NEUVIÈME LEÇON
Objet dtt deuxième lÎYre de la première partie da Cours.
De rinfanterie. — Considérations générales. — De son organisation. — De ses propriétés tactiques.
Des formations de rinfanterie. — Formation déployée. -— Avantages et inconvénients. — Ses modifications* — Ordre en échelons et ordre en échiquier.
•IJet di lifTs !!• — Nous avons vu dans le livre !•*, ou <lans la ppemière partie du cours de première année, les divers éléments qui forment par leur ensemble le système militaire d'un État. Quand un gouvernement ^eut faire la guerre, c'est dans ces éléments qu'il puise pour former ses armées actives, qui ne sont ainsi que des fractions de l'armée permanente.
Nous allons, dans le livre II, nous occuper de l'organisation des armées actives et en suivre les diverses phases, depuis les premiers principes jusqu'au moment de .la réunion de ces armées sur une frontière, c'est-à-dire , jusqu'au moment de leur entrée en campagne.
Les armées actives se composent d'abord des corps, que j'ai appelés corps de ligne, infanterie, cavalerie et artillerie.
Nous nous occuperons avant tout de ces 3 corps ou de ces 3 armes^ et nous étudierons leur organisation particulière, leurs propriétés tactiques, leurs formations et leurs manœuvres.
Nous examinerons ensuite quels résultats on peut obtenir en combinant les différentes armes entre elles : d'abord deux à deux, ensuite toutes trois ensemble. Nous verrons comment cette dernière combinaison, celle des 3 armes, établie dans de justes proportions, présente l'instrument de guerre le plus complet et le plus perfectionné, et forme la base de lorganisation àe& armées actives.
J'ajouterai quelques mots sur les états-majors, corps hors ligne, et divers services qui entrent dans l'organisation d'une de ces armées.
Puis j'indiquerai comment on assure les besoins matériels de cette armée, au moyen des approvisionnements et des transports.
Enfin, je l'établirai en cantonnements sur la £roa-* tière, consacrant la dernière leçon du livre II à Vé^ tude des cantonnements.
Nous aurons ainsi suivi l'organisation d'une armée active, depuis le principe de sa création jusqu'au moment de son entrée en cainpagne.
Nous la quitterons là, pour la reprendre au même points Tannée prochaine, dans la seconde partie du cours.
De rinfanterle. -^Oonsldiratlans génirales. — Je commence l'étude des différentes armes qui entrent dans Torganisation d'une armée active , par l'infanterie, parce que c'est ia première et la plus importante de toutes les armes.
J'ai déjà dit que l'infanterie était la réunion des combattants à pied.
C'est l'infanterie qui fait la force des armées.
C'est par elle que les nations conquérantes ont vaincu. C'est après la ruine de leur infanterie que ces mêmes nations ont été subjuguées.
La phalange macédonienne renversa l'empire des Perses. .
La légion romaine conquit le monde presque entier .'^^^^•;^
L'infanterie suisse vit se briser devant elle la puis-*'^*^^*''^' sance de Charles le Téméraire, et fit pendant plusieurs siècles la principale force des armées européennes.
L'infanterie espagnole remporta les victoires de Charles-Quint et de Philippe II; elle fit la grandeur de l'Espagne.
Enfin, l'infanterie française, formée dans les premières guerres de la Révolution, et solidement disciplinée et instruite dans les camps de la Manche, fut le principal élément dé la puissance de l'Empire. C'est à elle surtout que l'on doit le succès des immortelles campagnes de 1805, 1806 et 1807.
L*in£anterie occupe donc le premier rang dans les armées modernes.
Elle le doit aux avantages suivants :
Son recrutement est à peu près inépuisable.
Son instruction est plus facile et plus prompte que celle de la cavalerie ou de Tartillepie.
Elle se nourrit facilement, et le peu qu'il lui faui n'est ni pesant ni volumineux. Un fantassin peut porter avec lui jusqu'à huit jours de vivres, ce qui, avec ses armes et ses 60 cartouches, forme un poids de 60 livres environ.
