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TROISIÈME LEÇON

Détails des affaires traitées dans les différents bureaux d'un écat-major divisionnaire.

Principaux états à établir. — Situations et rapports.

Registres à tenir dans une division territoriale.

Nous avons vu que toutes les affaires d une division militaire étaient réparties entre les différents bureaux de son état-major. Chaque bureau comprend toutes les affaires de même nature, toutes celles que Ton peut ranger dans une même catégorie, toutes celles qui dépendent d'une même branche de service.

Par suite, le travail de chaque bureau est basé sur rétude , sur la connaissance d'un certain nombre de lois, ordonnances, instructions ministérielles, décisions ou règlements qui régissent la matière.

Ces lois, ordonnances et instructions se trouvent dans le Journal militaire et dans les archives de la division.

L'officier chargé d'un bureau doit commencer par les étudier avec soin ; et comme elles sont en grand nombre, comme il est souvent obligé d'y avoir recours, comme sa mémoire serait insuffisante à les retenir, il doit, s'il veut remplir convenablement les obligations de sa position , se former ce qu'on appelle un Répertoire^

c'est-à-dire une sorte de table alphabétique, présentant la date et le résumé de toutes les décisions relatives aux affaires de son bureau.

Examinons les principales affaires de chaque bureau.

Le premier bureau est celui de la correspondance générale; il comprend ordinairement :

V Les affaires politiques , celles qui ont rapporta Tordre public, à la police des garnisons, etc.; elles sont presque toujours confidentielles.

2' Les cérémonies publiques , dont on prescrit les dispositions et pour lesquelles on prévient les autorités civiles.

3° Les inspections générales. Les inspecteurs généraux donnent avis de leur arrivée; il faut prévenir les subdivisions ; il faut de plus prescrire les mouvements de troupes qui peuvent être demandés et organiser le service pendant les inspections, de manière que chaque corps inspecté soit complètement libre.

4° La levée des scellés. Conformément au décret du 13 nivôse an x, le chef d*état-major désigne, comme nous l'avons vu précédemment, un officier qui doit assister à la levée des scellés, lorsqu'il s'agit d'un officier général ou supérieur décédé dans la localité et dont les papiers peuvent intéresser l'État. L'officier désigné dresse alors un procès-verbal, que l'on transmet ensuite au ministre avec le dossier des pièces trouvées.

5° Les mouvements de troupes. Ils ne peuvent être ordonnés directement par le général que dans le cas d'urgence et en en rendant compte immédiatement. En temps ordinaire, c'est le ministre qui envoie les itinéraires ; le premier bureau les transmet aux corps par

les subdivisions, et prévient en môme temps Tintendant, les préfets, les divisions intéressées, etc.

6** Les dépêches télégraphiques et tout ce qui est relatif à leur arrivée, à leur accusé de réception, à leur rédaction, à leur envoi, etc.

7* Les officiers en non-activité. Un officier en nonactivité, qui vient résider dans une division, doit, à son arrivée, se présenter au chef d'état-major. Cehiîci tient un registre de ces officiers, avec rindication de leur résidence. On leur écrit pour la police, pour les inspections. On transmet au ministre leurs demandes de changement de résidence, et, s'il y a lieu, leurs demandes pour aller à Paris.

8" Le personnel des états-majors. Le premier bureau comprend tout ce qui est relatif aux nominations, mutations et travaux des officiers du corps d'étatmajor et de rétat-major des places.

9' Les ordres du jour, qui forment une des parties les plus importantes du service. Il y a des ordres généraux et des ordres particuliers. Les premiers sont les ordres de l'armée, du corps d'armée ou de la division ; les autres sont des ordres qui s'adressent à des individus.

10* Enfin le premier bureau comprend toutes les affaires quine rentrent pas dans les spécialités des autres bureaux, comme la discussion des titres de préséance de deux autorités rivales, et l'interprétation du décret du 24 messidor an xii; ou bien encore la prescription de mesures sanitaires, relatives à l'invasion d'une maladie épidémique, comme le choléra, etc.

Le deuxième bureau est celui de la justice militaire. Son répertoire est basé sur la loi du 15 mai 1857, relative au nouveau Code de Justice militaire.

Les affaires qui en dépendent peuvent se classer de la manière suivante :

1 ° La formation des conseils de guerre et les mutations dans leur personnel.

Chaque corps, en arrivant dans une division, Tournit pour la formation des conseils de guerre une liste des officiers remplissant les conditions voulues, liste renouvelée tous les mois. D'après cette liste, le deuxième bureau change tous les six mois le président et les six juges qui composent chaque conseil. Il envoie, à cet effet, des lettres de nomination et des lettres de cessation de fonctions.

Quant aux commissaires impériaux qui font les fonctions de ministère public, et aux rapporteurs qui font les fonctions de juges d'instruction, ils sont nommés par le ministre ; ce sont ordinairement des officiers en retraite. Quand ce sont des officiers en activité, ils sont choisis sur une liste présentée par le général de division.

Lorsqu'il y a dans la division un conseil de révision, le deuxième bureau s'occupe de même de la formation de son personnel et des mutations qu'il comporte.

V Après la formation des conseils, vient la procédure devant les tribunaux militaires, qui comprend pour le bureau de la justice militaire :

La réception des plaintes et la suite à leur donner.

Lorsqu'une plainte arrive à la division, il y a lieu de l'examiner pour la forme et pour le fond. On s'assure que tout est conforme aux règlements; et, s'il en est ainsi, on accuse réception.

Puis on donne Vordre dinformer au commissaire impérial, qui Je transmet au rapporteur. Le général de division est maître de refuser l'information s'il le juge convenable.

