‹ Cours d'art et d'histoire militairesChapitre 22 sur 37 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Système militaire de la Russie. — Considérations générales.

Tableau de Tarmée russe.— Armée active;— Corps spéciaux.— Troupe»

irréguUères.

Divers autres éléments du système militaire de la Russie. Çk>np d*œil sur Torganisation militaire de FAngleterre. Conclusion de la première partie du cours.

Goisldèrations géiérales. — La Russie a un territoire de^ 22 millions de kilomètres carrés, dont 5 millions,^- 400 mille en Europe.

Sa population est d'environ 60 millions d'habitants^

Une grande partie de cette population est composé^^ d'esclaves ou de serfs, qui appartiennent à la couronne:^ et à quelques milliers de familles nobles.

De plus, cette population est formée de quinze races principales. Grands et petits Russes, Slaves, Polonais- Finnois, Tartares, Caucasiens, etc., dont l'assimilation n'est pas encore complète.

On estime les revenus de la Russie à environ 45( millions ; sa dette à environ 2 milliards.

Les frontières de la Russie ne sont vulnérables qui du côté de l'Europe. Au nord, elle est couverte parL mer ; à l'est, par des contrées presque désertes ; ai sud, par les montagnes du Caucase et la mer Noire.

Le Gouvernement est une monarchie absolue. Néai moins, l'aristocratie du pays exerce une certaine actio ^ morale dans l'Etat.

L'Empereur a auprès de lui le conseil de TEmpii qui joue à peu près le rôle de notre conseil d'État.

Pour la composition de Tarmée, la noblesse et une certaine partie de la bourgeoisie fournissent les officiers. Les serfs donnent les soldats.

Ceux-ci, endurcis au froid, aux fatigues et aux privations, présentent une infanterie redoutable, quoiqu'un peu lourde. La cavalerie régulière est belle et bien montée, car la Russie possède de grandes ressources en chevaux. La cavalerie irrégulière est nombreuse et fournit d'excellents éclaireurs.

L'état militaire est très-considéré en Russie, trop peut-être, car tout repose sur l'armée. Et, dit Talleyrand, on peut s'appuyer sur les baïonnettes, mais non pas s'y asseoir.

Voilà les avantages du système militaire russe.

Les inconvénients tiennent à son mode d'administration, àlabsence d'industrie, aux difficultés du recrutement et des voies de communication . Au moment de la guerre d'Orient, les renforts envoyés à l'armée avaient à parcourir 600 kilomètres, à travers des steppes, sur de mauvaises routes. On emmenait jusqu'en Crimée les charrettes et les paysans, sans fourrages et sans indemnité. Enfin, dans la même guerre, la Russie a montré le peu de développement de son crédit ; elle avait de la peine à emprunter 200 millions, tandis que les puissances occidentales trouvaient facilement trois milliards.

J'emprunte à un ouvrage intitulé : Etude sur V avenir

de la Russie^ les observations suivantes, que je signale

sans en discuter la valeur :

« La discipline de l'armée russe laisse à désirer. On

en a fait une question de formes extérieures, basée sur

la crainte et la servilité, nullement sur le respect et

l'attachement à la personne du supérieur. Les soldats

sont traités avec brusquerie et brutalité.

iO

(i Les vivres, fourrages, habillements, munitions sont fournis par les chefs de corps : aussi les soldats sont mal nourris, et la comptabilité présente des malversations nombreuses.

«Les exercices sont continuels, interminables, et tiennent plus à la parade qu'à l'utilité.

a Les recrues sont arrachées de leurs foyers avec brutalité, envoyées au loin, conduites sous escorte à leurs régiments, avec une perspective de 15 ans de service. Ces causes réunies produisent une mortalité considérable. »

Il faut ajouter qu*aujourd'hui la Russie se transforme : elle perfectionne toutes ses institutions ; elle affranchit ses paysans ; elle crée un réseau de chemins de fer ; elle cherche à faire disparaître les inconvénients de son organisation, tout en conservant ses avantages.

En 1814, pendant que la Prusse et l'Autriche jouaient dans la coalition le rôle que j'ai indiqué, la Russie y tenait le premier rang, aussi bien dans les conseils que sur les champs de bataille. Elle avait 300,000 hommes en campagne.

