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NEUVIÈME LEÇON

Des lignes d'opérations. — Comment elles sont constituées. — Conditions qu'elles doivent remplir.— Rapports de la ligne d'opérations a^ec la bise et avec Tobjectif. — Considérations relatives au choix des lignes d*opérations.~ Différentes espèces de lignes d'opérations.

Des lignes de communication. — Leur rôle. — • Dans quelles circonstances on les emploie.

Nous avons vu qu'il y avait deux espèces de lignes stratégiques :

1' Les lignes stratégiques territoriales, formant les bases d* opérations^ les lignes de défense^ et indiquant généralement les fronts dopérations. Nous les avons étudiées dans la dernière leçon ;

2*" Les lignes stratégiques de manœuvres, formant les lignes a' opérations et les lignes de communication. Nous allons les examiner.

Dm lignes d'opérations. — On appelle ligne d opérations ^ le faisceau de routes et de voies de communication qui conduisent une armée de sa base à son objectif.

C'est un ensemble de débouchés à peu près parallèles, liés entre eux, disposés à de petites distances les uns des autres et embrassant une zone de terrain de six à huit lieues de largeur.

Une ligne d'opérations, par exemple, celle de Strasbourg sur Paris, comprendra :

Une route de première classe, formant le débouché principal ;

Deux ou trois routes secondaires , suivant la même direction ;

Quelques chemins à peu près parallèles ; Une rivière navigable ou un canal ; Enfin une ligne de fer.

C'est sur sa ligne d'opérations qu'une armée fait mouvoir ses munitions, ses vivres, ses recrues, ses ressources de toute espèce. C'est sur cette ligne encore qu'elle trouve la possibilité de se retirer en cas de revers.

C'est la ligne que l'Empereur, dans sa correspond dance, désigne fréquemment sous le nom de route de Varmée.

La nécessité d'une ligne d'opérations pour une armée est fondée sur les mêmes raisons que la nécessité d'une base.

C'est toujours parce qu'une armée moderne ne porte avec elle que huit ou quinze jours de vivres et de munitions pour une seule bataille. Elle a besoin, par suite, de renouveler fréquemment ses approvisionnements, elle doit donc rester liée à sabase, elle ne pourrait en être coupée sans courir de grands dangers.

La ligne d'opérations de l'armée lui sert à établir cette liaison.

De sorte que l'on peut dire que toute manœuvre stratégique a un but ou objectif;

Qu'elle a besoin d'un appui ou d'une base ;

Et enfin qu'elle ne saurait se passer d'une ligne d'approvisionnement et de retraite, c'est-à-dire d'une ligne d'opérations.

On retrouve ces trois principes dans presque toutes les opérations militaires, particulièrement dans celle que l'Empereur prescrit à ses maréchaux.

Voici, par exemple, la lettre qu'il fait écrire au duc de Raguse, le 6 septembre 1813, de Bautzen :

(c Monsieur le duc de Raguse , TEmpereur ordonne « que vous portiez aujourd'hui vof re quartier général « à Hoyerswerda; vous échelonnerez votre corps entre « Bautzen et Hoyerswerda. Vous prendrez sous vos « ordres la cavalerie légère du général Pire, vous cou- « vrirez la rive droite de l'Elbe de Torgau à Dresde.

« Votre ligne d'opérations sera d'Hoyerswerda sur « Dresde. »

Voilà un exemple. Il y en a un grand nombre dans la correspondance de l'Empereur. Ici l'objet à remplir était de protéger le passage d'un grand convoi.

La base d'opérations était sur l'Elbe, à Dresde.

Voyons maintenant comment se constitue la ligne d'opérations d'une armée.

La ligne d'opérations se constitue au fur et à mesure que l'armée s'avance. Elle relie d'abord la base principale à la première base secondaire; puis celle-ci à la deuxième, la deuxième à la troisième, etc., et elle vient enfin aboutiràl'objectif définitif de la campagne.

Les caractères de la ligne d'opérations deviennent de plus en plus tranchés et la rendent de plus en plus facile à reconnaître, au fur et à mesure que les opérations se dessinent.

