SIXIÈME LEÇON
Système mililaire de la Prusse, — Considérations générales. Organisation de Tannée permanente. — Infanterie. — Cavalerie.—
Artillerie.-— États-majors et corps hors ligne. De^ réserves. — Landwehrs et landsturm. — Organisation d'ensemble
et force numérique de l'armée prussienne.
Suite du système militaire prussien.
Avantages et inconvénients de ce système.
mmi
ConsUérations générales. — La Prusse compte au nombre des grandes puissances de l'Europe ; elle le doit à son armée.
Au XVIIP siècle, l'armée de Frédéric II créa la monarchie.
Au XIX* siècle, en 1813, 1814 et 1815, l'armée prussienne rétablit ce pays dans le rang que lui avait enlevé la bataille d'Iéna.
La population de la Prusse est d'environ 17 millions d'habitants.
La forme de son Gouvernement est une monarchie constitutionnelle.
Son budget pour 1858, présentait un revenu de 126,409,778 thalers, c'est-à-dire environ 500 millions de francs.
Je ferai observer ici que, pour comparer entre eux les budgets des diverses puissances, il faudrait connaître non-seulement le budget général de chacune
d'elles, mais encore les budgets départementaux ou provinciaux, car certaines dépenses, portées en France au compte de l'État, sont portées chez les puissances étrangères au compte des provinces.
Les frontières de la Prusse sont très-découpées, très-générales, ne présentent pas d'obstacles naturels et sont désavantageuses pour la défense du territoire. — La longueur de la Prusse du Niémen à la Moselle est de plus de 1 200 kilomètres ; sa largeur moyenne est d'environ 150 kilomètres et, par suite, sa forme générale est défavorable.
« La monarchie prussienne, dit le maréchal Mar- « mont, n'a point de frontières défensives. Vulnérable « partout, elle peut être attaquée par son milieu et « coupée en deux par un premier succès. Elle doit « donc pouvoir se défendre dans chacune de ses parce ties. Le pays doit être considéré comme un camp et « la nation doit pouvoir se transformer en une armée.»
La Prusse a encore d'autres désavantages. Sa population n'est pas homogène. Les provinces du nord contiennent plus de deux millions de Slaves, opposés de mœurs et de langage aux Allemands.
Il y a de plus diversité de religion. On y trouve des protestants, des catholiques et beaucoup de juifs.
La constitution de la Prusse en État remonte seulement au XVIII* siècle. La province de Posen a été alors démembrée de la Pologne pour être jointe à la Prusse. Plus tard, la Poméranie a été prise à la Suède. En 1815, la province de Magdebourg ar été arrachée à la Saxe. La Westphalie et la province rhénane à la France impériale.
La Prusse n'est donc pas homogène comme la France et elle ne possède pas d'aussi grandes ressources. Néanmoins elle compte parmi les cinq grandes puissances
de TEupope par Tusage qu'elle sait faire de ces ressources et par Thabileté avec laquelle elle en dispose. Elle y compte encore par Tinfluence qu'elle exerce sur les petits états protestants qui lavoisinent, qui la soutiennent dans la Confédération, qui ont la même organisation militaire, dont les officiers sortent des mêmes écoles et qui s'attachent à la Prusse, comme à la grande puissance allemande protestante.
L'organisation militaire actuelle de la Prusse date de 1812.
A cette époque, après la campagne de Russie, la Prusse prend parti contre nous.
Elle était alors réduite à la moitié de sa population, affaiblie par les revers qu'elle avait essuyés, épuisée d'argent, n'ayant qu'une armée de 42,000 hommes. Elle parvient cependant à mettre en campagne en trois mois, par la bonne organisation de ses réserves, 130,000 hommes et 200 bouches à feu. A la reprise des hostilités, après l'armistice de Dresde, n'ayant encore recouvré aucune de ses provinces, elle eut 250,000 hommes et 432 bouches à feu.
. Ce spectacle attira les yeux de l'Europe entière et, depuis cette époque, l'organisation de l'armée prussienne est regardée comme un type excellent pour la guerre défensive.
Pendant la guerre d'Italie, la Prusse ne prit que des demi-mesures.