Quand laffaîre est instruite, le deuxième bureau envoie Tordre de mise en jugement et en même temps Tordre de convocation pour le conseil de guerre.

Le conseil a lieu , le jugement est prononcé et le président du conseil renvoie le dossier à la division.

Le deuxième bureau assure alors Texécution du jugement. 11 donne des ordres à cet effet; il indique la direction que doit recevoir le condamné ; il prévient le corps; il rend compte au ministre. Enfin il envoie les pièces prescrites par le règlement à Tétablissement sur lequel on dirige le condamné. Ces pièces sont ordinairement au nombre de trois :

Un état signalétique ,

Un folio de punitions ,

Et un état de masse.

Dans le cas où il n*y aurait pas lieu de donner suite à une plainte en conseil de guerre, le deuxième bureau envoie une déclaration qu'il n'y a pas lieu d'informer, ou bien une ordonnance de non-lieu, s'il y a déjà eu information.

3"* Après les conseils de guerre, viennent les conseils d'enquête pour les officiers.

Ces conseils sont régis par la loi du 19 mai 1834, par l'ordonnance du 21 mai 1836, et par les instructions ministérielles du 8 novembre 1836, du 27 avril 1837, et plusieurs autres de la même année.

Les conseils d'enquête donnent leur avis sur la mise en réforme des officiers pour inconduite , indignité, fautes contre l'honneur ou la discipline, enfin prolongation de la non-activité au delà de trois ans.

11 y a trois sortes de conseils d'enquête :

Les conseils de régiment pour les officiers subalternes, dont les membres sont pris dans le corps à tour de rôle et par ancienneté;

Les conseils de division pour les officiers supérieurs, officiers d'état-major et officiers sans troupe, dont les membres sont pris dans toute la division ;

Enfin les conseils d'enquête spéciaux pour les officiers généraux, dont les membres sont nommés par le ministre.

Pour les conseils d'enquête, il y a un rapport spécial qu'il faut examiner.

Puis on en accuse réception et Ton s'occupe de la formation du conseil.

On transmet le dossier au président, qui le donne au rapporteur.

On fixe le jour et le lieu de la réunion du conseil.

On donne avis à l'officier, objet de l'enquête.

Le conseil a lieu à huis clos. Les membres se prononcent par oui ou par non.

Les pièces reviennent ensuite à la division, sont vérifiées sous le rapport de la régularité des formes, et enfin transmises au ministre, qui prononce.

V Ensuite viennent les conseils de discipline, régis par les ordonnances ministérielles d'avril 1818 et du 3 avril 1851. Ils sont destinés à juger dans les corps les hommes contre lesquels la discipline ordinaire a épuisé tous ses moyens.

Un conseil de discipline se réunit dans un régiment, sur l'ordre du colonel.

L'avis motivé du conseil est envoyé au général de division, qui prononce.

Le deuxième bureau doit examiner le dossier, signifier au corps la décision du général, indiquer la direction à donner au militaire, transmettre l'affaire au ministre, et enfin envoyer certaines pièces à l'établissement pénitentiaire par la voie hiérarchique.

S"* Les cassations et suspensions demandées par les

chefs de corps arrivent au deuxième bureau. On les examine et on les transmet au ministre, en se conformant à l'ordonnance du 11 mai 1853.

6° Les punitions disciplinaires dépendent du même bureau. Le général de division a le droit d'infliger deux mois de prison. On lui demande des augmentations, ou bien il les inflige de lui-même d'après Texamen des situations et rapports.

T Les commutations de peine en dépendent également. Tous les trois mois ou tous les six mois, conformément aux instructions ministérielles du 28 janvier 1839 et du 9 mai 1852, les établissements pénitentiaires do la division adressent au ministre des états de grâce- Quand le ministre en accorde, on prévient l'établissement pénitentiaire et les corps intéressés.

8" Enfin, le 2" bureau est chargé de la correspondance avec les autorités judiciaires. Par exemple, un procureur impérial réclame un militaire pour un délit antérieur a son entrée au service ; il y a lieu de donner les ordres nécessaires pour le faire remettre à la justice civile.

Le troisième bureau est celui du recrutement. Toutes les aflaircs qui en dépendent se rattachent à la loi du 21 mars 1832 et aux diverses ordonnances subséquentes que le Cours d'administration de TÉcole fait connaître.

Nous distinguerons pour ce bureau quatre sortes d'affaires principales :

1° Les appels. Le ministre envoie des instructions ; on en accuse réception ; on les transmet aux généraux de brigade. — Après les opérations des conseils de révision, on fait mettre les jeunes soldats en route. — On transmet les itinéraires. On accorde des sursis au-

dessus de 30 jours. On donne avis aux divisions intéressées. On rend compte au ministre.

T La libération et la réforme. Le général de division signe les congés de libération et de réforme.

Il y a deux sortes de réforme :

La réforme n° 1, prononcée aux revues trimestrielles et aux inspections générales d'après des certificats de visite et de contre-visite, et la réforme n* 2, prononcée par une commission spéciale de département convoquée sur l'ordre du généraL

Les titres de ces congés exigent une comptabilité. On tient compte du nombre d'imprimés mis par le ministre à la disposition du général. On en justifie remploi par des comptes rendus annuels.

3"* La réserve. Elle est spécialement sous les ordres des généraux de brigade. Mais la division s'^occupe fréquemment de questions qui la concernent.

4* Les dépôts de recrutement, qui forment le cadre sédentaire de la réserve et pour lesquels il y a des nominations, des mutations, des demandes de retraite, des inspections, etc.

