‹ Cours d'art et d'histoire militaires. AppendiceChapitre 7 sur 50 · II. c · texte numérisé non relu

II. c

à sa profondeur, au volume de ses eaux, à la nature de ses rives, à l'étendue et à la richesse de sa vallée, enfin aux moyens de transport ou 4e navigation qu'il présente.

Quant à leur direction, les cours d'eau peuvent être ramenés à deux directiougi principales.

II9 peuvent âtj*e :

Parallèles aux lignes d'opérations;

Ou perpendiculaires à ces mêmes lignes.

Dans le premier cas, ils rendent de grands services pour les transports et ils font partie de la ligne d'opérations elle-même.

Dans le deuxième eas, ib devîeuiieat des lignes de défense.

Lorsque le théâtre d'opération? egt formé pfir la vallée d'un grand fleuve comme celle du Pô, en 1796, comme celle du Danubeen 1805 et 1809, alors l'armée suit le cours du fleuve, en y appuyant l'un de ses flancs et en utilisant en même temps la navigation. Elle se sert des différents affluents comme lignes de défense dans la défensive, ou comme bases secondaires dans l'offensive. C'est ainsi que l'on se servit en 1796, du Tessin, de l'Adda, de TOglio, du Mincio, et en 1805 et 1809, de l'IUer, de l'Isar, de l'inn, de la Traun.

Quelle que soit donc leur direction lee ooura d'e^u exercent une grande influence sur les opérations.

En stratégie, ils forment, comme je viens de le dire, des lignes de défense ou des lignes d'approvipionnements.

Considérés au point de vue tactique, les cours d'eau présentent des obstacles qui renforcent les positions

et ils offrent en outre sur leurs points de passage des défilés qu'il faut attaquer ou défendre.

Nous allons examiner les cours d*eau sous ce double point de vue et étudier d'abord leur rôle stratégique ; nous verrons ensuite leur rôle tactique.

Dm court d'eau considérés an point do vno itratégiqno.— Les cours d'eau considérés sur les théâtres d'opérations, peuvent avoir, comme je lai dit, deux directions principales ;

Ils peuvent être :

Parallèles à la marche de l'armée, Ou perpendiculaires.

Dans le premier cas, un cours d'eau devient un puissant auxiliaire pour la ligne d'opérations. On s'empare alors de tous les moyens de navigation que l'on rencontre et l'on s'en sert pour le transport du gros matériel de l'armée. C'est ainsi qu'en 1805, après la prise d'Ulm, Napoléon avait créé sur le Danube une flottille qui descendait le fleuve à hauteur de l'armée, qui transportait des approvisionnements et qui rendit de grands services. Dans la campagne d'Egypte, il avait utilisé le Nil de la même manière.

En même temps, ce cours d'eau parallèle à la ligne d'opérations peut servir à appuyer l'un des flancs de la marche.

Et enfin, quand on possède sur le cours d'eau des moyens de passage permanents et sûrs, c'est-à-dire des ponts couverts par des places ou par de doubles tètes de pont, on peut à volonté se couvrir du cours d'eau ou en déboucher.

Une armée défensive, par exemple, trop vivement pressée par l'armée ennemie, peut se retirer sur l'autre rive et se couvrir ainsi du fleuve ou delà rivière comme l'armée russe à Heilsberg, en 1807,

Puis, si l'ennemi continue à s'avancer sans inquiétude, elle peut déboucher sur ses derrières et couper sa ligne d'opérations. Si l'ennemi au contraire passe le fleuve et opère sur les deux rives, l'armée défensive cherche alors à détruire les moyens de passage éventuels qu'il a établis, et à écraser l'une de ses fractions avec la totalité de ses forces.

Tel est le rôle que jouent les cours d'eau, lorsqu'ils sont parallèles à la marche des armées.

Lorsqu'ils sont perpendiculaires ils servent de lignes de défense dans la défensive, ou de bases d'opérations dans l'offensive.

Nous allons les considérer sous ce rapport.

On appelle ligne de défense un obstacle continu derrière lequel des troupes trouvent des avantages pour s'établir et pour résister à des forces supérieures.

