SIXIÈME LEÇON
Concentration d'une année active au moyen des marches. — • Des marches en général.— Leur classification.
Des marches de route. — Leur division en marches ordinaires, accélérées et en poste. — Détails de chacune de ces marches.
Transport des troupes par chemin de fer. -^-Importance de ce mode de transport. — Règles d'exécution.
Nous avons vu les différents théâtres sur lesquels opèrent les armées et le rôle que joue le terrain à la guerre.
Avant d'aller plus loin, examinons les divers moyens employés pour la concentration d'une armée.
Ces moyens sont :
Les marches de route et le transport de troupes par chemins de fer.
On appelle marche, en général, le mouvement d'un corps de troupes pour se transporter d'un point à un autre.
On distingue trois espèces de marches :
r Les marches de rouie ^ qui ont lieu dans l'intérieur du pays ou en pays allié, mais, dans tous les cas, loin de l'ennemi et sans que l'on ait besoin de tenir compte de sa présence ;
2" Les marches stratégiques, qui ont lieu sur le théâtre d'opérations, à portée de l'ennemi, maishors de sa vue;
3° Les marches tactiques^ qui s'exécutent sur le champ
de bataille, sous le feu de l'ennemi, et que Ton appelle aussi marches manœuvres.
Nous verrons successivement les trois espèces de marches dans les trois parties du Cours de seconde année. Les marches de route dans la première partie, les marches stratégiques dans la seconde et les marches tactiques dans la troisième. Nous trouverons les principes généraux des premières dans le service intérieur; des suivantes, dans le service en campagne, et enfin des dernières, dans les ordonnances de manœuvres.
L'art de bien ordonner les marches d'une armée s'appelle la logistique et appartient spécialement aux officiers d'état-major. Le mot logistique, suivant le général Jomini, vient de ce que, autrefois, les officiers d'état-major se nommaient maréchaux des logis, majors généraux des logis ; en un mot, de ce qu'il fallait, comme aujourd'hui, s'occuper non-seulement de faire marcher convenablement les troupes, mais encore d'assurer leurs logements pendant les marches.
La logistique règle Tordre des troupes dans les colonnes, détermine pour chacune d'elles le moment du départ, son itinéraire, les lieux d'étape et de séjour, prévoit les mesures de précaution, militaires et administratives, indique les moyens de communication entre les colonnes, enfin assure leur arrivée à jour fixe et à point nommé.
Les marches sont de la plus grande importance dans Fart militaire ; elles doivent être combinées de telle manière que toutes les conditions relatives aux opérations, aux subsistances, aux débouchés, soient satisfaites et surtout de manière à épargner aux troupes des fatigues inutiles.
Les marches de route s'emploient dans les circonstances suivantes :
r Quand il s'agit de concentrer une armée sur sa base;
2" Quand on veut lui faire traverser un pays allié ;
3" Quand on évacue un territoire ennemi après la paix et qu'on revient dans son propre pays ;
4° Quand on veut répandre une armée en cantonnements pendant un armistice ;
5"" Enfin, et c'est là le cas le plus général, pendant la paix, pour les changements de garnison.
Les marches de route se divisent en trois classes, suivant la manière de les exécuter :
Marches ordinaires.
Marches accélérées.
Marches en poste.
Nous allons étudier successivement les détails de chacune de ces marches, et nous y joindrons le transport des troupes par chemin de fer.
Des marches de route ordinaires. — Les marches ordinaires s'exécutent d'après les règles tracées par le service intérieur.
Un régiment qui doit exécuter une marche de cette espèce reçoit du ministre un ordre de mouvement et une feuille de route.
La feuille de route indique l'itinéraire.
La division et l'intendance donnent les avis nécessaires aux autorités civiles et militaires, afin de faire rassembler les vivres et préparer les logenients.
Le chef de corps détermine alors Theure du départ.
Vingt-quatre heures à l'avance, un officier se met en route et va faire Tassiettedu logement dans chaque étape. C'est ordinairement l'adjoint au trésorier; quelquefois l'officier d'état-major. Cet officier est porteur d'un état de situation du corps. Il va chez le maire, et, de concert avec lui, il règle l'assiette du logement d'après TefTectif de la troupe et les ressources de la localité.
Il s'assure aussi qu'on a préparé les denrées nécessaires à la consommation du régiment.
Le lendemain, le logement, composé du capitaine de semaine, de l'adjudant de semaine, dés fourriers et de la garde de police, se met en route une heure ou deux avant le régiment.
Le capitaine de semaine reconnaît les denrées et le lieu de distribution. L'adjudant s'assure que le logement est conforme aux règles établies.
11 distribue aux fourriers les billets de leurs escadrons ou compagnies.
Il reconnaît l'écurie de la garde de police, les abreuvoirs, les lieux de rassemblement. Il va ensuite avec les fourriers au-<ievant du régiment, pour le recevoir et lui donner les indications nécessaires.