Telles sont les principales afiaires du troisième bureau.

Le quatrième est celui de Y infanterie. Les aflaires qui en dépendent peuvent se ranger en 8 classes :

lo Les nominations et promotions. On reçoit du ministre les lettres de nomination. On les transmet aux corps.

2* Les permutations. On transmet les demandes au ministre après avoir vérifié si elles sont conformes aux règlements. On transmet également aux corps les réponses du ministre.

3^^ Les changements de corps, quand ils sont de-

mandés en dehors des inspections générales ou des revues trimestrielles.

4"* Les décès d'officiers et les admissions à la retraite. On rend' compte au ministre des décès. On transmet les demandes de retraite. Le général de division signe les mémoires de proposition pour la retraite, quand ceux-ci sont établis en dehors des inspections générales. Et pour l'emploi vacant, soit par suite de décès, soit par suite d'admission à la retraite, le quatrième bureau adresse au ministre un bulletin d'emploi vacant.

5° Les congés et les permissions. Le général les accorde dans la limite de ses pouvoirs. Quand la durée du congé est supérieure à cette limite, le général transmet au ministre un bulletin de demande avec son avis. — Si le ministre accorde, on établit un titre de congé, le général le signe et on l'envoie au corps après inscription faite sur le registre des congés. 11 en est de môme pour les prolongations. Il en est de môme encore pour les congés de convalescence. Pour ces derniers, on joint à la demande des certificats de visite et de contre- visite.

6** Les nominations d'enfants de troupe. Le corps envoie un bulletin de demande. Le quatrième bureau vérifie les conditions et transmet au corps la décision du général ou du ministre, suivant la catégorie à laquelle appartient l'enfant de troupe.

T Les nominations aux compagnies d'élite. Le chef de corps présente pour un emploi vacant trois candidats dans un tableau spécial. On vérifie les conditions. Le général choisit. On inscrit sa décision dans la dernière colonne du tableau.

8" Enfin, après ces sept catégories d'affaires relatives au personnel de l'infanterie, il y en a une hui-

tième relative au service de l'arme, à Tinstruction, à la tenue, aux manœuvres, etc.

Le cinquième bureau est celui de la cavalerie et des remontes.

11 comporte, quant au personnel et au service de l'arme, les mêmes catégories d'affaires que le bureau de l'infanterie.

Il faut y ajouter, pour les chevaux, les trois catégories suivantes :

1" Lamiseauvert. Elle est ordonnée par le général à l'époque convenable. On adresse au ministre un état numérique des chevaux mis au vert, et après le vert un rapport sur les résultats obtenus.

2"* Les remontes de la troupe. On reçoit du ministre l'avis de l'arrivée des chevaux.

• On prévient les subdivisions. Après la réception, on rend compte au ministre de la valeur de la remonte.

3"* Les remontes des officiers. On transmet au ministre, après vérification, les demandes de chevaux formées par les officiers, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux. On envoie les réponses du ministre.

Le sixième bureau est celui de Vartillerie. Il comprend, quantau personnel et aux remontes, les mêmes affaires que le bureau de la cavalerie.

Il faut y ajouter, pour le service de l'arme proprement dit :

1** L'état-major de l'artillerie, dont les nominations et promotions passent par le sixième bureau ;

T Les demandes de munitions formées par les corps. Elles sont approuvées par le général et transmises à l'artillerie ;

3** Les demandes d'armement qui sont envoyées par les corps et que l'on transmet au ministre ;

4'' Le service des établissements qui dépendent de

rartillerie.

Le septième bureau comprend toutes les affaires relatives au génie et au casernement.

Pour les troupes du génie, ce bureau présente les mêmes catégories d'affaires que celui de l'infanterie.

Pour le casernement, il comprend toutes celles qui sont relatives à sa répartition, aux réparations, aux changements, etc. On correspond alors avec le coloneldirecteur, avec les subdivisions et enfin avec les présidents des commissions de casernement de chaque place.

Le huitième bureau est celui de la gendarmerie. Il comprend toutes les affaires qui sont relatives à la surveillance que la gendarmerie exerce sur les troupes, à la police et à la discipline du corps, enfin à son recrutement.

Le neuvième et dernier bureau est celui de Vadmi" nislration.

Les affaires qui s*y traitent peuvent être divisées en quatre catégories :

1** Celles qui sont relatives au personnel des corps administratifs, c'est-à-dire :

Aux membres de l'intendance ; Aux officiers de santé; Aux officiers d'administration ; Et enfin aux troupes d'administration.

Ces différents corps relèvent du commandement territorial en ce qui concerne la police et la discipline.

Quant aux lettres de service et de nomination, elles sont adressées directement à l'intendant: seulement,

le général reçoit avis ; il le transmet aux subdivisions, et il met les nominations à Tordre s'il y a lieu.

2° Les distributions de vivres, de fourrage, de chauffage, etc. Le général reçoit des rapports sur ces distributions. Si elles laissent à désirer, il y a lieu de prendre des mesures en conséquence.

3« Le service des hôpitaux, que le commandement surveille particulièrement aux deux points de vue de la salubrité et de la discipline.

4° Enfin les demandes de secours, les demandes d'admission aux Invalides, les pensions de veuves de militaires, etc.

Telles sont les principales aflFaires qui sont traitées dans les bureaux d 'un état-maj or de division territoriale .

Chaque affaire, comme nous l'avons vu précédemment, doit être étudiée avec soin. Pour cela il faut la comparer aux dispositions des ordonnances, règlements ou instructions qui régissent la matière.

Ces ordonnances ou instructions forment pour chaque bureau une espèce de code de législation militaire que nous avons appelé son répertoire.