Pour qu'un cours d'eau forme une bonne ligne de défense, il faut qu'il soit assez large, assez rapide et assez profond pour constituer un obstacle sérieux.

11 faut de plus qu'il soit appuyé par des places fortes, par des places du moment, ou par des têtes de pont convenablement placées.

Enfin il faut qu'il y ait un certain rapport entre la longueur de la ligne de défense et le nombre des troupes chargées de la défendre.

En général, il est difficile de trouver cette relation, parce que les cours d'eau sont invariables, tandis que les armées varient. Ordinairement, on se borne à occu-

per une certaine étendue du cours d'eau, en la proportionnant au nombre des troupes dont on dispose. Si Ton voulait prendre l'étendue totale du cours d*eau, il n'existerait plu^de relations convenables. De plus, comme en s'approchant des sources, la vallée se rétrécit, le volume des eaux diminue, les routes se rapprochent, Tennemi trouverait dans cette partie bien plus de facilités pour effectuer le passage.

Je citerai comme exemples de cours d'eau servant de lignes de défense :

!• L'Adige, en 1796, de Legnano à Rivoli, couvrant ritalie contre les attaques venant du Frioul ;

V Le Var, en 1800, défendu par le général Suchet, contre une partie de l'armée de Mêlas ;

3* L'IlIer, en 1805, de Memmingen à Ulm, s'appuyant d'un côté au Danube, de l'autre aux montagnes du Tyrol ;

4* LeMincio, en 1814, du lac de Garde au Pô, appuyé à Peschiera et à Mantoue, grossi par les écluses de sa partie inférieure ;

5* La Doria Baltea, en 1859, défendue par le général Cialdini, avec environ 16,000 hommes et couvrant Turin, etc...

Quand une armée s'établit derrière un cours d'eau et qu'elle veut en faire sa ligne de défense, elle prend alors les dispositions suivantes :

r Elle détruit les passages, ponts ou gués, qu'elle ne veut pas conserver et qui pourraient être utiles à l'ennemi ;

2" Elle couvre par des têtes de pont ceux qui peuvent lui être utiles. Ces ponts eux-mêmes sont quelquefois coupés vers leur milieu et, sur la coupure, on établit un pont-levis.

Souvent encore , on renverse les parapets de ces ponts, de manière à pouvoir en battre toute la longueur avec des batteries d'enfllade.

3"" Il faut ramener tous les bateaux sur la rive que Ton occupe.

4* On doit établir des batteries de position sur les points où l'ennemi pourrait vouloir tenter le passage. C'est ainsi qu*en 1814, le maréchal Marmont avait fait établir une batterie vis-à-vis Tembouchure du Necker afin d'empêcher l'ennemi de tenter un passage du Rhin sur ce point.

5* L'on dispose les troupes de la manière suivcmte :

En première ligne et sur la rive même du cours d'eau, on répartit des postes de surveillance, qui se placent dans des bouquets de bois, derrière des levées ou des plis de terrain, partout où ils peuvent voir sans être vus.

En seconde ligne, on établit des réserves placées au nœud des principales communications et disposées de telle manière qu'elles puissent arriver à temps pour empêcher l'ennemi de jeter ses ponts. La distance entre ces réserves est déterminée par le temps nécessaire à la construction des ponts. En divisant par cette distance la longueur totale de la ligne défensive, on aura le nombre des réserves. En moyenne, cette distance peut être de trois ou quatre lieues de manière que trois réserves observent une douzaine de lieues. Chacune d'elles ayant deux lieues à faire au maximum pour se porter aux points de passage de Tennemi, cette distance est généralement suffisante parce que, dans des circonstances moyennes, il faut au moins deux heures pour jeter un pont.

En troisième ligne, la masse des troupes forme une ou deux réserves centrales.

6^ On relie tout le irj^stème défendlf au moyen de signaux, télégraphes pendant le jdtir et bûchétô pendant la nuit.

Telle est la manière générale d'organiser nn couin d'eau en ligne de défense.