Elle menaça la France, sans secourir l'Autriche.
Elle irrita la première de ces deux puissances, sans satisfaire la seconde.
Le territoire prussien est divisé en deux parties
principales : Tune orientale sur les bords de laBaltique, l'autre occidentale, sur les bords du Rhin.
La première partie comprend six provinces, la seconde en comprend deux.
Les premières sont : 1** celle de Prusse ; 2* celle de Posen ; 3** celle de Brandebourg* ; 4" celle de Poméranie ; 5^* celle de Silésie ; et 6* celle de Saxe.
Les deux autres sont celle de Westphalie et la province rhénane.
Ces provinces correspondent aux grandes divisions de Tarmée, qui forme huit corps, un par province. — Chaque province est divisée en départements de régence qui correspondent aux divisions. Chaque département de régence est divisé en arrondissements qui correspondent aux brigades et aux régiments, de sorte que la division du territoire correspond exactement aux divisions de larmée. >
Les villes principales sont : Berlin , Kœnîgsberg, Graudenz, Thorn, Dantzîg, Posen, Postdam,Spandau, Custrin, Francfort, Stettin, Colberg, Stralsund, Breslau, Schweidnitz, Glatz, Neisse, Glogau, Magdebourg, Torgau, Wittemberg, Erfurth, Dusseldorf, Cologne, Coblentz et Munster.
Organisation militaire de la Prusse. — La force publique comprend tous les hommes en état de porter les armes depuis vingt ans jusqu'à cinquante ans ; elle présente cinq éléments :
1** L'armée active ; l"" la réserve de cette armée ; 3° la landwehr du T' ban, 4° la landwehr du 2* ban ; et 5° la landsturm.
Armée active* — Le roi en est le chef. Il se sert
comme intermédiaire pour faire parvenir ses ordres du ministre de la guerre.
États-majors. — Ensuite vient Tétat-major général qui compte quatre classes de généraux,
1* Des feld-maréchaux ; 2"* des généraux d'infanterie et de cavalerie ; 3"* des généraux lieutenants ; 4^ des généraux-maj ors .
Puis nous trouvons le corps d'état-major qui se divise en deux parties ; IMe grand état-major, pouvant être assimilé à notre dépôt de la guerre et comprenant environ 30 officiers ; 2° les états-majors de corps d armée, à raison, pour chaque corps, d'un officier supérieur chef d'état-major et de 2 ou 3 adjoints.
Tronpes. — Nous avons d'abord la garde qui comprend :
4 régiments d'infanterie de la gacrde ;
4 régiments d'infanterie de la landwher;
1 régiment d'infanterie de réserve ;
1 bataillon dit de réserve ;
1 bataillon de chasseurs;
1 bataillon de carabiniers ;
1 compagnie de sous-offlciers de la garde.
Le tout formant 2 divisions à 2 brigades.
La cavalerie de la garde comprend :
1 régiment de gardes du corps ; 1 régiment de cuirassiers ; 1 régiment de dragons ;
1 régiment de hussards ;
2 régiments de hulans de la landwehr.
Formant un total de 6 régiments.
L'artillerie se compose d'une brigade organisée comme celle de la ligne, que nous verrons tout à l'heure.
Le génie comprend une division de pionniers.
La garde forme un corps d'armée de 2 divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie.
L'infanterie de ligne se compose de :
32 régiments de ligne ; 8 régiments de réserve ; 8 bataillons de réserve ; 4 divisions de chasseurs; 4 divisions de carabiniers.
Chaque régiment esta 3 bataillons.
Chaque bataillon a 4 compagnies.
Chaque compagnie est de 250 hommes sur le pied de guerre.
Par suite, les bataillons soQtde 1000 hommes, les régiments de 3000.
L'état-major d'un régiment comprend :
1 officier supérieur commandant ; 1 major chargé de la comptabilité ; 1 adjudant de régiment ; 1 médecin de régiment ; 3 maîtres ouvriers ^ 24 musiciens.
L'état-major d'un bataillon comprend :
1 lieutenant-colonel ou major commandant le bataillon ;
1 adjudant;
1 officier comptable ;
1 médecin de bataillon.