Elle se ploie facilement à toutes les formations régulières.
Elle se suffit à elle-même, et réunit, d'une manière plus complète que les autres armes, les propriétés de l'offensive et de la défensive.
Elle se garde seule ; si elle ne voit pas au loin, elle peut occuper et défendre des postes éloignés qui la mettent à l'abri d'une surprise. ^
L'armement et l'équipement du soldat d'infanterie sont simples et économiques.
Son habillement est également peu coûteux. Les principes, du moins, en sont très-simples. Ils ont été posés par le maréchal de Saxe, qui voulait :
Un vêtement couvrant le ventre, analogue à la tunique.
Une coiffure légère.
Des cheveux coupés court et faciles à tenir propres.
Des souliers à talons bas, chaussés à nu, bien graissés, avec des guêtres de cuir.
Des galoches en bois pour l'hiver, les temps humides et les factions. On avait agi dans ce sens au camp de Boulogne, en adoptant les sabots.
Enfm, il voulait un manteau à capuchon, comme !îelui des zouaves et des chasseurs à pied.
En résumé, le maréchal de Saxe demandait une
tenue simple, commode et peu coûteuse; ce qui est encore un des avantages de Tinfanterie.
J'ajouterai que cette arme supporte mieux la fatigue que toutes led autres. Son moral la soutient.
Elle marche sur tous les terrains, et les parties accidentées, défavorables à la cavalerie et à TartîUerie, augmentent sa force.
Une infanterie habituée à la marche fera douze ou quinze lieues par jour, pendant plusieurs jours. Elle pourraitdonc, dans une marche de quelque durée, fatiguer beaucoup une troupe de cavalerie dont elle presserait la retraite, et lui prendre une partie de ses chevaux, ceux-ci ayant besoin, pour repaître et se reposer, de bien plus de temps qu'il n'en faut aux hommes.
On en a vu, dans la campagne de 1805, un exemple mémorable, dit Jacquinot de Presle.
La cavalerie autrichienne, qui s'échappa d'Ulm pour gagner la Bohême, fut poursuivie par les grenadiers d'Oudinot ; ceux-ci firent jusqu'à quatorze lieues par jour. Ils ne permirent à la cavalerie ennemie de prendre aucun repos, et ils facilitèrent ainsi à la nôtre les moyens d'en faire tomber une grande partie en son pouvoir.
Telles sont les considérations générales par suite desquelles l'infanterie est regardée comme l'arme principale.
Arme de tous les temps et de tous les lieux, c'est elle qui fait la force et la base des armées.
Dans les batailles, l'artillerie prépare les succès.
La cavalerie les complète.
Mais c'est l'infanterie qui les décide.
Organisation de l'inflinterie. — Examinons les détails de son organisation :
Il y a d'abord deux espèces d'infanterie.
Nous Tavons vu chez les anciens, au moyen âge et à toutes les époques de l'histoire militaire.
L'une qui forme les lignes de l'ordre de bataille- L'autre qui est plus spécialement destinée aux opérations de la petite guerre, avant-gardes, détache* ments, etc.. et aux combats en tirailleurs.
La première est l'infanterie de ligne.
La seconde est l'infanterie légère, représentée aujourd'hui par nos chasseurs à pied et nos voltigeurs.
L'infanterie légère est environ le tiers ou le cin-^ quième de toute l'infanterie d'une arnçiée.
Dans une division d'infanterie française, par exemple, de 8 bataillons d'infanterie et d'un bataillon de chasseurs à pied, forte d'environ 8,000 hommes, l'infanterie légère est formée :
1 Da bataillon de chasseurs ^ 800 hommes ; 2<» De 8 compagnies de voltigeurs, 800 hommes ; Total, 1600 hommes environ, formant le 1/5 de 8,000.
La proportion est généralement plus forte chez les puissances du Nord, parce que leurs fantassins sont moins propres que les nôtres aux opérations de la petite guerre.