Toutes les six ou huit lieues, on trouve sur la ligne d'opérations un gîte d'étapes, formé par un poste de campagne, avec des magasins de vivres et d'effets, avec quelques moyens d'hôpital, enfin avec une petite gar- DisoD. Cette garnison comprend une ou deux compagnies d'infanterie , avec quelques cavaliers pour la correspondance, quelquesgendarmes pour la police, et

quelquefois, si le poste est important, une ou deux pièces d'artillerie.

Ce poste est établi dans un village, dans un chftteau, dans une ferme, dans une grande abbaye, comme celle de Molk en 1805, comme celle de Koloskoi en 1812; dans un couvent , comme cela est arrivé souvent en Espagne ; enfin dans un endroit qui présente des avantages pour la défense.

On crée sur ce point une enceinte, on y organise un réduit. S'il y a un pont, on le couvre par une tête de pont; on y exécute, en un mot, tous les travaux matériels que comporte Toi^anisation d'un poste de campagne.

On y établit un commandant de place et un employé de l'administration, qui assure les divers besoins des troupes.

Ces gîtes d'étape sont toujours placés sur le débouché principal.

A droite et à gauche, on occupe encore sur les débouchés secondaires les points qui peuvent être utiles pour couvrir les flancs de la ligne d'opérations, pour compléter la défense d'un cours d'eau, pour assurer les approvisionnements, etc.

Telle est la constitution d'une ligne d'opérations.

Un courant continuel s'établit ensuite sur cette ligne et dans deux sens opposés. Ce sont , d'une part, des renforts qui se rendent à l'armée et qui sont organisés en bataillons de marche ; ce sont des convois de vivres, d'effets, de munitions; ce sont des officiers d'étatmajor envoyés en mission, des officiers isolés qui rejoignent, des ordonnances, des estafettes, etc. Ensens inverse, passent les blessés que l'on évacue, les prisonniers que l'on envoie à Tintérieur, les trophées con-

quîs, canons ou drapeaux, que Ton dirige sur sa capitale ; enfin quelquefois l'argent des contributions levées dans le pays occupé, quand, toutefois, la guerre n'en exige pas l'emploi immédiat.

Tel est le mouvement d'hommes et de matériel qui a lieu sur une ligne d'opérations.

Les bases secondaires établies toutes les six ou huit marches servent de séjours et de repos aux troupes et aux convois.

Les généraux qui commandent sur ces bases inspectent les unes et les autres ; ils donnent les ordres nécessaires, soît pour leur faire continuer leur marche, soit, au contraire, pour les arrêter pendant quelque temps sur la base.

Ils se règlent pour cela sur les mouvements de l'armée active.

Dans chaque campagne, on trouve une ligne d'opérations constituée et assurée de cette manière.

Seulement les divers principes sont observés d'une manière plus ou moins complète, les précautions sont phis ou moins grandes, suivant que le pays est plus ou moins bien disposé.

En 1805, la ligne d'opérations de la Grande armée était, comme nous l'avons vu, la route de Strasbourg à Vienne, par Augsbourg et Braunau.

Indépendamment de cette grande route, qui se prolongeait jusqu'à Olmiitz, il y avait à droite et à gauche des routes latérales et des chemins parallèles, qu'utilisaient dans les marches de l'armée les colonnes secondaires. Il y avait de plus le Danube, dont la navigation rendait de grands services {Fig. 1 , pL VI). *

En 1806, notre ligne d'opérations était la route de Mayence à Berlin par Francfort.

En 1 81 0, la ligne d'opérations de Masséna partait de Yalladolid, passait par Salamanque, Ciudad-Rodrigo , Almeida, Coïmbre, Leyria et Torrès-Vedras.

En 1812, pour la campagne de Russie, la ligne d'opérations était la route de Kœnigsberg à Moscou ; et, comme il y avait très-peu de villages sur cette route, ou que Tennemi les avait détruits en se retirant, on constituait la ligne d'opérations au moyen de grands blockhaus armés de canons.

En Espagne, la ligne d'opérations de l'armée française était la route de Bayonne à Madrid et lea gîtes d'étapes y étaient indiqués par des maisons et des couvents fortifiés.

Une ligne d'opérations doit remplir certaines conditions. Il y en a trois principales :

La viabilité ; La sûreté, Et la richesse.

r Sous le rapport de la viabilité, il faut que la ligne d'opérations présente un assez grand nombre de voies de communication pour que les mouvements des troupes et le transport du matériel n'éprouvent pas de difficultés.

