‹ Cours d'archéologie, Université Laval de Montréal [microforme]Chapitre 14 sur 34 · DES FÈTES ET DES CÉRÉMONIES · texte numérisé non relu

DES FÈTES ET DES CÉRÉMONIES

Après avoir vu l’art dans la fabrication, nous allons continuer à l’étudier dans les cérémonies et les pompes religieuses et nationales.

Les cérémonies répondaient à la magnificence des temples et à la solennité des fêtes. Les pèlerinages étaient très nombreux, et attiraient des ‘cent milliers de fidèles. Les seigneurs marchaïent dans les cortèges, accompagnés de leurs hommes d’armes et de leur bande de musique. Ils rivalisaient entre eux de luxe et de magnificence ; puis venaient les chœurs de chant et de danse exécutés par les

artistes les mieux exercés. Ces chœurs étaient et sont encore très nombreux ; ils avaient quelque rapport avec ces chœurs de chant et de danse que l’on trouvait chez les Grecs et chez les Romains, et aussi chez les Hébreux, parmi lesquels se mêla le roi David en ramenant l'arche du Seigneur à la ville de Bethléem.

Ensuite apparaissent les religieux brahmes avec leurs fonctions particulières. A certains sanctuaires, il y en avait jusqu'à quatre ou cinq milliers, quelquefois plus. Tous ces assistants marchaiïent en procession autour du temple, précédant ou accompagnant des chars de cérémonie, portant l’image des dieux, couverts d’ornements, de pavillons; de boucliers, de drapeaux depuis la base jusqu’au sommet. Or quelques-uns avaient 80 pieds de hauteur et présentaient plusieurs plates-formes disposées en terrasses et en gradins chargés de monde, quelquefois 200 ou 300 enfants et jeunes filles, chantant, chargés de bouquets et de couronnes de fleurs. (Ces chars ont besoin d’un millier de bras pour être mis en mouvement, et ne peuvent faire le tour du temple qu'en une huitaine de jours.

Le soir, l'attrait des fêtes était encore plus grand par les ressources merveilleuses des illurainations. Des Jampions et des lanternes de couleur étaient allumés de

toutes parts.

Outre les fêtes religieuses, pour donner une idée des

imaginations de ce peuple pour le faste et la splendeur, il faut voir les relations des voyageurs et des missionnaires sur le luxe des princes dans leurs réceptions, dans leurs prises de possession, dans les mariages de leurs enfants. On voit jusqu’à dix mille personnes dans un cortège : les officiers, les ministres, les employés, les soldats à pied, à cheval, les artilleurs, ceux qui conduisent les chameaux, ceux qui conduisent les éléphants, et ceuxci caparaçonnés des pieds à la tête du velours le plus riche, relevés d’or et de pierreries, surmontés d’une tour parfois à plusieurs étages parfaitement assujettie sur la selle de l'animal.

Quant aux costumes, dit Rousselet en décrivant ces fêtes, il faut se représenter le moyen âge dans toute sa magnificence: des pages, des troubadours, des chanteurs et des danseurs habillés avec richesse et élégance, rappelant par la coupe de leurs vêtements les temps des XIITe et XIV: siècles, les hérauts d’armes à cheval avec leurs longues trompettes entourées de draperies, et leurs dalmatiques chargées d’armoiries rappelant les temps féodaux ; puis les troupes régulières parfaitement disciplinées par des officiers européens ; puis les escadrons de cavalerie, l’artillerie de campagne, les mousquetaires, les hallebardiers, les canonniers à dromadaires, en tout dix mille hommes. Le défilé dure près d’une heure.

Derrière ces troupes on voit s’avancer le porte-étendard

royal, assis sur un superbe éléphant peint et couvert de draperies dorées, portant un drapeau en drap d'or de plus de trente pieds de hauteur. Autour de lui, les défenseurs du drapeau, à cheval et couverts d'armes damasquinées d'or, avec des casques en métal relevés de plumes d’autruche, un bouclier de rhinocéros relevé d’or, vêtus avec une richesse inouïe.

Ce que nous avons dit peut suffire pour donner une idée du génie de ces nations placées si loin de l'influence européenne.

Quelque admiration que ce perfectionnement de l’activité humaine puisse inspirer, on doit comprendre qu’il faut encore autre chose pour faire un peuple intelligent, moral et vraiment civilisé.

En toutes ces merveilles, il n’y a rien qui puisse élever les âmes au-dessus des entraînements de l’orgueil et du sensualisme. 1] faut donc une doctrine et des institutions qui éclairent l’homme et lui inspirent l'amour du vrai et du bien; il faut la connaissance des grands principes de la justice, et alors on verra ces peuples se mettre par leur conduite au niveau de tant de talents naturels.

Longtemps la vie simple et patriarcale des premiers jours a préservé ces races des vices de la mauvaise civilisation ; mais ensuite l’oisiveté et la mollesse ont envahi les âmes ; les premiers principes ont été oubliés ; les mauvaises

habitudes ont tout perdu. T1 faut un renouvellement complet; il faut mettre des obstacles insurmontables à l’entraînement du mal. Il n’y a que les institutions chrétiennes qui peuvent opérer ces prodiges. C’est ce qu’elle ont fait vis-à-vis de peuples encore plus aveugles et plus dégradés, vis-à-vis des barbares du Nord et des populations corrompues de la Grèce et de l'Italie. Sous ce rapport, tout n'est plus encore à faire. L'Eglise a pris les devants. La rénovation a commencé avec les premiers temps du christianisme. Saint Thomas est venu dès les premiers âges de l'Eglise : entre l’île de Ceylan et les embouchures du Gange, i] a conquis des milliers de fidèles dont les descendants existent encore en grand nombre. Ils viennent chaque année par milliers honorer le tombeau de l’apôtre, du Sauveur, près de Méliapour. Plus tard, saint François Xavier a réuni ces chrétiens et a étendu dans les Indes les conquêtes de la foi. Les successeurs de saint François Xavier avaient gagné une grande partie des Indes. Les persécutions sont arrivées et ont arrêté cet élan, mais actuellement, les Missions étrangères ont repris l’œuvre. Ils ont déjà conquis de notables succès. L'on compte maintenant trente évêques et archevêques établis par les nouvelles missions, qui soutiennent un millier de religieux et de religieuses. Enfin, l’on voit dans chaque province des milliers de catholiques qui exercent déjà une notable influence.

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