L'on divise donc ainsi l'infanterie en deux parties : l'infanterie de ligne et l'infanterie légère.
Dans l'une comme dans l'autre, la première unité de l'organisation tactique, c'est-à-dire de l'organisation d'instruction et de manœuvres, cette première unité, dis-je, est l'escouade, représentant une petite agrégation facile à commander et à instruire.
PuÎB, comme nous Tavons vu, viennent la demisection, la section et le peloton.
Le peloton est la première unité tactique d'une certaine importance. Il sert de base aux manœuvres du l>aLtaillon. Il peut être employé seul à la guerre; par exemple, en tirailleurs. Il se rompt en colonne, il peut former le carré. Sa force varie suivant les puissances ; grénéralement elle est de 100 à 150 hommes.
La réunion de 4, 6 ou 8 pelotons, forme le batail-- Ion, unité tactique plus complète encore et d'une plus grande importance.
Le bataillon peut former à lui seul un ordre de bataille avec ses voltigeurs en tirailleurs devant son fi*ont, ses 6 pelotons du centre formant la ligne de bataille et ses grenadiers en réserve.
La force du bataillon est déterminée par cette considération qu'il doit obéir à la voix d'un seul homme. il faut qu'il soit mobile, dit le maréchal Marmont, et ^Ue, déployé, il puisse entendre des deux extrémités 1^ Aroix qui commande. La portée moyenne de la voix détermine donc son étendue et par suite sa force, qui ^^r^ie de 600 à 1000 hommes.
li'unité supérieure est le régiment, qui comprend 2, "^ Ou 4 bataillons. Cette unité obéit à un seul chef, le ^^lonel. Et si les limites de force du bataillon sont in- ^^cjuées par la puissance matérielle de la voix, celles ^^ régiment sont indiquées par la puissance morale du ^^xnmandement dans un seul homme.
lies régiments composés de beaucoup de bataillons ^^tit moins chers ji nombre d'hommes égal. Il y a éco^ ^Omîe des états-majors.
De plus, ces régiments ont en général un esprit de ^^î^ps plus énergique et plus d'éclat dans l'opinion .
Cependant il ne faut pas dépasser une certaine limite au delà de laquelle les régiments seraient trop difficiles à administrer et à faire mouvoir.
Puis vient la brigade, composée de 2 ou 3 régiments et par suite de 4 ou 6 bataillons.
Enfin, l'unité tactique principale de l'infanterie est la division, commandée par un général de division, ayant un état-major divisionnaire, une ou deux batteries d'artillerie, une compagnie du génie, un sous-intendant chargé de son administration, un détachement du train des équipages, une section d'ambulance, enfin ayant tous ses services organisés et pouvant se suffire à elle-même dans toutes les circonstances de la guerre.
La division est donc l'unité tactique principale de l'infanterie. C'est la véritable unité de combat. C'est par divisions que l'on marche, que Ton manœuvre et que Ton s'engage sur les champs de bataille.
Au-dessus de la division, on trouve encore le corps d'armée, comprenant deux, trois ou quatre divisions d'infanterie, avec une brigade ou une division de cavalerie légère.
C'est par corps d'armée que l'on exécute les mouvements stratégiques, que l'on marche et que l'on manœuvre sur les théâtres d'opérations.
Telles sont les différentes unités que présente l'organisation tactique de l'infanterie.
Propriétés tactiques de l'infliuiterie. — Étudions maintenant ses propriétés tactiques.
Le fantassin a deux espèces de propriétés, le feu et le choc. J'entends par choc l'attaque à la baïonnette. Ces propriétés sont les conséquences de la nature de son
arme, qui est à la fois arme de jet et arme de main. Cette arme était, il y a quelque temps, le fusil à percussion, lançant des balles de 18 à la livre, d'un tir assez exact jusqu'à 200 mètres; d'une force de pénétration assez considérable, puisque ses projectiles pouvaient tuer dans la limite de 600 mètres, blesser plus ou moins dangereusement de 600 à 1200.
