‹ Cours d'art et d'histoire militaires. AppendiceChapitre 15 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

dépôts de toute espèce, et en se portant en avant, il y laisse comme réserve stratégique :

r Le corps du maréchal Augereau; le 7% venant de Brest, arrivant quinze jours après les corps de Boulogne et fort de deux divisions ;

2° Les troisièmes bataillons des régiments formant l'armée active ; ces bataillons représentant les dépôts et devant recevoir et instruire 80,000 conscrits de 1806;

3* Enfin les gardes nationales , organisées sous les ordres de deux maréchaux sénateurs, Kellermann et Lefebvre, qui s'établissent, l'un à Strasbourg, l'autre à Mayence.

Telle est la base principale.

Puis l'armée se porte en avant. Elle accomplit une série d'opérations autour d'Ulm, opérations formant la première période de la campagne. Elle établit une première base secondaire surleLeoh. Augsbourg forme le centre et le point principal de cette base. L'Empa^ Teur choisit le Lech et non pas Piller, parce que probablement Tun de ces cours d'eau, Tlller, favorable contre la France, l'était moins que le Lech contre rAUemagne.

Napoléon organise sur cette base une réserve stratégique, composée :

1° Du corps d' Augereau, qu'il y appelle du Rhin;

2^ D'une partie de l'armée bavaroise ;

S"" Des malades et des blessés de la première période de la campagne.

En même temps, le maréchal Ney est envoyé dans le Tyrol pour occuper ce pays et couvrir le flanc droit de la base.

L'armée exécute ensuite une nouvelle série d'opérations qui la rendent maîtresse du cours de l'Inn ; elle

y établit sa deuxième base secondaire; Braunau en forme le centre, Passau la gauche, Saltzbourg la droite.

Le général Lauriston y commande une seconde réserve stratégique, composée des garnisons françaises, dont Tune, celle de Braunau, est portée à 6,000 hommes et composée en même temps de troupes bavaroises.

Le maréchal Bernadotte est envoyé dans le pays de Saltzbourg, pouj» couvrir le flanc droit de cette nouvelle base.

Enfin, Tarmée arrive sur le Danube àVienne. L'Empereur y crée une troisième base secondaire; il y établit le maréchal Mortier avec son corps, comprenant trois divisions , divisions affaiblies par le combat de Dlemstein.

Le maréchal Davoust est envoyé vers Presbourg pour couvrir la base du côté de la Hongrie. C'est de cette troisième base que l'armée française débouche pour sç porter sur Austerlitz.

Telles sont, en 1805, les différentes bases de Tarméc française.

Entre la première et la deuxième , il y a environ sept à huit marches ; il y en a cinq ou six entre la deuxième et la troisième, et sept à huit entre les deux dernières {PL VI, fig. 1).

On trouve encore sur un théâtre d'opérations une troisième espèce de bases.

Indépendamment d'une base principale et d'un certain nombre de bases secondaires, on y trouve encore des bases accidentelles.. On appelle base accidentelle celle dont une armée se sert momentanément pour accomplir une série d'opérations particulières et qu'elle abandonne ensuite après le succès, pour reprendre sa base naturelle.

iO.

J'en trouve un exemple dans la même campagne de 1805.

Par suite des marches de concentration dont j'ai parlé dans une leçon précédente, l'Empereur au début de la campagne se trouve avoir, à Wurtzbourg sur le Mein, trois corps :

Celui du maréchal Bernadotte ; Celui du général Marmont, Et l'armée bavaroise.

11 profite de cette circonstance pour se baser accidentellement sur le Mein et pour abandonner momentanément sa base principale du Rhin. 11 tourne alors l'armée autrichienne par une série de manœuvres sur lesquelles je reviendrai tout à l'heure. 11 s'empare de ses communications tandis qu'il assure momentanément celles de l'armée française sur Wurtzbourg, Francfort, Mayence et Manheim, c'est-à-dire sur la base accidentelle du Mein.

Après le succès de la première période de la campagne, l'Empereur reprend sa base principale et naturelle sur le Rhin : de Mayence à Bâle.

