DEUXIÈME LEÇON
Systèmes militaires des États. — Leurs diverses fohnes. •» Nllérétits
éléments quils comportent.
Des armées permanentes. — ' Leur nécessité. — Leur chiffre. — Maii-»
mum et minimum.
Principes d'organisation des armées permanentes. — Des cadres, —
De la hiérarchie. — Des corps hors ligne.
Des systèmes militaires des États. — Toutes les sociétés reposent sur un ensemble de lois et de principes qui forment leurs institutions.
C'est ce que Ton appelle, en général, les institutions sociales ou Y ordre sociaK
Et, d'après Montesquieu, les législateurs, ceux qui veulent créer un ordre social, comme Solon, Lycurgue, Numadans l'antiquité; — comme Pierre le Grand, Washington, Sieyes à l'époque moderne; les législateurs, dis-je, doivent s'efforcer de mettre leurs institutions en rapport avec le caractère particulier de chaque peuple, avec les influences du climat qu'il habite, avec ses traditions, sa religion, etc
Les institutions sociales se divisent en :
V Institutions politiques, qui senties lois, coutumes et usages constituant les diverses sortes de gouvernement ;
2" Institutions civiles, ensemble de lois, ordonnances et coutumes, qui déterminent les rapports admi-
nistratîfs et judiciaires des citoyensi soit entre eux, soit avec leur gouvernement.
3** Institutions religieuses, comprenant rensemble des lois et règlements qui président à l'organisation des différents cultes ;
4^ Enfin nous trouvons les institutions militaires ^ ensemble de principes, de lois et de règlements employés pour organiser et faire agir les éléments de la force publique, c'est-A-dire pour organiser et faire agir tous les moyens que possède un peuple de constituer et de soutenir la guerre.
J'ai dit qu'il y avait deux points de vue sous lesquels on pouvait considérer la guerre.
On peut la désirer.
On peut la redouter.
Dans tous les cas, il faut toujours être prêt à la soutenir.
C'est d'après ce principe que tous les peuples ont eu et ont encore ce que je viens d'appeler des institua iions militaires.
Ce que l'on appelle aussi en d'autres termes ayant à peu près la même signification :
Un système.
Une organisation, ( .,.. •
ïT jfx Li- I ) militaire.
Un établissement,
Ou encore un édifice
C'est avec son système militaire qu'un peuple crée «t entretient pendant la paix l'ensemble des moyenft ])ersonnels et matériels qui sont nécessaires pour constituer et soutenir la guerre.
Les institutions militaires sont perfectibles et processives comme les autres institutions sociales.
Suivant Montesquieu , toutes les institutions d'un peuple sont Tœuvre du temps, et Ton ne saurait laisser une voie trop large aux améliorations.
Cependant il faut un progrès lent et raisonné et par suite une certaine stabilité. L'homme, dit M. de Saint- Germain, ne s'accoutume point à des changements continuels. Ils lui inspirent de la défiance.
Difenes formes des systèmes militaires. — Les institutions militaires ont varié avec les peuples et avec les époques.
Dans la leçon précédente, nous avons vu comment les Grecs recrutaient, organisaient leurs armées, comment ils les exerçaient, comment ils les faisaient combattre ; en un mot, nous avons vu les traits principaux de leurs institutions militaires.
Nous avons vu ensuite celles des Romains. A Rome, l'élite des citoyens était choisie par les magistrats pour former ces fameuses légions dont l'organisation et la tactique étaient si bien appropriées à l'emploi des armes de l'époque.
Les institutions militaires des Grecs et des Romains étaient bien étudiées, bien calculées et parfaitement en rapport avec les institutions politiques des deux peuples. On y trouvait des principes d'organisation, des méthodes de recrutement, des moyens de discipline, un mode de récompenses, un système d'instruction, un système d'administration, enfin les principaux éléments que nous allons retrouver dans les systèmes militaires modernes.
Puis, comme nous lavons vu, la décadence de Rome amène la décadence de l'art militaire.
Les Barbares n'avaient ni organisation ni discipline. Chez eux, la nation ou plutôt la tribu tout entière se
portait au combat. Les femmes, les vieillards, les enfants prenaient part à la guerre et organisaient la défense de leurs camps de chariots. C'est le système des tribus primitives, avec les éléments les plus grossiers et les plus rudimentaires.
Au temps de la féodalité, le baron appelait sous sa bannière ses hommes d'armes et ses vassaux. Il les conduisait au rendez-vous de son suzerain. Chacun prenait des vivres pour quinze jours, et c'est aifisi que se rassemblaient les armées. Pour le combat, les chevaliers formaient leurs lourdes batailles^ où la prouesse tenait lieu de tactique, tandis que l'infanterie méprisée se tenait prête à piller ou à fuir.
Voilà encore les principaux traits du système féodal.
Enfin Charles VII crée la première armée permanente, et ce fait est le premier qui se rattache au système militaire moderne. - 1^ ^S-
Louis XI , François P' , Henri IV perfectionnent successivement l'organisation militaire de la France, et au commencement du XVIIP siècle, sous Louis XIV, nous trouvons un ensemble à peu près complet d'institutions militaires. /^?^^ ^^ ^^^^ ^'^ '"' "^ ^^^ ^^^
Nous trouvons :
Une armée permanente organisée d'après des prinoipes rationnels ;
Un système de réserves nationales, si Ton peut ap- I^eler de ce nom l 'arrière-ban delà noblesse ;
Un recrutement assuré par le système des milices ;
Des moyens de discipline ;
Un mode de récompenses et d'avancement ;
Des méthodes d'instruction ;
Des règles d'administration ;
Enfin des établissements militaires considérables.
Le système militaire de Louis XÎV, itnité par les puissances étrangères , se perfectionne pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Il devient ce que Ton appelle aujourd'hui le système militaire moderne.
Ce système est le même à peu près chez toutes les grandes nations de l'Europe. Il repose sur les mêmes principes. Il présente les mêmes éléments. On y trouve seulement les modifications que demandent les mœurs, le caractère et les institutions politiques des différents peuples.
Nous allons étudier d'abord les principes généraux du système militaire moderne. ]Vous verrons ensuite leur application chez les grandes puissances mîlîtairea de l'Europe.
Différents éléments d'un système militaire- — L'étude des institutions militaires modernes peut se diviser en sept parties et présente sept éléments principaux:
1* On trouve d*abord chez tous les peuples de TEurope une masse d'hommes armés, formant ce que Ton appelle l'armée permanente du pays. C'est dans cette masse que l'on puisera au moment du besoin pour former les armées actives. Il y aura lieu de s'occuper du chiffre de cette armée et de ses principes d'organisation.
2** Derrière l'armée permanente on trouvera un système de réserves nationales, ayant pour but de faire concourir à la défense du pays toute sa population valide.
3** Il y aura ensuite un mode de recrutement destiné à remplir les cadres de l'armée permanente et à les entretenir au complet.
