‹ Cours d'archéologie, Université Laval de Montréal [microforme]Chapitre 16 sur 34 · LES PYRAMIDES · texte numérisé non relu

LES PYRAMIDES

À deux lieues du Caire, au delà du fleuve, on aperçoit les Pyramides. La principale est haute de 500 pieds et elle a 600 pieds de base sur chaque face,

Les Pyraides sont précédées de la statue du Sphinx, qui est enterré dans le sol jusqu'aux épaules et qui montre au-dessus cette tête gigantesque dont le menton est à 15 pieds du sol et le sommet est à 42 pieds du sable,

Le visage avec la coiffure à 26 pieds de hauteur, le tour de la tête an niveau du front, y compris la coiffure, a 80 pieds de circonférence.

Cette bouche qui à 10 pieds de largeur sourit avec grâce. Sur cette tigure, moitié statue, moitié montagne, toute mutilée qu’elle est, on découvre une majesté singulière et même une extrême douceur.

Tout ce qui est conservé : le front, les sourcils, les yeux, les pommettes, les joues, le menton, tout témoigne d’une finesse de ciseau extraordinaire,

Les Pyramides forment une perspective imposante derrière le Sphinx. Du sommet on découvre une vue très belle sur le N il, sur le Caire, et, enfin, sur le désert.

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ait épargnée, dit M. Ampère, les pyramides que tant de poètes ont célébrées jusqu’à Delille à qui elles ont inspiré un vers plus grand que lui:

‘ Leur masse indestructible a fatigué le temps.”

C’est ce que disent les Arabes : toutes choses craignent le temps, mais le temps craint les pyramides.

Stace les appelle d’audacieux rochers, et Pline des masses monstrueuses. Gœthe à qui l’on avait présenté un simple profil de la grande py ramide, après l’avoir examiné attentivement, dit: ‘Ce dessin est la conception d’architecture la plus colossale que j’aie vue de ma vie; je ne crois pas qu’on puisse rien au delà.” Expression gigantesque, illustrée par une parole de Bonaparte à ses soldats: ‘ Du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent ! ”

Soutzo, le plus grand poète de la Grèce moderne, a dit : ‘ Elles versent l’ombre de quarante siècles. ”

En les comparant avec les plus grands édifices du monde qui s'élèvent jusqu’à 450 pieds : Saint-Pierre de Rome, Strasbourg, Saint-Etienne de Vienne, Malines, Rouen, on trouve que la pyramide de Chéops est encore plus élevée, au point que si elle était en ferblanc creux, on pourrait la placer sur Saint-Pierre de Rome, qui serait couverte comme une pendule sous un globe de verre ! Sauf quelques chambres, la pyramide est pleine et massive dans

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sa dimension effrayante de 600 pieds sur 450. Cette masse, suivant les auteurs de la description de l'Egypte, MM. Vivant-Denon et Jomard, de l’Institut, a au moins 75 millions de pieds cubes de pierre. ÆElle pourrait four- - nir les matériaux d’un mur de six pieds de haut sur deux pieds d'épaisseur et de mille lieues de longueur, comme de l'embouchure du Saint-Laurent à l’isthme de Panama. On pourrait avec cette réunion fournir la pierre taillée de toutes les façades de maisons à trois étages d’une ville de deux lieues de longueur sur deux lieues de largeur.

Vous approchez et vous voyez comme le mur d’un monde qui s8’avance à votre rencontre pour arrêter tout pas et toute vue: vous voilà à la base du monument. Il est deux fois et demie élevé comme les tours de Notre-Dame. Vous marchez le long du soubassement qui a trois fois la longueur de Notre-Dame, ce qui prend un temps notable, que l’on peut apprécier surtout en plein soleil. Et quand vous avez contemplé cette immensité, à l'extrémité, vous voyez deux autres pyramides de 300 pieds et 250 pieds de base sur 250 et 150 pieds de hauteur. On dirait une demicouronne de pyramides qui aurait 1800 pieds de diamètre.

En continuant d'observer le monument de Chéops, vous trouvez au côté nord, à soixante pieds d’élévation, l’entrée du monument. On monte sur les épaules des guides et l’on aperçoit un double corridor allant dans deux directions différentes : l’un qui va par une inclination de 50

degrés jusqu'à une salle placée à 150 pieds de hauteur, que l’on appelle la chambre du roi et qui renferme un sarcophage, l’autre qui descend près de 300 pieds et aboutit à quelques caveaux.

