‹ Cours d'art et d'histoire militairesChapitre 15 sur 37 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

L'histoire de l'art militaire commence avec l'histoire des hommes. Chez les barbares et dans les sociétés primitives, l'art ne consiste que dans Tescrime de quelques armes grossières et dans la connaissance de quelques stratagèmes analogues à ceux que pratiquent encore les Indiens.

Bientôt l'art se perfectionne avec la civilisation, et aous le rencontrons chez les Mèdes, chez les Assyriens, premiers peuples dont l'histoire nous ait conservé le souvenir.

Nous le trouvons aussi aux premières pages de l'histoire grecque. Eschyle et Homère décrivent, l'un la guerre àe Thèbes, l'autre la guerre de Troie, les deux premières guerres connues.

Les institutions militaires de la Grèce se complètent peu à peu, et nous trouvons alors dans l'histoire des renseignements détaillés sur le recrutement, l'organisation et la tactique des armées de cette époque.

Je vais en indiquer les principaux traits.

Le recrutement différait suivant l'état politique des divers peuples de la Grèce. Cependant tous les citoyens étaient généralement soldats, et le sort ou le choix désignait ceux qui devaient marcher.

Sous le rapport de Y organisation , les Grecs comptaient trois espèces de fantassins :

Les oplites^ couverts d'un casque, d'une cuirasse, d'un bouclier et armés de piques de 24 pieds ;

Les peltastes^ différents des premiers, en ce qu'ils avaient des boucliers plus petits et des piques moins longues ;

Les psilites^ ou fantassins légers, qui n'avaient pas d'armes défensives et qui combattaient avec l'arc et la fronde •

Il y avait aussi deux espèces de cavaliers, les cataphractes et les cavaliers légers.

L'armée complète des Grecs, dont on ne voit guère qu'un exemple , celle d'Alexandre» était formée de 16,000 oplites, de 8,000 peltastes, de 4,000 psilites et d'environ 1/6 de cavaliers, présentant un total de 32,000 hommes.

Les 16,000 oplites étaient formés en bataille sur seize rangs de profondeur et 1000 homriies de front. Chaque file était commandée par un chef de file qui combattait au premier rang. Le commandement des autres officiers s'étendait sur un plus ou moins grand nombre de files suivant leur grade. Ce corps s'appelait la phalange. Les flancs étaient couverts par les 8,000 peltastes répartis également sur les deux ailes étranges sur huit de profondeur. Dans le combat, les oplites se serraient et les huit premiers rangs croisaient leurs longues piques, tandis que les huit derniers les tenaient hautes. Ces derniers rangs soutenaient les premiers et remplaçaient les blessés.

Tels sont les principaux traits des institutions militaires de la Grèce et de la première période de l'his-

toire de l'art militaire, Hérodote^ Thucydide et Xénophon en sont les principaux historiens.

Aux Grecs succédèrent les Romains.

Sous le rapport du recrutement^ ils levaient leurs troupes au moyen d'une méthode qu'ils nommaient élection^ parce que les magistrats choisissaient les citoyens qui leur paraissaient les plus propres au service militaire. Ils les répartissaient dans les quatre légions qui devaient former l'armée consulaire.

Le service militaire était obligatoire pour les Romains de 17 à 50 ans.

Sous le rapport de V organisation , la légion se comp osait de 4,500 hommes environ comprenant quatre classes de soldats.

r 1200 vélites, ou fantassins légers , armés de flèches et de frondes.

T 1200 hastaires formant dix manipules de première ligne ; le manipule était un petit rectangle de douze hommes de front, sur dix de profondeur.

3** 1 200 princes formant dix manipules de deuxième ligne.

4" Enfin 600 triaires formant dix manipules de troisième ligne, ces manipules n'ayant que six hommes de front.

La cavalerie de la légion était formée de 300 chevaliers.

Le manipule était commandé par un premier et un deuxième centurion.

La légion était commandée par un tribun ;

L'armée par un consul.

Une armée consulaire comprenait deux légions romaines et deux légions alliées.

La force de cette armée était d'environ 20,000 hommes. Quand les circonstances l'exigeaient, on doublait les armées consulaires. Et comme il pouvait y avoir deux doubles armées consulaires, les Romains pouvaient présenter 80,000 hommes à l'ennemi. C'est ainsi qu'ils étaient organisés à Cannes.

Dans l'ordre de bataille, les deux légions romaines étaient au centre ; les deux légions alliées aux ailes, La cavalerie couvrait les flancs.

Une légion en bataille présentait un front d'environ 240 mètres et une profondeur de 60.

Les armes défensives du légionnaire étaient le grand bouclier demi-bombé et en forme de tuile, le casque, la cuirasse et l'ocréa.

Les armes offensives étaient l'épée espagnole à lame courte, droite, tranchante des deuxcôtés, et Iejo?7wm, servant à la fois de javelot et de pique.

Voici quelle était la tactique romaine.

J'ai dit que l'ordre de bataille présentait trois lignes de manipules.

Dans chaque ligne, les manipules étaient séparés par des intervalles égaux à leur front, et leur ensemble présentait une disposition en échiquier.

En avant des lignes se trouvaient les vélites.

Ceux-ci couraient en avant en tirailleurs, harcelaient l'ennemi à coups de traits et entamaient le combat. Puis, quand les lignes opposées s'approchaient et en venaient aux mains, ils se retiraient en arrière.

