivants sont tires du Nouveau Manuel complet de la Peinture sur verre, par M. Rcboulleau.
sont des composés vitreux ou vitrescibles, par l'intermédiaire desquels on fixe les matières colorantes sur le verre. La fusibilité des émaux doit être toujours plus grande que celle du verre, afin qu'ils se fixent sur lui avant qu'il n'arrive à la liquéfaction. Dans les fréquents changements de température que subissent les verres peints pendant et après leur fabrication, la dilatation de Témail doit être en rapport exact avec le verre ; autrement il se produit des gerçures et la couleur tombe en écailles.
Les couleurs ou substances colorantes unies à leurs fondants, réduites en poudre, sont conservées à l'atelier dans des flacons bouchés. Au moment de l'emploi, on les mêle à des liquides de diverse nature qui permettent de les étendre sur le verre au moyen de pinceaux. Le peintre, chargé d'exécuter un vitrail d'une grande étendue, doit s'attacher d'abord à le diviser en panneaux plus ou moins nombreux, qui seront circonscrits par des barres de fer convenablement disposées et combinées, pour que toutes les parties jouissent d'une égale solidité. Il détermine d'abord la direction qu'il convient de donner aux fers et aux plombs destinés à lier les différentes parties du tableau et à en garantir la solidité. L'auteur du carton ou du modèle que le verrier doit reproduire est obligé lui-même de prévoir cette nécessité dans sa composition. Les pièces de verre sont ensuite coupées selon les exigences du dessin. Pour cela, on lève sur le modèle, au moyen d'un papier transparent , un calque qui sert à reproduire le dessin sur le verre. On place les feuilles de verre sur le calque étalé sur une table. La translucidité permet de suivre les contours du dessin. Si le verre n'est pas assez transparent, on a recours au poncif : c'est une sorte de calque dont le dessin est mis à jour par des trous d'épingles nombreux et rap^
proches. On le place sur le verre ; puis on fait passer à Iravers les trous de la poussière de charbon contenue dans an petit sachet que l'on secoue, et cette poussière indique suffisamment sur le verre les lignes du dessin. Les pièces de verre sont ensuite réunies avec de la cire et posées sur un chevalet.
L'application de la peinture sur le verre poli offre des difficultés particulières. Très souvent un second coup de pinceau enlève la couleur déposée par le premier. De plus il est mal aisé de superposer plusieurs couches rendues adhérentes par les mêmes substances. Elles se délayent ensemble et mêlent les diverses applications. On a eu l'heoreuse idée de donner à chaque couche de couleur un véhicule différent et insoluble pour celui avec lequel il se met en contact ; ainsi on a peint à Teau sur une couleur à Tessence. On est ensuite arrivé à peindre avec le même véhicule en soumettant la première couche, dans une étuve, à on mode de dessiccation qui la rend plus fixe, ou en empâtant progressivement les couches par Temploi du sucre, de manière que l'action de la couleur superposée à la première couche soit moins dissolvante.
Les verriers se servent de nombreux artifices pour obvier aux inconvénients des procédés communs. Ainsi, pour éviter la superposition des couleurs , on peint le verre des deux côtés. On obtient, par exemple, une coloration verte en appliquant une teinte jaune au revers d*un verre bleu.
Lorsque le verre est peint, il reste à lui incorporer les émaox en les soumettant à une chaleur qui les fasse fondre. Pour cela on dispose les feuilles de verre dans une sorte de caisse en terre réfractaire appelée moufle; on la place dans un fourneau , et l'on chauffe jusqu'au degré
ciinvpoaWe, lentement et de maok-re qae la monflc arritc pnrlout à la mf-me tcmpt^rature.
La peinlare sur verre qui s'esiVute avec des i^maox coinrôs n'est pn« lermiot>e dès qu'elle a subi un premier feu. Ordinairement la fusion des émaux fait baisser lu ton de» couleurs en gémirai. Il faut doue retoucber l'ouvrage après le premier feu, quelquefois même apr6s le second. Les <Wnaux n'en supportent pas plus de trois, sans (cndr<; à disparaître. Pour ces retouches, on ri^tablît les pièces dp verre sur le chevalet en les assemblant à la cire ou par une mise en plomb provisoire.
Quand la peinture est achevée, on procède à la réunion des pièces qui composent la verrière par la mise en plomb délinilive. Le calque qui a servi à couper les morceaux de verre sert maintenant â les assembler. Aprùs que l'on a ajiisltî les baguettes de plomb à un panneau , on soude ces baguettes au moyen d'un alliage de plomb el d'étaîn.