En ce moment, quoique battue par l'Angleterre et la France dans la campagne d'Orient, elle n'en est pas moins considérée comme une des puissances prépondérantes de l'Europe.

La force publique en Russie présente cinq éléments

principaux :

L'armée active;

Les corps spéciaux ;

Les troupes irrégulières;

Les colonies militaires et troupes de garnison;

Enfin les réserves.

Voyons d*abord Tarméo active.

L'Empereur en est le [chef. Il transmet ses ordres par Tintermédiaire du ministre de la guerre. Il aune maison militaire très-nombreuse, composée d'aides de camp et d'officiers d'ordonnance.

Pour l'état-major général le cadre n*est pas limité. Il se compose de :

Feld-maréchaux; Généraux d'armée ^ Généraux-lieutenants ; Et généraux-majors.

Le corps d'état-major qui vient ensuite comprend environ 400 officiers de tous grades, qui jouissent du privilège d'avoir un grade supérieur à celui dont ils sont titulaires. Ils ont deux grades de plus quand ils servent dans la garde.

Du corps d'état-major dépendent : le corps des guides (Tétat-major et celui des topographes qui se compose de 1000 à 1200 sous-officiers sortant des enfants de troupe.

Les troupes de l'armée active sont :

La garde impériale 3

Le corps des grenadiers;

6 corps de l'armée de ligne ;

Et 1 corps de cavalerie de réserve.

Garde Impériale. — La garde impériale se compose de trois divisions d'infanterie, ayant chacune deux Irigades ; chaque brigade deux régiments ; le régiment, deux bataillons.

Il y a de plus dans chaque division un bataillon de chasseurs à pied .

La garde comprend ensuite deux divisions de cavalerie^ une de cuirassiers et une de cavalerie légère.

L'artillerie de la garde se compose de :

1 brigade à cheval ; 3 brigades à pied ; Et 1 parc.

La brigade à cheval comprend trois batteries actives et une de dépôt.

La brigade à pied comprend quatre batteries actives et une de dépôt.

Chaque batterie est de huit pièces et par conséquent l'artillerie de la garde compte environ i 20bouches àfeu.

Le génie de la garde est composé d'un bataillon de sapeurs.

Et enfin, la garde comprend encore :

1 brigade du train des équipages ; i détachement de gendarmerie; 1 équipage de ponts, etc..

Corps des grenadiers. — Le corps des grenadiers comprend trois divisions de grenadiers, chacune de deux brigades, de deux régiments à trois bataillons. Il y a de plus un bataillon de chasseurs à pied dans chaque division.

Le même corps comprend ensuite une division de cavalerie, composée de deux régiments de dragons, deux de hussards et deux de hulans ou lanciers .

Puis une division d'artillerie, composée, comme la précédente, de : une brigade à cheval, trois brigades à pied et un parc, avec 120 bouches à feu.

Les corps hors ligne des grenadiers sont :

1 bataillon de sapeurs.

1 brigade du train des équipages ; i détachement de gendarmerie ; i équipage de pont.

Corj^i de lifte. — Les six corps de l'armée de ligne ont

une organisation identique et analogue à celle des grenadiers.

L'ensemble de ces corps présente un total de :

72 régiments d'infanterie ; 36 — de cavalerie; Et 720 bouches à feu.

Le corps de cavalerie de réserve se compose de deux divisions de cuirassiers avec trente-deux bouches à feu.

Chaque régiment d'infanterie est organisé de la manière suivante :

L'état-major comprend :

1 colonel ^

1 trésorier ou quartier-maître, qui est en même temps

capitaine d'habillement ^ 1 adjudant de régiment ; 1 chirurgien de régiment.

1 pope; 1 tambour-mattre.

L'état-major du bataillon comprend :

1 commandant, lieutenant colonel ou major; 1 adjudant de bataillon ; 1 chirurgien de bataillon.

La compagnie se compose de :

i capitaine en 1*^; 1 capitaine en 2« ; 1 lieutenant ^ 1 sous-lieutenant; 1 enseigne;

1 sergent-major; 4 sergents ;

14 caporaux ; 4 tambours *,

2 clairons ;

et 230 soldatsi

Chaque bataillon a quatre compagnies.