Nous avons essayé, dans le travail qui précède, d'indiquer, pour les bureaux les plus importants, les ordonnances principales qui forment la base de leur .répertoire.

Nous ajouterons, en terminant, que la meilleure manière, pour un officier d'état-major, de connaître toutes les parties du Journal militaire^ est d'occuper successivement les différents bureaux de letat-major de la division.

Indépendamment de la correspondance que nous venons devoir, un état-major territorial fournît encore un certain nombre d'états et de situations destinés à faire connaître la position des diflFérents services, et adressés au commandant supérieur ou au ministre.

Ces envois ont lieu périodiquement et suivant les cas, tous les jours, tous les cinq jours, tous les mois, tous les trois mois, tous les six mois, ou enfin tous les ans.

Les principaux de ces états sont :

rLa situation journalière. On ne l'envoie qu'exceptionnellement et seulement dans le cas d'événements graves ;

2* Le rapport des cinq jours, relatant d'une manière succincte le départ, l'arrivée et tous les mouvements de troupes de la division. On y joint le résumé des événements un peu importants ;

S"" La situation mensuelle des troupes stationnées dans la division ; situation nominative pour les étatsmajors et officiers supérieurs ; numérique pour la troupe ;

4" Un état particulier pour les généraux, officiers d'état-major, membres de l'intendance, officiers de l'état-major des places, etc. ;

5" L'état mensuel des déserteurs et des détenus;

6* L'état des hommes envoyés aux travaux publics ;

7" L'état des congés temporaires ;

8" L'état des corps de garde ;

9* L'état des insoumis ;

10** L'état de moralité des prisons;

1 !• Les rapports sur les écoles régimentaires ; .

12* Les rapports sur les salles de convalescents, etc.

De ces états, les uns viennent des corps, de la gendarmerie, de rîntendance, des dépôts de recrutement, des places, etc. La division les centralise, les vérifie et les transmet.

Les autres sont établis par la division elle-même. Ce sont généralement les secrétaires qui sont chargés de ce travail, mais sous la direction des officiers qui surveillent les états dépendant de leur bureau.

Il faut connaître alors les articles du Journal me7/- /«/r^ prescrivant la forme de ces états, ainsi que toutes les règles relatives à leur établissement.

On tient dans les bureaux d'un état-major divisionnaire un certain nombre de registres destinés à conserver la trace de toutes les affaires traitées.

Les principaux de ces registres sont les suivants :

1* Les registres de correspondance.

Il y en a ordinairement trois :

Un pour la correspondance avec le ministre et avec le maréchal commandant supérieur ;

Un pour la correspondance avec les généraux de brigade;

Et enfin un troisième pour la correspondance avec les autorités diverses, autres que les supérieurs ou inférieurs directs.

Chaque registre porte au dos et sur sa couverture rindication de sa destination. Leslettres y sont copiées à la suite les unes des autres, avec leur date, leur numéro d'ordre et dans la marge l'indication des personnes à qui elles sont adressées.

Il y a ensuite :

2» Un registre d'ordres divisé en deux parties : Tune pour les ordres de l'autorité supérieure, l'autre pour les ordres de la division.

3** Un registre des congés accordés, avec l'indication des noms, grades, corps, durée, etc.

4** Un registre confidentiel qui se trouve entre les mains du chef d'état-major.

5» Un registre-catalogue ou livre d'enregistrement sur lequel le chef d'état-major inscrit succinctement chaque matin le courrier du jour.

6" Un registre télégraphique pour les dépêches que l'on adresse par cette voie.

7« Un registre-contrôle pour l'inscription deschevaux des officiers d'état-major.

Nous connaissons maintenant l'ensemble du service des officiers d'état-major dansune division territoriale. Nous terminerons en répétant que ce service n'a pas de règles positives, que chaque chef d'état-major l'organise comme il Tentend sous sa responsabilité personnelle, et que, par suite, les idées que nous venons de présenter se modifient suivant les circonstances.

QUÀTBIÈME LEÇON.

Service des officiers d'état-major dans les divisions actives à Tintérieur. -~ Relations entre les divisions actives et les divisions territoriales.

Service des officiers d*état-major aoi divers états-majors d'une armée active en campagne. — Service actif. — Service de bureau.

Il y a en France un certain nombre de divisions actives d'infanterie et de cavalerie qui sont à peu près sur le demi-pied de guerre et dont l'organisation est permanente.

Nous avons, par exemple, dans la garde impériale deux divisions d'infanterie et une division de cavalerie ;

Dans l'armée de Paris, trois ou quatre divisions d'infanterie e't une division de cavalerie ;

Dans l'armée de Lyon, trois divisions d'infanterie et une division de cavalerie ;

Il y a de plus une division de cavalerie à Versailles, une autre àLunévilleJ et, temporairement, chaque année deux ou trois divisions d'infanterie avec une division de cavalerie, au camp de Châlons.

Chacune de ces divisions est formée de deuxoutrois brigades ; Chaque brigade de deux régiments ;

Chaque régiment d'infanterie de trois bataillons, et chaque régiment de cavalerie de quatre escadrons,

Toutes ces divisions, d'infanterie ou de cavalerie, sont commandées par des généraux de division. Chacun d'eux a près de lui, pour le seconder dans les détails de son commandement, un état-major, composé généralement de la manière suivante :

Un colonel, ou lieutenant-colonel, chef d'état-major ;

Un chef d'escadrons, sous-chef;

Deux capitaines adjoints.

On trouve employés de cette manière aujourd'hui environ :

Une quinzaine de colonels ou lieutenants-colonels ;

Autant de chefs d'escadrons ;

Vingt-cinq à trente capitaines.