Le cadre d'une compagnie se compose de :
1 capitaine ;
1 premier lieutenant ;
3 seconds lieutenants ;
1 enseigne ;
1 chirurgien ;
1 sergent-major ; 15 soQS-officiers ;
3 tambours ou fifres.
La compagnie est de 128 hommes sur le pied de paix et de 250 en temps de guerre.
La cavalerie de l'armée de ligne comprend :
8 régiments de cuirassiers ;
4 régiments de dragons ; 12 régiments de hussards ;
8 régiments de hulans.
Formant un total de 32 régiments.
Chaque régiment a 4 escadrons.
L*état-major d'un régiment comprend :
1 officier supérieur commandant;
1 major ;
1 adjudant de régiment;
1 médecin de régiment ;
1 trompette-major;
1 instructeur d'équitation ;
3 armuriers ou selliers.
L'escadron se compose de :
1 capitaine; 1 premier lieutenant; 3 seconds lieutenants; 1 chirurgien ; 1 enseigne \
1 maréchal des logis chef; 1 fourrier ; 12 sous-officiers ; 120 cavaliers ; 3 trompettes ; 1 maréchal ferrant et 1 vétérinaire.
L'artillerie comprend comme en France un étatajor et des troupes.
L'état-major se compose de généraux-majors, colonels, lieutenants-colonels, majors, capitaines, premiers et seconds lieutenants.
Les troupes se composent d'une brigade de la garde que nous avons déjà vue, et de 8 brigades de la ligne.
Ces brigades correspondent à nos régiments. Chacune d'elles comprend : 3 compagnies à cheval et 12 compagnies à pied.
Sur les 12 compagnies à pied, il y en a 3 pour le service des parcs et des places.
Sur le pied de paix, la compagnie à cheval est d'environ 96 hommes ; elle à 73 chevaux de selle, 4 pièces attelées à 6 chevaux et 2 caissons à 2 chevaux.
La compagnie à pied a 2 pièces attelées à 4 chevaux et 1 caisson attelé à 2 chevaux.
§ur le pied de guerre, toutes les compagnies ont 8 pièces.
Les pièces prussiennes de campagne sont du calibre de 12 et de 6. Les obusiers sont de 10 livres et de 7 livres.
Chaque régiment sur le pied de guerre a environ 1500 hommes.
Le génie comprend aussi un état-major et des troupes.
L'état-major se compose de généraux, de colonels, de lieutenants-colonels, majors, capitaines et lieutenants.
Les troupes consistent en une division de pionniers de la garde dont nous avons déjà parlé et 8 divisions de pionniers de la ligne.
Chaque division comprend 2 compagnies en temps de paix et 3 en temps de guerre.
Chaque compagnie se compose de sapeurs, de mineurs et de pontonniers.
Son effectif est de 84 hommes en temps de paix et de 250 en temps de guerre.
Le train des équipages attelle les pièces et les caissons de bataille, comme autrefois en France. Il est subdivisé en plusieurs détachements dont Tensemble s'élève jusqu'à 27,000 hommes sur le pied de guerre.
La gendarmerie est chargée de la police des armées et de celle des provinces. Il y a une brigade par corps d'armée et une par province.
Enfin, il y a une compagnie de chasseurs d'ordonnance, correspondant à nos cent-gardes, ayant rang de sergents-majors et escortant le roi et les princes.
L'état-major des places présente pour chaque place, un gouverneur, un major de place, un auditeur de garnison, un médecin et un ministre.
Il n'y a pas d'adjudant de place.
Le corps administratif ou du commissariat se compose d'intendants, de conseillers d'intendance et d'assesseurs.
Voilà le tableau d'ensemble [de l'armée permanente.
J'examine maintenant la question des réserves prussiennes.
Réserves. — Ces réserves se divisent en 4 classes :
1<> La réserve de l'armée oa la réserve de guerre ; 2* La landwehr du 1«' ban; 3® La landwehr du 2" ban; 4» Lalandsturm.
La réserve de l'armée est formée par les sous-officiers et soldats qui, conformément à la loi, ont servi pendant 3 ans, sont renvoyés dans leurs foyers et pendant 2 ans encore appartiennent à l'armée et sont maintenus sur les contrôles pour achever leurs 5 ans de service légal.
