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DIXIÈME LEÇON

Suite de Fétude de r^ifanterie. — Forniation en colonne. — Avantages et inconvénients. — Diverses espèces de colonnes, formations mixtes. — Formation en carré. — Des manœuvres. Formations irrégnlières. — De Tinfanterie légère.

Nous avons vu la première formation régulière de l'infanterie, la formation déployée.

Nous allons voir les trois autres :

La formation en colonne; Les formations mixtes; La formation en carré.

formation ei colonne.— La formation en colonne s'obtient en plaçant les unes derrière l^s autres les subdivisions d'une même unité.

Ainsi un peloton se rompra en colonne par section ^U par demi-section.

Un bataillon se rompra en colonne par division, par Proton ou par section.

L'ordre en colonne présentq les avantages suivants :

Le front étant moins étendu que dans la formation déployée, la colonne est plus avantageuse pour la ^^ arche.

Elle se ploie à tous les terrains et peut se modifier ^xxivant les débouchés.

Les pelotons étant les uns derrière les autres, ayant l^iirs chefs devant eux, leurs sous-officiers aux ailes

ou en serre-files, la colonne se trouve par suite beaucoup mieux dans la main de l'officier qui la commande.

Cette formation développe chez le soldat une certaine force morale, une certaine confiance, résultant de ce qu'il se sent soutenu en arrière.

Enfin, dans une attaque, la colonne présente sur le point d'attaque une succession d'efforts produite par les divisions qui suivent la première, qui en sont couvertes, qui par suite n'ont pas vu les obstacles ni presque essuyé les coups des défenseurs.

En raison de ces avantages la colonne est considérée comme la formation la plus propre au mçuvement et à l'attaque.

Mais elle présente les inconvénients suivants :

Elle est très-difficile à reformer en cas de déroute.

Elle est très-exposée aux coups de l'artillerie, qui peut y faire de grands ravages. Decker cite l'exemple d'un obus français tombant sur un bataillon prussien formé en colonne à la bataille de Dresde et mettant vingt hommes hor^ de combat.

Enfin la colonne fournit peu de feux.

Pour remédier à ces inconvénients, quand on marche à l'ennemi en colonne , on prépare et on soutient l'attaque avec des batteries d'artillerie. Et en même temps, on couvre la tête des colonnes par un grand nombre de tirailleurs, dont le feu supplée à celui des colonnes et engage l'ennemi à se dégarnir du sien.

Diverses espèces de colonnes. — Il y a plusieurs espèces de colonnes, suivant qu'on les considère relativement à leur front, à leur profondeur, à leur force ou à leur objet.

Si l'on considère les colonnes relativement à leur front, il y a trois espèces de colonnes :

I* La colonne par section ; S* La colonne par peloton ; 3* La colonne par division.

On emploie l'une ou l'autre de ces colonnes suivant Id. largeur des débouchés dont on dispose.

Dans les manœuvres, le front ordinaire est celui d*nne division.

En route, on marche par section ; quelquefois, sur 1^8 chemins étroits, par demi-section ou même par ÏUatre.

Si l'on considère les colonnes relativement à leur Pi^ofondeur, c'est-à-dire relativement à la distance ^Xitre leurs subdivisions, il y a également trois espèces A^ colonnes,

r La colonne à distance entière, que l'on emploie ^Vft.r les routes afin d'être plus à l'aise, et sur les champs A^ bataille, quand on craint les effets des batteries de ï*^nnçmi. La colonne à distance entière a l'inconvénient de demander beaucoup de temps pour le déploieï^ent.

T La colonne à demi-distance : on l'emploie géné- ^^^^lement dans les manœuvres et dans les attaques. ^Xle permet de prendre des dispositions contre la ca- ^'^-lerie, de changer de front assez rapidement. Elle ^^^t moins longue à déployer que la précédente.

Elle offre moins de prise à l'artillerie ennemie que ^^- suivante.

3* Celle-ci est la colonne en masse. On l'emploie f^^and on \eut réunir beaucoup de troupes sur le ^*^^me point et que l'on n'a pas à craindre les batte- ^^^8 de l'ennemi. On l'emploie, par exemple, pour les ^^serves, sur un champ de bataille.