Le nombre de ces emplois est donc assez considérable pour que l'on puisse ranger dans la classe des positions générales celle des officiers attachés aux états-majors des divisions actives.

Nous allons voir les détails de leur service en l'examinant successivement aux deux points de vue du service actif et du travail de bureau.

Quant au service actif, la division a été organisée dans un but d'activité, soit pour compléter Tinstruction militaire des troupes, soit pour les tenir prêtes à entrer en campagne, soit enfin pour maintenir dans l'ordre des populations turbulentes. Il y a, par suite, de nombreuses prises d'armes, pour les manœuvres d'ensemble, pour les promenades militaires, pour les revues, pour les alertes, etc.

Les officiers dont nous nous occupons montent à cheval avec leur chef d'état-major, et l'accompagnent dans ces diverses circonstances.

Dans les manœuvres, ils sont employés au tracé des lignes, à la transmission des ordres ; ils peuvent l'être encore à commander, soit un bataillon, soit un escadron.

Indépendamment des différentes prises d'armes de la division auxquelles ils assistent, ces officiers peuvent avoir encore à visiter des postes, des casernes, des hôpitaux. Ils peuvent assister à des distributions, etc.

Le général de division peut enfin les employer à faire des reconnaissances de terrain, pour préparer les marches militaires et les opérations de guerre que la division doit exécuter ou simuler.

Le service de bureau dans les divisions actives est analogue à celui des divisions territoriales : seulement, il est simplifié par la suppression de plusieurs bureaux et par la diminution du nombre des affaires à traiter.

Ces affaires peuvent être rangées en six catégories et former six bureaux, savoir :

1° Un bureau de correspondance générale;

2« Un bureau de la justice militaire;

3* Un bureau du personnel ou de l'arme (infanterie ou cavalerie, suivant la nature de la division);

i* Un bureau de l'artillerie, quand la division a une ou deux batteries ;

5° Un bureau du génie, pour la compagnie du génie, s'il y en a une attachée à la division, et, dans tous les cas, pour le casernement ;

6* Enfin le bureau de l'administration.

Le service peut être organisé de manière que chaque officier ait un ou deux bureaux, ou bien il peut l'être de manière que le travail de bureau se fasse par jour.

L'officier de jour expédie toutes les affaires, Cs dernier mode est le plus généralement employé, la classification en bureaux n'étant pas aussi nécessaire dans une division active que dans une division territoriale pour la répartition du travail.

Les officiers de la division font alors le service par vingt-quatre heures.

Les principaux états et situations à fournir sont :

Le rapport journalier ;

Le rapport des cinq jours;

L'état mensuel des corps delà division.

A cet état mensuel, ou joint :

Un état des déserteurs ;

Celui des légionnaires décédés ;

Celui des officiers d'état-major attachés aux différents corps de la division ;

L'état des pelotons hors rang;

Celui des musiques ;

Le rapport sanitaire ;

Le rapport sur les écoles ;

L'état des mutations des officiers généraux ou d'étatmajor, etc.

Les registres à tenir sont :

1* Un registre de correspondance divisé en deux parties, Tune pour la correspondance avec le commandant du corps d'armée, l'autre pour la correspondance avec les généraux de brigade ;

2o Un registre d'ordre;

3** Un registre des congés, etc.

Tel est l'ensemble du service des officiers d'étatmajor dans les divisions actives à l'intérieur, soit dans des garnisons, comme Paris ou Lyon, soit dans des

camps, comme Boulogne, Sathonay, Châlons, soitdans des cantonnements, comme à Tarmée des Alpes en

C'est ici le lieu de parler des relations qui existent entre les divisions actives et les divisions territoriales, relations que doivent connaître les officiers attachés aux états-majors des unes et des autres.

Ces relations sont réglées par Tordonnance du 20 septembre 1831, dont voici les principales dispositions.

Quand une brigade active, isolée et non endivisionnée, se trouve dans une division territoriale, cette brigade est sous les ordres du général commandant la division territoriale.

Quand une division active se trouve dans une division territoriale, le général commandant la division active, quelle que soit son ancienneté, exécute les ordres du général commandant la division territoriale pour rétablissement et le mouvement des troupes, le service à fournir, la police et la discipline, en ce qu'elles peuvent avoir de relatif à la tranquillité publique. Il lui envoie les situations numériques de sa division ; il en reçoit les mots d'ordre. Mais il correspond directement avec le ministre pour le personnel et l'instruction de la division.

Enfin, si le quartier général d'une division active est placé dans la résidence d'un général de brigade commandant une subdivision territoriale, ce dernier est sous les ordres du général commandant la division active.

Depuis l'organisation des arrondissements et d'après rinstruction du 9 février 1858, les maréchaux commandants supérieurs ont aujourd'hui sous leurs ordres tous les généraux de division de l'arrondissement, qu'ils

commandent des divisions territoriales ou des divisions actives.

Nous allons examiner maintenant le service des officiers d'état-major attachés aux divers états-majors d'une armée active.

Il y a dans une armée active plusieurs états-majors :

r D'^abord Tétat-maj or général : celui qui se trouve auprès du général en chef. C'est le plus important et le plus nombreux. Il comprend :

1 chef d'état-major général, ordinairement général de division ;

1 général de brigade ou 1 colonel, sous-chef;

1 ou 2 lieutenants-colonels ;

2 ou 3 chefs d'escadrons ; 6 ou 8 capitaines ;

2* Ensuite viennent les états-majors de corps d'armée. Ils comprennent chacun :

1 général de brigade chef d'état-major ; 1 lieutenant-colonel, sous-chef; 1 chef d'escadron ;

3 ou 4 capitaines.