Pour avoir une idée des pyramides, il faut les contempler plusieurs fois et à différentes heures du jour. Lorsqu’on les voit de loin dès le matin, le soleil n’éclaire que la partie supérieure qui semble comme allumée d’une flamme mystérieuse. Au milieu du jour les pierres paraissent d’un ton uni et mat, mais aux approches du soir, elles reflètent les lueurs du soleil couchant. Ces colosses, nous dit M. Ampère, se peignent alors des nuances les plus délicates du rose et du violet. Elles offrent un mélange de grâce et de grandeur dont rien ne peut donner l’idée. En même temps, les horizons ont une finesse merveilleuse et s'adoucissent d’une manière incomparable qui tient à la sécheresse et à la pureté de l'air. C’est d’ailleurs la manière des plus grands maîtres.

Le soleil se couche brusquement et tout reprend une teinte morne; alors au clair de la lune les masses s’illuminent sur un fond noir et paraissent encore plus grandes. M. de Chateaubriand a vu mieux que cela, c’est-à-dire la grande pyramide justement surmontée par la lune à son sommet extrême ; il lui semblait contempler comme un candélabre gigantesque. C’est bien le moins qu'on puisse dire.

Ce que l’on sait de positif des pyramides est assez bref,

mais leur histoire légendaire est longue. Des Arabes ont prétendu qu’un roi avait bâti ces masses, comme la tour de Babel, en prévision d'un déluge. D'autres affirment que ces monuments ont été bâtis par les Hébreux pendant leur esclavage. Mais les pyramides existaient bien avant la venue des Israélites. D'autres ont pensé que c'étaient des greniers, mais l’absence de salles ne permet pas cette supposition. Quelques-uns ont voulu y voir des observatoires astronomiques. [Il est vrai que les pyramides étaient parfaitement orientées et ont pu remplir l'office de gnomons ou cadrans solaires.

Il faut mentionner aussi, pour la curiosité du fait, certaines suppositions. Un Simon Witte a gravement avancé que les pyramides étaient simplement un jeu de la nature, comme les colonnes basaltiques de la grotte de Fingal. I] a étendu cette supposition jusqu'aux ruines de l'Orient et de la Sicile. Il semblait que rien ne pouvait dépasser une pareille excentricité ; mais en 183$, un de ses compatriotes, M. Agrew, a publié un traité dans lequel il établit que les pyramides offrent dans leur structure et leur disposition une démonstration rigoureuse de la quadrature du cercle, Après cela, il faut tirer l'échelle.

On examine, par rapport aux pyramides, 1° leur âge, 2° leurs auteurs, 3° leur but.

Pour ce qui est de l'âge, les avis sont partagés. Les uns mettent plus de 40 siècles avant Notre-Seigneur ; d’autres

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beaucoup moins, parmi lesquels Hérodote. Ils n’assignent guère que 15 siècles aux principaux monuments. Hérodote a vu les pyramides et les déclare très anciennes avant lui, mais il n’est venu en Egypte que pendant le cinquième siècle. Homère, qui est venu dix siècles avant Notre- Seigneur, parle du phare et de la ville de Thèbes, mais il ne parle pas des pyramides, Thèbes existait déjà avant la fondation de Memphis. Elle était toute environnée de montagnes où l’on avait creusé les tombeaux des rois et des reines ; mais Memphis n'ayant pas de montagnes, les souverains de Memphis en bâtirent d’artificielles. De là les pyramides.

Lorsque Abraham vint en Egypte, en 2296, il trouva un pays riche et important qui avait été établi par Menès, petit-fils de Cham, venu au 30° siècle ; or en cinq siècles, quelle pouvait être la population ? En supposant 30 individus au 30 siècle et en prenant la progression de la population canadienne depuis 100 ans, c'est-à-dire vingt fois plus considérable, 30 individus de la race de Cham décuplant deux fois en 100 ans, arrivent au bout de cinq siècles à près de six millions, c'est-à-dire au 25 siècle avant Jésus-Christ. Abraham, arrivé donc au 22° siècle, trouve un royaume considérable, mais il n’était pas nécessaire de lui attribuer plus de cinq ou six siècles d’existence.

Les Hycksos, peuple de l'Asie occidentale et descen-

dants d’Ismaël, arrivent au 20° siècle. Ils sont repoussés par Amasis au 18° siècle, mais beaucoup demandent à résider dans le pays. Joseph arrive avant Amasis, les Israélites se développent dans le pays et y restent au moins 300 ans. Ils arrivent 700 ; au bout de 300 ans ils avaient près de 600 000 hommes capables de porter les armes.