4** Il y aura encore des moyens de discipline, des-
quels découleront une organisation de la justice militaire et un système d'avancement et de récompenses*
5* On trouvera des méthodes d'instruction, ayant pour objet de préparer Tarmée à la guerre^
6"* Puis des principes d'administration, au moyen desquels on assurera les divers besoins des troupes et auxquels on pourra rattacher les différents services administratifs.
7* Enfin tout système militaire présente des établissements du matériel, formant la richesse militaire du pays, comprenant des casernes, des hôpitaux, des ateliers de toute espèce, des arsenaux, etc.
Nous allons voir successivement chacune de ces sept parties du système militaire moderne.
H l'amie parnuuMnte. GontMiratiois reUtifM à U aiçMilté i'iit iMmie itmiMieiite — La première armée permanente créée par Charles VII, après les guerres des Anglais, était composée de 9,000 lances et de 16,000 francs archers.
Ifims^ XI perfectionne [cette institution , quoique abimdonnant les francs archers pour prendre des mereeiiaires suisses.
L'Europe entière l'imite bientôt, et depuis cette époque chaque peuple eut son armée permanente.
A la mort de Henri IV, l'armée permanente en France était de 37,000 hommes.
Louis XIV en eut 450,000 ; La République 1,200,000.
En ce moment l'Europe nourrit deux millions et «iemi de soldats.
Les années permanentes sont ainsi devenues de plus en plus nombreuses.
• Aujourd'hui, Ton appelle de ce nom une partie de la nation, instruite, disciplinée, organisée, pourvue de matériel et destinée à défendre la patrie contre les invasions, à porter la guerre hors des frontières, enfin à protéger la société contre les révoltes intérieures,
La nécessité d'une armée permanente est basée sur les considérations suivantes :
r Une armée permanente est nécessaire pour protéger la nationalité d'un pays, pour couvrir tous ses biens, en un mot pour défendre son existence contre les invasions étrangères.
Une nation peut être parvenue à un haut degré de civilisation. Elle peut posséder tous les avantages, tout le bien-être que présentent un territoire fertile, un commerce étendu, de grandes richesses. Elle peut avoir toutes les jouissances que procurent les arts et l'industrie.
A quoi lui serviront tous ces biens si elle ne peut pas les défendre, si un peuple voisin plus fort, plus pauvre ou plus turbulent vient fondre tout à coup sur son territoire et le ravager, comme les Barbares fondirent sur le Bas-Empire et ravagèrent Rome et Constantinople ?
Il faut donc une armée permanente pour défendre l'existence d'un peuple, comme il fallait une arme à l'homme primitif pour défendre sa vie.
2** Indépendamment de son existence propre, de s vie intérieure, un peuple a encore une vie extérieure c'est-à-dire des droits et des intérêts résultant de se relations avec les peuples voisins. L'armée perm? nente est destinée à les sauvegarder.
J'ai dit que la guerre avait été définie par un auteur allemand : Un duel sur une grande échelle. Sans rechercher les duels, un particulier qui veut faire respecter son honneur, doit toujours être prêt à les soutenir» Il en est de mêm^ pour les peuples. Sans rechercher la guerre, un peuple doit toujours être prêt à la faire. C est la meilleure manière de faire respecter ses droits, sa puissance et sa dignité.
S"" La nécessité d'assurer Texécution des lois, de maintenir l'ordre social , de réprimer les troubles intérieurs, de contenir les mauvaises passions, est une troisième cause de la permanence des armées.
Les peuples ont des droits plus ou moins étendus tracés dans leurs constitutions. Ils peuvent agir dans la limite de ces droits; mais, quand ils les dépassent, ils doivent être réprimés. Sans cela, la paix publique serait sans cesse^compromise et la prospérité d'un pays serait impossible.
On a prétendu qu'une armée permanente pouvait devenir un instrument de despotisme. Cela pourrait être vrai d'une armée mercenaire, mais non d'une armée nationale qui se renouvelle fréquemment et qui est toujours profondément imprégnée des sentiments de la population et de l'opinion publique.
4* Les exigences de l'instruction militaire moderne sont une quatrième cause de la permanence des armées.
L'art de la guerre touche aujourd'hui à toutes les branches des connaissances humaines et leur emprunte quelques-unes de leurs applications. Il faut plusieurs années pour former des soldats et des officiers subalternes. Il faut le travail de la vie presque tout entière pour former des généraux.
Autrefois les communes, la pospolite, les milices,
pouvaient se lever au moment du dangw et marcher immédiatement à Tennemî, Aujourd'hui la garde nationale, les landwehrs, peuvent servir de corps de réserve et agir en seconde ligne. Mais il faut absolument entretenir une armée permanente pendant la paix, si Ton veut avoir une véritable force militaire, prête et instruite au moment de la guerre,
5*" Enfin nous voyons maintenant toutes les puissances de TEurope augmenter ou diminuer leurs armées à la fois, chacune d'elles craignant d'être surprise par les autres. Il faudrait donc, pour qu'un peuple pût dissoudre son armée permanente, que tous fissent comme lui. Celui qui conserverait la sienne menacerait indépendance générale.
Voilà les considérations relatives à la permanence des armées modernes, que-l'on regarde aujourd'hui comme l'ancre de salut des États.
Chez les Grecs et chez les Romains, les armées semblaient temporaires. On les levait au moment de la guerre. Mais ces armées n'étaient temporaires qu'en apparence. Elles offraient en réalité tous les avantages des troupes permanentes, puisque Rome et Sparte ne furent pendant longtemps que de grands camps où les citoyens étaient exercés constamment au métier des armes. Les institutions civiles se confondaient ainsi avec les institutions militaires, et, en arrivant sous les drapeaux, les soldats n'avaient plus rien à apprendre. Exercices, discipline, obéissance au commandement, ils étaient préparés à tout par l'éducation et par les travaux du champ de Mars.
L'armée permanente, dont nous venons d'établir la nécessité en vue de la guerre, rend encore d'autres perviçes pendant la paix.
On peut la considérer comme une éeole pratique pour la masse de la population ; école intellectuelle ; école de moralité; école de perfectionnement physique.
Sous le rapport intellectuel, les soldats apprennent à lire, à écrire, à compter. Ils peuvent aller plus loin, et apprendre l'histoire, la géographie, etc
Sous le rapport moral, Tétat militaire est un correetif aux défauts du caractère, aux mauvais penchants, à certains vices d'organisation. Le contact des hommes entre eux les oblige à des égards réciproques. Le respect de la hiérarchie militaire prépare pour l'avenir celui de la hiérarchie sociale.
Sous le rapport physique, la variété des exercices, l'hahitude de la propreté, la gymnastique, la danse, réserime , jointes à une alimentation qui s^améliore chaque jour, et qui est supérieure à celle de l'ouwieor ei du paysan,, tout tend à perfectionner la race. L'armée peut avoir ainsi une grande influence sur la constitution physique de la population.
Considâ^e de cette manière, l'armée d'une nation n'est plus un fardeau pour elle, c'est une institution à la fois importante et avantageuse, une institution qui peut exercer une heureuse influence sur ses destinées.
QUfte A'iB» anée permaniiite. — Nous avons établi la nécessité d'une armée permanente.