Cette réserve a, par suite, une certaine analogie avec la réserve française.
La landwehr du 1" ban est pour la Prusse une seconde armée, maintenue dans ses foyers, ne coûtant presque rien au gouvernement et cependant organisée, équipée, armée et instruite.
Elle est, sous ce rapport, supérieure à notre garde nationale active.
Cette landwehr comprend tous les hommes de 25 à 32 ans; de plus tous les jeunes gens qui, ayant contracté un engagement volontaire, ont servi à leurs frais pendant un an; de plus, encore, tous les jeunes gens de 20 à 25 ans qui n'appartiennent pas à IJarmée active. « C'est là le principe, mais, en réalité, la landwehr du l*' ban ne renferme que les jeunes gens sortant de la ligne, dit le général Hardegg. »
La landhwer du 1 *' ban est organisée de la manière suivante :
L'infanterie comprend :
4 régiments de la garde dont j'ai déjà parlé, permanents,
quoique de la landwebr, 32 régiments à 3 bataillons ; 8 bataillons de réserve.
L'organisation de lalandwehr correspond à celle de la ligne.
Chaque régiment de ligne a son numéro correspondant dans la landwehr.
Chaque arrondissement territorial fournissant un bataillon de Tarmée permanente fournit un bataillon de landwehr. Le même arrondissement fournit un escadron , de sorte que la cavalerie de la landwehr compte environ 100 escadrons.
Pour Tartillerie, chaque bataillon a un détachement de 25 artilleurs.
Chaque bataillon a de même des chasseurs, des carabiniers et des pionniers.
Il y a donc une liaison intime entre l'armée active et la landwehr , les régiments de l'une et de l'autre étant fournis par les mêmes arrondissements territoriaux.
Les hommes passant de l'une à l'autre ne quittent jamais leur pays natal en temps de paix.
La landwehr du 1" ban est composée d'hommes dans la force de l'âge ayant servi dans l'armée, et présente par suite autant de consistance que l'armée ellemême, dont les soldats sont généralement trop jeunes.
En temps de paix, l'État ne solde, dans la landwehr, que l'état-major de chaque bataillon et par compagnie, un sergent-major, un fourrier et 2 appointés.
Les officiers entretenus des cadres comptent dans 1 armée et participent à l'avancement général. Ils tiennent les contrôles et surveillent les magasins d'armes et d'effets établis pour chaque bataillon au chef-lieu de son arrondissement.
Une grande partie des officiers de la landwehr, indépendamment de ceux qui sont entretenus par l'État, est fournie par les propriétaires du pays. Ils ont ainsi
la double influence de leurs grades et de leurs positions civiles.
La landwehr du T' ban se réunit une fois par an, à l'automne, pendant quinze jours et quelquefois davantage. Elle est exercée aux manœuvres d'ensemble. Elle reçoit alors la solde de l'armée.
On parle en ce moment de fondre la landwehr du 1" ban dans l'armée, de manière à doubler celle-ci.
La Prusse aurait alors 64 régiments d'infanterie à 3 bataillons au lieu de 32.
Le temps de service serait de 3 ans dans l'armée et de 5 ans dans la réserve.
Puis les hommes entreraient dans la landwehr du 2* ban, qui deviendrait ainsi la landwehr du 1".
En attendant, la landwehr du 2'' ban se compose de tous les hommes de 32 à 40 ans, sortaat du 1" ban de la landwehr.
Son organisation correspond à celle de la landwehr du 1" ban et à celle de l'armée^
Il y a le même nombre de régiments qui ont les mêmes numéros.
Mais l'organisation n'existe que sur le papier, comme pour notre garde nationale. Il n'y a ni cadres soldés, ni magasins. L'avantage que cette landwehr a sur notre garde nationale, c'est que les hommes ont servi et sont instruits.
La landsturm est la dernière ressource du pays en cas d'invasion. C'est la levée en masse. Elle conaprend toute la population valide jusqu'à l'âge de 50 ans.
Telles sont les réserves prussiennes.
On adonné aux divers éléments delà force publique une organisation d'ensemble.
