QUINZIÈME LEÇON
01» jet du livre IIl. — De la grande tactique. Hes posidonB milllairefl. — Considérations générales. -— Gassification. Ëtxide d*une position militaire. — Considérations relatives à sonimportance. — Éléments qui constituent sa force.
Diverses parties d*une position.— Conditions qu'elles^oivent remplir.
njet 11 Une m du Omin de 2* année. — Les opérations stratégiques qui faisaient l'objet du livre précédent , ouf amené les armées en présence.
Elles arrivent sur le champ de bataille, filles se disposent à combattre, filles se trouvent alors dans de nouvelles condî- ^orts.
filles vont agir d'après de nouveaux principes.
Ij' ensemble de ces principes constitue la grande tac^ ^i^xie qui fait l'objet du livre III du Cours de 2* année.
nous avons défini la grande tactique ; l'art de dist^oeer et de faire mouvoir les troupes sur le champ de l>&taille.
Elle comprend :
i* L'étude des positions militaires^ c'est-à-dire du
terrain sur lequel les armées vont s'engager ;
2* L'examen des ordres de bataille^ c'est-à-dire des dispositions suivant lesquelles les armées se rangeront pour combattre ;
3* L'étude des marches tactiques^ c'est-à-dîre des moyens employés pour faire mouvoir les armées lorsqu'elles se trouvent en présence ;
4* Enfin, l'étude des batailles elles-mêmes^ c'est-àdire l'étude des principes suivis pour faire combattre les troupes.
Telle est la grande tactique.
Les opérations du champ de bataille suivent les opérations stratégiques.
Elles leur succèdent.
Comme nous l'avons vu précédemment, une armée part de sa base, marche le long de sa ligne d'opérations, et se dirige vers l'objectif qu'elle veut atteindre. Elle manœuvre alors autour de l'armée défensive qui. couvre cet objectif pour chercher à la déposter. Si elle n'y réussit pas par des manœuvres stratégiques^ elle a recours à la tactique et elle livre bataille.
Les opérations tactiques succèdent donc aux O] rations stratégiques et forment généralement le nouement d'une période de campagne ou d'une caaxr pagne.
C'est pour cela que nous terminerons par elles, de suivre dans l'exposition des principes le m6co.« ordre que dans la réalité.
Des poiitioBi milittirM. — Nous avons appelé champ ^Je bataille une surface de terrain de quelques lieues ca.^vrées, comprenant les positions de deux armées 6=^n présence.
L'étude des champs de bataille n'est donc autre chose que l'étude des positions militaires.
On appelle position l'espace de terrain sur lequel une armée s'établit et où elle trouve des conditions favorables pour ses projets ultérieurs.
Une armée qui exécute une marche stratégique prend position tous les soirs pour passer la nuit.
Si elle veut livrer bataille, elle occupe une position.
Dans l'un comme dans l'autre cas , mais particulièrement dans le dernier, elle cherche à s'établir sur im terrain favorable à ses projets ultérieurs.
J'ai parlé précédemment de l'influence du terrain sur les opérations tactiques et du rôle que pouvaient jouer ses divers accidents ; hauteurs , bois, défilés , villages, maisons isolées, ravins, cours d'eau, marais, etc.
Parmi ces accidents , les uns comme les hauteurs, les bois, les villages, sont favorables et ajoutent à la force des troupes. Une armée doit chercher à les rencontrer sur le terrain qu'elle occupe.
Les autres, ravins, défilés, marais, bas-fonds, sont défavorables ; ils empêchent ou ils gênent les mouvements des troupes. Une armée doit par conséquent chercher à les rencontrer sur le terrain qu'elle réserve à. l'ennemi, sur le terrain que l'ennemi doit parcourir pour arriver à elle.
Ainsi, la combinaison des divers accidents du sol forme les positions militaires.
Une position militaire sera formée par exemple de la manière suivante :
A droite, par une chaîne de hauteurs; au centre par
des villages ; à gauche par des bouquets de bois. Voilà la constitution du terrain que se réserve Tarmée.
En avant, il y aura un bas-fond, un défilé, des parties marécageuses. Sur le flanc droit, des montagnes escarpées. Sur le flanc gauche, un gra^d cours d*eau.