Le réseau do plomb nesuflirait posa maintenir solidement une verrière d'une certaine étendue. Il a besoin d'être fortifié de distance en distance par des barres oti des tringles en fer qui composent l'armature.' An moyen-âge. cet appareil , tont en consolidant l'ouvrage , prenait la forme des panneaux et en faisait' heureusement ressortir les contours. Par économie, et surtout dans tes verrières modernes, on s'est contenté d'une armature qui a l'apparence d'une grille ordinaire et dont lé dessin est indépendant de celui de la peinture. Le moyen-âge retenait les panneaux à l'armature par des clavettes ; les panneaux des vitraux modernes sont souvent refus dans les fenillores des barres de fer et mainlvnues par des chevilles transversales: D'autres fois l'armature consiste simplement en tringles placées derrière le vitrail el qui se rattachent les pacoeanx
par robans de plomb soudés au plomb des panneaux euxmêmes.
Le \itrail ainsi monté, le vitrier n'a plus qu*à fermer avec du mastic les endroits qui pourraient livrer passage à la pluie ou à Tair extérieur.
Telleest la magique puissance de cette peinture^ que nos églises gothiques semblent sans elle incomplètes , et que par elle on rachète, en partie du moins, la sécheresse désolante de nos médiocres églises en style classique. G*est par elle que le moyen-âge mit le sceau à son immense et magniGque système de coloration au sein duquel tout prenait chaleur et vie : les fresques aux parois; les couleurs brillantes aux reliefs des nervures et à la statuaire ; aux voûtes l'azur et les étoiles d*or ; au pavé la mosaïque de terre cuite vernissée ; aux fenêtres la verrière peinte, mosaicale ou historiée, pour défendre la paix du sanctuaire et le recueillement de l'âme contre une lumière intempestive, pour fondre et harmoniser dans un jour tranquille les membres divers et les nuances innombrables du saint édiGce.
II est assez remarquable que les inconvénients de la vivacité du jour pour les églises ait fait exprimer, dans l'Encyclopédie, un regret relativement à l'abandon de la peinture sur verre (1). Mais aujourd'hui, on ne comprendrait pas que la réaction en faveur de l'art gothique n'embrassât point une de ses branches les plus importantes. Nous n*avons rien à perdre et tout à gagner à user de représailles à l'égard des vitres blanches. Les verrières de couleur sont si favorables à la piété que les fidèles, en entrant
(I) Dict. des arts et métiers^ tome VIII : Art de peindre sur verre.
dans cerlaines églises pour prier, se dirigent iostincUvement vers les cliapelles qui ea sont décorées. Sotis le rapport de l'art, elles attirent l'atteotioa du savant, tandis que la Titre blanche est vulgaire et sans dignité. Enfin elles remplacent les tableaux mobiles sans nuire comme eux à l'arcbilecture (I).
La peinture sur verre convient aux églises nouvelles de style gothique, el l'on ne peut trop désirer qu'elle soit rendue aux anciennes églises qui en ont été dépouillées. Nous croyons de plus qu'elle esl d'un bon eETet dans les églises en style néo-grec, à moins qu'on ne veuille s'y astreindre à une scrupuleuse imilalîon de l'antique : car l'antiquité ne fournit aucun exemple de ce système d'éclairage. Mais alors les vitres blancbes elles-mêmes devraient être repoussêes, puisque les temples u'avaient pas des fenêtres apparentes comme celles des monuments modernes et qu'ils étaient assez obscnrs à l'intérieur. On voit enfin que les églises de N.-D.-de-LoretIo et de S.- Vincent-de-PaoIe à Paria, doivent à leurs verrières une partie de leur caractère religieux d'ailleurs assez faible.
Mais, dira-t-on, les verrières de couleur coûtent trop cher ; placées à toutes les fenêtres d'une église, elles la rendraient beaucoup trop sombre ; elles sont bien fragiles et l'on s'expose à perdre en nn instant avec elles des épargnes qu'on pourrait consacrer à des objets plus durables. Ces observations méritent que l'on s'y arrête. Elles don-
(I) Lorsqu'on veut s'adresser i un peintre-verrier pour demander une verrière, il est indispensable de lui envoyer le dessin et les proportions exactes de la baie que cette verrière est dcsiinéo i clore. Le peinlre doit mettre le style de son ouvrage d'accord avec celui de l'erchiiecture, et se conformer aux lois iconographiques qui ont rapport au sujet dont l'exécution lui est confiée.
Dent liea à des eiplieations très utiles sur le principe général que noas avons posé : condamner les vitres blanches telles qu'on les fabrique de notre temps ; adopter les vitres colorées.
