‹ Cours d'art et d'histoire militaires. AppendiceChapitre 24 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

dernier asile à Tannée défensive. L'organisation de ce réduit permet en même temps les manœuvres décisives sur les communications de l'ennemi. Si Paris eût été fortifié en 1814, le mouvement de l'Empereur sur Saint-Dizier aurait probablement assuré le succès de la campagne.

Telle est la préparation de l'échiquier.

Puis vient la concentration de l'armée. Celle-ci se réunit en arrière de la frontière qu'elle doit défendre. Afin d'éviter toute surprise, afin de laisser l'ennemi dévoiler ses projets, elle s'établit à deux ou trois marches en arrière, ne plaçant que des avant-gardes sur la limite extrême du pays.

Elle occupe une position défensive préparée à l'avance, ou bien elle est répartie en cantonnements serrés derrière une ligne de défense.

En 1810, Wellington concentre son armée à Viseu, ayant son avant-garde sur l'Âgueda.

Bnl812, Barclay de ToUy avait établi son armée parallèlement à la frontière, mais à hauteur de Wilna.

Tels sont les préliminaires de la campagne.

Celle-ci commence au moment où l'ennemi prend l'offensive.

Elle se divise en plusieurs périodes :

Chaque période comprenant la série de manœuvres relatives à la .défense de chacun des objectifs successifs, et correspondant par conséquent aux diverses périodes de la campagne offensive.

La première période comprend tous les mouvements relatifs à la défense du premier objectif.

On peut, dans cette période, livrer bataille si l'on trouve une occasion favorable et une position assez forte pour arrêter l'ennemi. Mais, généralement, œ-

lui-ci est encore trop rapproché de sa base ; il a encore trop de supériorité numérique et morale ; il a encore trop d'élan, pour courir de si grandes chances. Il vaut mieux se retirer sur sa deuxième ligne de défense, en manœuvrant avec ordre, avec méthode, avec fermeté , en ne recherchant que les combats d'arrièregarde, en laissant l'adversaire s'affaiblir, s'user, se fatiguer et en attendant le moment où l'équilibre se trouvera rétabli entre les deux armées, et où l'on pourra tenter avec succès la chance des armes.

Ce fut là le principe des deux campagnes défensives les plus célèbres; celle de Wellington en 1810; celle de Barclay de ToUy en 1812.

Cette défensive n'exclut pas les mouvements offensifs partiels, qui relèvent le courage des troupes, et qui empêchent le découragement.

C'est le cas aussi de mettre en action les moyens de résistance indirecte dont nous avons parlé dans une leçon précédente :

1"* En soulevant la population sur les derrières de l'armée offensive; en l'organisant en partisans; en levées en masse; en la faisant soutenir par les garnisons des places fortes ;

2"* En dirigeant sur les communications de l'en-^ nemi des corps détachés, comme celui d'Âugereau en 1814;

S"" En se jetant enfin avec la masse de ses forces sur les derrières de l'armée offensive pour lui couper sa ligne de retraite et d'approvisionnements, tandis qu'on la contient en tête par un corps secondaire appuyé sur une bonne ligne de défense ou sur le réduit de l'échiquier.

Comme en 1814 où, ainsi que je le disais tout à

l'heure, les fortifications de Paris eussent assuré le succès de la manœuvre de Napoléon.

Comme en 1859, quand les Autrichiens franchissent le Tessin le 29 avril, ayant pour objectif Turin.

Le roi de Piémont couvre alors sa capitale en organisant la défense de la ligne de la Doria, derrière laquelle le général Cialdini prend position avec environ 20,000 hommes.

Le gros de Tarmée piémontaise s'établit autour d'Alexandrie, avec des têtes de pont à Casale et à Valenza, pour déboucher dans le flanc de l'armée autrichienne, si elle veut marcher sur Turin.

Ces dispositions permettent d'attendre l'arrivée de l'armée française.

Tels sont les divers moyens de résister à la marche de l'ennemi.

Si ces moyens ne suffisent pas pour arrêter l'armée offensive pendant la première période de la campagne, l'armée défensive se retire sur sa deuxième ligne de défense, et abandonne le premier objectif.