3'' Enfin viennent les états-majors de divisions, soit d'infanterie, soit de cavalerie. Chacun d'eux comprend :

1 colonel ou lieutenant-colonel, chef d'état-major;

1 chef d'escadron;

2 ou 3 capitaines.

Telle est généralement l'organisation des divers états-majors d'une armée active.

Quand plusieurs armées sont réunies sous le commandement d'un souverain , comme en 1813 les armées françaises autour de Dresde, comme en 1859, dans la dernière campagne d'Italie, le chef d'étatmajop prend alors le nom de major'-gèniral. C'est ainsi que l'on désignait le prince Berthier en 1813, le maréchal Vaillant en 1859.

Et un major général a ordinairement auprès de lui un certain nombre d'aides-majors ginirauœ. En 1813, il y en avait trois.

Étudions le service des officiers employés dans les divers états-majors dont nous venons de parler.

L'ordonnance du 3 mai 1832, modifiée par celles du 8 avril 1837 et du 9 décembre 1840, détermine ainsi leurs fonctions :

« Dans chaque division, un officier est spécialement « chargé de diriger les divers bureaux ; les autres le « secondent au besoin, mais sont le plus généralement « employés aux objets généraux du service, tels que « les reconnaissances, les levés topographiques, les « missions, l'établissement des camps et cantonne- « ments, les magasins, les subsistances, les distribu- « tions, les parcs, etc. »

Il est dit plus loin que les distributions d'une division se font toujours en présence d'un officier supérieur d'état-major.

L'ordonnance ajoute encore :

a Un officier d'état-major est spécialement destiné f< pour commander le grand quartier général. Il est « chargé de tout le logement dans le lieu où le quar- « tier général est établi. Il reconnaît les emplace- « ments à occuper par les postes et par les gai*des. Il

« se concerte avec la gendarmerie pour maintenir au « quartier général la police et le bon ordre. »

Enfin, on trouve dans l'ordonnance du 3 mai cette disposition :

«Les officiers supérieurs d'état-major peuvent, sur la « proposition du général divisionnaire, être appelés « par le commandant en chef à remplir par intérim a dans les régiments les fonctions de leur grade. )>

En môme temps, elle règle leurs relations avec les troupes.

« Agradeégal, dit-elle, les officiers d'état-major ont « le commandement sur tous les autres officiers em- « ployés dans une môme mission qu'eux. Lorsqu'ils « sont chargés de diriger une mission ou une recon- « naissance, sans avoir le commandement de la troupe, « le chef de la troupe et les officiers des autres armes (( doivent se concerter avec eux, pour toutes les dispo- « sitions qui peuvent assurer le succès de l'expéa dition.

« Un officier d'état-major, chargé de la direction ou « môme du commandement d'une troupe , dans un « poste ou dans une opération , ne peut étendre son « autorité au personnel, à l'administration ou à la « discipline intérieure de cette troupe. »

Essayons de développer ces dispositions de l'ordonnance, en nous reportant au Cours d'art militaire, en rappelant les principes des diverses opérations et en étudiant le rôle que les officiers d'état-major peuvent y jouer. Nous nous souviendrons qu'en campagne, comme à l'intérieur , les généraux et les chefs d'étatmajor sont toujours libres d'organiser le service comme ils l'entendent et de le modifier suivant les circonstances. Il n'y a donc pas de règles positives, et les

idées que nous allons présenter sur ce sujet ne seront toujours que des idées générales.

Le service des officiers d'état-major aux divers étatsmajors d'une armée active présente, comme précédemment, deux caractères principaux. Il faut examiner leur service actif et leur service de bureau.

Commençons par le premier.

Les officiers d*état-major, attachés aux divers étatsmajors d'une armée active, prennent part à toutes les opérations de la guerre. Or, la guerre se résume en trois actes principaux : marcher, camper et combattre. Étudions donc le rôle de ces officiers dans les marches, dans les camps et dans les batailles.

Les marches s'opèrent loin de l'ennemi, à sa portée ou sous son feu.

Les marches des deux premières espèces ont Heu sur des routes ou sur des chemins. Les marches de la troisième ont lieu sur des directions praticables, à travers champs, et que nous avons appelées débouchés tactiques.

Dans tous les cas, il faut connaître la largeur de ces débouchés pour fixer le front des colonnes, leur longueur pour calculer le temps nécessaire à les parcourir, leur nature pour déterminer les armes qui doivent les suivre.

Il faut connaître encore les obstacles qui couvriront la marche du côté de l'ennemi, ceux que l'on sera exposé à rencontrer dans l'intérieur de la marche, les ressources que présente la route pour la nourriture des hommes et des chevaux, etc.

Tous ces détails appartiennent au service des officiers d*état-major, et leurs reconnaissances, combinées

avec les renseignements de toute espèce, fournis par les voyageurs, les espions, les prisonniers, servent à établir Vouverture de la marche.

Représentons-nous maintenant l'armée en marche.

Les colonnes de troupes s'avancent sur plusieurs directions parallèles, éloignées les unes des autres de trois ou quatre lieues. Dans chaque colonne, les divisions sont échelonnées à une ou deux heures de distance. Le rôle des officiers d'état-major consiste alors :

1 • A guider les colonnes ; T A jalonner les directions ; 3*" A maintenir Tordre dans l'ensemble de la marche et particulièrement dans les bagages.

Pour guider les colonnes, il y a un officier d'étatmajor à la tête de chacune d'^elles , accompagnant Textrême avant-garde et donnant Ju direction.

