QUATRIÈME LEÇON
Suite des institutions militaires d'un État.
De la discipline. — De la justice militaire.— De Tayancement et des
récompenses.
De l'administration.
De rinstruction.
Des établissements militaires.
Nous avons établi la nécessité des armées permanentes, qui forment la base et le premier élément des systèmes militaires modernes.
Nous avons développé ensuite les considérations relatives à la détermination du chiffre de ces armées.
Puis, nous avons étudié leurs principes d''organisation. Nous avons vu quelles étaient leurs diverses unités et comment celies-ci étaient commandées.
Dans le chapitre suivant, nous avons examiné la constitution des réserves.
Et ensuite les moyens employés pour remplir les cadres d'une armée en hommes et en chevaux, c'està-dire les méthodes de recrutement et de remonte.
Tel est le point auquel nous sommes arrivés dans l'étude des institutions militaires d'une nation.
Nous connaissons tous les principes relatifs à l'existence de son armée. Il nous faut voir maintenant les moyens de la mettre en action.
L'ensemble de ces moyens forme les quatre derniers éléments du système militaire moderne, c'est-àdire:
La discipline, de laquelle découlent : la justice militaire d'une part et de Tautre ravancement et les récompenses ;
Puis Tadministration ;
Ensuite Tinstruction ;
Et enfin les établissements militaires.
Nous allons examiner aujourd'hui ces quatre dernières parties de l'étude des institutions militaires d'un peuple.
De la discipline. — Pour mettre une armée en action, la première condition est que ses divers éléments obéissent à la volonté d'un seul homme, que cette volonté soit transmise hiérarchiquement jusqu'aux derniers degrés de l'organisation , et soit exécutée partout.
Il faut donc que les inférieurs obéissent à leurs supérieurs, et cette obéissance constitue la discipline.
Dans l'antiquité , la discipline était considérée comme Tart de dresser les hommes de guerre, de les soumettre au frein du service militaire , de les mouvoir à un signal.
Son objet était d'inspirer au soldat le respect pour celui qui commande.
La discipline était encore l'observation des formes particulières à la profession des armes, la conduite tenue par une troupe, conformément à des règlements ou aux décisions d'un général d'armée.
Aujourd'hui la discipline peut être considérée de
la même manière que dans l'antiquité ; elle remplit
les mêmes objets; je la définis :
L'obéissance de l'inférieur au supérieur;
Ou bien encore l'observation des règlements militaires.
La discipline a une grande importance.
C'est le principe vital. C'est le moteur de toute organisation .
Sans elle, point d'armée.
Avec la discipline, au contraire, on voit des bandes de mercenaires recrutées souvent dans la lie des populations devenir de bonnes troupes, et accomplir de grandes choses.
Je citerai, pour exemples, les Grecs de Cyrus, les mercenaires d'Annibal , et, à l'époque moderne, les Anglais de Wellington.
La discipline est importante , non-seulement au point de vue de l'existence des armées, mais encore au point de vue de l'existence des États.
Une nation peut périr par l'indiscipline de ses armées, comme Rome et Byzance, au temps du Bas- Empire.
Tandis qu'au contraire , dans un État, tant que la discipline est en vigueur, rien n'est désespéré, même après les plus grandes défaîtes. Témoin Rome, aux temps de Brennus et d'Annibal.
L'origine de la discipline remonte à l'origine des armées;
On la trouve pleine de force dans l'antiquité ;
On la voit s'affaiblir au moyen âge ;
Puis refleurir avec Gustave- Adolphe. C'est à lui qu'il faut faire remonter la discipline des armées modernes.
En France, Louis XIV, le premier, fit un ensemble de règlements destinés à assurer la discipline de l'armée.
Néanmoins, son époque présente encore de nombreuses violences commises par les gens de guerre.
Depuis Louis XIV, la discipline est devenue chaque jour plus forte et meilleure.
Examinons les principes généraux de la discipline moderne.
La discipline doit se modifier suivant la constitution politique, suivant le caractère des peuples, selon Tesprit du temps, la forme du gouvernement et la direction des lois.