La première période de la campagne est alors terminée.

Il y a un temps d'arrêt, un moment de repos indispensable aux deux armées pour se réorganiser.

Puis les opérations recommencent, et l'on entre dans la deuxième période de la campagne.

Cette période est analogue à la première. L'armée offensive veut s'emparer de son deuxième objectif* L'armée défensive veut le couvrir.

Les opérations continuent ainsi de période en période jusqu'à l'objectif définitif si une bataille heu — reuse, ou le succès des divers moyens de résistance ia—

directe que j'ai indiqués précédemment, n'arrête pas auparavant les progrès de l'ennemi.

Enfin, supposons que l'ennemi arrive devant l'objectif définitif de l'échiquier, capitale, grande place forte, camp retranché. L'armée défensive s'y est solidement établie ; elle appelle ses dernières ressources ; elle met en œuvre les derniers moyens de résistance du pays.

Elle peut alors arrêter l'ennemi par une bataille défensive où elle met les chances de son côté, ou bien elle peut l'arrêter par une résistance passive comme celle de Wellington en 1810.

Le succès de la campagne défensive est alors assuré et la retraite de l'ennemi devient très-difficile.

Mais si au contraire, l'ennemi est vainqueur, s'il occupe l'objectif définitif après la ruine de toutes les forces de la défense, il faut céder à la fortune, demander un armistice, puis la paix et accepter les conditions du vainqueur.

Ces conditions, comme je l'ai dit, comportent des cessions de territoire et des contributions en argent.

Voilà la marche générale des opérations de la guerre défensive.

Je prends pour exemple la campagne de Portugal enlSlO. (Fi^. 3,/)/. VII.)

Les causes de la guerre tiennent à la rupture de la paix d'Amiens. En 1808, l'Empereur veut fermer aux Anglais les ports de la Péninsule. Il fait occuper le Portugal par Junot. Une armée anglaise le bat à Vîxneîro et le force de capituler. Depuis ce moment le Portugal est occupé par lord Wellington. Soult cherche à l'en chasser en 1809 et échoue. En 1810, Masséna tente une nouvelle expédition.

Le théâtre de guerre embrasse le Portugal tout entier et, comme je l'ai dit précédemment , présente quatre fronts d'attaque.

Le théâtre (Topérations particulier dont nous nous occupons, comprend ]a partie supérieure de la vallée du Douro, celledu Mondego et une partie de celle du Tage.

Les lignes de défense successives de ce théâtre sont:

L'Âgueda appuyée par Rodrigo ;

La Goa appuyée par Âlmeïda ;

La Sierra d'Alcoba et de Busaco ;

Le Mondego appuyé par Coïmbre ;

Enfin les lignes de Torrès-Yedras.

Quant à la force et à V organisation des armées belligérantes^ l'armée française sous les ordres du maréchal Masséna, comprend trois corps :

Le V sous le général Régnier fort de deux divisions d'infanterie ;

Le 6* sous le maréchal Ney , fort de trois divisions ;

Le 8* sous le général Junot, fort de deux divisions*

Il y a de plus une réserve de cavalerie sous les ordres de Montbrun comprenant 6,000 chevaux.*

L'effectif total est de 65,000 hommes.

Cette armée offensive se réunit à Salamanque.

L'armée défensive se compose de :

30,000 Anglais, vieux soldats.

20,000 Portugais de l'armée de ligne, commandés par des officiers anglais.

Ces 50,000 hommes forment l'armée active et sont organisés en 6 divisions d'infanterie et une division da cavalerie.

II y a encore 30,000 miliciens, commandés par les

crfBden de Parmée de ligne portugaise, qui ont été remplacés par les officiers anglais.

Total 80,000 hommes.

De plus le pays est couvert de partisans.

Une flotte assure les subsistances, appuie les opérations et fait les transports par mer. Les transports par terre ont lieu au moyen de 8,000 mulets.

Gomme plan de campagne^ Masséna choisit sa ligne d'opérations surCoïmbre.

