‹ Cours d'art et d'histoire militairesChapitre 26 sur 37 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

De rartillerie. — Considérations générales. — Ses attributions.

Organisation de l'artillerie. — Ses propriétés tactiques. — Différentes espèces de tir. — Diverses espèces de batteries. — Emploi ùi rartillerie dans les principales circonstances de la guerre.

Formations et manœuvres de Tartillerie.

Dos corps hors ligne. — Leur tactique.

Considérations généralos. — L'artillerie a longtem] figuré sur les champs de bataille sans être un des él( ments tactiques des armées.

La tactique, en effet, se résume dans les engage ments ; quand un des éléments qui composent un.e armée ne peut prendre part aux engagements que dans des limites très-restreintes, cet élément ne peut être considéré que comme un accessoire d'une importance secondaire.

C'est ce qui arriva pour l'artillerie dans les premiers temps de son existence. Elle ne pouvait tirer que dans une seule position, et une fois établie, elle n^ pouvait la quitter. Elle était parfois fort embarrassante ; dans certains cas, elle pouvait devenir nuisible -a comme à Pavie, oii son immobilité entraîna la pertC3 de la bataille.

A cette époque, l'artillerie n'était donc pas encoi^^ un des éléments principaux de la composition d^^ armées. Elle ne le devint qu'au commencement d^ XVir siècle, quand Gustave-Adolphe la perfcclionn^j

et la rendit assez mobile pour qu'elle pût suivre les mouvements des troupes.

Depuis cette époque, nous la trouvons en quantité considérable dans toutes les armées européennes.

Les armées de Louis XIV eurent beaucoup d'artillerie.

A Fleuras, l'armée française avait 100 bouches à ifeu, àMalplaquet 200. — L'artillerie n'était pas alors ^répartie comme aujourd'hui et attachée aux diverses "Tinitésde l'organisation. Elle formait un grand parc <i'o{i on la tirait pour une bataille et où elle rentrait ^près.

Les armées de Frédéric eurent également une artillerie nombreuse. A Zorndorf les Prussiens avaient 117 bouches à feu,à Torgau 244. C'est à Frédéric que l'on doit la création de l'artillerie à cheval.

Sous la République et sous l'Empire, on voit également dans les armées de grandes masses d'artillerie.

Et aujourd'hui l'artillerie est un des trois éléments principaux qui composent les armées.

Son matériel est devenu tellement mobile, qu'il peut suivre partout la cavalerie et l'infantacie.

La proportion adoptée pour l'artillerie, dans la composition des armées modernes, est de deux pièces pour 1000 hommes d'infanterie, et quatre pour 1000 chevaux.

L'ensemble du personnel de l'artillerie d'une armée représente le 1/8 ouïe 1/10 de l'effectif de l'infanterie.

L'utilité de l'artillerie dans les divers modes d'existence des armées est incontestable.

Dans les marches, quelques pièces sont à l'ayantgarde pour couvrir les déploiements et tenir l'ennemi à distance. Dans les retraites, les batteries de l'arrière-

garde sont le meilleur moyen de ralentir la poursuite. Dans les camps et sur les positions, l'artillerie occupe les saillants, les points d appui, les postes avancés.

Enfin dans les batailles, c'est elle qui couvre les déploiements des troupes, qui contre-bat l'artillerie opposée, qui renverse des parties entières de l'ordre de bataille ennemi à de grandes distances, qui prépare les charges de la cavalerie, précède les colonnes d'attaque et prépare de même leur effet.

Dans la défensive, elle appuie les flancs de l'infanterie, fouille les couverts, bat les débouchés, croise ses feux en avant des points d'attaque.

Enfin dans les trois modes d'existence des armées, elle joue un rôle considérable.

Néanmoins, l'artillerie n'est, comme la cavalerie, qu'une arme secondaire, une arme accessoire, quand on la compare à l'infanterie.

Elle ne réunit pas les deux propriétés du feu et du choc. Elle n'a que la première, comme la cavalerie n'a que la seconde.

Elle ne peut pas se suffire à elle-même et elle a toujours besoin de troupes de soutien.

Son matériel est lourd, embarrassant, coûteux. Il exige beaucoup de chevaux .

L'instruction qu'elle comporte est longue et compliquée.

La marche est souvent lente, ce qui embarrasse dans beaucoup d'opérations.

Par suite de ces inconvénients, l'artillerie n'occupe qu'une place secondaire parmi les Cléments tactiques qui entrent dans la composition d'une armée.

Attributions de Tartillerie. ~ Ses attributions comprennent trois espèces de services :

1" Le service des bouches à feu. C'est particulièrement à ce point de vue que nous considérerons Tartîllerîe.