« Aux peuples du Nord, dit Jacquinot de Presle, « qui ont des mœurs rudes, et qui sont habitués à « un gouvernement despotique , il faut une discipline « sévère. »
Telle est la discipline de Tarmée russe, qui admet les châtiments corporels, et, pour les officiers, Texil et la dégradation.
Telle est celle de l'armée autrichienne , nécessaire pour maintenir les Croates, les Dalmates, etc..
Telle est celle encore de l'armée anglaise , dans laquelle, en 1857, d'après leTimes^ 112 militaires ont reçu 5240 coups de fouet.
a II faut une discipline plus douce aux peuples du « Midi, plus vifs, plus sensibles, doués de plus d'ima- « gination, plus avides de louanges et de distinctions, (1 et qui sont habitués , sous des gouvernements libé- « raux, à voir sans cesse auprès d'euxrégide de la loi.»
Telle est la discipline de l'armée française, dont l'honneur et l'opinion sont les principaux mobiles.
L'élévation des sentiments et la dignité des caractères ont exclu dans notre armée les punitions corporelles, qui seraient, du reste, tout à fait incompatibles avec nos mœurs civiles et avec notre état social.
La malheureuse tentative de M. de Saint-Germain pour introduire en France la discipline prussienne
sous Louis XVI, en 1775, désaffectionna Tarmée et prépara la chute de la monarchie.
L*opinîon est pour nous le meilleur moyen de discîpline.
« Un chef habile, dit le maréchal Marmont, trou- « vera toujours dans Tarmée française de fréquentes « occasions d'utiliser cette ressource- L'éloge et le « blâme distribués à propos ont souvent suffi à tous « les besoins. Les récompenses et les punitions ba- « sées sur l'opinion ont cela de merveilleux qu'elles « sont susceptibles de nuances infinies , et qu'elles « agissent puissamment sur les cœurs généreux. »
Le duc de Richelieu, au siège de Mahon, établit dans so^ armée une punition de cette espèce, en infligeant pour peine aux ivrognes la privation de monter à l'assaut.
En général, la discipline doit être sévère pour les fautes graves, et mesurée au contraire pour les fautes légères.
Calme, impartiale, prompte, ferme, jamais avilissante, elle doit plutôt prévenir que réprimer.
J'ajouterai que l'exemple a une grande influence sur la discipline, et que l'officier qui donne l'exemple est toujours bien obéi.
L'habitude de la discipline donne à une armée l'esprit militaire, et c'est par l'esprit militaire que l'on exécute de grandes choses, comme les Macédoniens d'Alexandre, comme les légions de César, comme les Suédois de Gustave- Adolphe, comme enfin la grande armée de Napoléon.
<( Une armée animée de l'esprit militaire , dit le (( général Clausewitz, n'est jamais ébranlée par des « craintes imaginaires ; n'oublie jamais l'obéissance,
« ni dans les succès, ni au milieu des désastres de la « défaite; elle a confiance dans ses chefs; elle sait <« que les fatigues qu'elle éprouve sont des moyens et de victoire; ses forces physiques sont endurcies « par l'habitude des privations et des travaux, comme a les muscles d'un athlète. Enfin, elle estmainte- « nue dans ses devoirs par Tesprit qui Tanime; esprit « qu'elle doit à sa discipline. »
Je me résume :
La discipline est l'obéissance de l'inférieur au supérieur.
Elle forme la base de la bonté d'une armée.
Elle varie avec le caractère des différents peuples*
Enfin, elle repose sur deux sentiments opposés , la crainte et Tespérance.
Crainte des châtiments.
Espoir des récompenses.
De la discipline dépend, par suite, la justice mili" faire qui inflige les punitions.
D'elle dépendent encore, l' avancement et les rècom-^ penses destinés à exciter l'émulation et à rémunérer les services militaires.
De la Justice militaire. — Les institutions militaires d'un peuple comportent toujours une organisation de la justice militaire.
II y a d'abord un personnel.
Dans les armées romaines les licteurs et les tribuns étaient les principaux instruments de la justice militaire.