Wellington après avoir établi un corps d'observation entre Badajoz et Elvas devant le maréchal Soult, rassemble sa principale armée à Viseu, pour faire avec elle la guerre défensive méthodique, suivant les principes que j 'ai indiqués. Il assure en conséquence les mouvements de ses réserves, au moyen de routes btérieures.

n forme les garnisons de ses places.

Il organise la résistance de chacune de ses lignes de défense.

Il ordonne la dévastation systématique du pays et rémigration des habitants.

Enfin il crée le camp de Torrès-Vedras qui doit lui servir de réduit.

La presqu'île de Torrès-Vedras a sept ou huit lieues dé large, sur douze ou quinze de long. L'Arrwflfevers leTage, leZizambro vers la mer, forment une première ligne de défense, bonne surtout par les escarpements des abords.

On établit sur cette ligne une suite de redoutes, de batteries, de barricades et de forts, couverts par des abatis, des inondations et armés de 700 bouches à feu.

Une deuxième ligne est établie en arrière.

Enfin une troisième forme un réduit à l'extrémité

du territoire et est destinée à couvrir le rembarquement.

Telle est la préparation de Téchiquier.

Wellington se tient à Viseu avec 20,000 Anglais et 15,000 Portugais. Il a une division d'avaiifrgarde sur la Coa.

Le général Hill est entre Badajoz et El vas avec 6,000 Anglais et 10,000 Portugais.

Un corps de milice observe le Tage.

Des partisans sont sur le Minho.

Yoflà les préliminaires de la campagne.

Les opérationas'ouvrent par le siège de Rodrigo qui en marque la première période.

Le siège d*Almeïda forme la deuxième.

Après la prise de cette place, Masséna entre alors dans la troisième période de la campagne et marche sur Coïmbre.

Wellington bat en retraite méthodiquement.

Le 27 septembre il livre bataille à Busaco, pour retarder notre marche, prot^er l'émigration portugaise et obéir à l'opinion publique.

Il maintient sa position. Puis se voyant tourné, il continue sa retraite et occupe la ligne du Mond^o.

Bientôt il l'évacué et alors commence la quatrième période de la campagne.

Les Anglais continuent leur retraite sur Lisbonne. Nous les suivons.

Le 12 octobre, l'armée défensive entre dans les ligne» de Torrès -Yedras, sans avoir été entamée, sans étr^ fatiguée, ni diminuée, ayant remporté une victoire.. Elle compte 70,000 hommes derrière 152 redouter armées de 700 bouches à feu.

Masséna n'a que 45,000 hommes. 11 reconnaît Tîmpossîbilité d'enlever les lignes.

Il s'établit en présence attendant des renforts et la diversion du Midi.

Son ai^ée meurt de faim en présence des Anglais abondamment pourvus de tout.

Quelques renforts arrivent, mais ils sont insignifiants.

La diversion du maréchal Soult se borne à la prise de Badajoz.

Dès lors le succès de la campagne défensive de Wellington est assuré. — Au commencement de mars 1811, l'armée française se met en retraite et se retire successivement derrièrele Mondego, laCoa et TAgueda.

Telles sont les diverses périodes de la campagne de

Ses conséquences sont les suivantes :

Le Portugal est délivré.

Le prestige des armes françaises fortement ébranlé et, en même temps, le prestige de la puissance de Napoléon.

^ous terminons ici la stratégie, c'esir-à-dire l'étude des mouvements et manœuvres qui ont lieu sur le théâtre d'opérations.

Nous avons vu que la stratégie indique les points principaux de l'échiquier sur lesquels on doit porter Hes efforts, qu'elle montre en même temps les lignes Bur lesquelles on doit s'appuyer ou se mouvoir, enfin qu'elle détermine la marche générale des opérations <l*une campagne.

C'est évidemm^t lu partie la (ihM itûpOM

Tart de la guerre.

Mais comme je Taiditaii commencement de ( c'en est en même temps la plus difficile, parce opère loin de rennemi,aumilieud'uneincertifoi plète, parce que presque tous les calculs auxqi donne lieu ne sont basés que sur des hypothèa^ parce qu'en stratégie il faut savoir à la fois to ner et tout prévoir»

LIYBE m.

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