‹ Cours d'archéologie, Université Laval de Montréal [microforme]Chapitre 13 sur 34 · DE L'ART DANS L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

DE L'ART DANS L'INDUSTRIE

Après avoir examiné ce qui se rapporte principalement aux monuments, pour compléter nos données, il faut voir ce qui se rapporte aux fabrications, aux industries, aux métiers, aux différents objets de l’activité humaine. Avant de nous prononcer à cet égard, laissons parler M. de Beaumont, un des plus grands experts des expositions universelles.

‘# À ces expositions, nous dit-il, on a admiré les produits de l'Orient, et en particulier les envois de l’Inde. On y a trouvé l’application parfaite des règles et des lois de la fabrication la plus intelligente, telles qu’elles sont formulées par les plus grands connaisseurs, mais si souvent méconnues ailleurs. La section orientale a une part éminente et ceci a d’aiileurs été toujours si bien reconnu, que, depuis des siècles, les industries européennes empruntent leurs procédés de fabrication aux produits de l'Orient. En particulier, depuis longtemps on a cherché en Europe à imiter les tapis, les tentures, les étoffes et les cachemires de l’Inde, les bijoux de Lahore, les satins, les ivoires et les porcelaines du Décan indien, qui rivalisent avec les produits de la Chine et du Japon. Rien de plus beau que Les vases et ustensiles de bronze émaillés et inimitables qui viennent du Népal. Dans le genre ordinaire,

les madapolans et les calicots du Maduré; dans le genre riche, les mousselines mates et transparentes, les mousselines pailletées, brochées d’or et d'argent, venant de Gwalior et d'Agra. Les armes, les tapis, les laques, les bronzés, les tapisseries sont supérieurs à nos imitations par la qualité de la matière, par la beauté des dessins, par la solidité, et en même temps par la modicité des prix.

‘ C’est ce qu'il nous faut reconnaître pour écarter ce patriotisme mal entendu qui ne veut pas comprendre qu'il faut absolument remonter à la source du vrai et du beau, sans lesquels le luxe et l’art ne sont rien.

‘ Voilà ce qui leur assure la préférence pour toujours, tandis que les étoffes, les tapis, les châles des grands centres de fabrication en Europe, qu'on admirait il y a dix ans, que dis-ie, l’année dernière, sont passés de mode et dédaignés.

‘Il y atout à gagner à revenir à ces sources immortelles. On y trouvera le beau, le raisonnable, la durée. Après la première croisade, nos ancôtres sortant à peine de la barbarie, sont devenus le plus habiles industriels que nous ne le sommes maintenant après huit ou neuf siècles de civilisation.

I] faut se défier de l'indifférence que l’on affecte pour les choses extérieures. Cette indifférence est un penchant qui n’est pas raisonné, et qui pourrait bien n'être pas raisonnable,

Il faut se dt : le ces idées d'économie que l’on prétexte par défaut de prévision ; ce sont des économies qui reviennent très cher, parce qu’il n’en coûte pas plus de faire bien que de faire mal, mais les conséquences sont bien différentes.

‘ L'on doit examiner les circonstances où l’on se trouve, le climat, les influences atmosphériques, et aussi il faut tenir compte de ce jour qui nous éclaire ; ce soleil toujours voilé ne saurait mettre sous nos yeux la couleur et le dessin que l'Orient montre sans cesse d’une façon si nette.

‘F1 faut étudier ces vases, ces bronzes émaillés que l’on ne peut égaler; ces meubles incrustés de nacre, d’écaille, d'ivoire gravés et travaillés avec une inexplicable habileté.

‘ Et ces papiers de palmier si beaux, si solides, si parfaits, qui ont remporté à la dernière exposition la grande médaille d'honneur.

‘ Et toutes ces merveilles, parce que c'est là qu'est le s0leil, ce grand coloriste qui vivifie les matières premières ct qui révèle les secrets de l'harmonie.

‘“ Ces coupes, ces coffrets, ces écritoires, ces armes, ces ustensiles en jades, en améthiste, en cristal de roche, incrustés d’arabesques, d’or, de rubis et d’émeraudes, ces passementeries, ces cordonnets de soie, d’or ou d'argent, avec la manière de s’en servir pour orner et broder les vêtements de pourpre, de velours et de soie.

“ Les habitants de l’Asie ont un vif sentiment de la dominante dans la couleur, chose aussi importante pour la peinture que pour la musique.

‘ Les Orientaux sont nos maîtres en fait de couleur, dit un grand critique d’art. C'est à eux qu’il appartient de nous donner des leçons.” Nous autres, Européens, nous avons si peu le sentiment de la couleur que dans nos écoles de peinture, un grand coloriste est un oiseau rare. Nous ne savons être ni hardis sans crudité, ni tempérés sans fadeur. Nous cherchons l'effet dans des rapprochements hasardeux, ou bien nous ne trouvons l’harmonie que dans l’attiédissement des teintes.”

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