Voilà la constitution du terrain que doit parcourir Tadversaire.
Et cet ensemble forme une position militaire, favorable à l'armée qui l'occupe, défavorable à l'ennemi.
Les positions militaires se rencontrent en grand nombre sur les théâtres d'opérations, puisque ceux-€i sont de vastes surfaces géographiques qui présentent une grande quantité d'accidents de toute espèce.
c( On peut prendre 200 positions dans un espace « de deux lieues carrées, dit Frédéric dans son inc( structioii à ses généraux. »
Lid difficulté est de les reconnaître et de les occuper convenablement.
Quoi qu'il en soit, les positions militaires doiveixi toujours remplir une première condition, c'est (^^ mettre hors d'^insulte l'armée qui les occupe.
Toutes les positions ont donc avant tout des pr^o« priétés défensives.
Néanmoins, une armée peut occuper une position dans deux intentions différentes :
!• Elle peut vouloir s'y défendre en cherchant à arrêter l'ennemi, à ménager ses propres troupes, position est prise alors dans une idée défensive : c'e. une position défensive;
T Au contraire, l'armée peut occuper la positio n avec l'inttmtîon d'en sortir le lendemain pour attaquessr l'ennemi : elle cherche alors de l'air, de l'espace, d(
CaciUtéB pour maoïBuvrer et pour déboucher. La position est prise alors dans une idée d'offensive : c'est une position offensive.
Il y a donc deux espèces de positions, quand ou les considère relativement au but que Ton se propose en les occupant, savoir :
Des positions défensives, Et des positions offensives.
A Waterloo, par exemple, la veille de la bataille, lea deux armées, française et anglaise, occupaient deux positions vis-à-vis Tune de l'autre, à cheval sur la toute de Bruxelles.
L'une de ces positions était défensive; celle des Anglais, qui voulaient arrêter les Français, couvrir Bruxelles et donner le temps aux Prussiens d'arriver.
L'^autre, celle de Napoléon, était offensive, puis- ^^il voulait en déboucher le lendemain pour culbuter Tannée anglaise.
Si nous considérons maintenant les positions , relativement à la manière dont elles sont constituées, nous les diviserons encore en trois classes :
Les positions à limites tranchées ; Les positions à limites vagues ; Et les positions mixtes.
Les positions à limites tranchées sont ordinairenient formées par de grands accidents naturels , des
pentes abruptes, des rochers, etc Elles présentent,
par suite, certains avantages de force. Mais pour ces quelques avantages, elles offrent de nombreux inconvénients.
Les principaux sont Içs suivants :
r Elles ne peuvent généralement être occupées que d^une seule manière.
2"" Par suite, on couvre toujours de même ses lignes stratégiques.
3** Il faut pour les occuper un nombre de troupes fixe; quand on en a davantage, elles sont trop accumulées ; quand on en a moins, la position est dégarnie.
4"" Ce genre de positions affaiblit le moral des troupes.
On peut les comparer aux lignes continues de retranchements ; elles présentent les mêmes inconvénients.
Je citerai, comme position de ce genre, celle de Busaco, occupée par Wellington dans la campagne de Portugal .
Les positions à limites vagues sont formées par des hauteurs, des villages, des bouquets de bois, des fermes, des châteaux, etc Leurs limites ne sontpa%
arrêtées d'une manière absolue ; on peut les étendre ou les resserrer, les porter plus en avant ou plus arrière, les incliner plus ou moins
Elles présentent les avantages suivants :
r Elles favorisent les manœuvres.
2® Elles relèvent le moral des troupes en ne les nant pas sur une défensive absolue.
S"" Elles permettent de mieux couvrir les lignes de retraite, puisque Ton peut leur donner, à cet effets Xa direction et Tinclinaison les plus favorables.
Telle était la position de Mont-Sain trJean poL^r Tarmée anglaise, en 1815.
Enfin, les positions mixtes sont à limites tranché^^ sur certaines parties, et à limites vagues sur d'autre^^< Telle était la position de Caldiero.
La droite était à limites tranchées et suivait la crêl
du contrefoH deColognola.Le centre était marqué par le village de Caldiero, mais la gauche était à limites y^es et pouvait être portée plus en avant ou plus en arrière suivant les intentions du général en chef.