Au moyen âge, c'étaient le connétable et les sénéchaux.
Plus tard, le grand prévôt et ses aides.
Aujourd'hui toutes les armées européennes ont un
personnel d'officiers qui sont spécialement attachés à la justice militaire et qui forment les parquets des divers conseils.
En France, ce sont les rapporteurs et les commissaires impériaux.
Dans les armées allemandes, ce sont les auditeurs de régiment ou de garnison.
Quant aux peines, elles varient avec les fautes auxquelles elles s'appliquent.
Dans laf justice civile, on reconnaît généralement des fautes^ des délits et des crimes.
Quoique cette distinction ne soit pas aussi tranchée dans la justice militaire, cependant on reconnaît aussi généralement trois degrés de punitions.
Celles du premier degré sont infligées dans les corps pour fautes légères, comme manque aux appels, absence au service, mauvaise tenue, etc. Elles consistent en consigne, salle de police et prison pour la troupe , — en arrêts simples et arrêts de rigueur pour les officiers.
Celles du deuxième degré sont prononcées par le Ministre, d'après l'avis d'un conseil de discipline ou d'enquête. Pour la troupe, c*est l'envoi dans une compagnie de discipline. Pour un officier, c'est la mise en non-activité.
Enfin, les peines du troisième degré sont prononcées parles conseils de guerre et sont beaucoup plus graves. Elles vont depuis la prison jusqu'à la peine de mort.
Voilà une première conséquence de la discipline , le système de punitions.
La seconde conséquence amène le système d'avancement et de récompenses.
Système d'avancement et de récompenses. — Dans toutes les armées européennes, les services militaires sont aujourd'hui récompensés de quatre manières :
1" Par ravancement ; 2® Par les décorations ; S"" Par les pensions ; 4° Par les titres honorifiques.
Examinons d'abord l'avancement :
L'avancement répond à une des plus puissantes passions de l'homme , à l'ambition, et en même temps au désir de chaque individu d'améliorer sa position et d'assurer son avenir.
L'avancement est le passage d'un grade à un autre, ou l'obtention d'un grade.
C'est à la fois une récompense et un droit.
Une récompense, quand il a lieu par suite du choix, un droit quand il résulte d'un tour établi.
Jetons un coup d'oeil sur ce qu'il fut à diverses époques.
L'art de régler l'avancement dans les armées a toujours été l'objet des méditations des législateurs.
L'histoire nous a transmis les principes suivis dans les armées de la Grèce et de Rome.
Au moyen âge, on ne retrouve plus rien d'écrit ni de formel; cependant il devait exister évidemment certaines règles et certaines traditions.
On voit, par exemple, Charles V commissionner ses hommes d'armes.
Plus tard Charles VII choisît les chefs de ses compagnies d'ordonnance.
Puis, François P' donne des patentes à ses capitaines de bandes et d'enseignes qui nomment ensuite
eux*mêmes aux divers commandements sous leurs ordres.
Enfin, avec Louis XIV, ravancement commence à se régulariser.
En 1654, le roi rend une ordonnance qui met Favancement aux mains du Gouvernement. Cette ordonnance établit les premières règles positives que nous ayons sur la matière; mais ces règles sont encore bien loin des nôtres.
L*avancement a alors pour bases : la faveur royale , l'achat des grades, l'ancienneté et la noblesse.
Les sous-officiers ne peuvent devenir officiers que fort difficilement.
Quant à l'origine des officiers, Louis XIV institue des cadets qui sont destinés à en devenir la pépinière.
Tel était l'avancement sous l'ancien régime.
En 1790, le conseil de la guerre et l'Assemblée constituante font une loi sur l'avancement dont on pouvait se promettre de bons effets.
Mais la révolution vient bouleverser toutes nos institutions aussi bien civiles que militaires.
Puis, quand il fallut reconstruire l'édifice social, nos assemblées républicaines firent sur l'avancement plusieurs lois basées sur l'ancienneté et qui donnèrent d'étranges résultats.