Chaque compagnie est divisée en deux pelotons.

Le bataillon est de 1000 hommes.

Il y a deux bataillons dans les régiments de la garde, trois dans la ligne et cinq dans les régiments du Caucase,

L'organisation d'un régiment de cavalerie est la suivante :

L'état-major comprend :

1 colonel 5

1 major pour 2 escadrons ;

1 trésorier qui est en même temps chargé de rhabille-

ment^ 1 adjudant de régiment 3

1 chirurgien de régiment et 1 aide pour 2 escadrons ^ 1 écuyer ; 1 pope 5 et 1 trompette-major.

L'escadron comprend :

1 capitaine en !•»;

1 capitaine en 2« ^

2 lieutenants ;

2 cornettes ;

1 maréchal-des-logis chef} 4 maréchaux-des-logis ; 12 brigadiers;

3 trompettes;

160 cavaliers dont 20 non-montés sur le pied de paix, et 200 dont 20 non-montés sur le pied de guerre.

Chaque régiment de cavalerie a huit escadrons actifs et un de dépôt.

L'organisation de l'artillerie est la suivante : Dans chaque corps d'armée, comme je l'ai dit prt»cédemment , il y a une division d'artillerie compre-

nant : une brigade à cheval, trois brigades à pied et un parc.

La brigade à cheval se compose de trois batteries actives et une de dépôt.

La brigade à pied se compose de quatre batteries actives et d'une de dépôt.

Chaque batterie est de huit pièces.

Les calibres sont le six et le douze.

Le génie se compose de :

r Un état-major, comprenant environ 400 officiers de tous grades ;

Et V Des troupes, à raison d'un bataillon de sapeurs par corps d'armée.

Le bataillon du génie se compose de :

2 officiers supérieurs dont 1 chef de corps ; 1 adjudant;

1 quartier-maître ;

2 chirurgiens; 1 écrivain 5

plus k compagnies.

La compagnie comprend :

5 officiers *,

18 sous-officiers ou caporaux*, 1 écrivain; 4 tambours; 200 soldats.

Le train des équipages a une organisation qui cor- Tespond à l'organisation générale. Il y a une brigade par corps d'armée et un bataillon par division.

Les voitures sont de deux formes : les unes à quatre roues, attelées de quatre chevaux ; les autres à deux roues et attelées de trois chevaux de front.

La gendarmerie fait le service des quartiers gêné-

raux et des arrondissements du territoire ; son organisation correspond à celle de l'armée ; elle est secondée dans son service par les troupes de garnison que nous verrons plus tard.

Le corps chargé de l'administration en Russie s'appelle le corps du commissariat. Il se compose d'intendants et de commissaires divisés en plusieurs classes.

Son action est très-secondaire, parce que les chefs de corps sont chargés de fournir aux troupes la plus grande partie de ce dont elles ont besoin.

Voilà l'organisation de l'armée active en Russie.

Corpi spicianz. — Ensuite viennent les corps spéciaux, au nombre de quatre.

Le premier est le corps du Caucase, qui se compose de:

1 division de grenadiers du Caucase.^ de 4 régiments à 5 bataillons;

3 divisions d'infanterie à 4 régiments ;

1 bataillon de chasseurs à pied;

et enfin 30 ou 40 bataillons de garnison, formant ce que Ton appelle la ligne du Caucase.

La cavalerie est formée de quatre régiments de dragons.

L'artillerie de seize batteries, dont trois de montagne.

Le génie est formé d'un bataillon de sapeurs.

Le train des équipages est représenté par une brigade.

Enfin, le corps du Caucase comprend encore des troupes irrégulières ou des cosaques et des régiments indigènes ou des milices.

Le deuxième corps spécial est celui à'Orenbourg, sur la limite du pays des Kirghiz.

11 comprend une division d'infanterie de onze bataillons avec les cosaques irrcguliers de l'Oural et d'Orenbourg.

Le troisième corps est celui de Sibérie, formé aussi d*une division d'infanterie et de cosaques.