Telle est la classification des positions militaires.
Passons à l'étude d'une position en elle-même.
taitortance 0t force d'âne pesitleB. — On distingue deux ^oses dans une position :
Son importance, Et sa force.
L'importance d'une position dépend de considéralions stratégiques et des relations de la position avec le ttiéfttre d'opérations.
La force d'une position dépend de la manière dont die est constituée, et de la force des différents obstades qui la composent.
•L'importance d'une position est donc tout à fait distincte de sa force. Une position très-importante peut être très-faible; et une position très-forte peut étie au contraire de nulle importance, — ce qui arrive p&r exemple, pour une position située à une des extréniités les plus reculées du théâtre d'opérations, et éloignée par suite de toutes les lignes stratégiques.
Examinons d'abord l'importance d'une position.
Le théâtre d'opérations présente, comme je l'ai dît, un grand nombre de positions militaires, dans '^ montagnes, dans les plaines ou dans les vallées.
Parmi ces positions, les unes seront situées en de- ^^rs des lignes stratégiques et loin des points stratégiques importants de l'échiquier. L'armée défensive 11. 18
qui voudrait les utiliser ne couTrirait plus ses objectifs, et de plus, risquerait d'y mourir de faim, tu Téloignement des ressources. L'armée offensive les masquerait et passerait outre. Ces positions sont donc sans importance.
D'autres, au contraire, commandent les lignes stratégiques du pays et couvrent les points principaux. Ce sont là les positions qui joueront un rôle dans les opérations et qui sont véritablement importantes.
Une position peut commander une ligne stratégique de deux manières :
1** Elle peut être à cheval sur cette ligne, perpendiculairement à sa direction, comme la position de Mont-Saint-Jean qui était à cheval sur la route de Bruxelles.
2'' Elle peut être parallèle à cette ligne , située à petite distance, de manière que l'ennemi, pour passer, soit obligé de prêter le flanc, et de défiler, pour ainsi dire, sous le feu de la position.
Telle était, en 1814, la position de Craonne, parallèle à la route de Laon, et située à petite distance de cette route.
Quoi qu'il en soit, l'importance d'une position dépend du nombre et de l'importance des lignes stratégiques qu'elle commande.
Prenons des exemples :
Dans la campagne de 1796, nous trouvons deux positions célèbres, celle de Rivoli et celle de Galdiero.
L'importance de ces positions et le rôle qu'elles ont joué venaient de ce qu'elles commandaient les deux grandes lignes stratégiques de l'échiquier. Celles de Rivoli était à cheval sur la route du Tyrol, laroutc!^ de Trente à Mantoue. Celle de Galdiero était à chevaH.
sur la route du Frioul, la route de Yicence à Mautoue par Vérone. {Fig. 2, pL IV).
En 1805, la position d'Austerlitz couvraîMroîs routes importantes : la route de Vienne ; celle de Bohême par Iglau, qui pouvait devenir une ligne d'opérations accidentelle ; et enfin celle de Presbourg, par laquelle le gros de l'armée se trouvait en communication avec le maréchal Davoust. {Fig. i^jd. IV).
En 181 5, la position de Ligny, occupée par les Prussiens et formée par un ravin et des villages, couvrait quatre lignes stratégiques :
1® A droite, la chaussée de Nivelle , par laquelle l'armée prussienne communiquait avec l'armée anglaise, et par laquelle elle attendait le secours de cette armée ;
2* Le chemin de Wavres par Tilly , pouvant servir à l'armée prussienne de ligne de retraite accidentelle entre Bruxelles et Liège, de manière à rester en communication avec les Anglais;
3* Le chemin de Gembloux, par lequel arrivait le quatrième corps prussien ;
4* Enfin , à l'extrôme gauche, la route de Namur, ligne d'opérations principale de l'armée prussienne , sur Liège, Maëstricht, Cologne et sur le Rhin.(F/^. 12, pi. VIII.)
Ainsi donc l'importance d'une position militaire dépend de ses relations avec les points et les lignes . stratégiques de l'échiquier.
Passons à l'étude de la force d'une position.
La force d'une position dépend de la manière dont elle est constituée et de la force des différents points qui la composent.