Si l'on considère les colonnes relativement à leur ^'^:rce, on aura :

r Des colonnes de compare, qui sont en usage chez les Prussiens, les Autrichiens, les Russes, les Suédois, etc..

V Des colonnes de bataillon, qui sont le plus fréquemment employées sur les champs de bataille, parce qu'elles sont assez fortes pour résister seules à toute attaque de Tennemi et qu'en môme temps elles sont très-mobiles et très-faciles à déployer.

3" Puis des colonnes de régiment, de brigade et quelquefois de division. Ces dernières sur un champ de bataille sont trop lourdes, trop profondes, trop difficiles à mouvoir. Elles peuvent être trop facilement mises en désordre. Embrassées par leurs flancs, elles peuvent faire de grandes pertes sans parvenir alors à se déployer. Nous les avons employées à Albuera et à Waterloo. Dans ces deux circonstances , elles ont amené des désastres. Dans tous les cas ce serait le maxi* mum de la force des colonnes tactiques.

4* On emploie encore les colonnes hors du champ de bataille , sur le théâtre d'opérations. On forme alors des colonnes de division, de corps d*armée, quelquefois de plusieurs corps, à la suite les uns des autres.

Enfin, si Ton considère les colonnes relativement à leur emploi, on aura :

r Les colonnes de route, formées de bataillons, de régiments, de brigades, de divisions ou de corps d'armée, marchant par peloton ou par section à distance entière, avec des intervalles de une à deux heures de marche entre les échelons principaux.

T Les colonnes de manœuvres, que l'on emploie pour mouvoir les troupes sur les champs de bataille. Ce sont ordinairement des colonnes de bataillons ou de

'^ments. Plus considérables, elles seraient trop lourdes, elles offriraient trop de prise à l'ennemi, cJi es seraient trop longues à déployer.

3* Enfin, les colonnes d'attaque, que l'on emploie pour aller à l'ennemi lorsque la marche en ligne serait tï*op difficile, ou lorsque le terrain présente des défilés.

Une colonne d'attaque ne doit pas s'occuper de tirer. Elle marche rapidement et cherche à aborder le plus pi*omptement possible l'ennemi à la baïonnette.

Elle ne doit pas non plus chercher à déployer sous le feu même de l'ennemi. Ce serait préparer un désastre. Pour répondre au feu de celui-ci on couvre les co^ lonnes d'attaque par de nombreux tirailleurs.

Sans cela un ennemi qui vous attend de pied ferme i*é serve son feu , enveloppe la tête de la colonne , tîi*e à quarante pas et renverse la moitié des assaillB.nts, comme ont fait les Anglais à Sainte-Euphémie, ^11 Espagne et à Waterloo.

On emploie généralement comme colonne d'attaque 1^ colonne double par bataillon, à distance dé peloton, 9^^e l'on forme sur la division du centre. Cette co- 'oiine permet de déployer rapidement. Elle n'offre pas *^op de prise à l'artillerie; elle donne la possibilité de *^xmer immédiatement le carré.

Voilà les différentes espèces de colonnes le plus *^équemment employées.

Il faut y ajouter encore des colonnes exceptionnel- ^^» que l'on emploie dans certains cas particuliers.

Par exemple :

l' Je citerai la colonne employée à Wagram , colonne ^*attaque de proportions gigantesques.

Elle était composée de huit bataillons déployés les

uns derrière les autres, avec treize autres bataillons formés en colonnes serrées sur les ailes.

L'ensemble de ces vingt et un bataillons comprenait les deux divisions Lamarque et Broussier.

Deux autres divisions , les divisions Pacthod et Durutte, suivaient à distance et servaient de réserve.

A droite se trouvaient les cuirassiers de Nansouty, à gauche la cavalerie légère de la garde.

Enfin, en arrière, à quelque distance, marchait la garde impériale.

Des colonnes aussi considérables sont fort difficiles à mouvoir et offrent beaucoup de prise aux projectiles de l'ennemi.

A Wagram, le maréchal Macdonald,avecsa colonne, aurait été fort compromis, sans les succès du maréchal Davoust sur la gauche de l'armée autrichienne.