Le quatrième corps est celui de Finlande, compressant :

i division d'infanterie;

Les tiraillears finnois \

Des cosaqaes ;

De rartillerie et un bataillon de sapeurs ;

Tels sont les corps spéciaux.

Troi|6f irrigilièns. — Puis nous trouvons dans le ^fstème militaire russe les troupes irrégulières, c'estr ^dire les cosaques.

Ils sont organisés enpulks ou régiments de 800 cavaliers. Chaque régiment a six sotnias ou six escadrons.

On compte 1 46 régiments de cosaques , mais une t^onne partie doit être considérée comme une sorte de ^^ilice territoriale attachée à la défense du sol. Tels ^ont les cosaques du Caucase, ceux d'Orenbourg, de Sibérie, d'Astracan, etc.

Les cosaques du Don sont les plus nombreux. Us fournissent deux régiments de la garde et cinquante- ^Vaatre de la ligne, avec une batterie de la garde, neuf •batteries actives et trois de dépôt.

En 1855, la Russie avait mobilisé soixante-dix régi- ^^ents de cosaques. C'était une guerre défensive. Dans '^^ cas d'une guerre offensive, elle ne parait pas pouvoir disposer de plus de quarante à cinquante régi- ^^ents. Les cosaques sont d'excellents éclaireurs et ^^ndent de grands services à l'armée russe.

11 y a aussi quelques bataillons de cosaques, mais

leur nombre est très-petit, comparativement à celui des escadrons.

D'après l'almanach de Gotha, il n'y a que 31 bataillons pour 813 escadrons.

Après les cosaques viennent comme éléments de la force publique les troupes de garnison et les colonies militaires.

Troupes de garnison et colonies militaires. — Led troupes

de garnison se composent de quarante-huit bataillons sédentaires , faisant le service de gendarmerie. Ce sont des espèces de vétérans, comprenant des officiers et sous-officiers déjà âgés, avec ce qu'il y a de moins bon dans le recrutement.

Il y a un bataillon par province. Cette gendarmerie mal composée a principalement pour rôle de recevoir et d'escorter les recrues*

Les colonies militaires russes correspondent aux régiments-frontières autrichiens.

Pierre le Grand et Catherine avaient tenté plusieurs essais de colonies militaires. Alexandre les renouvela en 1817, après avoir vu les résultats obtenus par l'Autriche.

On essaya d'abord des colonies d'infanterie qui ne réussirent pas. Puis des colonies de cavalerie, soua la direction du comte de Witt, et celles-ci subsistent encore aujourd'hui.

Pour l'organisation de ces colonies, on choisit des terres de la Couronne que l'on distribua à des popu^lations civiles encadrées militairement. On leur bâtit des habitations sur un plan régulier. Chaque maison correspondant à l'étendue de terre que peut cultiver dan^ Tannée une seule charrue avec quatre paires de

bœufs et une paire de chevaux, dut loger et entretenir un cavalier.

Chaque village fut composé de 190 maisons, de manière à loger un escadron.

Neuf villages formèrent un régiment de huit escadrons actifs et un de dépôt. Au centre de ces neuf villages, on éleva les maisons de Tétat-major du régiment avec un manège, un hôpital, des magasins, enfin le casernement nécessaire pour un escadron. Tous les escadrons 'du régiment viennent successivement s'y établir et passent ainsi sous les yeux du colonel.

Deux régiments forment une brigade.

Deux brigades forment une division. Et il y a huit clivîsions de cavalerie colonisées de cette manière sur les rives du Dnieper et du Bug.

Les colonies militaires russes diffèrent des régiments-frontières autrichiens sous plusieurs rapports :

r En Russie, la population civile est administrée par un cadre distinct^du cadre militaire;

2* Les troupes ne sont pas confondues avec la population ;

3* Enfin, les colonies militaires ne s'appliquent qu'à de la cavalerie, tandis que les régiments-frontières autrichiens ne donnent que de l'infanterie. Cette différence s'explique par la différence de nature des deux contrées. Les bords du Dnieper présentent un pays presque désert, peu accidenté et riche en fourrages. Les bords du Danube, au contraire, offrent un pays pauvre, montagneux et peuplé.