La force d'un point particulier d'une position dépend de deux espèces de considérations :
TDe considérations tactiques;
T De considérations topographiques.
Les considérations tactiques se rapportent à la dis* position de l'ordre de bataille et à celle des troupes^
Le point que Ton examine peut appartenir au centre « à laile droite ou à l'aile gauche de l'ordre de bataille «*
Considéré de cette manière, il est évident que c^ point sera d'autant plus fort qu'il sera plus central, puisqu'alors , indépendamment des troupes qui 1*00-' cuperont, il faudra encore tenir compte de l'effet indirect des autres troupes placées à droite , à gauche et en arrière.
Les considérations topographiques sont relatives à la constitution même de ce point et à la nature de l'obstacle naturel qui s'y trouve. Cet obstacle sera une hauteur, une ferme, un village, un bouquet de bois; et il sera d'autant plus fort qu'il se rapprochera davantage des conditions établies pour les ouvrages de fortification, c'est-à-dire qu'il aura une enceinte continue et solide, que celte enceinte présentera des flanquements, que l'intérieur de l'obstacle offrira des abris, que les abords seront bien découverts, que le commandement sur le terrain environnant sera favorable, etc. Voilà les éléments de force de chacun des points d'une position militaire.
Chacun do ces points a une importance différente, suivant ses relations avec les lignes stratégiques qui viennent aboutir à la position.
Ainsi à Ligny, la chaussée de Nivelle venait aboutir en arrièn» de S<iint-Amand.
Le chemin de W avres aboutissait au moulin de Bry.
Le chemin de Gembloux se rattachait à Sombrcf . Enfin la route de Namur venait aboutir derrière Tongrines.
De ces divers points, le plus important était momentanément celui de Saint-Âmand, parce qu'il couvrait la ligne de communication entre Tarmée prussienne et l'armée anglaise.
L'on peut donc dire que l'importance de chacun des points d'une position dépend des avantages que son occupation présenterait à l'ennemi.
Parmi ces différents points, il y en a un plus impor-
tantque tous les autres ; on l'appelle la clef de laposition.
Le principal mérite du général en chef, qui occupe
une position, est d'en bien reconnaître la clef et d'en
assurer la défense par tous les moyens possibles.
La meilleure position est celle où le point le plus ^portant en est en même temps le plus fort.
Pénétrons maintenant sur la position et voyons-en les diverses parties.
DiversM parties d'une position. — On distingue sur une position cinq parties principales :
Les abords; Le front ; Les flancs ; L'intérieur ; Et les derrières.
Les abords d'une position s'étendent en avant du front, comme les glacis d'une place forte ; il» doivent être découverts, aller en pente douce vers l'ennemi, ce qui favorise l'effet des feux ; ils présenteront des obstacles inertes, c'est-à-dîre au-dessous du sol , comme
clos ruisseaux , des canaux, des parties marécageuses, qui arrêteront l'ennemi sans masquer la position et sans empocher l'armée défensive d'en déboucher, pour prendre en flanc les colonnes assaillantes, ou poui poursuivre l'ennemi après l'avoir repoussé.
Les abords présenteront encore d'autres obstacles; ce seront des fermes, des maisons isolées, des châteaux, des villages, que l'on occupera en avant de la position et qui serviront de postes détachés ou de postes avancés.
Les premiers, situés sur l'extrême limite des abords et liors de la portée des armes pour les troupes qui occupent la position, serviront à empêcher les premières reconnaissances de Tennemi, à le tenir éloigné de l'armée, à donner avis de son approche, à défendre un passage important. Ils joueront le même rôle que les ouvrages détachés dans les places fortes.
Les seconds joueront le rôle des ouvrages avancés. Us sont situés sur les abords mêmes de la position ; ils en tirent des flanquements ; ils sont destinés à retarder la marche des colonnes d'attaque de l'ennemi ; ils doivent être tels que l'ennemi, après s'en être emparé, ne puisse pas s'y établir. Dans le cas où l'on voil l'impossibilité de les reprendre, on les brûle en les évacuant.