Sous la République, l'avancement ne sortît pas du chaos.
L'Empire consacre enfin les deux modes admis aujourd'hui du choix et de l'ancienneté.
Mais en môme temps, dit le général Bardin, il y eut encore à cette époque beaucoup d'arbitraire et peu d'uniformité.
Ce n'est vraiment qu'en 1818 que le maréchal Gou-
vion-Saînt-Cyr posa les bases de ravancement moderne,
La loi du 10 mars 1818 institua les différents tours et détermina la part du choix et celle de rancienneté.
Une seconde loi, celle du 16 avril 1832, rendue sous le ministère du maréchal Soult, est venue depuis remplacer la loi de 1818, mais en conservant les mêmes principes.
Les principes généraux de Tavancement moderne sont à peu près les suivants :
Tout système d'avancement doit être en rapport avec le mode de recrutement, la nature du gouvernement, l'éducation générale du peuple, et enfin avec la constitution politique du pays.
C'est ainsi qu'en France, les sous-officiers fournissent une partie notable des officiers de l'armée, tandis qu'en Angleterre et en Russie, il n'en fournissent qu'une portion fort minime, différence qui provient de la différence du recrutement des trois armées.
Presque partout l'avancement des sous-officiers est laissé au choix des chefs de corps.
Les sous-lieutenants sortent généralement des écoles militaires ou sont pris parmi les sous-officiers qui remplissent certaines conditions.
Ensuite l'avancement a lieu de la manière suivante :
1** A l'ancienneté, afin de respecter les droits acquis et de récompenser les anciens services.
2° Au choix, afin d'exciter l'émulation et de rajeunir l'armée en faisant parvenir promptement les officiers capables. Dans certaines armées étrangères, le choix est remplacé par le concours, afin d'éviter les influences, d'encourager le goût du travail et de récompenser véritablement le mérite.
3** L avancement a encore lieu à prix d'argent, comme en Angleterre, où les grades s'achètent jusqu'à celui de lieutenant-colonel. Ces grades deviennent ainsi la propriété particulière des officiers, qui peuvent les vendre à leur tour. Ce droit d'acheter un grade s'acquiert par un temps de service très-limité.
4'' Enfin l'avancement peut encore être un privilège delà naissance, — ce qui avait lieu en France sous l'ancien régime, et ce qui a encore lieu dans certains pays aristocratiques.
En campagne, on abrège généralement le temps que l'on doit passer dans chaque grade, parce qu'à la guerre l'instruction est plus rapide et meilleure qu'en temps de paix. Néanmoins on ne peut obtenir que deux grades dans une seule campagne, parce que la bravoure qui produit les actions d'éclat ne supplée pas complètement à l'expérience.
Voilà les principes généraux de l'avancement dans les armées européennes.
Après l'avancement vient un second mode de récompenses, les décorations.
Chaque pays a un ou plusieurs ordres militaires, et
dans chaque ordre il y a ordinairement une hiérarchie
analogue à celle qui existe en France, dans la Légion
d'honneur, où Ton voit :
Des grands-croix^ Des grands officiers j Des commandeurs i Des officiers; Et des chevaliers.
Chaque pays a de plus des médailles militaires, qui servent de récompenses, ou qui servent à perpétuer le souvenir d'événements remarquables.
Puis, comme troisième mode de récompenses militaires, nous trouvons les pensions.
Il y a d'abord des pensions pour faits de guerre, comme celle du maréchal Pélissier et comme les pensions accordées par le Parlement d'Angleterre à la suite de la guerre des Indes.
Il y a ensuite les pensions de retraite. Celles-ci sont à la fois une récompense et un droit.
En France, elles imposent une lourde charge au Trésor.
En Prusse et en Russie, les pensions de retraite sont minimes, parce que le Gouvernement réserve aux anciens militaires une grande partie des emplois civils.
En Angleterre, il n'y a pas de pension de retraite, en raison de la vente des grades.
Enfin viennent comme récompenses militaires les titres honorifiques: ceux de prince, de duc, de comte,
de baron Comme du temps du premier Empire.