Troupes de réserve. — J'arrive aux réserves russes. Des congés illimités sont accordés en grand nombre pendant la paix aux hommes qui ont déjà fait un certain nombre d'années de service, par exemple, dix ou

douze ans. Ces hommes reprennent la vie civile, mais ils peuvent être rappelés en temps de guerre, pour compléter les cadres de l'armée active, ou pour former des bataillons de réserve, ayant une certaine analogie avec les landwehrs prussiennes.

Les cadres de ces bataillons sont permanents et représentent les dépôts de recrutement de la Russie. Ils administrent les recrues et les réserves, en même temps ils les instruisent. Il y a des bataillons de réserve de deux levées, de 1" et de V.

Pour chaque régiment de ligne, il y a un bataillon de première levée et un bataillon de deuxième, ce qui a fait dire au maréchal Marmont, à une certaine époque, que les régiments russes étaient à six bataillons.

Chaque levée présente un effectif d'environ 100,000 hommes.

Enfin, j'ajouterai aux cinq éléments de la force publique que nous venons de voir, les troupes modèles. Elles comprennent : un régiment d'infanterie, un régiment de cavalerie, une batterie à pied et une batterie à cheval. On envoie dans ces troupes modèles des hommes de tous les régiments de l'armée, qui retournent ensuite dans leurs corps, montrer ce qu'ils ont appris.

Tels sont les éléments de la force militaire de la Russie. Avant la guerre d'Orient, l'effectif approximatif de l'armée russe était sur le pied de paix d'environ 500,000 hommes, dont 75,000 de cavalerie avec 1000 bouches à feu, sans comprendre les troupes

irrégulières.

Suite des institutions militaires de la Russie. — Examinons la suite des institutions militaires de la Russie, et d'abord le recrutement.

Il y a trois moyens de recrutement en Russie :

{•Les engagements volontaires, dont le nombre est insignifiant;

2* La conscription, qui est le mode normal- Un kase fixe le contingent annuel et détermine le nomre d'hommes à fournir sur 1000- Ce nombre est de

en temps ordinaire.

Les seigneurs et propriétaires fournissent ensuite la art qui leur est demandée, en désignant eux-mêifies de leurs serfs, âgés de 28 à 30 ans, qu'ils veulent faire partir.

Les agents de la Couronne agissent de même pour les paysans de la Couronne.

Les hommes de recrue sont examinés par un conseil ^e recrutement. Quand ils sont reconnus propres au Service, ils sont habillés ; on leur coupe la barbe et les cheveux et on les escorte jusqu'à leurs régiments.

Il n'y a pas longtemps, dit le maréchal Marmont, 1^8 recrues restaient quelquefois six mois en route, Par suite de l'étendue de la Russie et du défaut de ^'oîes de communication.

La durée du service était de 20 ans. Elle a été réduite à 15, et le sera probablement à 12.

3* Le troisième élément du recrutement russe est f onmî par les cantonnistes ou fils de soldats. Ces en- *^nts sont élevés par l'État pour le recrutement de l'armée et particulièrement des sous-officiers. En *832, la Russie entretenait 36,000 enfants de 12 à 17 ^ns. En 1842, il y avait dans l'armée 72,000 cantonlistes.

Pour les remontes, les colonels remontent leurs régiments à l'entreprise. Ils y apportent le plus grand ^oin, quitte à rattraper leurs déboursés sur d'autres dépenses du régiment*

La durée du cheval, en Russie, est de 8 ans, comme en France.

La discipline russe est très-sévère.

Elje admet les châtiments corporels.

Les officiers peuvent être remis soldats ; les soldats peuvent être remis recrues, ce qui recule d'autant leur libération.

La justice militaire comporte trois espèces de commissions : de régiment, de division et de corps d'armée.

Il y a à Pétersbourg Tauditoriat général, espèce de cour d'appel ou de cour suprême.

Pour l'avancement et les récompenses, les officien^^ sortent des écoles militaires, des enseignes ou de^Q sous-officiers qui ont 12 ans de services irréprocha^^ blés et qui ont subi un examen.