La troupe marche généralement de la manière suivante :
Toutes les heures on s'arrête dix minutes, pour laisser aux hommes le temps de se reposer.
Et, au milieu de la journée, on fait une grande halte d'une heure.
On peut partir de grand matin, surtout en été; mais il ne faut pas prendre sur le sommeil de l'homme. Celui de minuit à trois heures est le meilleur.
Autant que possible, on doit éviter les marches de nuit.
La longueur des marches ordinaires est en moyenne de 24 kilomètres. Elle ne doit pas dépasser 32. Audessus de cette limite, les marches deviennent des marches forcées.
Les hommes n'ont pas le temps de préparer leur nourriture. Leur santé se ruine en même temps que leur équipement.
La subsistance des troupes est assurée pour le pain dans chaque gîte d'étape. On fait ensuite la soupe par escouade, si cela est possible, et, dans le cas contraire, dans chaque logement. Quelquefois , par exemple , quand on évacue le pays ennemi après la paix , le soldat peut être nourri chez l'habitant ; mais alors on est souvent obligé de beaucoup disséminer les troupes. Et, de plus, cette méthode porte généralement atteinte à la discipline.
Dans les marches de route, on fait des séjours pour le repos des troupes et pour les inspections des officiers. Les séjours sont indiqués à jour fixe ou à localité fixe. Ainsi l'on dit : Telle troupe fera séjour les 5, 9, 13 etc... , ou bien elle fera séjour à Melun, à Auxerre, etc.
En Russie et en Allemagne, dit Jacquinot de Presles, les troupes ont séjour de trois en trois jours et quelquefois de deux en deux. En général , les troupes du Nord voyagent lentement, soit à cause d'une indolence naturelle, soit à cause des bagages qu'elles traînent à leur suite.
Quant au choix des routes pour faire voyager les troupes, on choisit autant que possible de bonnes
routes, traversant des contrées assez fertiles pour fournir des vivres aux hommes et aux chevaux.
Ordinairement on donne les meilleures routes à la cavalerie et à l'artillerie.
Le matériel et les bagages passent après les troupes, de manière que celles-ci n'aient pas à souffrir des dégradations qu'ils peuvent occasionner.
Pour éviter l'encombrement, on fait ordinairement marcher les corps par échelons. Quand il y a plusieurs routes, on place sur chacune d'elles les échelons d'un même corps, de manière que celui-ci ne soit pas trop disséminé et qu*il se concentre plus facilement à l'arrivée.
Les échelons peuvent être d'un bataillon, d'un régiment, d'une brigade , et quelquefois même d'une division.
Telles sont les principales dispositions des marches de route ordinaires.
Des Barehet accélérées. — Les marches accélérées font parcourir des distances plus considérables que les distances d'étape ordinaires.
On les emploie surtout pour une concentration rapide destinée à surprendre l'ennemi.
On applique encore leurs principes aux marches stratégiques, quand il s'agit de poursuivre l'ennemi ou de lui échapper.
Afin de faciliter l'exécution de ces marches et afin de trouver des vivres et des moyens de transport, on multiplie ordinairement les colonnes, en restant cependant dans de certaines limites.
• On suit une progression pour les distances parcourues, afin de ne pas arriver immédiatement à leur vi-
tesse ordinaire, qui est généralement de quinze lieues par jour.
L'artillerie et la cavalerie suivent les routes les plus courtes et les plus viables.
On utilise surtout pour le matériel les voies de communication par eau, si cela est possible.
On allège les troupes en leur enlevant tout ce qui ne leur est pas indispensable.
On règle les haltes de manière à tirer des forces de rhomme tout le parti possible et sans tenir compte du jour ni de la nuit. On ne fait de séjours que s'ils deviennent indispensables.
La durée de ces marches ne saurait excéder huit jours.
Pour alimenter les troupes, il faut disposer des magasins de deux en deux jours de marche, de manière que le soldat n'ait jamais à porter avec lui que deux jours de vivres au maximum.
Les rations sont ordinairement plus fortes que d'habitude. On donne un supplément de vivres et particulièrement de viande.
L'infanterie est plus propre que les autres armes à ces sortes de marches. On a vu, dans la campagne de 1805, les grenadiers d'Oudinot suivre et fatiguer la cavalerie autrichienne.
Quelquefois les corps sont accompagnés de fourgons légers.
La cavalerie et l'artillerie transportent une partie de leurs fourrages.
Voilà les dispositions principales des marches accélérées.
Des marches en poste.— Il y a deux manièresde faire voyager les troupes en poste.
La première méthode consiste à les faire voyager
en voiture pendant toute la marche. On fait alors 80 à KM» kilom. par jour, 20 à 25 lieues. C'est ainsi que la garnison de Mayence fut transportée dans la Vendée en 1794. Cette méthode fait éprouver aux troupes de grandes fatigues et détériore beaucoup Thabillement.