Cet officier doit en même temps étudier le pays, vérifier les cartes, monter sur les points élevés pour voir au loin, interroger les voyageurs, les paysans, etc., prendre enfin tous les renseignements topographiques ou statistiques qui peuvent être utiles à l'armée.

Dans les défilés, dit le général Thiébaut, il indique les passages à droite et à gauche aux officiers et aux autres personnes à cheval. Il a sous ses ordres cinquante ou soixante travailleurs qui marchent à la tête de lavant-garde et qui sont destinés à réparer la route.

Pour jalonner les directions, deuxième partie du rôle des officiers d'état-major dans les marches , on emploie des poteaux indicateurs ou de simples perches avec des bouchons de paille, ou enfin de petits postes qui sont relevés de division en division. On place ces

divers moyens d'indication aux embranchements de chemins et sur les points douteux.

Pour maintenir Tordre dans Tensemble de la marche, les officiers d'état-major sont envoyés fréquemment d'une colonne à l'autre, de manière à les tenir en communication constante, et de manière que le général en chef sache toujours où prendre chacune d'elles.

Quant aux bagages, ils forment, en dehors des troupes, des masses considérables d'hommes, de chevaux et de voitures.

Il y a les bagages des officiers, les voitures des divers quartiers généraux, les parcs de l'artillerie , les équipages du train, les convois auxiliaires, les ambulances, les équipages de ponts, etc.

Il est évident que cette masse ^impedimenta et de non-combattants tombera dans la confusion, si l'étatmajor ne s'occupe pas de l'organiser en différents groupes, partant à des heures différentes, formant des colonnes séparées, suivant plusieurs directions, etc.

C'est évidemment là une partie fort importante du service des officiers d'état-major à la guerre.

En résumé , pendant les marches , l'état-major seconde le commandement , lui sert d'intermédiaire avec les troupes et forme une sorte de lien, de cadre général qui embrasse l'ensemble de l'opération.

Après les marches, viennent les camps, cantonnements et bivouacs.

Pour y établir les troupes, il faut des reconnaissances préliminaires qui indiquent les emplacements les plus favorables et en même temps les obstacles naturels, destinés à couvrir le front et les flancs de l'armée, les

communications en arrière, les débouchés par lesquels peut arriver Tennemi, etc.

Ces reconnaissances appartiennent aux officiers d'état-major.

Puis vient le tracé du camp, que ces officiers font d'après les règles du service en campagne et concurremment avec les officiers du génie. On marque la place de chaque régiment, de chaque bataillon, de chaque compagnie et, s'il y a lieu, de chaque tente.

On indique encore pour chaque division l'emplacement du quartier général, celui de l'ambulance, celui du troupeau, etc., etc.

Une fois le camp tracé, Tofficier d'état-major y amène la troupe et indique à chacun la place qui lui est destinée.

Pendant le séjour de l'armée dans les camps ou cantonnements , les officiers d'état-major ont la surveillance des quartiers généraux.

A cette position des troupes dans les camps, nous rapporterons une partie importante du service d'étatmajor : les missions.

On distingue deux sortes de missions :

Les missions à l'ennemi.

Et les missions sur le théâtre d'opérations.

Les missions à l'ennemi ont lieu quand on veut établir des communications avec l'ennemi, pour des échanges de prisonniers, pour enterrer les morts après une affaire, pour un armistice de quelques heures , comme cela a eu lieu souvent en Crimée, ou bien pour proposer une capitulation, comme le comte de Ségur,* envoyé par Napoléon à Mack en 1805.

Le général Thiébaut recommande , pour ces mis-

sions, de choisir des officiers d'une belle tenue et d'une bravoure éprouvée. On les fait accompagner d'un trompette et de quelques cavaliers d'une tournure militaire, intelligents, connaissant autant que possible la langue du pays.

Les missions sur le théâtre d'opérations ont pour but de porter partout la surveillance du général, dans les ambulances, dans les magasins, dans les postes de toute espèce.

Ces missions s'accomplissent à cheval dans les limites d'une dizaine de lieues. Plus loin, elles ont lieu en poste, et il y a ordinairement à chaque quartier général une ou deux voitures pour ce service. Aujourd'hui, quand ce sera possible, elles auront lieu par chemins de fer.

Enfin, nous arrivons au rôle que doivent jouer les officiers d'état-major dans les batailles. Nous allons nous les représenter successivement dans les trois périodes qu'offre une bataille moderne.

Dans la première période, les officiers d'état-major sont chargés de la reconnaissance de l'ennemi et de celle du terrain.

Ils précèdent l'armée. Ils marchent avec les avantgardes. Ils cherchent à voir la position de l'adversaire, à apprécier le nombre de ses troupes, la manière dont elles sont disposées et les points qui paraissent les plus avantageux h attaquer.

Leurs croquis et leurs rapports éclairent les projets du général et servent de bases à son plan de bataille.

En môme temps, ces officiers reconnaissent la position sur laquelle va se déployer l'armée ; puis, lorsque les colonnes arrivent, ils tracent les lignes de l'ordre

de bataille et ils vont servir à encadrer le déploiement.

Voici comment le général Pelet décrit cette opération :

« Le général en chef, dit-il , a arrêté son plan de « bataille; il Ta développé à son chef d'état-major qui « est chargé de disposer les troupes.

« Celui-ci parcourt la ligne de bataille avec ses aides- H majors généraux , avec les chefs d'état-major des « corps d'armée et des divisions, et avec un nombre « d'officiers d'état-major suffisant pour encadrer les « divers points.