Presque toute la noblesse entre dans les écoles mi-* litaires.

L'avancement a lieu ensuite à l'ancienneté et au choix de l'Empereur avec des proportions qui varient suivant les grades.

Les deux ordres militaires principaux de la Russie sont ceux de Saint-Georges et Sainte-Anne.

Quant à l'administration, les capitaines admînis trent leurs compagnies.

Les colonels administrent leurs régiments, m? seuls et sans conseil d'administration.

Le colonel reçoit pour ses troupes une partie fournitures en nature. Et, pour les autres, il n un abonnement de l'État et s'adresse à des fou seurs.

Le commissariat joue par suite un rôle peu important.

L'administration, comme je l'ai dit, est une des

jartîes faibles de l'organisation militaire de la Russie.

"Un grand obstacle à l'amélioration de cette partie du

service est l'insuffisance du casernement. La garde

iseule a des casernes. Les autres troupes sont canton-

xnées. De là, difficulté de surveillance et facilité pour

1«8 détournements.

Sous le rapport de l'instruction : pendant l'hiver, les soldats sont exercés à l'escrime et aux exercices de étail, dans des salles couvertes, à Pétersbourg et ans les grands centres. Au printemps, ils font l'école u soldat et l'école de peloton dans leurs cantonnexïients. Pendant l'été, les régiments se rassemblent I><)ur les manœuvres, qui durent jusque vers le milieu d*août.

Telle est la marche habituelle de l'instruction milito.ire.

Souvent la Russie forme de grands camps d'instruction, et l'un d'eux, celui de Wosnosensk, sous l'empereur Nicolas, a présenté 40,000 cavaliers réunis.

Enfin, comme dernier élément de son sytème militaire, la Russie possède des établissements considéî^ables.

Elle a des arsenaux de construction à Pétersbourg, Moscou, Novogorod, Riga, Kief, Briansk et Kasan; plusieurs manufactures d'armes, dont la plus importante ^st celle de Toula ; des fonderies de canons à Péters- ^ourg, Moscou, Riga, Kasan, etc.; des poudreries, ^€is écoles militaires, etc. . . .

Tel est le tableau abrégé des institutions militaires ie la Russie*

Organisation militaire de rAngleterre. — Jetons un coup d'œil sur l'organisation militaire de l'Angleterre, afin de connaître toutes les grandes puissances de l'Europe.

L'Angleterre est une monarchie constitutionnelle. Sa population en Europe est de 27 millions d'habitants.

Elle est la mieux partagée de toutes les nations européennes, sous le rapport de ses frontières.

Elle est la plus puissante sous le rapport de sa marine.

Enfin, elle est la plus riche quant à ses revenus, quoique sa dette soit énorme, puisque les intérêts seuls montent annuellement à près d'un milliard.

La force publique de l'Angleterre présente troiséléments :

L*armée permanente ;

Les milices;

L'armée hindo-britannique.

L'armée permanente coûte énormément. Elle est» difficile à recruter, à nourrir, à équiper, à mouvoir-, La profession de soldat est repoussée par l'opinion de^ citoyens anglais. Ni^anmoins, cette armée, fortemen.~i disciplinée, est une des plus solides de l'Europe.

L'état-major général comprend :

84 généraux; 190 lieutenants-généraux; 197 généraux de brigade.

Il n'y a pas de corps d'état-major, mais dans les régiments , il y a une classe d'officiers propres à ce service et sortant d'une école spéciale où ils étudient 2 ou 3 ans.

La garde royale anglaise comprend :

1 régiment de grenadiers à 3 bataillons ;

2 régiments d'infanterie à 2 bataillons^

3 régiments de cavalerie.

L'infanterie de ligne se compose de 100 régiments, dont 74 à 1 bataillon, 25 à 2 bataillons, et 1 à 4 bataillons.

Chaque bataillon a 10 compagnies, dont 8 actives ,f/et 1 de dépôt.

, ç II y a de plus un corps de riffles ou chasseurs à pied.

La cavalerie se compose de :

1 régiment de carabiniers et 9 régiments de dragons formant la grosse cavalerie;

4 régiments de dragons légers, 4 de lanciers et 4 de bus*

sards^ formant la cavalerie légère.