Examinons maintenant les considérations relatives à la détermination de son chiffre.
L'effectif d'une armée permanente est variable ; on peut distinguer :
Un chiffre minimum ;
Un chiffre moyen ;
Et un chiffre maximum.
Ce que TEmpereup a appelé ^
Le pied de paix ,
Le pied de guerre,
Le grand pied de guerre, dans une lettre du 4 septembre 1806, datée de Saint-Cloud et adressée au ministre de la guerre.
Le minimum correspond à l'état de paix profonde, dans le cas où Ton n'a rien à craindre de ses voisins, et où il n'y a pas de cause de révolte intérieure.
Le chiffre moyen correspond à une guerre ordinaire avec un peuple de force à peu près égale.
Le maximum correspond à une guerre redoutable, dans le cas d'une coalition, de la patrie en danger, comme en 1793. .
On commence par déterminer le chiffre minimum, d'après les considérations suivantes :
1 •* On considère la population du pays et la nature de ses occupations :
La population du pays, parce qu'il ne faut pas enlever à l'agriculture et à l'industrie une quantité de bras dont elles pourraient souffrir ;
La nature de ses occupations, parce que les peuples industriels ont plus de peine à recruter leurs armées que les peuples agricoles.
On établit de cette manière un certain rapport entre le chiffre de l'armée et celui de la population.
Ce rapport varie du ~ au — pour les divers États de l'Europe. On a reconnu que la meilleure proportion était à peu près celle du ~^.
C'est le rapport adopté en France, en Autriche et en Prusse.
2° On considère ensuite, dans la détermination du chiffre de l'armée permanente, les revenus de l'État.
Car îl faut que la charge imposée au Trésor n'amène pas un déficit dans les ressources annuelles du ibudget.
Du temps des armées mercenaires, sous Frédéric par exemple, le dernier écu donnait le dernier soldat. La France a prouvé depuis que Tamour de la patrie et rhonneur valaient mieux que l'argent pour procurer des défenseurs à un pays ; néanmoins, comme on ne peut entretenir les armées qu'avec de l'argent, il faut établir un rapport rationnel jentre le chiflEre de l'armée permanente et les moyens du Trésor.
3** On considère ensuite l'étendue des frontières et les facilités qu'elles oflErent pour la défense.
4* On examine la nécessité de faire sentir son influence au dehors, l'état militaire des puissances voisines, leurs alliances, les vues politiques qu'on leur connaît ou qu'on leur suppose.
5"* Enfin on prend en considération les qualités physiques et morales du peuple, son aptitude à la guerre et son esprit militaire.
On détermine ainsi le chifiFre minimum ou ^ le pied de paix de l'armée permanente.
Ce chiflEre esta peu près de 300,000 hommes pour les principales puissances de l'Europe, chacune d'elles cherchant toujours à se tenir au niveau des autres;
Il est plus*considérable pour la Russie ; mais il y" a compensation par suite de l'étendue du territoire et de la difficulté des communications.
Il est plus faible en Angleterre ; mais il y a également compensation, par suite de la position géographique de ce pays et de la force de sa marine.
Le chiflEre moyen ou le pied de guerre se déduit ensuite du chiflEre minimum.
Il y a une certaine relation entre Tun et l'autre.
L*effectif moyen est celui avec lequel on fait la guerre ; c*est Teffectif normal ; 1 00 hommes par peloton, 800 hommes par bataillon.
L'effectif minimum est celui auquel on peut réduire l'armée sans inconvénient, c'est 50 à 60 hommes par peloton; 400 à 450 hommes par bataillon.
Au-dessous de ces chifiFres, les cadres qui doivent être conservés en tous temps ne seraient plus employés d'une manière utile ; ils n'auraient plus à commander un nombre suffisant de subordonnés, leiir instruction ne pourrait plus se faire qu'avec difficulté.
L'effectif moyen est donc à peu près le double de l'effectif minimum, ou dans la proportion de 5 à 3.
Le minimum étant de 300,000 hommes, le chiffre moyen sera de 5 à 600,000 hommes.
Le chiffre moyen des principales armées européennes varie en effet aujourd'hui de 5 à600,000 hommes.
Enfin le chiffre maximum, ou le grand pied de guerre de l'armée permanente, comprend tous les hommes valides du pays. Son rapport réel avec la population varie du ^ ^u ^ ; mais on n'en arrive jamais à ce point. Et la France, qui avait, en 1793, quatorze armées sur les frontières et 1,200,000 hommes sous les drapeaux, la France n'avait atteint que le^j ou le -^ de sa population.
Telles sont les considérations relatives à la détermination du chiffre de l'armée permanente. Et le système militaire d'un État doit être établi de telle manière que Ton puisse passer successivement et sans secousse d'une paix profonde à une guerre ordinaire, et de là à une guerre générale ; c'est-à-dire que Ton
puisse élever progressivement et faeilement Teffectif de l'armée du chiffre minimum au chifi&e moyen et de celui-ci au chiffre maximum ; c'est-à-dire encore j que l'on puisse faire varier cet effectif suivant les ciJ^constaaces.
L'on parvient à résoudre ce problème et h- préparer un peuple à ces trois efforts successifs, au moyen du système des réserves que nous verrons dans la prochaine leçon.
PriBdpM i'orgaiisation des armées permanentes. — * Il y a Heu maintenant d'étudier les principes d'organisation des armées permanentes.
Organiser une armée, c'est y établir des subdivisions et donner des chefs à chacune d'elles, de manière à pouvoir l'instruire et la mouvoir selon la Volonté d'un seul homme.
Un seul homme ne peut pas en commander directement cent mille.
Il a besoin d'intermédiaires quî commanderont sous lui des groupes plus ou moins considérables, et qui n'auront affaire directement qu'à un nombre limité de subordonnés.
Ainsi , comme nous le verrons tout à l'heure, le général en chef d'une armée de 100,000 hommes n'a ^iSaîre directement qu'à 5 ou 6 généraux de corps d'armée ;
Chaque général de corps d'armée qu'à 4 ou 5 généraux de division ;
Chaque général de division qu'à 2 ou 3 généraux de brigade;
Chaque général de brigade qu'à 2 ou 3 colonels ;
Et ainsi de suite, jusqu'au caporal d'escouade, qui commande directement 8 ou 12 hommes.
Il y a donc une échelle qui lie le général en chef au dernier homme de son armée.
Voyons comment on établit cette progression et comment on organise la multitude d'hommes armés formant l'armée permanente.
On divise d'abord l'armée permanente en corps de ligne^ qui se présentent en ligne à l'ennemi, qui forment les lignes d'un ordre de bataille, et en corps hors ligne^ qui sont destinés à seconder et à compléter l'action des corps de ligne.
Les corps de ligne sont :
r L'infanterie ou réunion des combattants à pied;
2"" La cavalerie ou réunion des combattants à cheval;
3* Et l'artillerie, comprenant le personnel et le matériel des bouches à feu.
Voilà les grandes divisions que l'on établit d'abord dans l'armée permanente.
On organise ensuite chacune des armes que nous venons de nonmier.