Au delà des abords, nous trouvons le front de Ifl position. Il correspond au front de l'ordre de bataille. 11 est dessiné par la crête d'une chaîne de hauteurs, comme à l'Aima; ou par une série d'obstacles naturels et artificiels, villages, fermes, châteaux, hauteurs, etc., comme à Caldiero. Dans tous les cas, c'est une ligne brisée, présentant des saillants et dee rentrants. La forme la plus avantageuse est celle qui se rapproche le plus du tracé bastionné. Les villages,
fermes, hauteurs, etc., forment les points saillants ou les bastions, et laissent entre eux des intervalles vides qui représentent les courtines par lesquelles on peut déboucher.
Les obstacles placés sur les saillants de la position s'appellent les points d'appui du front.
Le front d'une position doit remplir trois conditions principales :
Il doit être suffisamment fort ;
Il doit être en rapport par son étendue avec l'effectif de l'armée qui l'occupe \
Enfin, sa direction doit être telle qu'il couvre bien les lignes stratégiques de l'échiquier.
Les flancs de la position correspondent aux flancs de l'ordre de bataille. Ils doivent être appuyés par des obstacles naturels, tels que l'ennemi ne puisse pas les tourner. Dans le cas où ces obstacles naturels n'existeraient pas, il faut y suppléer par des dispositions de troupes ou par des ouvrages de fortification passagère.
^intérieur de la position doit présenter une profondeur suffisante, 1,500 mètres environ, pour pouvoir contenir les difiérentes lignes de l'ordre de bataille, tt faut encore qu'il offre des communications faciles, pour pouvoir porter rapidement les troupes , parti- Gialièrement les réserves, sur les différents points de la position.
A la bataille de Dresde, la gauche de l'armée autricliîenne fut accablée, parce qu'elle était séparée du ï'^ste de l'armée par un ravin d'un passage difficile.
L'intérieur de la position doit remplir une dernière Condition. Il faut qu'il présente des couverts, replis fie terrain, villages, revers de hauteurs, etc., derrière
lesquels on tient à l'abri les troupes de deuxième ligne et les réserves, jusqu'au moment de les faire entrer en action .
Enfin, nous arrivons sur les derrières de la position.
Ils doivent présenter les débouchés nécessaires pour retirer larmée du champ de bataille en cas d'échec, en même temps un certain nombre de points forts ou d'obstacles, dont l'occupation couvrira le mouvement (le retraite et qui formeront une série de positions successives, sur lesquelles les troupes en désordre pourront se rallier, et où les réserves de l'armée pourront tenir ferme et arrêter momentanément la poursuite. Enfin, à deux ou trois lieues plus loin, les derrières de la position devront offrir un emplacement favorable pour l'établissement des parcs et des bagages de l'armée, et une ligne de défense où celle-ci pourra reprendre haleine, en cas de malheur.
Telles sont les différentes parties d!une position militaire et les conditions particulières qu'elles doivent remplir.
L'ensemble de la position doit remplir les conditions générales suivantes :
r La position doit bien couvrir les lignes stratégiques de l'armée, et particulièrement la ligne de retraite, qui est généralement la ligne principale.
La meilleure position pour cette ligne est d'être perpendiculaire sur le milieu du front, comme la route de Bruxelles par rapport à la position de Mont- Saint- Jean.
Quelquefois elle est oblique; d'autres fois parallèle»
Et elle se rattache à Tune ou à l'autre des deux extrémités; elle est alors plus difficile à couvrir.
A Vittoria, la ligne de retraite était parallèle au front de la position et venait aboutir en arrière de Taile droite. Cette circonstance contribua beaucoup au désastre ;
2*" Il faut que la position ne soit pas dominée à portée de canon ; car alors Tennemi pourrait en déloger Tarmée, sans tenter d'attaque.
3® 11 faut que l'eau et le bois soient à proximité, ainsi que les ressources nécessaires en vivres et en fourrages, sans quoi l'on pourrait être chassé de la position par la famine ;
4* Enfin, il faut que l'étendue de la position soit proportionnée au nombre des troupes qui doivent l'occuper. Quand la position est à limites tranchées, cette dernière condition surtout est indispensable. Quand elle est à limites vagues, on peut faire varier les dispositions de l'ordre de bataille et corriger, de cette manière, les défauts que l'on rencontre. Cependant, il doit toujours y avoir un certain rapport entre l'étendue de la position et l'effectif de l'armée.