2* On se sert aussi des colonnes pour les assauts.

La force de la colonne est alors proportionnée à la nature de l'ouvrage attaqué.

Ainsi, généralement, on met cent hommes pour une lunette avancée ;

Deux cents pour une demi-lune;

Trois cents pour un bastion ;

Quatre cents pour un retranchement intérieur.

Il y a ensuite derrière les colonnes d'assaut des colonnes de soutien , des colonnes de réserve et des colonnes de travailleurs.

3** On emploie encore la colonne pour l'attaque d'une barricade. Le front de la colonne est alors déterminé par la largeur de la rue. La profondeur doit être peu considérable, car la seconde subdivision trouvera plus d'embarras que la première, la troisième plus que la seconde, etc. Cependant, comme il faut beau—

Mup de monde, on emploie des colonnes accessoires, ^oit en deuxième ligne, soit sur les flancs ou sur les ^leiriëres de la barricade.

Quand on ne peut aborder la barricade que de front, on lance successivement des colonnes peu nombreuses, qui épuisent l'ennemi, et que Ton fait suivre d'une réserve destinée à donner le coup de collier.

4* Pour l'attaque des ouvrages de fortification de ca^mpagne, on lance plusieurs colonnes que l'on convive par des tirailleurs ; on les dirige sur les capitales ; on. leur donne peu de profondeur, mais on les multiplie de manière à tromper les défenseurs.

5* Enfin il y a encore des colonnes défensives. Ce sont des colonnes en masse ou à demi-distance , dans lesquelles les files extérieures . des subdivisions du centre font face à l'ennemi.

Telles sont les différentes espèces de colonnes,

. Dei fiHrmâtiois mixtes. — Les deux formations, dé- Pl oyée et en colonne, présentent chacune un certain °^^^mbre d'avantages et d'inconvénients.

On les a combinées entre elles de manière à con- ^^:rver dans une certaine mesure les avantages de cha- ^"^ne d'elles, et de manière à corriger leurs inconvé- ^ ^^nts l'une par l'autre.

Ayant, par exemple, trois bataillons, on déploie le *^uxième , et on dispose les deux autres en colonne ^^-^rles ailes. {Fig. 3jpl. l.)On obtient ainsi une for- ^^«tion mixte, donnant une quantité de feux assez Considérable, présentant en même temps certaines ^cilités pour la marche et ayant de plus les flancs par- ^^-itement appuyés.

C'est dans cet ordre que Tarmée française passai le Tagliamento en 1797.

Les deux divisions Bernadotte et Guyeux formais ^3if la ligne de bataille, La division Serrurier formait k réserve.

Dans chaque division, les demi-brigades, qui coai^E)taient trois bataillons, avaient adopté la formation qi-:^e je viens d'indiquer.

A Eylau, les Russes avaient, dans chaque régîmen le bataillon du centre déployé, et les deux autr^B^s bataillons en colonne derrière les ailes. (Ftff. i^ pi. i — )

J'appellerai encore formation mixte une ligne <^ ^ bataillons en colonne, à distance de déploiemen" formation qui participe évidemment des deux ordr^^^ en bataille et en colonne. (Fig. 5, pi. 1.)

C'est Tordre que le général Jomini propose formation de combat. Il est évidemment très-propà la marche et très-facile à déployer.

C'est celui que Schérer avait prescrit à l'arm.^ d'Italie en 1796.

Formation en carré. — Enfin, comme formation rég" lière, l'infanterie a encore la formation en carré.

Cette formation est la conséquence de la formati en colonne. Elle est essentiellement défensive; ete n'est vraiment bonne, pour Tinfanterie, que qua celle-ci peut être enveloppée par la cavalerie.

Dans toute autre circonstance, il est évident que formation déployée, qui permet à une troupe de faC usage à la fois de la totalité de son feu, est supérîeiKà la formation en carré , qui ne permet d'en e ployer que le quart dans la môme direction.

Il y a deux sortes de carrés, les carrés vides et E ^^ carrés pleins.