2* La confection et la réparation des armes de guerre, ainsi que la confection et le transport des munitions. C'est elle qui dirige nos manufactures d'armes à feu, Tulle, Mutzig et Saint-Étienne, et notre manufacture d'armes blanches, Châtellerault.

y Enfin la construction des ponts de bateaux.

Organisation de l'artillerie.— 11 y a deux choses à considérer dans cette organisation.

l" Le matériel; 2» Le personnel.

Le matériel a varié suivant les époques. Depuis Louis XIV, nous avons eu en France le système Vallière, celui de Gribeauval, celui du comité, celui de l'Empereur, et enfin les canons rayés.

Chaque système comporte :

1** Une artillerie de campagne; 2« Une artillerie de siège ; 30 Une artillerie de place ; V Une artillerie de montagne.

Depuis l'origine de l'artillerie, la tendance générale ^stvers une simplification îiussi complète que possible des pièces et des voitures.

Le système du comité comportait 2 espèces de pièces : ^6 8 et le 12; et 2 espèces d'obusiers : de 15 et de 16 centimètres.

Le système de l'Empereur n'admit plus qu'une seule espèce de bouche à feu : le canon-obusier de 12, etmo-

mentanément le canon léger de 12 , ancien 8 foré au calibre de 12.

Aujourd'hui la nouvelle pièce, qui est rayée comme les fusils d'infanterie, qui a une portée de 2,400 à 3,000 mètres et une légèreté comparable à l'ancien 4, parait devoir suffire aux besoins d'une campagne. Néanmoins la question n'est pas encore résolue d'une manière définitive.

L'artillerie de siège et celle de place comprennent du 12, du 16 et du 24, un obusier de 22 cent, et des mortiers de divers calibres.

L'artillerie de montagne se compose d'obusiers de 1 2.

Ces trois espèces d'artillerie se transforment en ce moment, comme l'artillerie de campagne ; on cherche, au moyen des rayures, à augmenter la portée, la justesse, la force de pénétration, en un mot, la puissance d'action de chaque pièce.

Indépendamment des pièces , le matériel de Tartillerie comprend encore des voitures de toute espèce : caissons, forges, chariots de batterie, chariots de parc, chariots porte-corps, etc., etc.

Tel est l'ensemble du matériel de l'artillerie, dont les détails appartiennent au cours d'artillerie proprement dit.

Quant au personnel, il comprend :

r De l'artillerie à cheval, particulièrement destinée à suivre la cavalerie ;

2** De l'artillerie montée, pour les divisions d'infanterie ;

3** Enfin, de l'artillerie à pied, pour les parcs et les places fortes.

L'artillerie à cheval et l'artillerie montée forment rartillorie de bataille.

Celle-ci est organisée par batteries.

La batterie estrunité tactique de lartillerie, comme ie bataillon est l'unité tactique de l'infanterie, comme i 'escadron est l'unité tactique de la cavalerie.

La batterie se compose de 6 ou de 8 pièces : 6 en I«>ance, 8 en Russie, en Autriche et en Prusse.

Le personnel d'une batterie, en France, varie entre 10 et 225 canonniers environ; les chevaux entre 210 !t260, selon que les batteries sont des batteries montres ou des batteries à cheval .

Les voitures de la batterie sont environ au nombre e 30, en y comprenant les pièces.

La composition de ces voitures varie selon que la ^atterie doit être attachée à de l'infanterie ou à de la ^^avalerie.

Quand la batterie est destinée à Tinfanterie, il y a l^rmî les voitures six caissons de cartouches ; quand lie est destinée à la cavalerie, il n'y a plus que 2 caisons de cartouches.

L'ensemble de la batterie se divise en deux parties. 1" partie comprend 6 pièces et 6 caissons chargés ; lie est dite batterie de manmwre.

La V partie comprend les autres voitures et forme l^ réserve^ sous les ordres du capitaine en 2*.

La batterie de manœuvre se subdivise en 3 sections. Chaque section comprend 2 pièces; les sections des ^-iles sont commandées par les lieutenants ou souslîeutenants de la batterie; celle du centre par l'adjudant. Chaque pièce est commandée par un sous-officier, ^tc'est là l'unité inférieure de l'arme. Ensuite viennent, ^omme je le disais tout à l'heure, la section, la demil>atterie et la batterie.

Deux ou trois batteries forment le commandement ^'uti chef d'escadron.

4, 6 ou 8 batteries forment une réserve d'armée ou de corps d'armée, et sont commandées par un colonel ou un lieutenant-colonel.

Telle est Torganisation tactique de rartillerie.

Propriétés tactiques. — Quant à ses propriétés tactiques, rartillerie n'en a qu'une seule, la propriété de feu.

Mais ses feux sont extrêmement puissants.

Ses projectiles ont une grande portée et une grande force de pénétration.

Son tir à mitraille embrasse une grande surface de terrain .