Telles sont les diverses espèces de bases.

Des ligBot de défeme. — Nous nous sommes palcés jusqu'à présent au point de vue de l'offensive. Si nous considérons le théâtre d'opérations en sens inverse et au point de vue de la défensive, les bases (Topérations de l'armée offensive deviennent alors généralement des lignes de défense pour l'armée défensive.

On les organise d'après les principes dont j'ai parlé précédemment à l'article des cours d'eau , et de ma-

nière à permettre à Tarmée défensive de s'y arrêter et de combattre Tennemî avec avantage.

Au début des hostilités, l'armée défensive est établie en arrière de la première ligne de défense ; elle a sa première base derrière elle, à une certaine distance ; elle y réunit ses approvisionnements qui se trouvent ainsi en sûreté pendant la première période de la campagne.

Sur la ligne de défense, on a fortifié les points principaux, particulièrement les points de passage ; on a préparé la destruction des ponts, des routes, des chemins, etc...; enfin organisé tous les éléments d'une résistance énergique.

Sur sa base, l'armée défensive a réuni ses hôpitaux, ses magasins de vivres et de munitions, et elle y a rassemblé une réserve destinée à assurer ses derrières et à la recueillir en cas d'échec.

L'on peut faire concourir la population à la composition de cette réserve et à la défense du territoire, soit en garde nationale, soit en partisans, soit en levées en masse.

En arrière de ces deux premières lignes, on a préparé de même les autres lignes stratégiques de l'échiquier, qui sont destinées à jouer un rôle analogue.

Après la première période de la campagne, Ja ligne de défense de l'armée défensive se trouve reportée sur sa première base d'opérations ; et cette armée s'appuie alors sur une seconde base qui se trouve plus en arrière.

Le théâtre d'opérations se trouve ainsi divisé en zones de défense successives qui marquent les diverses périodes de la campagne.

Et enfin , en arrière de ces lignes, il est de principe dans la guerre défensive de fortifier la capitale ou de

créer vers les extrémités du territoire un réduit des* tiné à devenir le théâtre des derniers efforts de la défense.

En 1805, la première ligne de défense de Tarmée autrichienne était sur Tlller. — Sa base était sur l'Inn.

Sa deuxième ligne de défense fut Tlnn» — et sa deuxième base le Daniibe.

La troisième ligne de défense fut le Danube, —-et sa base la Morawa.

En 1810, Wellington avait pour lignes de défense et pour bases successives : TAgueda, la Coa, le Mondego, et enfin, pour réduit, le camp de Torrès-Vedras.

Des ÎTonU d'opérations. — J'arrive aux fronts (Tapérations.

On appelle front d'opérations Tensemble des poiqts qu'occupent les têtes de colonne d'une armée sans cesser d'être liées les unes aux autres.

Le front d'opérations est tout à fait distinct de la base.

Le front d'opérations est mobile et s'avance avec l'armée.

La base est un accident stratégique matériel et immobile.

La base d'opérations a généralement une grande étendue : 40, 50 lieues.

Le front d'opérations n'a au plus que deux ou trois marches pour que la concentration puisse se faire en vingt-quatre heures.

Du reste, l'étendue du front d'opérations varie, non seulement avec la force de l'armée, mais encore avec les circonstances et la nature du terrain.

Il se rétrécit dans les pays de montagnes, près, de l'ennemi, la veille d'une bataille.

Il s'élargit dans les pays de plaines et quand l'ennemi est éloigné.

On peut comparer un front d'opérations stratégiques à un front d'opérations tactiques.

Quand plusieurs colonnes marchent ensemble sur un terrain de manœuvres ou sur un champ de bataille, dles ont besoin de s'arrêter sur certains points , pour se raccorder, pour se placer à môme hauteur, pour rectifier leurs positions respectives. Il en est de même en stratégie, et le général en chef, prescrivant à cei^ tains jours les divers fronts d'opérations de son armée, raccorde ainsi leurs divers mouvements et donne de l'ensemble à ses manœuvres.

On trouve dans le Mémorial du dépôt une preuve à l'appui de ce que j'avance. C'est une pièce intitulée : Pensée dun mouvement de la Grande armée pour tourner Ulm en 1 805.