Xe

la

Les premiers sont formés sur 2, 3, 4 et 6 rangs. En Egypte, les carrés étaient sur 6 rangs; — les carrés anglais étaient sur 4, — aujourd'hui nos carrés sont sur deux rangs.

Les carrés pleins sont formés par des colonnes en messe; il n'y a pas de vide intérieur, et les flancs sont formés par les files extérieures des subdivisions du centre. Ces carrés présentent une grande solidité; mais, en même temps, ils oflTrent beaucoup de prise à Tartilierie, et au milieu du carré se trouvent un grand nombre d'hommes qui ne peuvent faire usage de leurs armes.

Sous le rapport de leur forme, les carrés sont toujours ou carrés ou rectangulaires.

Sous le rapport de leurs dimensions, on forme des carrés de bataillon ou de régiment.

Quelquefois et par exception, on forme des carrés plus considérables , comme en Egypte, où les carrés étaient formés par division.

Quelquefois encore on adopte la disj^osition suivante : Ayant deux lignes d'infanterie déployées à 3 ou 400 met. l'une de l'autre, on dispqfee sur les ailes des troupes en colonnes, qui font de cet ordre de bataille un véritable carré, un carré vide {Fig. 6, pL 1). Ou bien encore une réserve, par exemple, une division ayant ses quatre régiments en colonnes serrées, à côté les uns des autres, présente une sorte de carré plein. {Pig.l^plA.)

Telles sont les différentes formes et les diverses dimensions des carrés.

Pour la formation du carré de bataillon ou de régiment , on forme d'abord la colonne par division , à distance de peloton ; on passe ensuite à la formation du carré, en faisant serrer la dernière subdivision et

en faisant converser à droite et à gauche les sections du centre, qui forment ainsi les faces latérales.

Dans le carré de bataillon, avant l'ordonnance de 1860, il n'y avait pas de réserve, ce qui était un inconvénient. Cependant les serre-files, placés derrière les divers pelotons, pouvaient être réunis et former une petite réserve d'élite. De plus, toutes les faces n'étant pas également engagées , celles qui l'étaient moins pouvaient fournir quelques renforts aux autres faces. Aujourd'hui, d'après le paragraphe 207 de l'école de bataillon, un bataillon devant former le carré a toujours une réserve, composée, dans une colonne par peloton, de l'avant-dernier peloton, et dans une colonne par division, des sections intérieures de l 'avant-dernière division. — Dans. les carrés de régiment, il y a également une réserve. Pour un régiment de deux bataillons, la réserve est formée par la ^^ division du r' bataillon.

Pour un régiment de trois bataillons, la réserve est formée de 2 divisions, la 4* du T' et la 4» du ï\

Dans un carré, les points faibles sont évidemment les angles, qui présentent des secteurs sans feux.

Pour remédier à ce défaut , on peut exécuter des feux obliques, faire un pan coupé, sur lequel on met quelquefois une pièce d'artillerie; enfin envelopper le carré de tirailleurs et les rallier sur une même diagonale en deux groupes, de manière à flanquer les faces du carré. {Fig. S^pl. i.)

Tels sont les carrés isolés; leur force, comme je l'ai dit, varie d'un bataillon à un régiment. On en forme rarement de plus considérables, parce que cette formation, étant destinée à résister à la cavalerie, doit, pouvoir être prise rapidement et facilement.

Ces carrés isolés présentent une disposition assez m^ocre, en raison de leurs angles morts; mais la j I combinaison de plusieurs carrés forme une disposition ^^ I excellente. Nous allons l'examiner.

^ I Je suppose une ligne de bataillons déployés : on leur

^^ f fait fonner les carrés obliques, et Ton obtient alors

^i I une combinaison de feux qui battent tous les intervalles

^ / entre les bataillons. (Fig. 9, pi. 1 .)

De même, si on a une ligne de bataillons en colonne avec des intervalles de déploiement, on forme Jes carrés obliques au moyen d un changement de direction par le flanc. (Ftg. 10, pi. 1.)

Quand les bataillons sont en échelons, on leur fait

^c^rmer les carrés perpendiculaires et Ton obtient encore

»e bonne disposition défensive. {Ftg. ii^pl. 1 .) Dans

cas, pour que les carrés se flanquent, il ne faut pas

'^'ils soient trop considérables ; c'est pourquoi Ton

^ forme pas les échelons de plus d'un régiment.

