DEUXIÈME ÉPOQUE
La deuxième époque de l'histoire de l'art militaire commence vers le milieu du. XIV* siècle, au moment de l'invention ou plutôt de l'emploi de la poudre»
Cette deuxième époque se divise en trois périodes s
La première période est une période de renaissance pour l'art militaire et pour tous les arts à la fois« C'est le moment non-seulement de l'invention de la poudre, mais encore de l'invention de la boussole et de l'imprimerie.
Nous voyons alors au système féodal succéder des organisations plus régulières et plus savantes. On étudie et on imite les anciens.
Charles VII organise vers \ 445 les francs archers et les compagnies d'ordonnance, établissant ainsi la première armée permanente.
Plus tard, Charles VIII entre dans Rome, avec une armée bien organisée, pourvue d'une nombreuse artillerie et qui fait l'admiration et la terreur de l'Italie.
L'artillerie de Charles YIII se composait de : 36 canons de bronze ; De longues coulevrînes ; D'une centaine de fauconneaux ; Chaque pièce attelée de six chevaux.
L'infanterie prend de jour en jour une plus grande importance, et les piquiers^ suisses, les lansquenets allemands forment avec la gendarmerie et quelques arquebusiers la principale force des armées de cette époque.
L*arquebuse est encore une arme lourde, difficile à manier et peu répandue. Vers la fin de la période, on compte au plus 100 arquebuses pour 1000 lances ou hallebardes.
En revanche, on voit sur les champs de bataille des XV* et XVI* siècles une grande quantité de canons, de bombardes et de coulevrînes.
Cette artillerie joue un grand rôle dans les guerres de la fin du règne de Charles VII. — C'est avec les canons de Jean Bureau, son grand maître de TartîUerie, que ce roi reprend les villes dont les Anglais s'étaient emparés. — Elle joue encore un grand rôle dans les guerres de Charles le Téméraire et enfin dans les expéditions de nos rois en Italie. — Quoique lourde et peu mobile, Tartillerie fait alors éprouver de grandes pertes à l'infanterie encore armée de piques et présentant une grande profondeur. Elle est très-redoutable à la gendarmerie bardée de fer et couverte de pesantes armures.
Telle est la première période de la deuxième .époque. L'écrivain militaire le plus remarquable en est Machiavel^ qui vivait du temps de Louis XII. — C'est aussi l'époque de Commines^ qui vivait un peu auparavant, BOUS Louis XI.
La deuxième période commence vers le milieu du XVI* siècle, au moment où les armes à feu se sont perfectionnées et sont devenues armes portatives. Mais comme ces premières armes à feu ne sont encore que des armes de jet, il faut conserver une partie des armes de main, et Ton trouve dans les armées le mélange des piquîers et des mousquetaires.
L'infanterie dans cette période voit diminuer la profondeur de ses bataillons. Elle se place sur six rangs au lieu de dix. Henri II crée les régiments, Gustave- Adolphe les brigades queTurenne introduit en France.
L'arquebuse.de la période précédente est remplacée par le mousquet, la bandoulière par la giberne.
La cavalerie abandonne un moment les armes blanches pour les armes à feu. Mais elle revient bientôt aux véritables principes de l'arme, en chargeant l'épée à la main.
Les principaux généraux de cette époque sont: Maurice de Nassau, le duc de Rohan, Henri IV, tous trois élèves de Coligny, puis Gustave-Adolphe, MontecucuUi et Turenne.
Les événements militaires sont les guerres de religion et la guerre de Trente- Ans.
Les principaux écrivains militaires sont : le duc de Rohan, Montluc, Brantôme, Lanoue, Sully, MontecucuUi et Turenne.
Enfin, la troisième période de l'histoire de l'art militaire, la période moderne, commence avec le XVIIP siècle, au moment de l'invention des baïonnettes et de l'abandon des piques.
Cette période comprend, pour la France, la fin du règne de Louis XIV, les règnes de Louis XV et de
Louis XYI, la République, l'Empire et les temps actuels.
Les événements militaires principaux sont: les campagnes de la fin du règne de Louis XIV; celles de Maurice de Saxe ; celles de Frédéric ; celles de la Révolution et de l'Empire; enfin, nos campagnes modernes.
Les deux grands noms qui dominent cette période sont ceux de Frédéric et de Napoléon.
Ensuite viennent ceux de Villars, de Créqui, du prince Eugène, du maréchal de Saxe, de quelques-uns des généraux de Frédéric, de Souvaroff, de Tarchiduc Charles, de nos principaux généraux républicains. Hoche, Jourdan, Pichegru, Kléber, Lecourbe, Moreau, ceux de nos maréchaux de l'Empire, Masséna, Ney, Soult, Davoust, Lannes, ceux de Barklay, de Blûcher, de Wellington, et enfin ceux des généraux de notre temps.
Vous avez étudié à Saint-Cyr les institutions militaires du commencement de cette période. Je vous la rappelle pour lier ensemble la suite des faits, pour compléter mon tableau abrégé de l'histoire militaire, enfin, pour rattacher le cours de l'école d'état-major à celui de l'école de Saint-Cyr.
Nous venons de suivre l'art de la guerre depuis son origine jusqu'à nos jours; nous voici maintenant ar- Tivés à l'époque actuelle. C'est là que nous prenons l'art militaire pour en étudier les diverses parties, en suivant le programme que j'ai indiqué, c'est-à-dire en commençant par l'organisation des armées qui fait l'objet du cours de première année, et en terminant par leur mise en action, qui fait l'objet du cours de deuxième année.