Chacune des provinces de la monarchie correspond
à un corps d'armée. Elle comprend 2 départements de régence qui correspondent à i divisions, etc.
ËtTarmée prussienne comprend 8 corps, 16 divisions, 32 brigades. Chaque brig^, 2 régiments, un de ligiM^ ^t rautfid de landwehr,
iL# gar()e forme un O"* corps, à ps^rl;» et est recrutée dans Tannée.
Les 8 copps d'arinée sont ensuite réunis 2 à 2 pour former 4 armées.
Quant à l'organisation d'un corps d'armée, prenons le 1" corps, dont le quartier général à Kœnigsbçrg.
L'état-major du corps d'armée comprend :
1 officier général commandant ;
2 aides de camp ;
1 chef d'état-major et % adjoint^ ;
1 intendant, 2 conseillers d'intendance ;
2 assesseurs;
1 auditenren chef; 1 médecin principal ; 1 ministre protestant.
Les troupes du 1" corps se composeijt de 2 divisions d'infanterie et une division de cavalerie.
La !'• division comprend 2 brigades.
Ifi, 1'' brigade est formée du i"" régiment de ligne et du 1" régiment de landwehr.
La 2* est formée du 3* régiment de ligne et du 3* de landwehr.
Lft 8* division se compose, de môme, de 2 brigades. 1" brigade : 4* de ligne et V de landwehr.
2* J)rigade : S* de ligne et 5' de landwehr.
Il y a de plus une division de chasseurs à pied dans chaque division d'infanterie.
141 division de cavalerie se compose de 2 brigades,
1" brigade : 2 régiments de ligne, cuirassiers et dragons, et 6 escadrons de landwehr.
2" brigade : 2 régiments de ligne, cuirassiers et hussards, et 6 escadrons de landwehr.
L'artillerie du 1" corps se compose d'une brigade d'artillerie servant 12 batteries de 8 pièces ou 96 bouches à feu.
Le génie est formé d'une division de pionniers.
Comme accessoires, il y a encore :
1 régiment d'infanterie de réserve ;
1 bataillon de landwehr de réserve ; 4 compagnies de garnison ;
2 compagnies d'invalides ;
1 détachement de gendarmerie.
Le 1 *' corps comprend en résumé :
12 bataillons de ligne -, 12 bataillons de landwehr ; 16 escadrons de ligne ; 12 escadrons de landwehr.
Ce qui fait un total moyen de 30,000 à 35,000 hommes sur le pied de guerre.
Environ 300,000 pour les 9 corps de l'armée prussienne.
L'armée de ligne entre dans ce chiffre pour environ 125,000 hommes, la garde pour 30,000.
Lalandwehrdu r'ban pour environ 1 75, OOOhommes.
L'effectif normal de l'armée prussienne est donc d'environ 300,000 à 325,000 hommes avec 800 bouches à feu.
La landwehr du V ban donnerait ensuite une armée de 500,000 hommes.
Mais alors toute la population mâle serait enlevée. Le pays resterait sans culture. L'industrie et le com-
merce seraient privés de bras. Cette organisation ne peut être que momentanée ; elle répond aux nécessités d'une guerre défensive; elle porte larmée prussienne au niveau des autres armées européennes, mais en employant toutes les forces vives du pays, qui n'a plus pour sa défense que la landsturm ou levée en masse.
Quoi qu'il en soit, l'armée prussienne est formée, comme je l'ai dit précédemment, de 4 armées et de 9 corps d'armée, savoir :
1® De la garde, qui reste à Berlin, Postdam et Charlottenbourg ;
2* D'une première armée, comprenant le 1" corps à Kœnigsberg et le 2* à Stettin ;
3* D'une seconde armée, comprenant le y corps à Berlin et le 4* à Francfort-sur-l'Oder ;
4* D'une troisième armée, comprenant le 5* corps à Posen et le 6* à Breslau ;
5* D'une quatrième armée, comprenant le 7* corps à. Munster et le 8" à Coblentz.
Telle est l'armée permanente et telles sont les réserves de la Prusse.
BifMTg autres éléments du système militaire pnusien. — Nous allons voir maintenant les divers autres éléments du ^^stème militaire prussien.