Quand l'infanterie est en échiquier, on peut encore

* ^^=^rmer les carrés, mais ils sont moins avantageux, et

•^^ flanquement se fait moins bien. {Fig. 12,/?/. 1.)

Avec ces divers systèmes de carrés, on peut em-

oyer de l'artillerie que Ton place sur les diagonales,

manière à se trouver dans les secteurs sans feux.

On peut aussi employer de la cavalerie , que l'on ace en 2* ligne et que l'on fait déboucher dans les ^^^^tervalles.

Dans tous les cas, les petits carrés sont les meilleurs ;

^ï-^ présentent une grande facilité de formation , ils

^^'Brent des vides par lesquels s'échappent les che-

^^^ux que leur instinct éloigne des foyers, de la mous-

^'tieterie. Enfin le renversement d'un petit carré est

^^Ti accident réparable qui n'entraîne pas la perte de

la ligne. « Dans cet ordre, dit le ;[naréchal de Saintce Arnaud , une infanterie, qui a du calme et qui est « maîtresse de son feu, ne saurait être entamée par (( la cavalerie. »

Le maréchal Bugeaud recommande alors le tir deux balles, qui devient, difc-il, un puissant auxiliaire ^

On trouve dans Thistoire des exemples fréquents de l'emploi des carrés.

Aux Pyramides, Tordre de bataille présentait cinq carrés, formés chacun d'une division et disposés à peu près en échelons doubles sur le centre : la gauche s'appuyait au Nil, et la droite à un village dont on s'était emparé au commencement de l'action. {Fig. 13, jo/. 2 .)

Au mont Thabor, Kléber avait formé deux carrés avec sa petite division. Ces carrés se flanquaient réciproquement; ils étaient enveloppés par 20,000 Turcs : Bonaparte arrive au secours, il forme trois carrés échelonnés sur le centre, et il se dirige de manière à prendre le gros de l'ennemi entre ses carrés et ceux de Kléber. {Fig. li.pl. 2.)

A Austerlitz, le maréchal Lannes, avec les divisions Suchet et Caflarelli , se sert des carrés obliques pour repousser la charge des uhlans de la garde russe. 1*^*

Enfin, à Isly, le maréchal Bugeaud, qui marchait 1 j sur deux colonnes parallèles, les forme pour le combat en échelons doubles sur le centre et présente ainsi un grand losange, dans lequel tous les carrés se flanquent mutuellement, et où, par conséquent, l'ennemi ne trouve pas d'ouverture pour pénétrer.

L'artillerie est sur les diagonales;

La cavalerie dans l'intérieur du losange. (Fig. 16, pi. 2.)

Nous avons terminé l'examen des formations régfulières de Tinfanterie. — Passons aux manœuvres.

On appelle manœuvres les mouvements par lesquels on passe d'une formation à une autre, et au moyen desquels une troupe peut se porter dans toutes les directions.

Les manœuvres doivent remplir plusieurs conditions :

l"" La simplicité, pour qu'elles soient faciles à com-* prendre et à exécuter;

2"* La promptitude, parce que c'est un moment de crise qu'il faut passer promptement ;

3* L'ordre, qui est indispensable pour que les troupes De tombent pas dans la confusion;

4° La solidité ou la sûreté, c'est-à-dire qu'à tous les lûoments de la manœuvre, il faut pouvoir s'arrêter et Pî^endre une disposition défensive, ce qui arrive dans les manœuvres françaises, où tous les bataillons formés ^H colonnes doubles peuvent à tout instant s'arrêter et former les carrés.

5"* Enfin la flexibilité, de manière à pouvoir se plier à tous les terrains.

Les principales manœuvres de l'infanterie sont les suivantes :

i° Passer de l'ordre en colonne à Tordre en bataille; 2® Marcher en bataille ou sur une ligne de bataillons en

colonne; 3** Former les échelons -, 4<> Prendre Tordre en échiquier ; h^ Former les carrés perpendiculaires ou obliques ; 6» Exécuter les passages de ligne ; 7« Exécuter les changements de front ; 8<* Passer de Tordre en bataille à Tordre en colonne.