L artillerie comprend :

1 état-major;

1 brigade d'artillerie à cbeval ^ 16 brigades d'artillerie à pied.

Les batteries sont de 6 pièces, 5 canons et 1 obusier.

Le génie comprend :

1 état-major 5

et comme troupes^ 23 compagnies de sapeurs et de mineurs.

Le corps du commissariat comprend :

110 fonctionnaires.

L'armée anglaise est forte d'environ 240,000 hom- ^«^es, dont 90,000 pour Tlnde.

Le recrutement a lieu au moyen d'enrôlements volontaires avec primes.

Les grades s'achètent.

La milice, qui forme le deuxième élément de In force publique, s'étend sur tous les sujets anglais Sv^ns

exception. On tire au sort ceux qui doivent en faire partie. La durée du service y est de 8 ans.

C'est une espèce de landwehr, armée, soldée , équipée et réunie pendant un certain temps seulement.

Les régiments de milice présentent un effectif d'environ 70,000 hommes.

L'armée hindo-britannique se composait, avant la révolte des Indes, de 25,000 hommes de troupes de la reine, de quelques régiments européens à la solde delà Compagnie, et enfin d'un grand nombre de régiments de cipayes, dont tous les officiers supérieurs étaient Anglais, et où les indigènes n'arrivaient qu'aux grades inférieurs.

L'armée du Bengale comptait 2 régiments européens et 74 de cipayes.

L'armée de Bombay, 2 régiments européens et 29 de Cipayes.

L'armée de Madras, 2 européens et 52 de cipayes.

Le total était de 320,000 hommes.

Depuis l'insurrection, l'organisation de cette armcM a subi quelques changements. Cependant elle se compose toujours de régiments européens et de régiment ^,y indigènes. Mais les régiments européens sont devtr?^^. nus beaucoup plus nombreux et appartiennent tous ù l'État.

Il faut joindre, àl'énumérationdes forces anglaise ^v les volontaires, qui se sont organisés tout récemme -mit dans la crainte d'une invasion, et qui rendraient cex'tainement de grands services dans une guerre déferr-» sive. On en compte environ 170,000*

lus

Conclusion du livre 1«'. — J'ai terminé la première partie du cours. Je Tai consacrée à Tétude des institutions militaires des États.

J'ai indiqué d'abord les principes généraux qui leur servent de bases. Puis j'ai examiné l'application de ces principes chez les grandes puissances de l'Europe.

J'ai esquissé alors à grands traits le tableau de leurs forces militaires d'une manière aussi complète que me l'ont permis les documents que j'ai pu me procurer, et en même temps d'une manière aussi exacte que le comporte la période de transformation et de chanffements dans laquelle se trouvent aujourd'hui toutes /os armées européennes.

L'étude des institutions militaires des États devait me servir de point de départ, parce qu^^elle embrasse Tensemble des moyens et des ressources que les peuples modernes mettent en usage pour constituer la guerre, et parce que c'est dans cet ensemble qu*ils puiseront plus tard les éléments nécessaires à la formation de leurs armées actives*

C'est ainsi que commence également le précis historique d'une campagne qui doit aVant tout faire cotixiaitre et permettre de comparer les ressources des puissances belligérantes.

L'examen des systèmes militaires étrangers présente les avantages suivants :

r Chaque peuple en a besoin pour maintenir son armée au niveau moyen de force, d'instruction et de manœuvres, qui établit une sorte d'équilibre entre les grandes armées européennes ;

2° Cette étude permet encore d'établir une comparaison entre les diverses méthodes employées et d'arriver ainsi au meilleur résultat ;

3" Enfin, lart. 7 de l'ordonnance du 23 février 1833 dit que, chaque année, un certain nombre d'officiers d'état-major seront envoyés dans les ambassades pour étudier les systèmes militaires étrangers. Cette disposition n'avait pas été appliquée jusqu'ici ; elle vient de l'être tout récemment ; elle est évidemment fort utile. La marche que j'ai suivie dans cette première parties du cours, me paraît présenter un cadre ou un canevas, pouvant indiquer les différents objets qui doivent être successivement examinés.

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