Les hastaires couraient ensuite sur la ligne ennemie, lançaient leurs javelots à douze ou quinze pas, mettaient aussitôt l'épée à la main et engageaient le

combat corps à corps. Les derniers rangs soutenaient les premiers et remplaçaient successivement les hommes blessés, tués ou fatigués.

Les princes combattaient de la même manière et succédaient aux hastaires quand ceux-ci étaient épuisés*

Les triaires se tenaient en réserve, un genou en terre et couverts de leurs boucliers.

S'ils voyaient que les princes lâchaient pied, ils se relevaient aussitôt, ralliaient les princes et les hastaires, les recevaient dans leurs rangs, formaient une espèce de phalange serrée et marchaient en avant. L'ennemi, épuisé par deux combats successifs, tenait rarement contre cette troisième attaque.

Ce genre de combat était évidemment basé sur les mêmes principes que nos batailles modernes, oii l'on présente à l'ennemi deux lignes et une réserve.

Quant au système de guerre des Romains, il consistait à camper près de l'ennemi, sans rechercher les positions, parce que leurs camps fortifiés leur en tenaient lieu.

Lorsqu'il s'agissait de combattre, l'armée sortait de son camp, situé à peine à 1 kilom. de l'ennemi.

Le général romain haranguait ses troupes pour les animer au combat, et l'action s'engageait comme je l'ai dit plus haut.

Dans les marches, les armées consulaires marchaient ordinairement sur dix hommes de front et assez serrées pour n'occuper que 15 ou 1,600 mètres de profondeur.

La journée moyenne de marche était de sept lieues.

On partait à trois heures du matin, on arrivait à dix. Il

restait alors le temps d'établir et de fortifier le camp.

Tel était le système militaire des Romains depuis Camille jusqu'à Marius, c'est-à-dire pendant les beaux temps de la République.

Marius réunit les trois manipules correspondants de princes, de hastaires et de triaires, et il forma ainsi la cohorte; la légion comprit alors cinq cohortes de première ligne et cinq de deuxième.

Sous Tibère, d'après Tacite, l'Empire disposait des forces suivantes :

Il y avait trois flottes, une àMisène,uneà Ravenne, une à Fréjus ;

Et vingt-cinq légions romaines réparties sur les frontières, savoir :

8 sur le Rhin pour la Gaule et la Germanie ; 3 en Espagne , 2 en Afrique, 2 en Egypte , 4 en Grèce et en Asie Mineure, 2 dans la Pannonie, 2 en Mésie et

2 en Dalmatie.

Il faut joindre à ces légions les alliés, dont le nombre était à peu près égal à celui des Romains.

Il faut y joindre encore 9 cohortes prétoriennes et

3 cohortes urbaines de 1000 à 1500 hommes chacune, qui résidaient à Rome.

Tel est le tableau abrégé des institutions militaires du peuple romain; tableau dont on trouve les principaux traits dans Polybe, César, Tacite et Végèce.

Nous entrons maintenant dans la troisième période, celle du moyen âge, période d'anarchie, de ténèbres et de décadence, du V* siècle au XIV'.

L'art militaire est tombé avec l'empire romain. Les Barbares, et parmi eux les Francs, ne doivent leurs

succès qu'à leur courage, à leur impétuosité et surtout à la lâcheté des Romains de la décadence.

Les conquêtes des Barbares amènent le système féodal, oîi les armées, composées principalement de cavaliers bardés de fer, se distinguent surtout par la prouesse , la force corporelle et les actions individuelles.

Cependant Ton trouve aussi dans les armées de cette époque des éléments d'organisation, tant il est vrai que l'art militaire est indispensable, et qu'il est impossible de remuer des masses d'hommes sans principes, sans théorie, en un mot sans une science de la guerre.

Une armée du moyen âge est ordinairement divisée en plusieurs batailles^ trois, quatre ou cinq, représentant les diflerentes lignes de nos armées modernes, ou bien les diverses parties de nos ordres de bataille, ailes, centre ou réserve.

Chaque bataille est composée d'un certain nombre de bannières, quinze, vingt ou trente, comprenant un certain nombre de lances et correspondant à nos escadrons.

L'infanterie est organisée en bandes, routes ou enseignes. Elle ne joue qu'un rôle secondaire.

Charlemagne, peut-être, eut au commencement de cette période des armées mieux organisées, mais l'histoire ne nous a rien laissé à ce sujet.

Sous la troisième race, apparaissent les milices des communes que les rois de France établissent pour contre-balancer l'influence des grands vassaux.

Philippe- Auguste, dans le même but, prend à sa ^olde des mercenaires ou soudoyers ; mais comme ils ïie sont pas permanents, la paix les transforme en

hordes de pillards, de routiers, d'écorcheurs. Et le plus grand service rendu par du Guesclin à la France, est de conduire ces bandes en Espagne et de nous en débarrasser momentanément.

Voilà les principaux traits que présente Thistoire de l'art militaire pendant cette période.

Joinville et Froissard en sont les principaux histo*» riens.

Les éyénements de guerre les plus remarquables sont : les guerres de Charlemagne, les invasions ded Normands, les croisades et les guerres des Anglais^ Malgré leur importance historique, ces événements offrent peu d'intérêt sous le rapport de l'art.

Page 1