II
Le pont de Soissons sauva rarmée de Silé&îe.
Lorsque le point de passage, au lieu d'être seulement à cheval sur une rivière, se trouve au confluent de deux cours d'eau, son influence augmente, parce que l'armée qui le possède peut opérer à son gré sur trois zones différentes.
Tel était Montereau en 1814, au confluéiitde la Seine et de l'Yonne.
. Tel était^ eti 1859, Alexandrie au confluent de la Bormida et du Tanaro.
S"" Les pointa stratégiques de là â* classe sont formés pér les edls dans les montagnes, dont la poitsesêiôft présente des avantages analogfues à ceux que présenté la possession des ponts sur les cours d'eaù. Tels étaient, en 1805^ les défilés de la Fotét-Noire, les tùlè du Tyrol, ceux des Alpes de Saltzbourg, etc., etc.
Lorsqu^un mêtné col dôntie abcèis dans plusieurs vallées, son influence stratégique devient tSbtlsîdéWbte.
En 1814, LangriBS, qtii donne accès d&hb lés vallées de la Marne , de l'Aube, de la Seine et de 1& Meuise, Langres était un point de cette espèce.
4'' La 4* classe de points stratégiques est formée par lesnœuds de communication, c'est-à-dire par les pointa de rencontre de plusieurs routes ou chemins.
Gomme Lintz en 1 805 ;
Comme Ghamp-Aubert en 1 81 4, nœud dee routes de Nogent à Épernay et de Ghalons à La Ferté ;
Gonmie Ligny en 1 8 1 5 , nœud des routes de Gharleroi , de Bruxelles» de Wavres, de Li^e et de Namur {
Gomme en Italie, Tortone, nœud des routes de Gênes à Alexandrie et d'Alexandrie à Plaisance.
5^* Ensuite viennent les positions militaires.
Ce sont des espaces de terrain préparés parla nature, de telle manière que les armées qui s'y établissent y trouyent des avantages pour se défendre.
On les rencontre en grand nombre sur les théâtres d*opérations.
Je citerai, en 1 805, la position du Micheisberg auprès d*Ulm; celle de Dachau près d'Augsbourg.
En 1814, les positions de Craonne, de Golombey, de Trannes, etc.
e*" Enfin, viennent les places fortes qui forment des points stratégiques très-importants.
Elles mettent un petit nombre de troupes en état de résister à un nombre beaucoup plus considérable ; et, en même t^mps, elles servent à couvrir les magasins, les hôpitaux, les dépôts d'une armée.
De plus, elles joignent ordinairement à ces propriétés spéciales d'autres avantages stratégiques, tels que de couvrir : des ponts sur les cours d'eau, des nœuds de routes importants, une population riche et nombreuse, etc.
En 1805, nous trouvons Ulm, Braunau, Lintz, etc.
En 1814, nous voyons Metz, Strasbourg et toutes les places de la Lorraine et de l'Alsace.
L'importance relative des points stratégiques que nous venons de voir varie avec la nature du pays.
Dans les pays coupés et cultivés comme la France , la Belgique , l'Italie, où les mouvements des armées sont presque impossibles en dehors des voies de communication, les nœuds de routes ont une grande importance.
Dans les pays de montagnes , comme la Suisse , ce sont les intersections de vallées.
Dans les pays de marécages, ce sont les chaussées et les ponts.
En Afrique, dans le sud, où les colonnes peuvent passer partout, maïs où le premier de tous les besoins est celui de Teau, les points stratégiques sont formés par les oasis. C'est là que se rendent les colonnes pour camper ; c'est là que s'arrêtent les tribus, et la possession de ces points assure le succès des opérations.
Mais l'importance des points stratégiques, tels que nous venons de les considérer, dépend seulement de leur position et de leurs avantages géographiques.
C'est pourquoi les points stratégiques, considérés de cette manière, en eux-mêmes et indépendamment de l'emplacement, de la répartition, de la disposition des troupes sur le théâtre d'opérations, s'appellent points stratégiques géographiques.
Quand ensuite on introduit les troupes sur le théâtre d'opérations, quand on considère leurs positions et leurs mouvements, alors l'importance relative des points stratégiques géographiques se trouve modifiée en conséquence.