J'ajouterai que dans la défense d'un cours d'eau, il ne faut pas se contenter de rester derrière l'obstacle et de repousser les attaques de l'ennemi, il faut souvent prendre soi-même l'ofiFensive et déboucher de ses têtes de pont pour profiter des fautes de son adversaire ou pour se jeter sur le flanc de ses colonnes.

C'est ainsi que Turenne défendait le Rhin dans la deuxième période de la campagne de 1672. Placé au centre de sa ligne et dispoi^ant d'un pont couvert par une double tête, il se porte alternativement, suivant les circonstances, sur l'une et sur l'autre rive, et il finît par repousser au loin les armées réunies de l'Empereur et de l'Électeur de Brandebourg.

Les cours d'eau perpendiculaires aux lignes d'opérations et considérés dans l'offensive deviennent, ai-je dit, des basés d'opérations. Mais nous ne nous étendrons pas ici sur cette partie de leur rôle, parce que nous aurons l'occasion d'y revenir dans la deuxième partie du Cours en parlant de la stratégie.

Nous avons donc terminé l'examen du rôle stratégique des cours d'eau. Passons à leur rôle tactique.

ÎIÏ.

9m wm d'eau eonsldérés an point ée vâ% tactlltM. -^ Les

cours d'eau présentent sur leurs points de passage des défilés qu'il faut défendre ou attaquer.

L'étude du rôle tactique des cours d*eau se divise donc en deux parties :

La première relative à la défense d*uu point particulier d'un cours d'eau.

La seconde relative à l'attaque de ces mêmes points et comprenant les divers passages offensifs que l'on peut exécuter.

Défense d'un point particilier d'nn court d'ean. — Je suppose que l'ennemi ait choisi un point de passage et qu*il veuille y franchir le cours d'eau, l'armée ou le corps d'armée chargé de la défense peut alors s*opposer à l'opération de trois manières :

r En laissant passer une partie des forces de l'ennemi, en détruisant alors ses moyens de passage et en profitant ensuite du moment oii cette partie est isolée pour l'anéantir. C'est ce que fit l'archiduc Charles à Essling.

2* On permet à l'ennemi de passer en totalité, mais on occupe des positions avantageuses qui l'empêchent de se déployer et qui donnent de grandes chances dans le cas d'un engagement.

C'est ainsi qu'agit le duc de Vendôme au passage de l'Adda par le prince Eugène (1 705). Le duc accourt au premier avis du passage, il cherche à contrarier l'opération et n'y peut réussir. Alors il s'établit dans une forte position concentrique autour du point de passage et se couvre avec rapidité d'ouvrages de campagne.

Ceux-ci sont achevés en même temps que les ponts de l'ennemi. Le prince Eugène jugeant alors le débouché trop difficile, se retire et abandonne l'opération.

C'est ainsi encore que le général Bertrand, en 1813,

s'oppose avec le 4* corps au passage de TEIbe à Wartenbourg, par Tannée de Silésie. Il prend position en arrière du point de passage, la gauche au château de Wartenbourg, la droite au village de Bleddin, le centre couvert par une digue. Avec 18,000 hommes, il en arrête 80,000 presque toute une journée, et quand enfin le passage est forcé, les Prussiens ont perdu 6,000 hommes et nous 500 {PL F, fig. 2).

3" Enfin Ton peut s'opposer directement au passage, en contrariant l'opération depuis son début jusqu'à sa fin, comme à Tracktir.

Quelle que soit alors la nature du passage, qu'il ait lieu, à gué, sur un pont déjà construit, ou enfin sur un pont militaire que l'ennemi veut construire, les principes sont à peu près les mêmes et les voici :

On gêne les mouvements de concentration et les premières manœuvres de l'ennemi avec l'artillerie dont on dispose, soit avec les pièces de position qui ont été établies à l'avance, comme je l'ai dit précédemment, soit avec l'artillerie des réserves voisines amenée aussi promptement que possible.

On fait soutenir cette artillerie par des tirailleurs d'infanterie.

En arrière du point de passage et à une certaine distance, on dispose une ou deux lignes d'infanterie, avec une réserve en arrière.