Voilà les manœuvres de Tinfanterie les plus usitées et celles dont on trouve des exemples à la guerre.

Nos manœuvres d'infanterie sont réglées par l'ordonnance de 1 831 , qui est renouvelée en grande partie de celle de 1791. Antérieurement à cette époque, il y avait eu un règlement de manœuvres en 1776 et un autre en 1753.

L'ordonnance de 1831 vient d'être modifiée tout récemment , en 1860.

Comme je l'ai dit précédemment, le général Renard fait observer que cette ordonnance semble plus en rapport avec la tactique compassée du siècle dernier qu'avec les allures dégagées de la tactique actuelle.

Quoi qu'il en soit, les manœuvres ont une grande importance. A toutes les époques, ce sont elles qui ont assuré la victoire.

Des formations irrégalières de rinfanterie. — Les éléments d'une troupe d'infanterie peuvent être désunis et placés à des distances variables les uns des autres, en dessinant sur le terrain une figure irrégulière. C'est ce qui constitue le service de tirailleurs.

Ce service est fait plus particulièrement par l'infanterie légère, voltigeurs et chasseurs à pied. Cependant toute l'infanterie y est exercée.

Il ne faut pas confondre les tirailleurs avec les éclai-

reurs.

Les éclaireurs surveillent les mouvements de l'ennemi. Ils peuvent faire leur service sans avoir à s'engager. Ils comprennent les avant-gardes , les arrièregardes et les flanqueurs.

Les tirailleurs sont beaucoup plus nombreux. On ne

les détache qu'en présence de l'ennemi. Ils ont pour

ut de tenir éloignés les tirailleurs de l'ennemi, de

econnaitre sa position, de fatiguer ses troupes de

1 igné. Ils commencent le combat et préparent l'action

des masses.

Il y a trois espèces de tirailleurs :

r Les tirailleurs de marche, qui couvrent la marche des colonnes en présence de l'ennemi ;

V Les tirailleurs de bataille , qui couvrent les troupes en position et qui protègent les manœuvres. Leur a.otion est évidemment secondaire. Us se neutralisent ixxutuellement et ne peuvent rien décider. Il faut touj ours en venir au choc des masses ;

y" Les tirailleurs en grande bande , qui datent de 1 792. N'ayant pas le temps d'instruire les troupes, ni do leur donner de l'ensemble, on tira parti de ce qu'il y a d'intelligent , d'audacieux , d'entreprenant dans 1^ caractère français, pour faire combattre nos jeunes Soldats éparpillés et librement, c'est-à-dire en grandes "■^^tndes de tirailleurs.

Dumouriez, Custine, Dugommier, emploient de ^^tte manière des bataillons, des demi-brigades, des '^^ï'igades entières. Plus tard, Augereau et Masséna ^viîvent la même tactique et la perfectionnent. Nos -"^^ndes de tirailleurs sont soutenues par de fortes comptines qui menacent l'ennemi de front, tandis que les ^îi^ailleurs agissent sur ses flancs et les tournent. Sous "^ îimpire, la continuation de ce système donne à nos 'oupes plus de mobilité qu'à toutes les autres armées ^^^ropéennes. De là nos succès.

l,es tirailleurs en grande bande seront toujours la f^eilleure tactique pour des troupes jeunes, peu ^ ^ s truites, mais braves et enthousiastes.

Les tirailleurs» en général, présentent les avantages suivants :

r Leurs feux sont très-redoutables et désolent, par leur précision, des troupes en ligne ;

2° Leur front est très-étendu, et une compagnie de voltigeurs peut couvrir un bataillon ;

3"* Leur marche est facile. Ils passent sur tous les terrains, et les plus accidentés sont ceux qui leur sont le plus favorables.

Les tirailleurs sont impropres au choc ; cependant, isolément, ils peuvent faire usage de leurs baïonnettes.

Pour l'emploi des tirailleurs, on les forme en groupes de 2, de 4 ou de 8, que Ton appelle camarades de combat, qui se rallient ensemble et qui règlent leurs feux par moitié.