Par rapport aux pyramides, on peut encore considérer quel était l’état de l’architecture vers cette époque.

Les pyramides sont au nombre des plus anciens monuments de l'Egypte. On croyait même qu’elles étaient les plus anciens monuments connus depuis la tour de Babel, mais il a fallu abandonner cette opinion.

Près des pyramides on trouve un temple et une statue colossale qui sont incontestablement plus anciens.

Le temple est en granit, en grès et en albâtre jaune oriental. La statue est le fameux Sphynx, qui a 60 pieds d’élévation ; la tête a 30 pieds, l’oreille 12 pieds, la bouche et le nez sont de même dimension.

C’est ce qu'on peut contempler de plus ancien dans le monde. Le temple est grand, majestueux. C’est là qu’on & trouvé la magnifique statue de Chefren, fondateur de la deuxième pyramide, et huit autres non moins importantes. Le Sphynx avait une inscription qui indique que le Pharaon Chéops avait restauré le Sphynx tombé en vétusté et les temples qui l’environnaient. Donc le Sphynx existait du temps de Chéops.

Le Sphinx, si ancien, est d’un art très excellent; l’on trouve la même perfection dans plusieurs statues découvertes au pied des pyramides, comme la statue de Chefren, trouvée par M. Mariette au fond d’un puits du temple situé près du Sphinx. f[l en est de m ême de celle de bois du musée de Boulak, et bien d’autres, produits d’un art ancien très perfectionné.

Après avoir visité les pyramides, il faut explorer les restes de l’ancienne capitale, Memphis, et les tombes des premiers Pharaons. C’est un Français qui a eu la gloire de déblayer tous ces amas de décombres. Vers 1850 un employé du musée égyptien du Louvre fut envoyé pour faire des recherches sur Les bords du Nil : c'était Mariette. A son arrivée son attention fut attirée vers les pyramides et l’ancienne Memphis.

Il fit déblayer le terrain qui environne les pyramides et il découvrit toute la partie du Sphinx ensevelie dans les sables. De plus il reconnut les différentes parties de la vieille cité de Memphis, dont les monuments avaient été démolis et transportés pierre par pierre dans la nouvelle capitale des califes arabes au Caire.

En toutes ces recherches pendant 4 ans il mit au jour des quantités de statues, de tombeaux, d’ustensiles. Il fit hommage au Khédive d’une partie notable et envoya le reste au Louvre. Il avait été aidé dans ses recherches par les gouvernements d'Egypte et de Paris. Enfin un grand

Réjean Olivier

Ex-Libr

seigneur, le duc de Luynes, qui savait mettre au service de la science une immense fortune, le seconda activement et l’aida à déblayer le colosse du Sphinx.

En continuant ses travaux, il entreprit d’explorer le souterrain que Diodose et Strabon avaient signalé aux environs des pyramides.

Bien des recherches faites jusque-là avaient été inutiles ; enfin quelques débris lui firent découvrir une avenue de Sphynx brisée et ensevelie sous 20 pieds de sable. Il suivit cette trace et à l'extrémité il découvrit l'entrée da fameux palais du Sérapéum, décrit par les anciens auteurs et dont les appartements inférieurs servaient de sépulcres aux souverains et aux divinités principales.

Cette découverte amena bien des surprises: le Sérapéum était comme l’Escurial de l'Espagne, le Westminster de Londres et le Saint-Denis de l’Ile-de-France. Il trouva des dynasties tout entières avec inscriptions, signes et papyrus à l'appui. Il déblaya entre autres deux galeries qui avaient chacune 600 pieds de longueur et qui étaient garnies à droite et à gauche de chambres sépulcrales remplies de tombeaux, de momies, d’effigies, de dieux, et principalement d’Apis.

Ce déblaiement a produit sept mille monuments, parmi lesquels trois mille sont relatifs au culte des dieux. Ces richesses se trouvent maintenant en grande partie au musée du Louvre, et au musée de Boulak, au Caire.

On peut désormais, en visitant le Louvre et le musée de Boulak, avoir l'idée la plus complète sur les richesses artistiques du nord de l’ancienne Egypte. On peut comprendre quel était l’état de civilisation de ces nations primitives.

Maintenant il nous reste à voir tout ce qui est relatif à l'Egypte du Sud ; C’est ce que nous allons reconnaître en continuant nos recherches sur le cours du Nil.

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