On y établit deux espèces d'organisation :
1* L'organisation tactique, qui a pour but de l'instruire et de la mouvoir ;
V L'organisation administrative, au moyen de laquelle on pourvoit à ses besoins.
Examinons successivement ces deux organisations dans les trois armes.
Dans l'infanterie, on a formé un premier groupe de 8 à 12 hommes, à la tête duquel on a mis un caporal. C'est la première unité formant la base de Torganîsation.
./ On appelle unité la réunion d'hommes qui obéit à un seul chef.
En France, on a nommé escouade cette première unité facile à commander et à instruire.
Deux escouades forment une demi-section de 1 6 à 25 hommes sous les ordres d'un sergent.
Deux demi-sections forment une section, dont la force varie de 30 à 50 hommes, et qui est commandée par un lieutenant ou sous-lieutenant.
Deux sections forment un peloton, dont la force varie de 60 hommes sur le pied de paix à 100 hommes sur le pied de guerre, et qui est commandé par un capitaine.
Quatre, six ou huit pelotons forment un bataillon, dont la force moyenne, sur le pied de guerre, est de 800 hommes, et qui est commandé par un chef de bataillon.
Deux, trois, quatre, cinq et parfois six bataillons forment un régiment.
n y a aujourd'hui, en Angleterre, des régiments à un bataillon, comme il y en avait en France sous Louis XIV. Ce système est coûteux , parce qu'on entretient des états-majors pour un trop petit nombre d'hommes.
D'un autre côté, si le nombre des bataillons est trop considérable, le régiment devient lourd dans les manœuvres, difficile à administrer et à conduire.
Trois ou quatre bataillons par régiment semblent présenter la meilleure combinaison.
Nous voici arrivés à un premier degré dans l'organisation : au régiment d'infanterie. Suivons la même progression pour la cavalerie.
Dans la cavalerie, l'organisation tactique commence
âUflBt à l'escouade, 6 ou ' 8 cavaliers, commandés par un brigadier*
Deux escouades forment une sectim, 12 ou 16 cavaliers, commandés par un maréchal des logis.
Deux sections forment un peloton, 24 ou 32 cavaliers, commandés par un lieutenant ou soufi*lieutB*liant.
Quatre pelotons forment im escadron, 100 ou ISO cavaliers, commandés par un capitaine.
Quatre, six ou huit escadrons forment un régiment, 600, 800 ou 1000 cavaliers, commandés par un colonel.
Dans l'artillerie, la première unité est la pièce, commandée par un maréchal des logis.
Deux pièces forment une section, commandée par un officier, lieutenant ou sous-lieutenant.
Trois ou quatre sections forment une batterie, commandée par un capitaine ou par un officîpr supérieur.
Quatre, six, huit batteries, quelquefois davantage, forment un régiment et représentent le commandement d'un coloneL
Telle est, pour les trois armes, Torganisation du premier degré, l'organisation régimentaire.
Nous avons ensuite une organisation d*un degi^ plus élevé, une organisation d'ensemble.
On réunît alors deux ou trois régiments d'infanterie ou de cavalerie, et Ton forme des brigades commandées par des généraux de brigade.
Deux ou trois brigades réunies forment une division de l'une ou l'autre arme, commandée par un général de division.
Deux, trois, quatre ou ciaq divisions d'infanterie avec une division de cavalerie et une réserve d'artil*^ lerit forment un corps d'armée.
Deux, trois ou quatre divisions de cavalerie forment u corps de cavalerie.
Trois, ^piatre, cinq ou six corps d'in£anterie avec un ou deux corps de cavalerie forment une armée active.
Les corps d'armée et les armées sont commaadés par des généraux de division , par des généraux de corps d'armée (chez les puissances étrangères) ou enfin par des maréchaux.
Il y a ordinairement plusieurs armées actives dans une armée permanente. L'on peut en tirer, suivant les circonstances, trois, quatre, cinq, etc.*. En 1703, nous en avions quatorze.
Voilà Tensemble de Torganisation tactique des armées modernes, celle qui permet d'instruire, de mouvoir et de faire combattre les troupes.
L^oiganisatîon administrative qui vient après Torganisation tactique se confond avec celle-ci et présente deux umités du premier degré :
r La compagnie, l'escadron ou la batterie, administré par le capitaine ;
2* Le régiment, administré par le colonel.
Ensuite viennent les unités principales : divisions ^t corps d'armée, qui possèdent un personnel admiïiîstraÔf et qui représentent de grandes unités admii^isbratives en même temps que de granded unités tactiques.
Tels sont les principes suivis pour organiser les corps de ligne d'une armée permanente.
h$ mOm. — Nous venons de voir qu'à la tâte de <^bacune des unités de l'organisation, il y avait des
chefs. L'ensemble de ces chefs forme les cadres de Tarmée.
De la bonté des cadres dépend la valeur des troupes.
Les cadres doivent être en rapport avec l'effectif de l'armée. Un officier pour 30 ou 40 hommes paraît être la proportion la plus rationnelle. C'est celle qui allie le mieux l'économie à un bon service, dit le maréchal Marmont.
Toutes les armées européennes ont aujourd'hui quatre classes de supérieurs.
1** Les caporaux ou brigadiers, sergents ou maréchaux des logis, sergents-majors ou maréchaux des logis chefs et adjudants. Voilà une première classe, celle des sous-officiers;
2® Les sous-lieutenants, lieutenants et capitaines, formant les officiers subalternes ;
3* Les chefs de bataillon, lieutenants-colonels et colonels, formant les officiers supérieurs ;
4** Les généraux de brigade, de division, de corps d'armée et les maréchaux, formant les officiers généraux.
De la hiérarchie. — Ces différents grades correspondent aux divers degrés de Torganisation, et la manière dont ils sont échelonnés forme ce que l'on appelle la hié — rarchie.
D'après le général Bardin, le mot hiérarchie signifie :
La chaîne des autorités ; Leur subordination ; Leur classement ;
Leur graduation ; i
Leur progression, depuis le soldat jusqu'au soave- 1
rain. l
C'est renchainement des grades.
C'est d'elle que découlent les droits et les devoirs de chacun.
La hiérarchie sera d'autant plus parfaite que le nombre des échelons se rapprochera davantage du strict nécessaire , et que chaque échelon n'aura de contact direct qu'avec ses deux voisins.
C'est la meilleure manière d'éviter l'embarras, la confusion, les à-coup dans le commandement et d'assurer pour les ordres une transmission directe et une prompte exécution.
Des eorps hon ligne. — Indépendamment des corps de ligne dont j'ai parlé, une armée permanente comporte encore des corps hors ligne, qui ont pour objet d'assurer, de compléter et de seconder l'action des corps de ligne:
Les corps hors ligne sont les suivants :
1* Le génie, chargé de la construction des places et des bâtiments militaires, et en même temps des sièges ;
2* Le train des équipages, chargé des transports ;
3* Les ouvriers d'administration, qui exécutent les différents services administratifs ;
4<> La gendarmerie, chargée de la police à l'intérieur et aux armées ;
5* Les vétérans, vieux soldats pouvant rendre encore quelques services dans les garnisons ;
6* Les compagnies de discipline, formant un moyen de répression, etc..