Les grisailles des XIP, XIIP et XIV^ siècles coûtent aujourd'hui de 60 à 80 francs le mètre superficiel; les grandes figures isolées, de 150 à 200 francs ; les médaillons, de 200 à 250 francs. Les vitraux qai appartiennent plus ou moins an stjle de la Renaissance coûtent encore plus cher; ils sont d'un travail artistique plus difficile et plus compliqué. 11 est évident que beaucoup d'églises sont dans l'impossibilité de se procurer une décoration aussi coûteuse. Mais on peut commencer par orner une fenêtre à l'abside, à la chapelle de la Sainte-Vierge, et attendre les ressources pour en orner d'autres. Si l'on n'espère pas pourvoir à la dépense de verrières historiées, que l'on se contente d'une mosaïque en verre de couleur. Elle coûte beaucoup moins cher et ne réclame que la main d'un vitrier intelligent. Toutefois il faut du goût dans le choix et la combinaison des couleurs. Le moyen-âge a laissé des exemples précieux qu'il sera bon d'imiter (1).
Si Ton n'a ^oe du verre incolore, il est encore un moyen de l'employer convenablement dans une église : c'est de le découper en morceaux que l'on combinera de façon à produire par le lacis de la résille de plomb des dessins variés et plus ou moins ingénieux , depuis les simples losanges jusqu'aux entrelacements, aux nœuds et aux enroulements compliqués. Le moyen-âge a été très fécond dans ce genre
(i) V. de très bons modèles dans les Vitraux de Bourges des PP. Martin et Cahier.
fie composition, que nous avons grand tort de négliger (1).
Un archileclp de beaucoup d'c^péricDce et do goût obsene avec raison que le vieux verre i^pais et d'une leinte verdâlrc est d'un meilleur elTet dans les églises que le verre mince cl blanc de nos fabriques actuelles. Il est plus solide et donne un jour tempéré. Il faudrait dêtormlnor les verriers à en fournir de cette espèce. L'Allemagne ne l'a point encore rejeté. Souvent on le remarque dans les anciennes peintures allemandes ou flamandes , où il est monl6 en mailles circulaires ou losangécs (2). Le verre blanc dépoli n'a pas seulement l'inconvénient d'être une innovation dans les églises gotliiqucs et de rappeler les usages que l'on en fait à ccrlaines fenêtres sur la rue ; il est encore désagréable, selon nous, par ses Ions fades et neigeux.
Je conclus qu'il }' a une réforme possible et facile à introduire en faveur des verres de couleur, quelle qne soit la pauvreté des églises qui voudraient la tenter. D'ailleurs, il n'est point improbable que l'on ne découvre des procédés nouveaux et moins dispendieux pour peindre sur verre. Autant il est imprudent de se fier sans examen aux pompeuses annonces d'inventions nouvelles en celle matière, aulanl il' nous parait faasardé de dire ao géniâ indaslriel de notre siècle actif et eolreprenant : Tu n'iras pas pins loin.
L'objection tirée du peu de Iranspareoce des vilraox
(1) V. des exemples de ers vjiraux dans le Bull, motium., lame Wll, par M. R. Bordeaux, et notre planche II, lig. 4 et suiv.
(2) M. R. Bordeaux, ouv. cite. Les hautes fencircs de Tabside delà cathédrale de Langres ont gardé une partie de leur vieux vçrre d'une leinte verdâtrc. Il est facile d'apprécier sa supériorité monumenlalc à cAlc des vilrcs blanches.
peints ii*est pas méprisable. Nous admettons en principe que Ton doit conserver dans la construction et la décoration d'une église l'unité de style. Nous croyoos qu'il y a désordre à rapprocher une imitation gothique d'une imitation grecque, ou même des formes du XUr siècle et d'autres du XV*. Ces iospirations ne s'allient pas ; elles n'ont pas la même source et produisent des effets disparates. Cependant il esl certain que des fenêtres du Xlir siècle, en verres épais et fortement colorés dans la masse, réunis en mailles de plomb serrées, peuvent produire, surtout dans les égli- SCS peu dégagées des constructions voisines, et à certaines heures où le saint lieu est très fréquenté, une obscurité pleine d'inconvénients. C'est pourquoi il parait nécessaire de n'employer que la peinture du XIV' siècle pour les églises d'un style antérieur à celte époque, à moins qu'il ne s'agisse de feoètres dont la fermeture laisserait encore assez de lumière veoant d'ailleurs. Les dernières phases de la peinture en apprêt n'offrent pas la même difficulté.