Le recrutement se fait par appel, engagement et ren- 9^<^gement.
Les appels fournissent une levée annuelle d'environ ^^,000 hommes, nécessaire pour tenir l'armée au Complet de 125,000 hommes avec 5 ans de service.
Les engagés volontaires sont de 2 espèces :
r Ceux qui se destinent à la carrière militaire. Ils
peuvent s^eiigàget h 11 ans, mais après exametl. Six mois après leur entrée au service, ces engagés paâisent de nouveaux examens à la ôuîte desquels ils peuvent être nommés enseignes.
2* Les engagés volontaires qili ôe déstitiènt à des catrièreâ spéciales. Ils s'enrôlent pour un ât, s'éqtlt*^ pent à leurs frais et entrent ensuite dans la laùdwehr.
Cette disposition a pour but de suppléer au remplacement.
Enfin, larmée prussienne compte encore dès ïéhgâgés, après 5 ans de service. Les rengagetùents sbnt pour 6 ans. Ils donnent lieu à une haute paye, et, dé plus, le gouvernement réserve dés émploiô civils aux hommes qui ont suivi la carrière militaire.
Le système des appels fonctionne de là manière sid^ vante :
Les divisions du territoire correspondent, conuat je l'ai dit, aux divisions de Tarmée.
Tous les ans, 100,000 jeunes gens atteigâent^ êti Prusse, l'âge de l'appel, qui est de 20 ans- Le choix, au lieu du sort, détermine ceux qui doivent rejoindre l'armée.
Ce choix est exercé par plusieurs commissions.
Les premières , dites d'arrondissement, se composent : d'un chef de bataillon de la landwehr, d'un officier de cavalerie, d'un officier d'infanterie, d'un oonseiller de cercle, de deux propriétaires ruraux et de deux propriétaires des villes. Ces commissions examinent tous les jeunes gens en état de faire un service actif, et les classent d'après leur aptitude.
Une deuxième commission établie dans chaque département de régence vient approuver ou changer la liiste. Cette commission est composée de l'inspecteur
général de la landwehr, d'un officier d'infanterie, d*un officier de cavalerie, d'un officier d'artillerie, d'un conseiller de régence et d'un nombre variable de députés ruraux ou des villes.
Cette commission désigne les jeunes gens qui doivent rejoindre l'armée active, et dans cette désignation, on ajoute un lO"" en sus pour les non- valeurs.
La commission conserve la liste des jeunes gens qui ne sont pas appelés. Ils font partie de la landwehr du premier ban, et, en cas de nécessité, ils peuvent être envoyés dans l'armée.
Les commissions de recrutement examinent les causes d'exemption, qui sont analogues à celles de l'armée française.
Pour les remontes^ la Prusse possède trois haras xoyaux et un grand nombre de dépôts d'étalons. Elle jproduit donc directement une partie de ses chevaux, «t elle achète les autres au moyen de commissions <l'achat, particulièrement les chevaux de grosse cavalerie, qu'elle prend dans le Holstein et dans le Mec- Uenbourg.
La discipline prussienne est rigide. Elle admet les ^3oups de baguette et la prison de rigueur.
Les parquets militaires sont formés par les auditeurs.
Pour Vavtmcement^ celui des sous-officiers est sub- CDfdonné au choix des chefs de corps sans règles bien ;()fécise6.
Nous avons vu comment on devenait enseigne.
Les sous-lieutenances sont accordées au choix du =t::^)i, en temps de paix, aux enseignes et aux élèves des écoles de division et de cadets.
Pour les officiers subalternes, l'avancement a lieu ensuite au choix et d'après des examens.
Pour les officiers supérieurs et généraux, Tavancement a lieu uniquement à Tancienneté, mais l'ancienneté donne droit au grade et non pas à l'emploi.
Les autres récompenses de l'armée prussienne sont les décorations.
Les ordres principaux sont :
i^ Celui de l'aigle noir ^ 2"* Celai de l'aigle rouge ; S^ Celui du mérite , 4* Celui de la croix de fer.