^1 II faut joindre aux corps hors ligne les états-majors ^t les divers services que Ton trouve dans une armée Permanente ; ainsi :
L*état-majop général;
Le corpd â*état-niajor;
L'état-majop des places ;
L'état'-majcMp particulier de rartillerie ;
L^état-major du génie ;
Le eorps de l'intendance ;
Le service de santé ;
Le personnel des parquets militaires ;
Eté
Ces différents corps, étata^majœ» ou services, m retrouvent dans toutes les armées européennes, sous des noms différents, mais avec les mêmes attributions.
Tela sont les principes généraux de l'organisation des armées permanentes.
Nous terminons ici la première partie de l'étude des institutions militaires d'un peuple.
TEOISIËMË LEÇON.
fin léfoneg* -— RéienFe de Tannée^ — Héaerves MtiMiales.
Dn recrutement. — Ses ëifférents modes à diverses époques. ^Méthodes actueUes.— Ayantages et inconxjênients de chacune d'elles. — Oonsîdénilions relatites à F&ge de Fappe)^ à la divje dv serrice, au «km du eontngenty eie. *
Des remontes. — Divers systèmes. — Action du gouTerneraent dans 1^ {production des chevaux.
Des riserves. — Nous avons vu que, pour Teffectif dea armées permanentes, îl y avait un chiffre minimum, in thitbe moyen et un chiffre ma:dmum. l*ai ajomté ^e, dans un système militaire bien c»rganisé, il fellaii peavoiF passe? successivement et seas secousse de l'un à l'autre de ces trois chiffres.
L'on résout ce problème au moyen des réserves, ^'caft-àHiire en échelonnant la population derrière humée permanente, en la fractionaiiant en plusieurs chfiaes destinées à marcher succesi^ement à l'ennemi.
C'est ainsi que, chez presque toutes les nations eu- ^^opéennes, la force publique présente trois éléments
1* L'année permanente, organisée, instruite, exercée, comme nous l'avons vu plus haut ;
2* La réserve de l'armée, comprenant des hommes 9ii appartiennent à l'armée, mais qui ne l'ont pas en- ^re rejointe, ou bien qui ont été renvoyés en congé aiimîté.
On trouve cette réserve en France, en Autriche, en Prusse, en Russie.
3** Le reste 4« la population valide du pays pouvant, en cas de guerre, faire le service des places fortes, celui de l'intérieur et même accidentellement envoyer des corps d'élite aux armées actives.
Telles sont : la garde nationale en France, les landwehrs en Allemagne, Prusse et Autriche, les milices en Angleterre.
Chaque pays a ainsi ses réserves. Leur organisation est plus ou moins complète, plus ou moins avancée, mais les principes sont les mêmes. Ils consistent à échelonner la population derrière l'armée, de manière que tous les hommes valides du pays puissent prendre part à sa défense.
En France, la force publique comprend trois éléments principaux :
l"" L'armée active, dont le chiffre minimum est de 300,000 hommes;
2* La réserve de cette armée. En 1818, le temps du service militaire était de douze ans, six ans dans Farmée active et six ans dans la réserve. La loi du 5 juin 1824, en réduisant à huit ans le service militaire,. avait détruit ce principe de réserve.
La loi de 1833 ne l'avait pas rétabli. On tend maintenant à le remettre en vigueur. La réserve aujourd'hui doit comprendre surtout des hommes envoyés en congé illimité après un certain nombre d'années de service, et pouvant par conséquent entrer immédiatement en campagne. Avec cette réserve, l'armée peut passer facilement et sans secousse du chiflTre minimum, 300,000, au chiffre moyen 600,000, ou, suivant 1 besoins, à des chiffres intermédiaires.
3* Le troisième élément de la force publique en France est la garde nationale. Son organisation est fixée par la loi. On y procéderait en cas de besoin.
La garde nationale se divise en deux bans :
La garde nationale active, qui peut être employée dans l'intérieur des frontières ;
La garde nationale sédentaire, destinée à former la garnison des places fortes.
La garde nationale forme un élément considérable de la force publique, comme nombre, comme opinion, et même comme valeur militaire : témoin les gardes nationaux de 1814, de 1815 et de juin 1848.
Telles sont les réserves dans les institutions militaires d'un peuple.
8i reantemoAt. — Ses différents modes à diverses époques. — On appelle en général recrutement l'ensemble des moyens qu'un gouvernement emploie pour remplir les cadres de son armée permanente.
Le recrutement varie suivant le caractère des peuples et suivant leur constitution politique et sociale.
Il a varié avec les époques.
Nous avons vu que les anciennes républiques de la Grèce et de Rome choisissaient , parmi les citoyens en âge de porter les armes , ceux qui, d'après leur fortune et leur constitution physique , paraissaient les plus propres au service militaire.
Les armées étaient alors véritablement nationales, et l'existence des peuples , leur liberté, leurs biens les plus chers, étaient remis aux mains de ceux qui avaient le plus d'intérêt à les défendre.
Puis vinrent les Barbares, et tout ce qui avait la force de porter les armes était appelé à combattre.
Au moyen âge, le service militaire était considéré comme un impôt attaché à la terre, et la possession d'un fief entraînait l'obligation de fournir un certain nombre de lances.
Enfin, parurent les armées permanentes.
Charles VII, en 1445, crée avec des éléments nationaux les francs archers et les compagnies d'ordonnance.
Louis XI conserve cette première armée permanente, mais il la recrute au moyen de mercenaires.
Les mercenaires en France dataient de Philippe- Auguste; on les appelait alors soudoyers^ routiers, cottereaux. Leur solde était de quatre journées de travail. Ils jouèrent un grand rôle dans toutes aos guerres du moyen âge, mais sçins être permanents.
Ce fut Jjouis XI qui les employi^ ie premier de cette manière, et qui prît à sa solde des Suisses devenus fameux par leurs succès contre Charles le Téméraire »
Les successeurs de Louis XI l'imitent sous ce rapport, et aux Suisses ajoutent les lansquenets,
A l'époque de la guerre de Trente-Ans, c'est-à-dire pendant la deuxième période de la deuxième époque de l'histoire militaire, les armées se lèvent pour ainsi dire à l'entreprise.
L'empereur d'Allemagne, Ferdinand II, par exemple, ayant besoin d'une armée, s'adresse à Wallenstein. Celui-ci fait venir des colonels à qui il demand des régiments ; ceux-ci, des capitaines qui lèvent le compagnies.
Ces compagnies sont composées de mercenaires , raccolés à prix d'argent, soit parmi les nationaux, soit parmi les étrangers.
Les armées comprennent alors deux sortes de mercenaires :
Les mercenaires par capitulation, comme les Suisses, les reîtres ou les lansquenets,
Et les mercenaires isolés.
François I*' revint momentanément au système des troupes nationales en organisant les légions ; mais cette institution ne dura pas longtemps.
Telles sont les premières méthodes de recrutement jusqu'à Louis XIV.