Comme de nos jours, les ducs de Malakoff et de Magenta en France. Comme en Angleterre les lords faits à la suite de la guerre de l'Inde. Comme en Russie, les titres accordés aux vainqueurs de Varsovie, des Turcs, et enfin tout récemment du Caucase.
En résumé, l'avancement, les décorations, les pensions et les titres honorifiques forment, dans toutes les armées européennes, le système des récompenses militaires.
De l'administration. — Administrer une armée, c'est pourvoir à ses besoins matériels et régler en même temp.5 le compte des dépenses qu'elle occasionne.
L'antiquité nous a laissé sous ce rapport peu de règles écrites.
Le moyen âge ne nous rappelle que des temps de violence, de spoliation et de pillage.
C'est à Sully qu'il faut faire remonter les premiers essais d'administration militaire en France.
Plus tard Louis XIV créa les intendants d'armée, les commissaires des guerres, et c'est à cette époque que se rattache véritablement l'administration des armées modernes.
Aujourd'hui l'administration militaire est une des deux branches des attributions du ministère de la guerre.
La première de ces branches est le commandement.
La seconde est l'administration.
L*adminîstration est exercée en France par les membres de l'intendance ; chez les puissances étrangères, par des commissaires.
Les principes généraux de l'administration sont à peu près les mêmes dans toute l'Europe, parce que les besoins des armées sont partout les mêmes.
Il y a seulement des différences dans la manière d'appliquer ces principes, parce que les ressources des divers peuples ne sont pas égales, parce que tous les gouvernements n'ont pas les mêmes moyens financiers, et enfin parce que l'industrie privée est plus ou moins avancée et a plus ou moins d'initiative.
L'administration fournit aux divers besoins de l'armée, à sa nourriture, son habillement, son chaufiage, ses transports, son service de santé, etc.
Par suite, elle met en action les divers services administratifs qui sont les suivants :
Le service des vivres ^
Le service des fourrages ^
Le service des hôpitaux ;
Le service de Ttiabillement et du campement;
Le service des transports militaires ;
Le service des bâtiments et établissements;
Le service de marche, etc.
L'administration forme le cinquième élément du système militaire d'un peuple. Le sixième est formé par l'ensemble des moyens d'instruction.
De l'iiutrartioii. — L'instruction, en général, est la connaissance des devoirs que Ton a à remplir dans la profession que .'on exerce.
Pour l'état militaire, l'instruction est la connaissance des manœuvres sous le rapport théorique et sous le rapport pratique; c'est en même temps la connaissance des divers règlements et ordonnances relatifs aux devoirs du métier, tels que le service intérieur, le service des places, le service en campagne, etc..
On peut dire encore que l'instruction militaire pour chaque grade n'est autre chose que la manière de se servir des instruments de guerre mis à sa disposition.
Pour le soldat, ce sera l'escrime de son arme.
Pour l'officier, ce sera la manière de faire combattre l'unité qu'il commande, et en même temps de Tinstruire et de l'administrer.
Pour le général enfin, l'instruction militaire em- J>ïas8era toutes les parties de l'art de la guerre, tous les principes relatifs à l'organisation des armées et à leur mise en action.
L'instruotioii militaire se fait au moyen des cadres.
Elle commence à Tinstruction individuelle, qui apprend au soldat à marcher le pas militaire et à manier son arme régulièrement.
Elle comprend ensuite les écoles de peloton, de bataillon, de tirailleurs.
En même temps on fait exécuter aux soldats quelques exercices gymnastiques et le tir à la cible.
On cherche à rendre les hommes adroits, lestes et vigoureux.
« Le soldat maladroit, dit Végèce, n'est jamais c( qu'un conscrit, quelle que soit son ancienneté. »
Enfin viennent les évolutions de ligne et les manœuvres des trois armes.
Voilà la progression généralement adoptée pour l'instruction militaire.
En même temps, on s'occupe de l'instruction intellectuelle, et dans toutes les armées européennes on trouve des écoles de divers degrés :
Écoles régimentaires ;
Écoles de cadets ou de divisions ;
Écoles militaires ;
Écoles d'application, etc....