Le fantassin tire deux ou trois coups par minute ; par conséquent, contre un autre fantassin qui commence son attaque à 400 mètres, il peut tirer huit à douze coups de fusil.
Contre un cavalier il peut en tirer quatre ou deux, suivant Tallure.
En ce moment, les fusils de l'infanterie se transforment. Au lieu d'une portée de 250 à 300 mètres, ils auront une portée de 800 à 1000 mètres.
Cette longue portée, à peu près inutile pour les Combats en ligne, oîi Ton ne peut ni viser ni régler Ses coups, devient extrêmement dangereuse à l'ennemi dans les combats de tirailleurs. Elle donne à l'homme ^solé une bien plus grande valeur, et elle augmente Considérablement encore l'importance de l'infanterie.
Quoi qu'il en soit, la première propriété du fantassin est donc le feu.
Sa seconde propriété est le choc, c'est-à-dire qu'il possède dans sa baïonnette une arme blanche qui lui P^ï'met le combat corps à corps.
L'^escrime à la baïonnette lui apprend aujourd'hui à Porter et à parer des coups, soit contre l'infanterie, ^oît contre la cavalerie. Elle lui apprend à se défendre ^t à attaquer.
Voilà les propriétés tactiques du soldat d'infanterie Considéré isolément.
Si, maintenant, nous considérons les propriétés tactiques des diverses unités que j'ai indiquées, des pelotons, des bataillons, des divisions, nous trouvons les mômes que précédemment : le feu et le chjoc avec des effets proportionnés au nombre des hommes mis en action.
Les feux de Tinfanterie se divisent en deux classes principales :
1* Les feux à commandement 5 2"* Les feux à volonté.
Les feux à commandement ou simultanés sont :
Lesfeux de peloton, de demi-bataillon, de bataillon, de rang et de chaussée.
Ils ont l'inconvénient de déterminer le moment du feu à rinstant oti il se peut que nul homme ne vise. Le soldat pense à la simultanéité du feu et ne pense pas à sa justesse.
Ils sont basés sur le principe que la moitié des armes doit toujours être chargée. On règle les feux en conséquence dans les pelotons, demi-bataillons et bataillons.
Le feu de rang a été pratiqué au camp de Boulogne en 1803 et 1804. On s'en promettait un bon résultat contre la cavalerie. Il consistait à faire tirer les rangs successivement et par salves. Il fut abandonné comme ne produisant pas l'effet qu'on en attendait.
Il vient d'être rétabli dans l'ordonnance de 1860 (art. 4 de la V leçon de l'école de peloton). La formation sur deux rangs en rendra l'exécution plus facile.
Dans le siècle dernier, d'après Lloyd, les feux de rang s'exécutaient de la manière suivante :
Le 3* rang tirait le premier et reculait de 3 pas. Le V rang tirait à son tour et reculait d'un pas.
Le l**" rang tirait ensuite sans bouger. Puis les rangs se serraient et le feu recommençait.
Le feu de chaussée s'exécute par des troupes en colonne dans un défilé.
La première subdivision tire et démasque la seconde en s'écoulant par les 2 ailes. Celle-ci exécute la même manœuvre et successivement toutes les autres subdivisions jusqu'à la queue de la colonne. C'est une manière de battre en retraite en exécutant des feux.
Les feux à volonté sont :
Les feux de 2 rangs et les feux de tirailleurs.
Le feu de 2 rangs est le véritable feiï de bataille. Il commence par la droite ou par la gauche du peloton et se prolonge de proche en proche, de manière à produire un efiet continu. Quand la troupe est sur trois rangs, le troisième rang charge les armes du deuxième; mais il est rare que le feu s'exécute de cette manière. Le troisième rang, échauffé par l'action, tire aussi et souvent blesse les hommes du premier.