On cherche surtout pour le matériel les rivières navigables et les canaux. Aujourd'hui, on recherchera particulièrement les chemins de fer qui transportent tant de choses en si peu de temps.

2"* La deuxième condition que doit remplir une ligne d'opérations est la sûreté.

Sous ce rapport, le front de l'armée est couvert par les bases successives qui, comme je l'ai dit, servent de parallèles et donnent de la consistance à la marche.

Les flancs doivent, en même temps, être appuyés k

des obstacles naturels» tels qu'un cours d'eau, une chaîne de montagnes, qui mettront la ligne d'opérations à l'abri des entreprises de l'ennemi.

Quand l'un des flancs est découvert, on serre alors la ligne d'opérations de l'autre côté et on établit des corps d'armée ou des divisions sur le flanc exposé, face à l'ennemi, de manière à le contenir.

C'est ce que fit l'Empereur en 1 805, quand il détacha le maréchal Ney vers le Tyrol et le maréchal Bernadotte vers le pays de Saltzbourg, pour couvrir le flanc droit de sa ligne d'opérations, tandis que de l'autre côté il la serrait sur le Danube.

3* Enfin la troisième condition que doit remplir une ligne d'opérations est la richesse. C'est-à-dire qu'elle doit traverser un pays riche offrant toutes les ressources nécessaires à la subsistance des troupes, de manière que des nécessités d'administration n'obligent pas à modifier les dispositions purement militaires.

Indépendamment des vivres qu'elles portent avec elles, les armées tirent encore quelques subsistances du pays qu'elles parcourent. Chaque colonne a alors sa zone d'approvisionnements.

Ainsi en 1805, du Rhin au Danube, chaque colonne avait pour zone d'approvisionnements le pays situé à ga gauche entre la route qu'elle suivait et la route suivie par la colonne voisine.

L'Empereur avait adopté cette disposition en raison de la présence de l'ennemi sur son flanc droit.

Voilà les trois conditions principales que doit remplir une ligne d'opérations.

Examinons maintenant les rapports qui doivent exister entre la ligne et la base d'opérations. u. 11

La ligne d'opérations d'une armée peut se rattacher à sa base de trois manières : à son centre, où bien à l'une de ses extrémités.

Elle peut de plus être perpendiculaire ou oblique par rapport à cette ligne.

La position la plus favorable est d'être perpendiculaire sur le centre. C'est évidemment alors que l'en* nemi doit éprouver le plus de difficultés pour couper l'armée de sa base.

Si nous supposons, au contraire, la ligne d'opérations oblique extérieurement à l'extrémité de la base, l'ennemi pourra plus facilement en couper l'armée en tournant, par exemple, son aile intérieure.

De plus, avec cette direction oblique, les divers débouchés qui composent , par leur ensemble, la ligne d'opérations, présentent des longueurs inégales, et l'on trouvera , par suite , quelques difficultés pour faire marcher les colonnes à même hauteur.

Sous le rapport de la longueur, plus la baseï est étendue, plus la ligne d'opérations peut s'allonger sans danger, parce que l'armée est liée alors à sa base par un grand nombre de routes et que, par suite, il est difficile de l'en couper.

(Juand la longueur de la ligne d'opérations n'est plus en rapport avec l'étendue de la base, les communications de^l'armée sont aventurées et Ton dit alors que celle-ci fait une pointe.

C'est ce qui est arrivé en 1812 dans la campagne de Russie.

Napoléon, en marchant sur Moscou, se basait sur la ligne qui joint Vitebsk à Smolensk passant par Orcha ; base secondaire , d'environ trente lieues de longueur,

tandis que la ligne d'opérations sur Moscou en avait plus de cent.

Au moment de la retraite , les Russes profitèrent de cette disposition pour côtoyer l'armée française de très-près et pour tenter plusieurs fois de couper ses communications, comme à Viazma.

Il faut donc qu'il y ait un certain rapport entre la longueur de la ligne d'opérations et celle de la base à laquelle elle se rattache.

Bulow veut que cette longueur soit égale à la hauteur du triangle équilatéral obtenu en joignant l'objectif aux deux extrémités de la base.