Quant à la fragilité des verrières peintes, on ne saurait l'objecter sérieusement. D*abord les couleurs en émail sont de leur nature très durables. Leur substance peut acquérir par la composition une grande dureté ; elle est, en général, capable de résister longtemps aux frottements des corps solides. L'air, ni l'eau, ni les gaz de l'atmosphère ne les peuvent altérer, et si les vitraux périssent, c'est par des causes contre l'action desquelles il est facile de les protéger. Il faut les garantir contre les chocs extérieurs, contre les pierres lancées par les enfants , au moyen d'un fin grillage en fil de fer, non pas scellé dans l'architecture qu'il dégraderait, mais attaché à la ferrure même du vitrail. Si, par vétusté ou par une autre cause, une verrière tombe en mauvais état, on doit veiller au rétablissement des plombs
et da fer des panneaux. Si une pièce de verre s'ébranle ou tombe« comme il arrive parfois, après des vents violents» il faut sur le champ fermer passage au vent qui agrandirait l'ouverture et entraînerait peut-être le vitrail tout entier. Il est plus facile de conserver une verrière peinte que de la réparer. Pour mener à bonne fin la restauration d'un ouvrage de cette espèce, il est une multitude de précautions à prendre. Elles ont pour but d'empêcher plusieurs inconvénients dont voici les principaux : l"" le changement , la perte ou le déplacement des pièces du vitrail. Ainsi on emploiera un ouvrier probe, incapable de substituer du verre moderne et médiocre aux verres anciens et précieux dont il ferait commerce. L'ouvrage sera autant que ponible exécuté sur les lieux mêmes et sous les yeux de l'architecte ou du curé intéressés à sa bonne restauration. Avant de démonter un panneau, on en prendra le calque et ses morceaux seront comptés et numérotés. Ils seront rétablis dans l'ordre exact et primitif. Rien de plus absurde que les restaurations faites dans les verrières historiées sans tenir compte du tableau* On aura pu boucher les trous, laisser aux couleurs TeOet kaleïdoscopique ; mais pour Tintelligence du spectateur, la fenêtre est pénible à voir comme une page dont l'ordre des mots serait bouleversé (1). 2** Le remplacement des pièces perdues, par des verres qui ne conviennent pas. Tels sont les verres blancs ; ils ferment
(i) Oo s'est moqué plaisamment de ces réparations maladroites où Ton voit c un pied place au bout d'un bras: des figures sens dessus dessous ou gratifiées de deux lètes pour un même corps; Hérodiadc recevant un chapiteau au lieu du chef de S. Jean-Baptiste ; Judith empruntant la jambe de la monture de Balaam, pour frapper un Holopherne qui porte une tète de femme placée à rebours sur ses épaules, t M. Schmidt.
le trou en réalité, mais noti point dans Tapparence, qui est aussi désagréable à Tœil que le vide ; tels sont les verres provenant d'une autre verrière : source d» confusion pour le sujet qu'on restaure et peut-être cause de vandalisme pour d'autres ouvrages qu'on achève d'anéantir. Le mieux, quand on ne peut faire repeindre des pièces semblables à celles qu'il s'agit de remplacer, serait d'employer du verre à une seule couleur et d'un ton qui fût d'accord atec celui des morceaux auxquels il doit s'unir. 3^ L'altération des couleurs. Qu'on se garde bien, sous prétexte de nettoyer les verres peints et de leur rendre l'éclat, de les laver par des mordants ou de leur faire subir des frottements propres à enlever la peinture, surtout Jes teintes délicates et les couches appliquées après le premier coup de feu pour marier les nuances. 4^ L'affaiblissement des plombs et de l'armature. L'économie serait ici mal placée, on le comprend. D'ailleurs, si les plombs nouveaux n'ont pas l'épaisseur de ceux auxquels on les substitue, il en résulte une différence dans l'écartement des pièces et un dérangement notable dans leur assemblage.
On trouve quelquefois, dans les recoins des sacristies ou sur les voûtes des églises, des monceaux de fragments d'anciennes verrières jetées au rebut et oubliées. Il ne faut pas se hâter de les détruire ou de les vendre, mais s'efforcer d'en rétablir les sujets. Pour cela, ou en fait un premier triage qui réunit les morceaux de même sorte : figures humaines ou d'animaux, pièces d'architecture, de paysage, d'ornement , etc. , fragments méconnaissables. On rapproche ensuite, comme au jeu de patience^ les pièces qui semblent avoir du rapport entre elles, et l'on arrive, s'il y a lieu, à la reconstruction totale ou partielle d'une verriëroi d'un panneau ou d'un médaillon.