Le feu de tirailleurs est le meilleur feu de l'infanterie. L'homme, libre de ses mouvements, s'embusque, appuie son arme, choisit sa belle et peut visera son aise. Ce feu se règle généralement de manière que sur deux tirailleurs il y en ait toujours un Çm ait son arme chargée.
Le maréchal Bugeaud avait introduit en Afrique le *^^ à 2 balles , chaque homme ayant dans sa cartouchière un certain nombre de balles libres.
0\iel que soit le feu qu'on emploie, il faut proscrire
d*une manière absolue les feux multipliés et à grande distance, ce que le maréchal de Saxe appelle la tirerie. On brûle beaucoup de poudre, on produit peu d'effet.
Le maréchal de Saint-Arnaud dit que : « tirer de a loin et beaucoup, constitue le symptôme auquel on « reconnaît les mauvaises troupes.
« Il faut, dit-il, réserver son feu tant que le mo- « ment n'est pas venu ; on tient les troupes hors de « portée; ou on les dérobe dans les plis du terrain. « Les chefs de bataillon, avec les adjudants-majors a et les adjudants, se promènent devant la troupe en « observant les mouvements de la ligne opposée... »
La seconde propriété de l'infanterie est celle du choc, ou l'attaque à la baïonnette.
Les bataillons, déployés ou formés en colonne d'attaque, croisent la baïonnette et s'élancent sur l'ennemi. Sous l'Empire, l'effet moral a suffi presque toujours. La troupe attaquée tournait le dos avant le choc , ou faisait un feu tellement nourri que l'assaillant ne pouvait arriver jusqu'à elle.
« Nous faisons appel, disait le général Napier, aux « officiers qui ont assisté à de grandes batailles, et « nous leur demanderons s'ils ont vu en Egypte, en « Espagne, à Waterloo même, une seule véritable « attaque à la baïonnette; si, en rase campagne, sur « la brèche, dans la plaine, dans la montagne, ils ont « jamais vu un combat d'homme à homme à la baîon- « nette. »
Si ce combat était rare du temps de l'Empire, il s'est présenté fréquemment , au contraire , dans la guerre d'Orient. A Inkermann, sur la Tchernaia, c'est la baïonnette qui a décidé du succès. En était-il ainsi
k ^cause du peu d'étendue du champ de bataille? âtait-ce acharnement 7 Dans tous les cas, le choc a eu ieu réellement et fréquemment pendant le siège leSébastopol. L'on peut dire la même chose de la ruerre d'Italie.
Le choc est la seconde manière d'agir de l'infanerie. Employée à propos, elle est aussi efficace que B feu et beaucoup plus meurtrière.
Voilà quelles sont les propriétés tactiques de l'inauiterie.
Elle acquiert ces propriétés au moyen de Tinstruc- Lon militaire.
Avant tout, le fantassin doit être leste, adroit, *\me santé forte et d'une constitution robuste.
Le recrutement le choisit autant que possible dans es conditions.
Il arrive sous les drapeaux.
On lui apprend alors à marcher en cadence et au >as militaire, c'est-à-dire, d'un pas moyen que tous es hommes puissent prendre aisément. On lui ap-. >^^end ensuite à manier ses armes régulièrement et Gieilement. Voilà l'école du soldat.
En même temps, on développe les forces physiques le l'homme «u moyen des exercices gymnastîques, de
'escrime, de la danse, etc On lui apprend à tirer
^ la cible.
Puis l'on passe à l'instruction des pelotons et des bataillons ; on apprend à ces diverses unités à se mouvoir régulièrement, avec ensemble, et à se servir le leurs armes. Ensuite viennent les évolutions de ligne. Le général Renard, dans son ouvrage sur l'infanterie, voudrait ici une école de brigade et une école de division , comme il y a des écoles de peloton et
de bataillon. Suivant lui, les évolutions de ligne boi un ouvrage déjà ancien, dont les principes sont plu en rapport avec la tactique du temps de Prédèir: qu'avec la nôtre.