Sans tomber dans cette exagération géométrique , l'on peut dire que la longueur d'une ligne d'opérations par rapport à la base doit ôtre telle que l'ennemi ne puisse pas se jeter sur les communications de l'armée, ou du moins qu'il ne le puisse pas sans de grandes difficultés.

En 1805, la base d'opérations de Mayence à Bâle était de soixante-quinze lieues.

La ligne d'opérations de Strasbourg à Augsbourg était d'environ cinquante lieues.

La première base secondaire avait environ trente lieues, et la ligne d'opérations d' Augsbourg à Brauuau quarante-cinq.

La deuxième base secondaire avait aussi une trentaine de lieues, et la ligne d'opérations de Braunau à Vienne environ soixante.

Enfin, la troisième base secondaire, à Vienne, avait environ vingt-<:inq lieues, et la dernière partie de la ligne d'opérations était d'à peu près trente lieues.

La longueur totale de la ligne d'opérations de ravinée française était d'environ cent quatre-vingts lieues, avec une base principale de soixante-quinze lieues et

trois bases secondaires de vingt-cinq à trente lieues en moyenne.

La longueur d'une ligne d'^opérations, considérée en elle-même, n'est jamais indifférente.

Plus elle est longue, plus elle est avantageuse dans le cas de la défensive. Plus elle est courte, plus elle est avantageuse dans le cas de l'offensive.

Prenons un exemple. En 1809, l'armée française a pour base le Lech ; elle a pour ligne d'opérationef, dans le cas de l'offensive, la route d'Augsbourg à Vienne (100 lieues), et dans le cas de la défensive, la route d'Augsbourg à Paris par Strasbourg (200 lieues). Elle se trouve donc dans une situation très-favorable. L'armée autrichienne se trouve dans des conditions inverses. Basée sur l'Inn, elle se trouve à soixante lieues de Vienne et à deux cent vingt lieues de Paris, c'est-àdire rapprochée de sa capitale et éloignée de celle de l'ennemi. Elle est donc dans une situation très-inférieure à celle de l'armée française aussi bien pour l'offensive que pour la défensive.

Nous avons vu les rapports qui doivent exister entre la ligne d'opérations et la base. Examinons ceux qui existent entre cette même ligne et l'objectif.

C'est à l'objectif que se termine la ligne d'opérations, c'est là qu'elle vient aboutir.

Mais elle peut y aboutirde diverses manières.

Elle peut y arriver directement, et, dans ce cas, elle favorise les manœuvres sur le centre de l'armée défensive.

Ou bien elle peut y arriver par des directions latérales, par l'un des flancs, par derrière, et, dans ce cas, elle favorise les mouvements tournants.

Ainsi, en 1805, pour arriver au premier objectif, Ulm, TEmpereur pouvait suivre trois directions :

1* Il pouvait y arriver directement par la vallée de la Kinzig, en débouchant de Strasbourg et traversant la forêt Noire ;

2? Il pouvait y arriver par la route des villes forestières, en débouchant de Bâle et venant aboutir vers Memmingen sur le flanc gauche de l'armée autrichienne ;

3* Enfin il pouvait déboucher de Manheim et de Spire, se diriger sur Guntzbourg et Donauwerth, pour venir aboutir au delà d'Ulm, sur les derrières de Tennemi.

Ainsi donc, les lignes d'opérations se lient de* plusieurs manières aux points objectifs.

Le choix entre ces diverses lignes dépend alors de la combinaison que l'on veut exécuter.

Nous parlerons du choix à faire entre les différentes lignes d'opérations du théâtre, en parlant des plans de campagne. Cependant nous ferons immédiatement les observations suivantes :

Quand il s*agit de procéder à ce choix , il faut remarquer que, parmi les diverses lignes d'opérations que présente l'échiquier, il en est qui mènent plus directement et plus sûrement au but que d'autres. Il en est qui offrent plus de chances favorables, suivant que l'on est supérieur en infanterie ou en cavalerie. Il en est qui sont plus ou moins abondantes en ressources, plus ou moins longues, plus ou moins commodes pour la marche , plus ou moins bien protégées par les obstacles naturels ; enfin ces lignes se rattachent à la base d'une manière plus ou moins avantageuse.

Voilà les diverses considérations qui déterminent le choix d'une ligne d'opérations.