Ces troupes sont masquées autant que possible et n'entrent en action qu*au moment où Tartillerie cesse son feu ; elles ne sont pas placées immédiatement sur la rive et laissent un espace libre entre elles et le fleuve. Les Autrichiens, à Lodi, étaient disposés le long de la rive, leur centre fut percé et les deux ailes alors furent séparées Tune de l'autre et prises à revers.

On peut utiliser le terrain laissé libre pour y faire agir de la cavalerie, ai toutefois cela est possible. Généralement on tient la cavalerie en réservé et on la fait charger parallèlement au cours d'eau, entre la rive et les lignes d'infanterie, de manière à tomber dur les flancs des colonnes ennemies.

Telles étaient les dispositions gétléraletl qui avaient été prises à la bataille de Trakctir. (Voir la planche de l'ouvrage de M. le commandant Ducasse.)

Au moment de la bataille de Trakctir, la Tchernaïa servait de ligne de défense à l'armée française d'observation, couvrant le«iégede Sébastopol.

Les Turcs gardaient la partie supérieure de la vallée, les Piémontais la partie moyenne, lesPrançaîa la partie inférieure et se trouvaient établis derrière le pont de Tracktir, en position sur des collines appelées les monts Fediouchîne. Au pied de ces collines coulaient la Tchernaïa et son canal latéral. Sur l'autre rive s'étendait une vaste plaine de 3 ou 4 kilomètres àè largeur, traversée par la route de Sébastopol à Simphéropol .

Tel était l'ensemble du terrain.

Voici maintenant les dispositions prises :

Au delà de la Tchernaïa, nous avions une ligne d'embuscades ou de petits postes destinés à prévenir de l'approche de l'ennemi.

Sur la Tchernaïa môme, il y avait un bataillon qui défendait la tête de pont élevée en avant du point de passage et en même temps des grand'gardes ou des postes de soutien pour recueillir les embuscades et arrâter une première attaque de Tennemi.

En bas des pentes et avec un certain commandement sur la plaine, nous avions trois batteries de position qui dominaient les abords.

Sur le plateau, campaient sur une même ligne trois brigades, de chacune des divisions Faucheux, HerbilloD etCamou. Ces brigades devaient en cas d'attaque sortir de leurs camps, descendre à mi-côte et y prendre leurs positions de combat.

En réserve se trouvait la brigade Cler, deuxième de la division Herbillon, avec 5 batteries d'artillerie, occupant une position centrale,

La cavalerie, formée de la division Morris et de la cavalerie anglaise, était placée en arrière de notre droite» masquée par les hauteurs et disposée de manière à être jetée sur le flanc des colonnes russes , au moment oii elles déboucheraient dans la plaine.

Telles étaient les dispositions d'ensemble.

Les Russes s'avancent alors ayec 50,000 hommes. Ils forment quatre attaques de chacune une division, indépendamment d'une cinquième dirigée contre les Piémontais, et indépendamment encore de leurs trou* pes de réserve.

Les Russes franchissent le ruisseau sur dés ponts volants. Ils pénètrent, à deux reprises , sur la position française, mais sont toujours rejetés. On les contient de front avec les troupes déployées. On jette sur leurs flancs les réserves disponibles.

Leurs attaques manquent de simultanéité; et, de plus, ils commettent la faute de rester en masse et de ne pas déployer à propos.

En définitive, la position fut conservée.

Nous .eûmes 175 tués, 1,200 blessés* Les Russes eurent 2,000 tués, 5,000 blessés et 400 prisonniers.

De sorte que 9,000 Français, bien postés, repousserait l'attaque de 50,000 ennemis.

Passons maintenant à la deuxième partie du rôle

tactique des cours d'eau. Après avoir vu la manière de les défendre, examinons la manière de les franchir.

Pt8iag«s de rifières. — * Les armées ont trois manières

de franchir les cours d'eau ;

Librement ; Par surprise ; Et de vive force.

La première manière s'emploie quand l'ennemi n'est pas en présence et qu'il ne s'oppose pas au passage de la rivière. îl y a lieu alors seulement de prendre des mesures d'ordre et de police et de régler le passage de manière que les trois armes se trouvent dans de justes proportions sur l'une et sur l'autre rive. C'est le moyen d'être toujours en mesure de résister à une attaque soudaine.