Enfin, rinstruction militaire comporte encore le évolutions des 3 armes réunies, ce que l'on appelle I grande tactique. Nous en verrons les principes dans 1 cours de deuxième année.
Des formations de Finfanterie. — On appelle formation 1^ figure que dessinent sur le terrain les éléments d'uJi^ troupe disposés pour combattre.
Les formations sont régulières quand la figure ©s régulière.
Elles sont irrégulières dans le cas contraire.
L'infanterie a 4 formations régulières :
i<> La formation déployée; 2® La formation en colonne; 3* La formation mixte; &• L'ordre en carré.
Elle n'a qu'une formation irrégulîère, qui est la foi" mation en tirailleurs.
Quand on a voulu ranger les hommes pour com^ battre, on les a d'abord placés à côté les uns des autres et sur le même alignement, et l'on a ainsi formé ce que l'on appelle un rang. Telle est la première idée d'une formation militaire.
Puis on a placé plusieurs rangs les uns derrière les autres, afin de donner de la profondeur et de la consistance à Pordonnance.
Cette profondeur a varié avec la nature des armes. L'infanterie grecque était sur 16 rangs de pro«fondeur.
L*infanterie romaine sur 12.
L'invention des armes à feu a fait diminuer successivement cette profondeur. Elle était encore de 10 rangs au commencement du XYIP siècle, puis de 6 rangs au commencement du règne de Louis XIY , de 4 rangs à la fin du même règne, et enfin de 3 rangs sous Frédéric.
C'est sur 3 rangs qu'on a fait toutes les guerres de la Révolution et celles de l'Empire jusqu'en 1813.
Avant Leipzig, en 1813, Napoléon, voyant l'affail>Jissement de l'armée, ordonna d'adopter la formation SUT 2 rangs.
« L'ennemi, dit-il, habitué à nous voir sur 3 rapgs, '« sera trompé et nous croira plus nombreux que nous ^* ne sommes réellement. »
11 ajoute :
« Le feu du troisième rang est reconnu très-împar- ^* fait et même nuisible à celui des deux premiers. ^^ L'infanterie ne doit se ranger que sur 2 rangs, parce ^* que le fusil ne peut tirer que sur cet ordre »
Le maréchal Marmont dit sur le môme sujet :
« Rien ne justifie le troisième rang. Le feu de 2 ^^ rangs avec 3 rangs est praticable à l'exercice, mais ^* non pas à la guerre. »
j Cette opinion est encore celle du maréchal G. Saint-
\ ^yr, des généraux Pelet, Lamarque, Fririon, Cham-
\ î>ray , Loverdo , etc
J Dernièrement, l'armée française était encore sur
^ 3 rangs. On débutait dans cet ordre au commence*
ment d'une campagne. On se mettait sur 2 au fur et à
mesure de l'affaiblissement des effectifs. Aujourd'hui^
:if
JJ
depuis deux ans, la fonnatioa sur 2 rangs est la formation normale.
Avec 3 rangs, la formation semble plus solide.
Mais avec 2, on garnit un front plus considérable. On évite ainsi davantage d*être débordé.
Les mouvements individuels pour le maniement d'armes sont plus faciles. Les mouvements d'ensemble dans les manœuvres sont également plus réguliers. La marche de flanc, qui se fait par 4 au lieu de se faire par 2, est beaucoup plus commode. Le tir est plus certain, les feux sont plus justes. Enfin, cette formation est "^
plus en rapport avec la nature de l'arme du soldats d'infanterie et avec la protection que cette arme peu^ donner au premier rang.
L'infanterie se forme donc sur 2 rangs.
Elle peut ensuite prendre les diverses formation.
que j'ai indiquées. / *
Ml La première, la formation déployée, consiste, pour- L^
une troupe, à avoir ses divers éléments placés à c^fo /^
les uns des autres. /^ ^
Le bataillon déployé a ses 8 pelotons placés à côté jùis, les uns des autres. 1 ^ et
Le régiment déployé a ses 2 bataillons déployés ef M et séparés par un intervalle de 24 pas, 16 mètres. 1.^^
La brigade déployée a ses deux régiments déployés I^^td et séparés par le même intervalle de 24 pas, ou de I *^^ 16 mètres. ^ |^^
La division déployée a de même ses 2 brigades déployées et séparées par l'intervalle réglementaire.