Je prends pour exemple de position militaire celle de Caldiero, qui joua un grand rôle dans la campagne de 1796 et dans celle de 1805.
Cette position, comme je l'ai dit, était à cheval sur la route de Vérone à Vicence, c'est-à-dire sur l'une des deux principales lignes de l'armée autrichienne. Elle la commandait complètement ; de là son importance.
Une armée qui débouchait de Vérone était forcée de l'enlever avant de passer outre.
Or, en sortant de Vérone voici comment se présentait la position de Caldiero (Ftg, i^ pL Vlll) :
Au delà de San-Giacomo, on trouvait d'abord i défilé, celui de Vago^ à travers un village et sur pont d un petit cours d'eau. C'était un premier obsl cle, qui devait gêner le déploiement de l'armée a; saillante, et qui, en cas d'échec, devait rendre sa n traite plus difficile.
Vago, situé à une lieue et demie en avant de position, pouvait être considéré comme un poste d taché, dont l'occupation permettait d'empêcher I premières reconnaissances de l'ennemi et de retard sa marche.
11 en était de même d'Arcole, destiné à empédh l'ennemi de tourner la gauche de la position.
Après Vago, on arrivait sur les abords de la poi tion, formés à gauche par des pentes assez roides e1 droite par des parties Lasses, marécageuses, peu pi près au déploiement et aux manœuvres des troupes
Sur ces abords, trois villages, ceux àUlasi, de C ilel-Arn et de Calderùio^ servaient de postes avance
Le front de la position suivait la crête d'un contr fort, qui partait des montagnes du Tyrol, se dirigea vers le sud, s'abaissait vers Caldiero et venait moui à la route de Vérone. Il passait ensuite en arrière < village de Caldiero et venait finir en avant de Porcil
Les points d'appui de ce front étaient formés p des villages et par de nombreuses redoutes.
« Rien de plus imposant, dit le général Mathi « Dumas, que l'aspect de la position de Caldiero, « (( venant de Vérone. La colline de Colognola, lég (( rement découpée par quelques arêtes et par des vi (( Ions peu profonds, s'élevait en amphithéâtre . do « les gradins, soutenus par des murs et plantés d'à (( bres et de vignes, présentaient à chaque pas ui
A ligne naturellement fortifiée et des obstacles suc- « cessîfs.
« On avait saisi tous les points favorables pour la « construction de redoutes et rétablissement de bat- 0 teries qui se flanquaient réciproquement, et dont ff les feux se répondaient jusqu'au fond des ravins. « Tous les ouvrages étaient bien liés et s'étendaient a jusqu'à l'Adige, dont le cours resserrait et fortifiait fl la position.
€< On n'apercevait aucun saillant, aucun mamelon qui « ne fût garni d'artillerie, aucun point accessible qui « ne fût barré de retranchements fraisés, palissades, (( couverts de chevaux de frise etd'abatis, enfin au- « cun intervalle qui ne fût occupe par les troupes et a hérissé de baïonnettes. »
Tel était l'aspect du front de la position.
Le flanc droit s'appuyait aux montagnes du Tyrol; le flanc gauche à l'Adige.
L'intérieur présentait des abris pour les réserves, et, de plus, une profondeur suffisante pour les différontes parties de l'ordre de bataille.
Les derrières étaient bien organisés pour une retraite. On y trouvait une seconde ligne formée par l'^lpon et un point d'appui dans le village de San Bonifacio.
En 1796, la position de Caldiero, occupée par l'armée autrichienne d'Alvinzi , ne put être enlevée de front par les divisions Masséna et Augereau, malgré des attaques extrêmement vigoureuses.
En 1805, occupée par l'armée autrichienne de l'archiduc Charles, elle fut attaquée par l'armée française d* Italie sous les ordres de Masséna.
Le maréchal connaissant la force de la position,
avait détaché une division d'infanterie , celle d néral Verdier, et une division de dragons, celle d néral Mermet, pour aller franchir l'Adige vers R* et tourner le flanc gauche de Tennemi.
Cette diversion ne put avoir lieu, et malgré de taques énergiques, l'archiduc se maintint dan positions, et ne se mit en retraite que plus tard nouvelle des événements d'Allemagne.