Ainsi, en 1814, Champ-Aubert, qui géographiquement n'est qu'un nœud de routes assez insignifiant, Champ-Aubert prend tout à coup une grande importance, par suite de la position des cinq corps de l'armée de Silésie, à La Ferté, Château-Thierry, Champ-Aubert et Châlons.
De même, en 1815, pour Ligny point de jonction des armées prussienne et anglaise ;
De même, en 1849, pour Mortara avant Novare.
Il y a donc lieu de considérer les points stratégiques sous le rapport des manœuvres et du rôle qu'ils peuvent jouer par suite de la position des armées.
Considérés de cette manière, ils prennent le nom de points stratégiques de manœuvres ou éventuels^ et ils ont alors une importance momentanée due à la position des différents corps belligérants.
Telles sont les diverses espèces de points stratégiques.
Examinons maintenant leur rôle dans les opérations. Ce rôle est double.
Les points stratégiques peuvent servir aux opérations à' appui ou de but.
Dans le premier cas, on les appelle points d appuis pivots d'opérations^ etc.
Ils servent à couvrir les hôpitaux, les magasins, les approvisionnements de toute espèce des troupes qui s'appuient sur eux. Us assurent leur ligne de retraite et ils facilitent leurs mouvements sur le théâtre d'opérations.
Enfin, en cas d'échec, ils présentent des refuges oi!i une armée battue peut arrêter l'ennemi , lui résister et s'y refaire.
Telle est la première partie du rôle des points stratégiques.
Et une armée ne saurait se passer d'eux.
Elle ne saurait manœuvrer sans danger dans un pays où elle n'aurait aucun point d'appui.
Les points stratégiques peuvent ensuite servir de but aux opérations. C'est la deuxième partie de leur rôle; on les appelle alors des objectifs^ et le même point qui sert d'appui à une armée défensive sert généralement d'objectif à l'armée offensive.
Il y a deux espèces d'objectifs : les objectifs géographiques et les objectifs de manœuvres.
U objectif géographique est un point matériel du terrain que Ton veutatteindre après une série d'opérations*
Par exemple, une place forte dont on veut faire le siège, comme sous Louis XIV, Maestrîcht, Lille, Besançon, qui ont servi d'objectifs à quelques-unes des campagnes de Tépoque. Par exemple encore, une capitale dont Toccupation amènera probablement la fin de la guerre. Tel était Vienne, en 1797 et 1800.
Tel était Paris, en 1814.
V objectif de manœuvres est un résultat que Ton veut obtenir et qui s'applique particulièrement aux troupes opposées. C'est, par exemple, de frapper sur leur centre pour les séparer en deux parties ; c'est encore de tourner une de leurs ailes pour s'emparer de leurs communications .
Il y a toujours bien un point matériel du terrain que l'on cherche à atteindre , mais ce point n'est pas fixé d'une manière absolue, il peut se déplacer suivant les manœuvres. C'est ainsi qu'en 1813, l'objectif des alliés était le quartier général de Napoléon, qui se déplaça en se transportant de Dresde à Leipzig.
Quoi qu'il en soit, les objectifs géographiques ou de manœuvres se divisent en trois classes suivant leur importance.
r II y a d'abord des objectifs secondaires dont l'occupation donne des résultats d'une certaine importance, mais cependant secondaires.
Ainsi, s'ils sont géographiques, ils permettront à une armée d'étendre son action sur une surface de quarante à cinquante lieues carrées et sur la longueur (l'une ligne de défense.
Si ce sont des objectifs de manœuvres, ils amèneront
la défaite d'une portion de Tarmée ennemie, d'un jjde cette armée, .d'une division détachée, par exemple.
Dans la campagne de 1814, Langres était un objectif géographique de cette espèce.
En 1805, Vertingen et Memmingen étaient des ob^ jectifs de manœuvres secondaires.
2* Ensuite viennent des objectifs plus importants que Ton appelle décisifs. Ils décident d'une période de campagne. S'ils sont géographiques, ils permettent de dominer une province, comme Nancy, en 1814.
S'ils sont éventuels, ils amènent la défaite d'une des armées de l'ennemi, du 1/3 ou du 1/4 d^ ses forces, comme Ulm, en 1805.
3* Enfin viennent les objectifs définitifs dont l'occupation amène la fin de la guerre.
Tel était Paris en 1814.
Tel était Austerlitz en 1805.