ONZIÈME LEÇON
Des plans de campagne. — Considérations générales. — ^Partie commune à l'oiTensive et à la défensive.
Plan de campagne offensif. — Ses diverses parties. Plan de campagne défensif.-^De la défense directe.^Organltatiott des divers moyens qu'elle comporte.^ De la défense indirecte.
Nous avons terminé Tétude du théâtre d'opérations.
Nous allons nous occuper maintenant du plan de campagne^ dont l'établissement précède évidemment rentrée en opérations.
<i Rien ne s'obtient à la guerre que par le oalouli « écrit l'Empereur à son frère Joseph, le 6 juin 1809. a Dans une campagne, tout ce qui n'est pas p^fon^ « dément médité dans les détails ne produit aucun « résultat. Toute expédition demande à être faite « d'après un système ; le hasard seul ne peut rien « faire réussir. »
Ce calcul, cet examen préparatoire des détails de la campagne, enfin cette étude préliminaire du système d'opérations que l'on veut suivre forment ce que Ton appelle le plan de campagtie.
On peut donc définir le plan de campagne Texposé des combinaisons et des manœuvres au moyen desquelles on croit pouvoir atteindre un but déterminé.
On distingue deux espèces de plan de campagne :
1* Le plan de campagne général ou le plan de 1 guerre ;
2° Le plan de campagne proprement dit.
Le plan de la guerre appartient à la politique de la guerre et est établi par le Gouvernement.
Comme je l'ai dit précédemment, quand la guerre éclate entre deux puissances, elles peuvent ordinairement s'attaquer sur plusieurs frontières et par suite sur plusieurs théâtres d'opérations.
C'est alors au Gouvernement à déterminer la manière d'agir sur chacune de ces frontières.
D'un côté, par exemple, il prendra l'offensive ; de l'autre, il restera sur la défensive.
Le Gouvernement organise alors ses armées en conséquence. Il pourra avoir deux armées, Tune offensive et l'autre défensive, en proportionnant la force de ehaeune d'elles à la mission qu'elle doit remplir et à PimpoFtance du but qu'elle doit atteindre.
Car le premier principe à la guerre est évidemment de mettre les moyens en rapport avec le but que Ton se propose.
G^est ainsi qu'en 4805, l'Empereur rassemble sur le Rhin une armée offensive formidable, la grande araiée, qui va tourner Ulm et remporter plus tard la victoire d'Austerlitz. Et en même temps, il rassemble sur TAdige, sous les ordres de Masséna, une armée défensive beaucoup moins nombreuse que la précé-dente, mais capable C'ependant de remplir le rôle secondaire qui lui est réservé et de couvrir l'Italie.
L'organisation de ces armées, l'indication du rôle de chacune d'elles, la manière de relier leurs opérations, voilà l'ensemble du plan de la guerre, qui appartient, comme je l'ai dit, au gouvernement du pays.
Vient ensuite le plan de campagne proprement dit, qui rentre dans le domaine de la stratégie, et qui s'ap- Plique alors aux opérations d'une seule armée.
Les bases générales de ce plan, c'est-à-dire l'attitude à prendre, offensive ou défensive, et le but à atteindre, sont indiqués par le Gouvernement. Mais l'étude des moyens d'exécution appartient au général en chef, qui les met en rapport avec son caractère propre, avec ses talents particuliers, avec sa manière de faire la guerre.
Un Gouvernement qui voudrait imposer des plans de campagne à ses généraux pourrait amener ainsi la défaite de ses armées.
Car ces plans, établis dans le cabinet, loin du théâtre de la guerre, peuvent ne convenir ni aux hommes, ni au terrain, ni aux circonstances.
Catinat, consulté par Louis XIY sur les aflSûres militaires, insistait surtout sur ce point qu'il ne fallait pas trop lier les bras aux généraux en chef, par des plans de campagne préparés à l'avance et envoyés de la Cour.
Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, on a attribué les revers constants des armées autrichiennes au conseil aulique, qui imposait des plans à ses généraux.
Pendant la guerre d'Espagne, on a attribué une partie de nos revers à l'absence d'un général en chef pour nos diverses armées et à ce que l'Empereur les commandait de Paris. La correspondance demandait vingt-quatre ou vingt-cinq jours pour l'aller et le retour, de sorte que les ordres n'étaient jamais d'accord avec les circonstances. On peut voir à ce sujet les Mémoires de Masséna, de Marmont, la correspondance du roi Joseph, etc.
Enfm, quatrième exemple à l'appui du princip posé tout à l'heure. En 18d0, le premier Consul avai
conçu un plan de campagne pour Tarmée d'Allemagne. Il voulait la faire déboucher par Schaffouse.
Moreau, général en chef de cette armée en avait conçu un autre pour déboucher par Kehl, Brisach et Bâle. Le premier Consul quoique persuadé de la supériorité de son plan de campagne, l'abandonne et adopte celui de Moreau, parce que, comme je l'ai dit, le plan de campagne doit toujours être en rapport avec le génie particulier, les moyens et le caractère du général chargé de l'exécuter.
Le général en chef de l'armée établit donc son plan de campagne.
Ce plan détermine la marche générale des opérations.
Il doit réunir à la fois l'exactitude des calculs, la correction des mouvements et une connaissance profonde des hommes et des choses.
Quelquefois, quand il est établi par un général habile, il fixe le lieu et l'époque de la bataille qui doit décider de la campagne ; il marque d'avance les résultats de la victoire ou les bornes d'un événement désastreux; il prévoit toutes les manœuvres de l'ennemi; il les lui impose pour ainsi dire.
En 1800, le premier Consul, de son cabinet des Tuileries, avait fixé le point de Marengo, comme deirant être le théâtre de la bataille qu'il comptait livrer aux Autrichiens et dont le résultat devait être de reconquérir l'Italie.
« Un jour, dit M. Thiers, avant de partir, couché « sur ses cartes, y posant des signes de différentes « couleurs pour figurer la position des corps français « et autrichiens, le premier Consul disait devant son « secrétaire, qui 1 écoutait avec surprise et curiosité :