La formation déployée est la formation habituelle et primitive de l'infanterie, parce que c'est celle que, par la nature de ses armes ou des circonstances, elle est le plus fréquemment dans le cas d'emplovcr. \^
Les avantages de cette formation sont de donner aux (eux de l'infanterie toute leur efficacité.
De plus, cette formation est simple , toujours facile à reprendre, propre à l'offensive et surtout à la défensive. Elle sert de base à toutes les manœuvres. Elle ne ies contrarie ni ne les gône ; c'est, comme je le dirais plus haut, la formation habituelle et primitive de l 'infanterie, le véritable ordre de combat.
Ses inconvénients sont de présenter de grandfes dif-
fîcultés pour la marche et d'offrir des flancs faibles. De
f^lus la cavalerie peut briser facilement une ligne aussi
xmince, et en renversant un bataillon elle peut tomber
^iir le flanc des autres.
On a modifié cette formation de deux manières, et 1 * on a formé l'ordre en échelons et l'ordre en échiquier.
Ordre en éclielois. — Je suppose une division de huit baillons, déployée. On forme les échelons en avant par droite de la manière suivante. (Fiff. 1, pi. 1.) Les six premiers bataillons se portent en avant, et 6 s'arrêtent après avoir marché par exemple 1 50 ï^sis.
3 et 4 marchent 300 pas. . '' ■ : f < ^ ' ' '' ^:- '^' * 1 et 2 en marchent 450.
On obtient ainsi une formation en échelons par régiment, à 150 pas, la droite en avant.
Cette formation présente certains avantages. La
ïïiarche est plus facile. L'un des flancs est à l'abri de
U>ute insulte par son éloîgnement. L'on peut alors
^assembler sur l'autre un plus grand nombre de
ïûoyens pour le couvrir.
L'échelon de tête s'engage seul d'une manière sérieuse. Les autres restent en réserve, pourvu que la dislance entre les échelons soit assez considérable- Cette distance varie de 100 Ji 200 met. Au-dessous de
100 met., elle serait trop petite ; les échelons seraient pour ainsi dire confondus. Au-dessus de 200 met. les échelons ne se flanqueraient qu'imparfaitement.
On petit profiter de l'intervalle entre les échelons pour y mettre de l'artillerie et de la cavalerie.
La force des échelons varie. On forme des échelons de bataillon ou de régiment. Si l'on en faisait par briga4e et que l'on vînt à se former en carrés, ceux-ci seraient trop éloignés.
En déterminant l'obliquité générale des échelons, il faut faire attention que l'ennemi ne puisse pas enfiler cette ligne dans toute sa longueur.
Ordre en échiquier. — Une seconde modification de l'ordre en bataille est Vordre en échiquier. {Fig. 2^pl. 1 .)
Je suppose une ligne de huit bataillons. Pour la disposer en échiquier, les bataillons impairs, un, trois, cinq et sept, se portent en avant, tandis que les bataillons pairs restent en T ligne.
La division est alors disposée en échiquier.
Si l'on veut marcher en avant, les bataillons pairs se mettent en mouvement, traversent la l^^ ligne et s'arrêtent à 150 met. au delà. Ils sont alors protégés dans leur mouvement par les bataillons impairs, qui peuvent exécuter des feux de pied ferme.
Quand les bataillons pairs sont établis, les bataillons impairs se mettent en mouvement à leur tour, et les deux lignes continuent ainsi à s'avancer par un mouvement alternatif, lent il est vrai, mais couvert et plus facile que la marche en ligne pleine.
Cette formation en échiquier s'emploie surtout pour les mouvements de retraite.