Quand ce choix est bien fait, il décide du Buccès d'une campagne, comme en 1706, en 1800, en i805, en 1806.

Quand ce choix est mauvais, il amène des désastres, il paralyse les efforts de la meilleure armée, et je citerai comme exemple le choix que fit SouwarofT, en 1709, de la ligne du Saint-Gothard , pour passer d'Italie en Suisse. Plus à l'est il opérait sa jonction avec les Autrichiens sans aucun danger ; plus à l'ouest il tournait l'armée française. Mais au Saint-Gothard il venait se heurter contre notre aile droite, sous les ordres de Lecourbe et contre les difficultés naturelles de la vallée de la Reuss.

Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que d'une seule espèce de lignes d'opérations.

Nous n'avons examiné que celle qui conduit l'armée de sa base à son objectif.

C'est la ligne d'opérations principale; c'est celle qui est suivie par la masse de l'armée, celle 8)ir laqi|eli9 s'accomplissent les faits généraux et décisifs de la campagne.

Mais il y a encore deux autres espèces de lignes d'opérations :

Les lignes d'opérations secondaires et les lignes d'opérations accidentelles.

On appelle ligne d'opérations secondaire celle qui est suivie par un corps d'armée ou par un détachement accomplissant une opération secondaire.

En 1805, après la première période de la campagne, le maréchal Ney est chargé de conquérir le Tyrol et

d'assurer en même temps le flanc droit de la ligne d'opérations. Il se base sur Kempten , se dirige sur Insprtick et prend une ligne d'opérations secondaire à peu près perpendiculaire à la ligne principale.

Lie maréchal Bernadette en prend une autre sur Saltzbourg, en remontant l'Inn et la Salza.

Enfin, dans la même campagne et pour assurer le flanc droit de la troisième base secondaire, le maréchal DaTOust prend une ligne d'opérations secondaire de Vienne sur Presbourg.

On appelle encore ligne d'opérations secondaire celle qui est suivie par une armée secondaire, quand deux armées opèrent sur le même théâtre et que Tune est subordonnée à l'autre.

Ainsi, en 1796, l'armée de Sambre-et-Meuse, subordonnée à celle de Rhin-ei-Moselle, suivait une ligne secondaire.

En 1812, l'armée de Bagration avait une ligne secondaire par rapport à celle de Barklay.

La troisième espèce de lignes d'opérations que Ton trouve sur un échiquier comprend les lignes accidentelles.

On appelle ligne d'opérations accidentelle une direction autre que la direction principale et naturelle, direction dont on se sert momentanément pour atteindre un objet ou un but particulier et que l'on abandonne, ce but atteint, pour reprendre la direction principale.

En 1796, après Montenotte, Dego et Millésime, Bonaparte prend une ligne d'opérations accidentelle par la vallée du Tanaro sur Turin, afin d y suivre Tarmée piémontaise, qui s'est séparée des Autrichiens et afin de la mettre complètement hors de cause.

Après Tarmistice deCherasco, il repread sa lîgne d'opérations principale, contre Tarmée autrichienne, sur Alexandrie, et par la vallée de la Bormida (Voir /îy. 2, pi. IV).

En 1800, la ligne du Saint-Bernard était une lîgne accidentelle. Après Marengo, Bonaparte reprit sa ligne d'opérations directe par le mont Cenis.

En 1805, la ligne d'opérations de Tarmée française du Danube au Meyn, d'Ingolstadt sur Mayence, pendant la première période de la campagne, était encore une ligne d'opérations accidentelle. Après la prise d'Ulm, l'Empereur reprit sa ligne d'opérations directe sur Strasbourg.

Les lignes d'opérations accidentelles sont donc fort utiles dans l'offensive.

Elles le sont également dans la défensive. Une armée doit toujours en avoir une ou deux derrière elle, indépendamment de sa ligne principale, afin de parer aux événements imprévus.

Je citerai trois exemples de lignes d'opérations accidentelles dans la défensive.

lo En 1796, Moreau, se mettant en retraite après la défaite de Jourdan, abandonne sa ligne d'opérations principale dans la vallée du Necker, pour en prendre une accidentelle sur la rive droite du Danube. Il évite ainsi d'avoir sur ses derrières l'archiduc Charles, qui avait déjà dépassé sa gauche, en suivant Jourdan.