Il y a de plus une grande quantité de médailles. Par exemple, celle de 1814, avec cette inscription : F.W. aux braves guerriers de la Prusse : Dieu était avec nous, à lui rhonneur.
Sous le rapport de V administration, il y a des intendants qui sont les délégués du ministre auprès de chaque corps d'armée.
L'intendance prussienne n'intervient pas directement dans l'administration des corps. Elle vérifie et arrête la comptabilité. Ses observations parviennent aux corps par l'intermédiaire des généraux.
On entre dans l'intendance après des examens subis devant une commission spéciale établie à Berlin.
Sous le rapport de Yinstruction, la Prusse a, comme la France, des écoles régimentaires pour les sous-officiers et soldats. C'est une sorte d'instruction primaire.
Ensuite viennent les écoles de division , où l'instruction est plus relevée, et où sont admis sans frais les aspirants aux grades d'officiers.
Puis, viennent les écoles de cadets, qui correspondent à la fois à La Flèche et à Saint-Cyr.
Enfin, viennent les écoles d'application, pour l'artillerie, le génie et pour l'état-major.
Cette dernière s'appelle Técole de la guerre, et jouit d'une grande réputation dans toute l'Allemagne.
Quant à l'instruction militaire de l'armée prussienne, elle est parfaite, dit le maréchal Marmont. « La marche est excellente et facile. Les distances et « les directions se conservent. Les feux sont vifs et ré- « guliers..., »
Enfin, j'arrive aux établissements militaires.
La Prusse a des arsenaux de construction à Berlin , à Cologne et à Neisse ;
Des fonderies à Berlin, Dantzig et Spandau ;
Des manufactures d'armes à Postdam, Dusseldorf, Buhl, près de Gotha, et Neisse.
Elle possède des hôtels d'invalides ; des casernes, hôpitaux, magasins etc., enfin des places fortes qui ^surent la défense du territoire.
Tel est l'ensemble du système militaire prussien.
âvaAtag«s et inconvénients dn système prnssien. — Ce sysfeme présente des avantages et des inconvénients.
Il donne une armée nombreuse et économique.
Il forme de bons cadres.
Les officiers se rattachent à la chose publique, par ^^ situation sociale de leurs familles, les examens qu'ils subissent étant une condition tacite de fortune.
Les sous-officiers qui aspirent à un emploi civil 8^pîës leur libération y sont également intéressés.
L'état militaire jouit de beaucoup de considération. Toutes les grandes familles ont quelques-uns de leurs lûembres dans l'armée.
La position de capitaine est respectée, bien rétribuée, et présente un terme convenable pour la carrière lûilitaire.
Enfin, le système prussien est excellent pour une guerre nationale.
Ses inconvénients sont les suivants :
l^'Dans Tarmée de ligne, les soldats sont trop jeunes ; ils ne restent pas assez longtemps sous les drapeaux ;
V Les officiers et les sous-officiers, indépendam* ment de leur service journalier, sont assujetis sans relâche à faire le métier d'^instructeurs. Ils recommencent chaque année à instruire des hommes qui peu après disparaissent, pour être remplacés par d'autres qui disparaissent à leur tour. Travail décourageant, dit le maréchal Marmont, qui donne l'idée du supplice des Danaïdes. L'armée prussienne, par suite, semble être dans un état exceptionnel et non pas dans im état normal. Les ressorts y sont trop tendus;
3"" La landwehr, composée d'hommes mariés, établis, rentrés dans la vie civile, est peu susceptible de mouvement ;
4° Dans les dissensions intestines, chaque province, d'après le système du recrutement, a son armée toute prête à embrasser sa querelle;
5"* Un régiment peut être moissonné tout entier dans une campagne. Et il viendra se recruter au milieu des mêmes familles encore en deuil de la première partie de leur jeunesse ;
6"" Enfin, les soldats d'un même pays s'entretiennent sans cesse de leurs regrets, ce qui souyent produit la nostalgie, le mal du pays, et dans tous le6 cas» ce qui a&iblit les liens de la discipline et repouMe les habitudes militaires.
En définitive, l'armée prussienne parait être une garde nationale perfectionnée, très-propre 3t la défense du pays, — trèô-peu aux guerres teîïitaînes.