Sous Louis XIV, les mercenaires furent insuffisants pour recruter des armées dont le chifire s'éleva jusqu'à 450,000 hommes. Alors le roi, par ordonnance du 29 novembre 1688, créa le système des milices.
D'après cette ordonnance, les villages furent soumis à l'obligation de fournir annuellement un certain nombre d'hommes avec lesquels on forma des régiments provinciaux. En 1697, ces régiments provinciaux furent incorporés dans l'armée active, comme plus tard, en 1813, les cohortes de la garde nationale servirent à réparer les pertes de la campagne de Russie.
Sous Louis XV, les mercenaires et le raccolage alimentent encore les armées. Mais, en 1743, frappé des inconvénients de ce système, le roi établît de nouvelles milices. Elles furent levées, organisées , puis, à un certain moment, comme les milices de Louis XIV, absorbées par l'armée active.
Au moment de la révolution, le Gouvernement doit
soutenir la guerre avec une armée désorganisée , et dont le recrutement n'est pas assuré.
L'enthousiasme national y supplée dans les premières années. De nombreux bataillons de volontaires se lèvent de toutes parts.
On les amalgame avec les bataillons de ligne, à raison de deux bataillons de volontaires avec un bataillon de ligne, pour former une demi -brigade.
Et ce recrutement irrégulier suffit aux premières campagnes.
Puis l'enthousiasme se refroidit. Les volontaires quittent l'armée. Alors on emploie le système des réquisitions, qui, appliqué avec rigueur, jette sur la frontière presque toute la population valide du pays.
Enfin, le 19 fructidor an vi (5 septembre 1798), le recrutement entre dans un mode plus régulier, et une loi établit le système de la conscription, avec lequel on fit toutes les guerres de l'Empire.
Abolie momentanément en 1814 , par suite des événements politiques , la conscription reparut en 1818, sous le ministère du maréchal Gouvion-Saint- Cyr, quand on voulut reconstituer l'armée.
La loi du 21 mars 1832 a consacré le principe de la conscription et a établi le système des appels aujourd'hui en usage.
Ce système est adopté dans tous les États européens, sauf en Angleterre, où le gouvernement continue à recruter ses armées au moyen de mercenaires.
Méthodes actuelles. — Il y a donc aujourd'hui deux systèmes de recrutement :
r Le système des mercenaires ;
T Le système des appels.
Nous allons les examiner successivement.
S^itème des merctnaires. — Je distingue deux espèces de mercenaires :
l*Les mercenaires par capitulation, c'est-à-dire qui servent en vertu d'un marché général fait avec une nation, comme les Suisses à diverses époques de notre histoire , et encore dernièrement auprès du roi de Naples ;
2* Les mercenaires isolés qu'un gouvernement fait enrôler par ses agents à l'intérieur et à l'extérieur, au moyen de marchés individuels, dont les clauses sont variables. C'est le système de recrutement d'avant la révolution. C'est le système qu'emploie encore aujourd'hui l'Angleterre pour remplir les cadres de son armée.
Le système des mercenaires par capitulation a de grands inconvénients. Ce sont des espèces de condottieri qui appartiennent à celui qui les paie le plus cher, et qui, au moment du danger, peuvent abandonner la cause à laquelle ils sont attachés.
Ce système présente cependant certains avantages. Les hommes qui font leur métier de la profession des armes sont généralement meilleurs soldats que ceux qui servent pour un temps limité. Ils présentent les avantages que Ton rencontre dans les troupes d'aventuriers.
Le système des mercenaires par marchés individuels ne donne que le rebut des populations. Une armée recrutée de la sorte a besoin d'une discipline trèssévère. Elle n'est susceptible ni d'enthousiasme, ni de dévouement.
On trouve cependant dans ce système l'avantage de débarrasser la société d'éléments dangereux qui lui
seront moins nuisibles étant soumis à la discipline militaire qu'étant abandonnés à eux-mêmes*
SyMme des appels. — J'arrive ftiaînteiiant à l'étude du ôystètnê des appels, qui, comme je lai dit, est le sys^ tème principal employé pbut le recrutement des ar-^ mées modernes.
Dans ce système, la loi impose l'obligation du service militaire^ L'armée étant instituée pour la défense de la société, cettiB obligation est la plus juste et la plus importante de toutes celles qui sont la conséquence de l'état social.
Le système des appels présente le grand avantage de donner une ai*mée nationale.
Il présenterait cependant des inconvénients s'il était appliqué avec trop de rigueur. '
Nous verroJQS comment il est compris chez lès différentes puissances de l'Europe et comment chez chacune d'elles on en a adouci les conséquences.
Examinons successivement les diverses questions qui se rattachent au système des appels.
La première est celle qui est relative à l'âge de l'appel.
Age de l'appel. — L'âge de l'appel doit être fixé dételle manière qu'en arrivant sous les drapeaux, les jeunes gens aient assez de vigueur physique pour supporter les fatigues du métier. Appeler des jeunes gens trop jeunes, ce serait vouloir encombrer les hôpitaux, ainsi que cela est arrivé dans la campagne de 1813.
C'est d'après cette considération que l'âge de l'appel a été presque partout fixé à vingt ans.
Durée du senriee. — La seconde question est relative à la durée du service.
Il y a toujours ici deux intérêts en présence.
L'intérêt de l'armée, qui veut que l'on conserve le soldat le plus longtemps possible sous les drapeaux;
Et l'intérêt des populations, qui tend à abrégei^ le plus possible la durée du service militaire.
Il faut alors prendre un terme moyen que l'on établit d'après les considérations suivantes :
1* On consulte l'esprit militaire de la nation, ses aptitudes physiques et intellectuelles et, par suite, la facilité d'instruction qu'elle présente.
2' On calcule le temps nécessaire aux conscrits pour se développer, s'instruire et pour devenir de véritables soldats, particulièrement dans les armes spéciales. La durée du service doit alors être fixée de telle manière que l'État bénéficie pendant un certain temps de cette instruction, une fois reçue , et qu'il puisse tirer pendant quelques années des services sérieux de la part des hommes appelés sous les drapeaux.
3* Enfin il faut qu'après leur libération, les soldats sdiëtit encore assez jetmes pour avoir l'espérance dé se créer une position lucrative et de s'assurer uù avenir.
D'après ces considérations, c'est généralement entre viùgt et trente ans que l'on doit fixer la durée du service militaire.
« Où a remarqua, dît le général Ro^iat, que quand « l'homme arrive vers trente ans, il commence à per- « dre sa souplesse ; le mouvement cesse de lui êti*e * agréable j l'effervescence de là jeunesse, qui lui faî- « sait trouver des charmes dans une vie errante et va- « riée^ se calme par degrés pour faire place à des idées « de repos et de tranquillité. Arrivé vers cet ftge^ le « soldat est donc moins propre à bien faire son ihé- « tier. »
Cette observation ne s'applique pas à Tofficiér qui
est soutenu par des idées de devoir et d'ambition ; mais elle s'applique aux soldats et sert à déterminer la durée du service militaire.