La deuxième méthode consiste à faire parcourir aux troupes deux étapes par jour : une à pied, Tautre en voiture. Elle est plus lente que la première, mais elle fatigue beaucoup moins les troupes. Elle a été employée plusieurs fois par Napoléon et, entre autres pour la garde, qui, au début de la campagne de 1806, a voyagé ainsi de Meudon à Mayence.
Les relais sont disposés alors de deux gîtes en deux gîtes. La troupe est divisée en deux échelons. Le premier échelon monte en voiture au point de départ, et fait ainsi la première étape. Il fait la seconde à pied.
Les chevaux se reposent en attendant le deuxième échelon, qui fait la première étape à pied et qui monte en voiture pour la deuxième.
Cette seconde méthode est préférable à la première. Elle est plus lente, mais elle fatigue moins les hommes et elle est moins onéreuse pour le pays.
Quant à la quantité de chevaux que peut fournir une contrée, on a remarqué que les contrées les plus fertiles ne peuvent guère réunir plus de 1000 chevaux sur une surface de 10 myriamètres carrés.
1000 chevaux équipent 200 à 250 voitures qui transportent 2,000 et quelques cents hommes à raison de 10 hommes par voiture et en emmenant un certain nombre de voitures vides, pour remplacer celles qui viendraient à se briser.
Avec la deuxième méthode dont j'ai parlé, on pourrait avoir ainsi 4,000 hommes doublant les étapes.
Pour obtenir les voitures, on peut faire des réqui-
tcsse ordinaire, qui est 8:énéralenient de quinze lieues par jour.
L'artillerie et la cavalerie suivent les routes les plus courtes et les plus viables.
On utilise surtout pour le matériel les voies de communication par eau, si cela est possible.
On allège les troupes en leur enlevant tout ce qui ne leur est pas indispensable.
On règle les haltes de manière à tirer des forces de l'homme tout le parti possible et sans tenir compte du jour ni de la nuit. On ne fait de séjours que s'ils deviennent indispensables.
La durée de ces marches ne saurait excéder huit jours.
Pour alimenter les troupes, il faut disposer des magasins de deux en deux jours de marche, de manière que le soldat n'ait jamais à porter avec lui que deux jours de vivres au maximum.
Les rations sont ordinairement plus fortes que d'habitude. On donne un supplément de vivres et partÎQalièrement de viande.
L'infanterie est plus propre que les autres armes» ces sortes de marches. On a vu, dans la campagne de 1805, les grenadiers d'Oudinot suivre et fatiguer la cavalerie autrichienne.
Quelquefois les corps sont accompagnés de fourgons légers.
La cavalerie et l'artillerie transportent une partl& ds leurs fourrages.
Voilà les dispositions principales des n célérées.
SniurcbM en put*.— Ilya deux maoièreBi ger les troupes en poste.
La première méthode
iesin|H^|
Les trois routes indiquées sont :
Pour le corps d'Âmbleteuse, par Cassel, Lille, Namur, Luxembourg, Deux-Ponts et Manheim.
Pour le corps de Boulogne, par Saint-Omer, Cambrai, Mézières, Verdun, Metz et Spire.
Pour le corps de Montreuil, par Arras, La Fère, Reims, Nancy et Strasbourg.
Le 5* corps, celui du maréchal Lannes, précède le corps du maréchal Ney et emploie la même route.
L'armée, ayant 24 marches à parcourir, arrive sur le Rhin vers le 24 septembre.
Le maréchal Augereau, commandant le 7* corps, part de Brest, passe par Alençon, Sens, Langres, Béfort. Il arrive sur le Rhin une quinzaine de jours après les autres corps, et y sert de réserve stratégique.
Les troupes, dans cette marche, montrent un entrain extraordinaire.
Le 2e corps, fort de 20,000 hommes, ne laisse que 9 hommes en arrière depuis Utrecht jusqu'à Wurtzbourg.
Le général Dupont, en traversant le département de TAisne, laisse une cinquantaine d'hommes aller dans leurs familles, qui étaient voisines de la marche de Tarmée. Deux jours après ils avaient tous rejoint.
Voilà un premier exemple de marches de route servant à la concentration d'une armée.
Voici un deuxième exemple de la marche d'une armée à travers un pays allié :
L'armée de Portugal , rassemblée sur la frontière des Pyrénées, se rend de Bayonne à Salamanque, à travers l'Espagne. Elle marche sur une seule route et par échelons de deux bataillons, à cause de la na-
ture du pays et de la difficulté de trouver des aub-
En s'approchant de l'ennemi, les échelons serrent successivement sur la tête, de manière à former d'abord les brigades, puis les divisions. Celles-ci serrent enfin à une demi-journée de marche les unes des autres, de sorte que l'armée forme une seule colonne de quatre échelons, et d'une longueur de deux marches.
Voici l'itinéraire des premiers jours de marche, d'après le général Thiébaut :
erre» b'étafei.
SitOl-BS.