Les deux dernières manières s'emploient quand l'ennemi est disposé à défendre le cours d'eau. L'opération est alors très-importante et parfois fort critique.

Néanmoins, les chances favorables sont, en général, pour l'armée qui exécute le passage et non pour celle qui l'empêche, parce que la première a toujours le choix du point de passage et du moment de l'exécution ; parce que, de plus, l'initiative exalte le moral et double la confiance du soldat.

Dans tous les cas , l'opération est précédée d'une reconnaissance dont nous avons vu les détails dans la première partie du Cours.

Le point de passage choisi doit remplir sept conditions principales que j'ai déjà énumérées.

En général, ce point doit être constitué de telle manière que l'on puisse éloigner du point d'atterrage les masses régulières de l'ennemi. Celui-ci y conservera

toujours quelques petits détachements cachés dans les plis du terrain» mais on en aura bon marché s'ils ne sont pas soutenus.

Je suppose le point de passage déterminé. Nous allons voir comment on exécute les deux passages par surprise ou de vive force.

Pour opérer un passage par surprise, il faut tromper Tennemi par une démonstration sur un point du cours d*eau autre que le véritable point de passage. L'ennemi s'y porte et l'on profite de ce faux mouvement pour accomplir l'opération.

Il y a deux sortes de démonstrations :

1® Les démonstrations à grande distance que l'on peut appeler démonstrations stratégiques, qui ont lieu plusieurs jours avant l'opération véritable et qui ont pour objet d'engager l'ennemi dans de grands mouvements dont on pourra profiter.

Je citerai , comme exemple , la démonstration f^itc àNeuwied trois jours avant le passage, au moment où l'armée de Sambre-et-Meuse veut franchir le Rhin en

Le véritable passage a lieu à Urdingen, au-dessous de Dusseldorf , sur un point oti le fleuve présente un rentrant favorable, avec une île au milieu.

L'opération s'exécute sous la protection de quatorze batteries présentant un total de quatre-vingt bouches à feu.

2* Il y a ensuite les démonstrations tactiques exécutées à de petites distances et quelques heures seulement avant le véritable passage.

Je citerai, comme exemple, le passage du Mincio, en 1800, par le général Brune ; la démonstration eut lieu à Pozzolo, tandis que le véritable passage était

à Mozembcoio. Ces deux points sont situés h quelques kilomètres l'un de l'autre.

Quelles que soient les démonstrations, elles doivent remplir certaines conditions :

r Une démonstration doit être faite sur un point avantageux au passage, sans quoi l'ennemi ne s'y lais* serait pas tromper ;

2"* Il faut que le point choisi soit à une distance convenable du point réel. Trop près, on n'attirerait pas au loin l'attention de l'ennemi; trop éloigné, la démonstration pourrait n'avoir plus de but ;

3® Le corps chargé de la démonstration ne sera ni trop faible, ni trop fort : trop faible, l'ennemi le néglige ; trop fort, il affaiblit le corps principal;

4o Enfin , le moment de la démonstration n'est pas indifférent. Si elle a lieu trop tôt, l'ennemi a le temps de la repousser et de revenir à l'autre attaque ; si elle a lieu trop tard, on ne trompe pas l'ennemi.

Lorsque Ton surprend réellement lennemi, alors le passage a lieu librement; mais, le plus souvent, l'ennemi n'est surpris que dans les premiers moments. Bientôt il accourt en nombre , et le passage par surprise dégénère en un passage de vive force.

Les passages de vive force présentent quatre circonstances difPérentes , que nous allons examiner successivement :

1* Le passage peut avoir lieu sur un pont déjà construit, mais défendu par l'ennemi.

Comme à Lodi en 1796, sur l'Adda; comme àÉbersberg, sur la Traun, en 1809.

La première chose à faire est alors d'emporter la tête de pont. La seconde est de franchir le défilé.