On ne s'attache pas à la régularité de la ligne, mais on lui fait suivre toutes les sinuosités du terrain, de manière à profiter des accidents favorables pour abriter les tirailleurs.

Quand la ligne de tirailleurs s'éloigne du corps principal, on lui donne une réserve du tiers ou de la moitié de son effectif.

Tels sont les principes généraux relatifs au service des tirailleurs.

Ce service doit pouvoir être fait par toute l'infanterie. Mais il appartient plus spécialement à l'infanterie légère.

Comme je l'ai dit, il y a eu de tout temps de l'infanterie légère.

Les Grecs avaient leurs psilites.

Les Romains leurs volites, gens de trait, frondeurs et archers-

Au moyen âge, Tinfanterie légère était représentée par les aventuriers, les archers, etc. • .

A l'époque de la renaissance, par les arquebusiers et l69 enfanta perdus- Sous Louis XIV, par les dragons, les mousquetaires, les partisans.

Sous l'Empire, et au camp de Boulogne, chaque division d'infanterie avait un régiment d'infanterie légère, comme elle a aujourd'hui un bataillon de chasseurs à pied. Chaque bataillon avait de plus, encore c:omme aujourd'hui, une compagnie de voltigeurs.

L'infanterie légère était plus nécessaire dans le iàele dernier que dans le nôtre.

En effet, à cett^ époque, on faisait des soldats de éritables automates, attachant une importance exaérée à la précision du maniement d'armes et à la ca- ^:3ence du pas.

L'infanterie légère était alors indispensable.

Aujourd'hui, les exercices militaires ont changé. On cherche à développer les forces physiques et l'adresse du soldat, au moyen des exercices gymnas- ^iques, du tir à la cible, de l'escrime à la btfion- :^etie, etc..... Sur les champs de bataille, on ne veut ;^lu8 faire combattre les soldats comme des machines, :)3tiaiB bien comme des hommes. La régularité de nos :i3ianœuvres est moins parfaite, mais très-suffisante, ïlt toute notre infanterie peut faire le service d'infant^erie légère.

Cependant, comme je le disais tout à l'heure, ce ^service est réservé plus spécialement à nos voltigeurs ^t à nos chasseurs à pied*

Les voltigeurs couvrent le front et les manœuvres de

leurs bataillons»

Les chasseurs à pied ont une destination spéciale. On les considère à la fois comme de l'infanterie légère et comme une artillerie très-portative.

Ils contre-battent lartillerie ennemie à de grandes distances. Ils appuient les flancs d'un ordre de bataille. Enfin, ils peuvent être appelés, en raison de la puissance de leurs armes, à faire des trouées dans la ligne ennemie par des feux d'ensemble.

On emploiera donc les chasseurs à pied :

1" En tirailleurs devant le front ;

T Sur les flancs, dans des positions favorables, d'où ils tireront postés, comme les batteries d'artillerie ;

3** Enfin en réserve, pour agir tout à coup par des feux d'ensemble d'une grande puissance.

Les chasseurs ont un habillement spécial et un armement particulier, tous deux en rapport avec les nécessités de leur service.

Le premier bataillon de chasseurs a été créé à titre d'essai le 14 novembre 1838, sous le nom de bataillon de tirailleurs.

On lui donna à peu près l'habillement actuel, de couleur sombre : tunique bleu de roi, pantalon gris de fer. On l'arma de carabines à tige. On y développa l'instruction du tir. On l'instruisit à manœuvrer au pas gymnastique.

En 4840, on créa 10 autres bataillons.

En 1853, on en créa 10 nouveaux, ce qui porta le nombre à 20 pour la guerre d'Orient.

En 1854, on en créa 2 autres encore, 21« et 22», qui furent dissous à la paix.

Enfin, à la création de la garde, on lui adjoignit un bataillon de chasseurs de la garde.

Tel est rhistorique de ce nouveau corps et tels sont les principes relatifs au service de Tinfanterie légère, service qui demande surtout de la légèreté et de l'intelligence.

Nous terminons ici l'étude de l'infanterie et des règles relatives à son emploi.

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