En Prusse, cette durée est de cinq ans ;
En France, de sept;
En Autriche, de huit ;
En Russie, elle était de vingt ans ; elle a été réduite à quinze. Elle le sera probablement encore.
En Angleterre, le service militaire est de douze ans, mais s'étend à presque toute la vie, en raison de la constitution particulière de l'armée anglaise.
Chiffre da contingent. — La troisième question est relative au chiffre du contingent.
Ce chiffre est variable. Il dépend de l'état du pays et des besoins du moment.
Dans les pays constitutionnels, le pouvoir législatif est appelé à le fixer chaque année. Dans les pays absolus, il est fixé par une ordonnance du souverain, comme en Autriche et en Russie.
En temps ordinaire, dans les circonstances normales, ce chiffre se déduit du chiffre de l'armée permanente et de la durée du service.
Ainsi en France, avant la guerre d'Orient, le chiffre moyen et normal de l'armée était de 500,000 hommes. La durée du service était de sept ans. L'armée se renouvelant par 1/7, lecontingentannuelétaitle 1/7 de 500,000 ou environ 80,000 hommes.
Aujourd'hui le chiffre de l'armée est de 600,000 hommes. Le contingent est de 100,000 par suite des pertes que subit toujours un contingent et en raison de la manière dont la réserve est constituée.
En Prusse, lechiffre de l'armée active est de 125,000
hommes. La durée du service de ciuq aus. Le coutingentest alors de 25,000 hommes.
Pour obtenir le chiffre du contingent, Ton a remarqué qu'en France, il fallait examiner un nombre de jeunes gens de vingt ans, double du nombre demandé.
Pour 80,000 hommes, il fallait en examiner 160,000.
Pour 100,000 hommes, il faut en examiner 200,000.
En France, on ne peut donc prendre qu'un homme fiup deux inscrits. Or le nombre de jeunes gens qui atteignent vingt ans chaque année en France est d'environ 300,000. Donc le maximum d'un contingent français, avec les conditions actuelles de recrutement, est de 150,000 hommes.
En Prusse, la proportion est un peu plus favox^able.
La quatrième question est relative à la levée du oontingent.
Le chiffre du contingent étant fixé, on le répartit entre les différentes subdivisions territoriales, propor^ tîonnellement au chiffre de leur population.
Ensuite, vient la désignation des jeunes gens qui doivent en faire partie.
Cette opération a lieu en France au moyen du sort, afin d'éviter l'arbitraire ou la fraude.
En Prusse, au moyen du choix.
En Russie, d'après la volonté des propriétaires de serfs.
Le choix est évidemment le meilleur de tous les ^^des, mais il paraît difficile de l'établir d''une manière parfaitement juste et de le mettre à l'abri des in-
^^ences.
Après la désignation des hommes pour le service
militaire, il y a lieu de constater leur aptitude à ed service, de les répartir entre les différentes ajfmes et de prononcer les exemptions.
Ces opéi^atîohs ont lîeii, chez les divers peuples de l^Europé, au moyen dé commissions formées de fonctionnaires civils qiiî représentent les intérêts des populations et de fonètioiinaîres mîlikîre& qtiî j'èprésenteht les intérêts de Tarmée.
En France, cette comniission s'appelle Conseil de révision i
En Russie^ Comfflîssîoù dé recrutement.
En Prtisse, il y à des Commissions dé deux degtéd : commission d'arroiidissëtrient et commission de département de régence.
Après que les opérations de ces commissions sont terminées, les recrues sont mises en route et rejoignent leurs régiments.
On compte six mois à peu près dans l'infanterie, pour lever une classe, rhabiller, l'instruire et pouvoir la présenter en ligne.
On compte environ dix mois dans la cavalerie.
Tel est l'ensemble du système des appels, qui de^ puis la révolution a été adopté chez presque toutes les nations de l'Europe, avec les modifications toutefois que comportent leurs institutions politiques et leur caractère particulier.
Le système des appels aurait des inconvénients s'il était appliqué avec trop de rigueur. Pour le rendre moins onéreux à la population, on a admis des exemptions.
Il y en a de deux espèces.
Les premières ont lieu dans l'intérêt de l'État ;
Les secondes dans celui des familles.
L'État refuse les jeunes gens qui n'ont ni fa taille^ ni la force physique nécessaires pour porter les armes, ni la moralité convenable pour entrer dans Tarmée.
Lès familles conservent les jeunéis gens qui sont nécessaires à Texistence de parents âgés ou infirmes, et de plus ceux qui ont des frères soit atl sei*vîce, soît mutilés ou morts dans les combats. Les familles auxquelles ils appartiennent ont évidemment ainsi payé leur fribut à la société.
Tels sont les principes des exemptions.
Quant aux jeunes gens qui se destinent à certaine^ carrières, oîi ils doivent rendre des services à TÉtat, comme le sacerdoce ou l'instruction publique , ils reçoivent une dispense du service militaire*
La dispense diffère de l'exemption, en ce qiié Ttine est définitive et l'autre temporaire. La dispense cesse avec la cause qui l'a fait accorder.
De la libération. — Nous avons vu la levée d'une classe. Quand cette classe a fini son temps de service, elle est î^envoyée dans ses foyers, c'est-à-dire libérée.
En temps de guerre, la libération d'une classe n'a lieu que lorsque celle qui la remplace est arrivée elleïuême à l'armée active, c'est-à-dire environ six mois 3près l'époque réelle : sans cela une armée active pourfstît tout à coup se trouver notablement affaiblie.
Tel est l'ensemble du système des appels.
ilmezet dt système des ttp]^s. -^ Le système deis appels Comporte deili annexes , V engagement et le rengage^ nient ^ — et une modification du contingent, lerêmpla^ bernent.
De rengagement — L'engagement volontaire est un contrat par lequel un individu s'engage à servir TÉtat pendant un nombre d'années déterminé par la loi. Ce contrat est désintéressé, lorsque, comme en France, il ne stipule aucun avantage pécuniaire en faveur de rengagé.
Quand il est intéressé, rengagement appartient au système des mercenaires.
Le nombre des engagements volontaires en Europe a diminué à mesure que la civilisation a fait des progrès. Les peuples v ont aujourd'hui trop d'aisance et d'industrie pour que la pauvreté oblige un grand nombre de jeunes gens à s'enrôler. Cela n'arrive qu'en Angleterre, parce que la guerre y arrête l'industrie, et que les ouvriers privés de leurs moyens d'existence n'ont souvent d'autres ressources que de se jeter dans l'armée.
L'engagement volontaire n'est donc plus qu'une annexe insignifiante du recrutement des grandes armées européennes.
Dn rengagement. — On appelle rengagement l'engagement de l'homme qui a déjà fait un ou plusieurs congés. En France, il a été combiné avec le remplacement pour former le système de l'exonération.
Dn remplacement et de l'exonération. — Le remplacement a, en effet, certains avantages; il permet aux jeunes gens de suivre sans interruption une carrière pour laquelle ils ont du goût et où ils peuvent se rendrez utiles à la société. Il délivre l'armée de soldats qu^ n'auraient pas la vocation militaire. — Il présente l'in — convénient de donner lieu à un trafic d'hommes hon — teux et démoralisant.