Pour enlever la tête de pont, on agit comme pour les postes fortifiés. A 7 ou 800 mètres, on place de lartillerie de gros calibre, et, sous sa protection, les colonnes d'infanterie, enveloppées de tirailleurs, se rapprochent des ouvrages. Quand les pièces ont fait brèche, les colonnes montent à Tassant et emportent la tête de pont.

On fait soutenir les colonnes d'assaut par des colonnes de réserve. Les unes et les autres se jettent dans le défilé , qu'elles enlèvent à force d'énergie, comme dans la3 circonstances que je citais précédemment «

Et, comme dans ces deux circonstances, on seconde ordinairement l'attaque de vive force par des passages secondaires qui résultent des démonstrations tentées sur d'autres points du cours d'eau, et qui servent à menacer les derrières des défenseurs.

2* Quand il n'y a pas de moyen de passage établi à l'avance, alors il faut jeter un pont sous le feu de l'ennemi.

On distingue, dans cette opération, trois périodes :

i^ Les opérations préparatoires ^ %^ La construction des ponts ; 3« Le passage.

Les opérations préparatoires comprennent le choix des lieux de rendez-vous et d'emplacement, pour les troupes, pour les pontonniers et pour le matérieL Elles comprennent encore le choix des positions des batteries d*artillerie qui doivent faire converger leurs feux au débouché du pont.

Le moment de l'opération est ordinairement l'aube du jour.

Les batteries prennent position.

Les pontonniers et le matériel sont rendus sur les emplacements qui leur ont été désignés.

Les troupes sont massées à portée du point de passage.

On lance, alors, sur la rive opposée, dans des bateaux légers, quelques compagnies de tirailleurs qui repoussent les détachements de l'ennemi, et qui s'établissent autour du point d'atterrage.

Tels sont les préliminaires de l'opération.

L'on procède ensuite à la construction des ponts. Le cours d'artillerie donne, à ce sujet, tous les détails nécessaires.

Autant que possible, on jette plusieurs ponts, au moins deux : l'un pour l'infanterie et l'autre pour la cavalerie. En tous cas, l'on s'arrange de manière que les troupes de toutes armes puissent passer ensemble dans des proportions convenables.

Puis, les ponts construits, on arrive à la troisième période de l'opération, au passage qui doit avoir lieu avec ordre et sans encombrement.

Le passage d'un corps de 30,000 hommes sur une rivière de largeur moyenne demande environ deux heures.

C'est là, du moins , le temps employé par le corps de Lecourbe pour franchir le Rhin à Stein, au-dessous de Schaffouse.

 l'île de Lobau, sept ponts sont jetés dans la nuit; le passage commence à quatre heures du matin ; à midi 150,000 hommes étaient sur la rive gauche du Danube.

3** Un passage oflFensif peut avoir lieu à gué. Les

gués peuvent être comparés à des ponts, car ils sont généralement peu larges et assez réguliers.

Les dispositions à prendre dans les deux cas sont analogues.

De plus, on recommande aux hommes de ne pas regarder l'eau, pour ne pas être entraînés.

On trace les limites du gué avec des poteaux et des cordes. On rompt le courant avec des lignes de cavalerie.

Quand les gués sont larges, comme ceux du Tagliamento, en 1797, on les franchit en bataille, avec de petites colonnes sur les ailes.

Dans les rivières torrentueuses et à crue rapide, il faut faire attention à ne pas se trouver, tout à coup, coupé en deux, comme le corps de Saint-Gyr au passage du Lech, en 1796.

4** Enfin, une armée peut avoir à exécuter un passage de rivière en retraite et devant l'ennemi.

Si elle possède un pont couvert par une tête de pont, l'opération est facile.

Si les ponts n'existent pas, alors il faut occuper une position pour couvrir le point de passage et donner le temps d'en établir.

Quelquefois, comme à la Bérésina, l'on est suivi sur une rive par un corps ennemi, tandis qu'un autre corps occupe la rive opposée et ferme le passage.

Il faut alors arrêter le corps poursuivant, surprendre à l'autre corps la construction du pont, et enfin , après le passage , se jeter en désespéré sur les troupes que l'on a devant soi.

On peut citer, comme exemples de passage offensif de cours d'eau :

Celui du Rhin, par Moreau, en 1796;

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