2'' En 1805, avant Austerlitz, Napoléon avait résolu, en cas d'échec, d'abandonner sa ligne d'opérations principale par Vienne, Braunau et Augsbourg, pour en prendre une accidentelle, par la Bohême sur Ratisbonne. Il devait ainsi traverser un pays neuf et plein de ressources, au lieu de reprendre la route de Vienne

qui n'offrait que des ruines et où l'archiduc Charles aurait pu le prévenir {Fig. 1 , pi. VI).

3* En 1812, enfin, Napoléon, en sortant de Moscou, 88 portait sur Kaluga, voulant prendre pour ligne de retraite une ligne d'opérations accidentelle, qui, au milieu des malheurs de toute espèce qui vinrent fondre sur l'armée, lui aurait probablement épargné au moins la disette de vivres* de fourrages et le manque de villages habités.

Ainsi donc, les lignes d'opérations accidentelles sont aussi utiles dans la défensive que dans l'offensive. Mais l'opération qui consiste, au milieu d'une campagne, à transporter la ligne d'opérations d'une armée, d'une direction sur une autre, cette opération est à la fois importante et délicate. Elle peut donner lieu à de grands résultats, mais elle peut aussi amener de grands revers.

Dm Ugaat d« €eBBial«atlo&. — Les lignes de communication sont transversales et perpendiculaires aux lignes d'opérations.

Elles sont constituées d'après les mêmes principes que les lignes d'opérations, c'est-à-dire au moyen de gîtes d'étapes et de postes de campagne, échelonnés à distance de marche.

De plus, elles doivent remplir, quoique à un degré moindre, les mêmes conditions de viabilité, de sûreté et de richesse.

Sous le rapport de la viabilité, elles sont ordinairement formées par des routes de deuxième ou de troisième classe, ou par des chemins de grande communication.

Sous le rapport de la sûreté, on choisit générale ment celles qui sont couvertes du côté de rennemi par des lignes de défense.

Enfin, sous le rapport de la richesse, elles doiyent, comme les lignes d'opérations, présenter des ressoui^ ces pour les vivres, les fourrages, les transports, etc.

Les lignes de communications ont plusieurs objets :

l** Quand elles sont situées sur les bases secondaires, elles servent aux mouvements journaliers de troupes et d'approvisionnements qui ont lieu le long de ces bases ;

i'* Elles servent à relier entre eux les différents dé^ bouchés qui constituent par leur ensemble la ligne d'opérations. On les emploie alors pour établir des communications constantes entre les diverses colonnes de l'armée, au moyen des officiers d'état-major, des patrouilles, des ordonnances, des estafettes, eto.;

3"" Enfin, les lignes de communication peuvent servir à relier deux lignes d'opérations éloignées l'une de l'autre^ Elles ont alors une grande importance et peuvent jouer un rôle considérable. L'armée défeorsive qui dispose de lignes de cette espèce peut alors porter une réserve d'élite alternativement sur l'une et sur Tautre ligne, et accomplir ainsi de belles manœuvres.

En 1796, la route d'Amberg à Rfitisbonne permit au prince Charles de se dérober devant Moreau et de se porter avec le gros de ses forces sur Jourdan, qui fut accablé à Amberg et à Wurtzbourg.

En 1814, le 9 février, Napoléon se dérobe, à Nogent, devant la grande armée de Schwartzemberg et se porte rapidement sur l'armée de Silésie, dont il accable successivement les divers corps à Champ- Aubert , Montmirail et Yauxchamps.

Il se sert pour cette manœuvre d'une ligne de communication entre la Seine et la Marne.

Cette ligne est formée par la route de Nogent à Épernay, passant à Sézanne, Pont-SainIrPrix et Champ- Au))ert.

Spu8 le rapport de la viabilité, cette routa a été rcoonnue difficile mais possible.

Sous le rapport de la sûreté, elle est couverte, du côté de Tennemî, par une ligne de défense que forment les forêts d'Étoges et de la Traconne et dans l'intervalle les marais de Saint-Gond.

Enfin, sous le 'rapport des ressources, le maire de Barbonne a rassemblé des vivres et requis tous les chevaux du pays qui servent à arracher l'iartillerie des boues et des mauvais pas.

pi'i ■ I .

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