Elle est de la main môme de l'Empereur et datée de Boulogne.

La voici sous forme de tableau :

OOIFfD'AlViE.

«•'.Benudotte.

1*. Mannoot.

Y, Diroost.

K SooJt.

|5*. Unnes.

t8 SEPTBlliftK.

Wurtzbourg.

Manbeim.

Landau.

Strasbourg.

StIU.

60GT0BRt.

ÀDspach.

Id.

Mergenlheim.

Aalen.

GemiiDdt.

Greislbaim.

Nuremberg.

Jd.

Anspacb.

DinkesbUbU Nordliogeo.

WeisMub.

Ratisbonne.

Id.

Distrurlh.

nonaiivBrUi.

Neubourff.

logolatsm.

C'était là une première pensée. Le mouvement fut modifié. Néanmoins ce tableau indique bien les divers

fronts d'opérations de l'armée à quatre ou cinq jours d'intervalle. J'y reviendrai tout à Theure.

Voyons les conditions que doit remplir un front d'opérations. Ces conditions sont analogies à celles des positions, des bases d'opérations et des lignes de défense.

1* Les troupes doivent y être bien liées entre elles, s'appuyer réciproquement et par conséquent conserver de bonnes relations stratégiques. Les différentes colonnes ne seront pas séparées les unes des autres par des obstacles infranchissables ; ce serait les exposer à un désastre. En 1796, Wurmser, descendant du Tyrol et laissant le lac de Garde entre ses colonnes, paya cette faute par la destruction de son armée.

T Les extrémités du front s^appuieront à des obstacles naturels.

3* Le front d'opérations doit couvrir les lignes de retraite, se lier aux bases secondaires les plus voisines et être proportionné à la force de Farmée.

4® Enfin, en arrière de chaque front d'^opérations, ou tout au moins à portée , on doit avoir fait choix d'une position militaire, sur laquelle, en cas d'attaque soudaine, on peut réunir ses troupes et recevoir le choc de l'ennemi.

Telles sont les principales conditions que doit remplir un front d''opé rations.

Quant à sa direction, un front d'opérations peut être parallèle ou oblique à celui de l'ennemi.

Parallèle, il présente des avantages pour les concentrations rapides et pour les attaques centrales ; oblique, il prépare les mouvements tournants pourvu quMl couvre les communications de l'armée tout en menaçant celles de Tennemi.

En 1812, au début des hostilités, le front des opérations de l'armée française de Kowno à Grodno était parallèle à celui de Tennemi.

Quant aux fronts d'opérations obliques, j^en citerai trois exemples.

!• En 1800, le premier front d'opérations de Tarmée de réserve est sur la Saône.

Le deuxième s'indine et se trouve sur les Alpes.

Le troisième est parallèle au cours du Pô.

Le quatrième est çur le Tessin et la Scrivia, faisant face à la France , coupant les communications de Mêlas tout en couvrant les nôtres avec la Suisse.

V En 1806, le premier front d'opérations est sur le Mein.

Le deuxième s'^incline sur la Saale.

Le troisième est parallèle à la Saale, d'iéna à Maumbourg.

Enfin, le quatrième pivote autour d'iéna et tend à devenir perpendiculaire à la Saale , au moment des batailles d'iéna et d'Âuerstaëd.

3"" Enfin en 1805, Tarmée marche en trois masses :

A gauche, Bernadotte, Marmont et les Bavarois ;

Au centre, Soult et Davoust ;

A droite, Ney, Lannes, la cavalerie et la garde.

Le premier front d'opérations est sur le Rhin. C'est du moins ainsi qu'il se présente à l'ennemi , Mack ne connaissant pas le rassemblement de Wlirtzbourg.

Le deuxième front s'incline sur le premier : de Siuttgard à Anspach.

Le troisième est parallèle au Danube : de Donauwerth à Ingolstatd.

Enfin le quatrième est sur le Lech , coupant Tarmée autrichienne.

Voici le tableau de ces divers fronts :

Droite '

Centre.

Gauche.

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