L'Autriche admet encore le remplacement; la Prusi^^
ne ladmet pas, maïs elle a dans son système militaire une disposition particulière qui y supplée et dont nous parlerons plus tard. — La France a substitué au remplacement militaire l'exonération, qui conserve les avantages du remplacement et en fait disparaître les inconvénients.
Les jeunes gens qui veulent aujourd'hui se faire remplacer, c'est-à-dire se faire exonérer du service militaire, paient à l'État une somme dont la quotité est fixée chaque année.
L'État remplace ces jeunes gens dans les rangs de l'armée par des rengagés, c'est-à-dire d'anciens soldats qui reçoivent une somme en argent et une haute paye journalière, — somme et haute paye fournies par le prix des exonérations qui a été versé dans une caisse nouvellement créée , celle de la dotation de V armée.
L'état militaire devient ainsi une carrière pour les Sous-officiers et soldats.
L'armée y trouve l'avantage de conserver des liommes faits, instruits et de bonne conduite, et par suite de bons cadres.
Nous terminons ici l'étude du recrutement, et nous ^i^tivons à l'étude des remontes.
in.
Des remMitefl. — Une armée a besoin d'un grand noml^ï'e de chevaux de selle et de trait, pour sa cavalerie, ^on artillerie et ses équipages.
l*e gouvernement doit, par suite, organiser un sys- ^me de remmte^ comme il a organisé un système de Recrutement.
Divers systèmes. -— Chaque puissance a son système particulier de remonte, dépendant de sa situation financière, de sa configuratioii géographique et de ses ressources chevalines.
L'Angleterre a beaucoup de ressources et peu de cavalerie. Elle n'a donc pas besoin d'établissements de remonte ; l'industrie particulière lui suffira largement,
La Russie a de grandes ressources dans ses colonies militaires et dans les vastes plaines qu'elle possède. Elle est riche en chevaux et en fourrages.
L'Autriche a des haras militaires considérables. En 1820 ils ont fourni à la fois 30,000 chevaux. Néanmoins TAutriche achète des chevaux à l'étranger. Et son système de remonte est mixte, comprenant à la fois la production directe et les achats.
Il en est de même pour la Prusse.
En France on a suivi successivement diverses méthodes.
Jusqu'en 1789, les capitaines propriétaires des compagnies étaient chargés de les remonter, en même temps que de les recruter.
Après la révolution, on employa d*abord les réquisitions forcées.
Puis les régiments furent chargés d'acheter leurs chevaux au moyen de fonds spéciaux appelés masses de remplacements
Ce système engendrait de nombreux abus. Les principaux étaient :
1"* L^L CQUCurrence des régiments entre eux; 2*" La spéculation des individus ou des conseils ; 3*" Enfin des marchés simulés.
En 1806, l'Empereur reconnut ces inconvénients
pp886rivit de ne plus faire que des marohés généraux avec des entreppeneups.
Néanmoins et par suite des besoins, les pégiments continuèrent à acheter des chevaux.
Veps la fin de l'Empire, on fut obligé d'en revenir encope aux réquisitions.
A la Restauration, on s'adressa à une compagnie de mapchands de chevaux.
Enfin, en 1818, le maréchal Gouvion-Saint-Cyp fait essayer le système des dépôts de reiponte, système que Ton développe en 1826, et qui est yendu définitif en 1831, époque où il devient une branche spéciale du ministère de la gueppe.
Depuis 1831, il y a eu des modifications successives , mais le principe est pesté le même : achat direct par l'Etat au producteur.
A cet effet le Gouvernement possède aujourd'hui, sur les points du territoire les plus favorables à l'élève des ehevaux, des établissements appelés dépôts de reïïwnte^ commandés et administrés par des officiers détachés des corps de cavalerie. Chacun de ces établissements a une circonscription que des officiers acheteurs étudient, parcourent et exploitent. Ils y achètent des chevaux au-dessus de 4 ans et au-dessous de 8, et dans les conditions voulues pour un bon service de guerre. Les chevaux restent dans les écuries du dépôt, jusqu'à ce qu'ils aient achevé de se développer, ou jusqu'à ce qu'ils soient habitués au régime de l'armée.
Quand ces ehevaux sont prêts pour le service, les dépôts de remonte les expédient aux corps sous la conduite de détachements commandés par des officiers OQ des sous-officiers. On envoie toujours aux mêmes régiments des chevaux de môme provenance, afin qu'il
y ait dans chacun d'eux homogénéité de remonte, uniformité d allures et uniformité d'hygiène. Tel est le système normal des remontes françaises.
Il y a ensuite deux systèmes accessoires :
1* Les marchés généraux avec des entrepreneurs;
2* L'achat direct par les régiments.
Le premier de ces systèmes est onéreux. Il donne des résultats médiocres. Il nuit à la production nationale.
Nous avons vu les inconvénients du second.
On ne les emploie l'un et l'autre qu'exceptionnellement et en cas d'urgence.
Quant à nos ressources chevalines, la France, dit Guibert, est assez puissante pour ne rien craindre et assez riche pour ne rien désirer.
Nous avons en efiPet des ressources suffisantes sous tous les rapports. Il s'agit de savoir les utiliser.
Sous le rapport hippique, la France possède environ trois millions de chevaux, dont les juments forment un peu plus de la moitié.
Le nombre des naissances est d'environ 300,000 par an.
De plus, nous possédons toutes les races nécessaires aux trois espèces de cavalerie et au trait*
L'armée , sur le pied de paix, a besoin d'environ 80,000 chevaux, 50,000 de selle et 30,000 de trait.
La durée du cheval dans l'armée est de huit ans en moyenne.
L'État renouvelle son effectif par i/8. Et tous les ans il achète environ 10,000 chevaux, 5 à 6,000 de selle, 4 à 5,000 de trait.
Tels sont nos ressources et nos besoins. Les unes seraient bien supérieures aux autres, si tous nos chevaux étaient propres au service de l'armée.
C'est à ce but que le Gouvernement s'efforce de parvenir. Ce serait un grand avantage pour lui et pour les éleveurs. Du reste, un bon cheval ne coûte pas plus à faire qu'un mauvais,
Actioi du Ck)iiveriiemeiit dans la production des chOYaix. — Pour améliorer nos races, l'État surveille, facilite et encourage la produotion des chevaux.
Il le fait de quatre manières :
r En assurant l'écoulement des produits et en achetant tous les ans un minimum de 10,000 chevaux;
2" En primant les meilleurs étèves ;
3* Au moyen des courses ;
4® En entretenant des étalons pour les saillies. Ces étalons sont choisis dans de bonnes conditions. A l'époque de la monte, le Gouvernement leur fait parcourir une certaine circonscription, en demandant un prix peu élevé pour la saillie.
Grâce à ces moyens , l'État exerce une grande influence sur la race chevaline du pays.
D'après les rapports du général Oudinot et du général Lamoricière, il y a déjà eu une amélioration sensible; et bientôt la France, même en cas de guerre, ne sera plus tributaire de l'étranger.