L'examen des méthodes d'instruction forme une partie importante de l'étude du système militaire d'un peuple.
J'ajouterai que la meilleure manière d'^instruire les troupes et de les préparer à la guerre est de les placer dans les camps.
C'est au camp de Boulogne que la grande armée de Napoléon s'était préparée aux manœuvres de 1805, 1806 et 1807, et aux batailles d'Austerlitz, d'Iéna et de Friedland.
« Les camps seuls, dit le maréchal Marmont, don-
a nent aux troupes, pendant la paix, les habitudes et « rînstructîon qui leur conviennent.
« Je voudrais que des camps permanents fussent force mes dans des provinces qui n'ont qu'une culture misé- « rable, comme la Champagne, et qu'un baraquement « durable y fût disposé pour recevoir 30,000 hommes; a pendant trois mois, au moins, les mêmes troupes « Toccuperaîent, etc »
L'Empereur, en créant le camp de Châlons, a réalisé le vœu du maréchal.
Les camps ne sont pas seulement excellents pour l'instruction des troupes. Ils le sont encore pour leur esprit, leur discipline, leur santé, leurs forces physiques, en un mot pour tous les détails de leur éducation militaire.
C'est le moyen d'aguerrir de jeunes troupes. C'est celui de rétablir la discipline parmi de vieilles légions qui l'ont perdue.
Caton, appelé au commandement de l'armée d'Espagne, la trouve disséminée dans les villes, inactive, livrée à des débauches de toute espèce.
Il la fait camper ; il accable ses soldats des plus rudes travaux : « Romains indignes, leur dit-il, jusqu'à « ce que vous sachiez vous laver dans le sang, je « vous laverai dans la boue. »
Des établissements militaires. — J'arrive à la septième et dernière partie de l'étude d'un système militaire , c'est-à-dire aux établissements du matériel.
Ces établissements correspondent aux divers besoins de l'armée.
11 faut, en effet, des magasins pour la conservation
des approvisionnements de toute espèce : vivres, fourrage, chauffage, habillement, campement, etc..
Il faut des manutentions pour la fabrication du pain et du biscuit;
Des hôpitaux pour soigner les malades ;
Des établissements disciplinaires pour l'application des peines militaires, tels que ; ateliers de travaux publics, pénitenciers, prisons, etc...
Il faut des casernes pour le logement des troupes ; des champs de manœuvre pour leur instruction.
Un État possédera encore, pour les besoins de son armée :
Des manufactures d'armes ; Des fonderies de canons ; Des arsenaux.
Ici se rattache la question de l'armement des troupes, question qui a une grande importance et sur laquelle il faudrait s'étendre, si l'on devait présenter le tableau des institutions militaires d'une puissance étrangère. Elle rentre dans le domaine du cours d'artillerie.
L'on trouvera encore, dans les établissements militaires d'un État :
Des poudreries pour la fabrication de la poudre;
Des ateliers de pyrotechnie pour la confection des artifices de guerre ;
Des capsuleries pour les capsules ;
Des hôtels pour les généraux ;
Un ministère et un dépôt de la guerre ;
Des écoles militaires ;
Des forges ;
Des établissements d'invalides ;
Des parcs de construction ;
Des corps de garde ;
Des dépôts de remonte ;
Des locaux affectés aux tribunaux militaires ;
Enfin des places fortes qui assurent la défense du territoire.
Ici se rattache la question de Torganisation défensive du pays, dont on étudie le système militaire.
Question importante, mais qui rentre dans le domaine du cours de fortification.
Quoi qu'il en soit, Tensemble des établissements que je viens d'indiquer forme la richesse militaire d une nation, et en môme temps le septième élément de ses institutions militaires.
Je termine ici l'étude des principes généraux qui servent de bases au système militaire moderne.
Dans les prochaines leçons, nous verrons l'application de ces mêmes principes chez les grandes puissances de l'Europe, et nous retrouverons chez chacune d'elles les sept éléments que nous venons d'étudier.