(( Il juge rapidement les accidents, mesure Tespace « à vue , choisit les emplacements convenables aux a diverses armes et répartit le terrain à chaque corps « d'armée. Il indique l'ordre de formation et donne « les directions générales d'attaque et de retraite. Cette « opération, faite au galop sur un front d'une lieue et « demie, doit être terminée en moins d'une heure. A « mesure que chaque chef d'état-major de corps d'arcs mée reçoit son terrain, il le distribue aux chefs « d'état-major des divisions. Ceux-ci placent les ba- « taillons au moyen de leurs officiers d'état-major et « des adjudants-majors des régiments.

« Ainsi , l'encadrement de l'armée entière, ployé à « tous les accidents du sol, est dessiné par ces divers « officiers. En moins de deux heures, une armée « considérable doit être par ce système rangée en « bataille et prête à combattre. »

L'état-major forme donc ainsi l'encadrement mobile de l'armée.

Pendant la deuxième période, c'est-à-dire pendant l'engagement lui-même , chaque chef d'état-major

accompagne son général, pour assurer la transmission de ses ordres et en même temps pour être employé par lui, soit à placer une batterie, soit à conduire une colonne, soit à mener une réserve à la charge.

En 1796, au passage du Rhin par l'armée de Rhinet-Moselle, on voit les trois colonnes d'attaque conduites par trois adjudants généraux : Abattucci, Decaen et Bellavène.

Les autres officiers d'état-major accompagnent le général et le chef d'état-major, prêts à se porter partout où leur présence serait jugée nécessaire. Si le général veut faire exécuter à ses troupes quelque grand mouvement, avancer ou refuser une aile, marcher en avant, changer de front ou battre en retraite, ces officiers rayonnent dans toutes les directions. Les uns, ce sont particulièrement les aides de camp et les officiers d'ordonnance, transmettent les ordres du général ; les autres, ce sont particulièrement les adjoints , vont guider les colonnes, servir de jalons aux déploiements, et, comme nous le disions tout à l'heure, encadrer la manœuvre pour les grandes unités, corps d'armée ou divisions auxquels ils correspondent.

Voilà le rôle des officiers d'état-major pendant la deuxième période d'un engagement.

Pendant la troisième période, si l'on est vainqueur, ils établissent l'armée dans sa position nouvelle; ils sont chargés d'organiser la poursuite, de chercher les traces de l'ennemi.

Si l'on est vaincu, ils doivent organiser la retraite, disposer d'avance les réserves pour recueillir les débris de l'armée et arrêter la poursuite. Ils doivent préparer les débouchés, les ponts, les passages. Ils sont chargés de veiller à l'écoulement des colonnes de l'artillerie et

des bagages. Enfin, leur rôle est très-important dans ce moment critique, et en le remplissant bien, ils facilitent beaucoup l'opération la plus délicate de la guerre.

Après le service actif de ces officiers, examinons leur service de bureau.

Le général en chef, les généraux commandant les corps d'armée, les généraux commandant les divisions, entretiennent une correspondance journalière ; d'abord les uns avec les autres, ensuite avec le ministre, avec les intendants , les commandants d'^artillerie ou du génie , enfin avec les chefs des difi'érents services.

C'est cette correspondance qui fait l'objet du travail de bureau dont nous nous occupons.

L'organisation des bureaux en comporte ordinairement huit :

r Celui de la correspondance générale, comprenant les affaires les plus importantes, lettres chiffrées, correspondance secrète, espionnage, dépêches télégraphiques, etc;

2'' Le bureau de la justice militaire;

3* Celui du personnel, qui devient le bureau de l'arme dans les divisions ;

4'' Celui de l'artillerie ;

5° Celui du génie ;

6° Celui des mouvements et opérations ;

T Celui de l'administration ;

S"" Enfin, le bureau statistique, historique et topographique , qui comprend la rédaction du journal des opérations , la conservation des cartes , dessins , plans, etc.

Chaque officier adjoint peut avoir un groupe de

deux ou trois bureaux, ou bien, comme dans Jes divisions actives à l'intérieur, le service peut se faire par jour.

Le premier système est employé à Tétat-major général et dans les états-majors de corps d'armée. Le second système est employé dans les divisions.

Dans un état-major de division, composé de trois officiers, il y en aura un de jour, faisant le travail de bureau; un de piquet, ayant son cheval sellé, prêt à monter à cheval ; enfin le troisième au repos. L'officier de service surveille ordinairement les sonneries de la division. Il accompagne quelquefois le chef d'étatmajor au rapport qui a lieu tous les matins chez le général. Un des officiers d'état-major de la division est chargé de tout le détail relatif aux chevaux, ordonnances, distributions, bons, pensions, etc., sans être pour cela dispensé de service.

Ainsi que je l'ai dit, cet officier représente le commandant du quartier général de la division.

Quand il s'agit d'un corps d'armée, comme ce commandement est beaucoup plus important, l'officier qui en est chargé ne fait pas d'autre service.

Comme organisation matérielle, le général Thiébaut veut pour chaque chef d'état-major une caisse divisée en compartiments et disposée de telle manière qu'en s'ouvrant, elle forme une sorte de bureau de travail. Chaque officier d'état-major doit avoir également ce qui lui est nécessaire pour remplir les fonctions de son emploi, et pîirticulièrement des instruments portatifs pour les levés expédiés, etc.

Les situations à fournir dans une armée sont prescrites par le commandement de l'armée, qui fait établir

des modèles à cet effet ; elles sont particulièrement destinées à faire connaître les effectifs en les décomposant en présents, combattants, indisponibles, etc.

Les registres sont toujours ceux indiqués précédemment; on y joint un journal des marches et opérations.

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