Ses projectiles creux passent derrière les obstacles; leurs éclats ont des effets très-destructeurs.

L'artillerie exerce sa propriété de feu au moyen de plusieurs espèces de tir :

r II y a d'abord le tir à ricochets, quand le boulet touche plusieurs fois le sol, et se relève plusieurs fois avant la fin de sa course. Le ricochet est tendu quand l'angle de la pièce avec l'horizon est assez faible, 6°, par exemple. Il est plongeant quand cet angle est plus fort, quand il est, par exemple, de 12°.

T Ensuite vient le tir de plein fouet, quand on tire directement sur le but à atteindre et que le projectile le frappe sans toucher le terrain en avant.

3° Puis le tir à mitraille, quand on emploie des boites à balles et que l'on veut battre de grandes surfaces de terrain à de petites distances, 4 ou 500 met., par exemple.

4° Enfin le tir à obus. — L'obus agit comme boulet par son choc, et ensuite comme mitraille par ses éclats. C'est ce que fait le projectile de la nouvelle pièce.

Généralement le tir à ricochets s'emploie au début

d'un engagement ; on tire ainsi sur les premières troupes de Tennemi, à de grandes distances et lentement.

On emploie le tir de plein fouet quand l'ennemi se rapproche.

Quand il se rapproche plus encore, à 4 ou 500 met., par exemple, on tire à mitraille et aussi vite que possible.

Le tir à obus s'emploie contre les ouvrages et aussi c ontre la cavalerie ; il effraie beaucoup les chevaux.

DiTenes espèces df batteries. — Quand on considère les fc^otteries, relativement à leur emplacement sur les cliamps de bataille, on en distingue cinq espèces :

r Les batteries directes, qui tirent directement sur y ennemi;

2° Les batteries d'écharpo, dont le tir est oblique par rapport au but à atteindre ;

3° Les batteries d'enfilade, qui sont placées de mai^ière à enfiler une des parties de l'ordre de bataille ^Unemî ;

4** Les batteries de revers, qui sont établies de maï^xère à voir les derrières de l'ennemi ;

5* Enfin les batteries croisées, coninic^ 1 et 2, qui Gï*oisent leurs feux sur le môme point. (F/y. il, pi, 2.)

L'emplacement d'une batterie, quelle qu'elle soit, doit toujours être choisi d'après les règles suivantes :

r L'emplacement de la batterie ne doit pas gêner ^^s mouvements des troupes.

2° Il faut masquer les pièces par des accidents na- ^^rels, des ressauts de terrain, des haies, etc.;

3'* Le sol de la batterie doit être ferme et plan, de Manière que la crosse et les roues de chaque pièce Soient à la même hauteur; le terrain en avant doit être

mou, de manière à arrêter les boulets ennemis et à ne pas permettre le ricochet ;

4** Il faut, en arrière ou sur les flancs, des abris pour les troupes de soutien et la section de réserve ;

5" La batterie doit avoir un commandement de 8 à 12 mètres au-dessus du terrain environnant.

6" Enfin il ne faut pas que la batterie puisse être prise elle-même d*écharpe ou d'enfilade ; ou du moins il faut être sûr d'obtenir l'effet voulu avant que les pièces soient démontées.

Telles sont les conditions principales que Ton doit rechercher dans l'emplacement d'une batterie.

Emploi de rartillerie. — Le premier principe dans l'emploi de l'artillerie est de diriger son feu principalement sur les troupes de l'ennemi. On emploie ainsi la moitié ou les deux tiers des pièces dont on dispose. Le reste est destiné à contre-battre l'artillerie ennemie, à lui répondre, à l'inquiéter, à attirer son feu.

On laisse derrière chaque batterie des intervalles qui sont destinés à devenir les égouts des boulets. 11 est dangereux de placer de l'artillerie devant les troupes. Les coups qui manquent la batterie atteignent alors les troupes.

Les batteries placées devant la ligne de bataille sont à 2 ou 300 mètres de l'infanterie, de manière à en être protégées. Quelquefois la nature du terrain exige qu'on les éloigne davantage. On donne alors à chaque batterie un soutien particulier.

En Autriche, ce soutien est permanent. Il se compose, pour chaque batterie , de 1 officier, 4 sous-officiers et 24 carabiniers»

Quoi qu'il en soit, dans un ordre de bataille, on

divise Tartil erie dont on dispose en 2 parties : l'une, qui reste à la réserve et qui est destinée à parer aux diverses éventualités ; l'autre qui forme les batteries dont je parlais tout à l'heure, placées devant la première ligne de l'ordre de bataille- Dans la défensive , ces batteries croisent leurs feux en avant des points à défendre et s'appliquent à bien tattre les débouchés par lesquels l'ennemi peut se présenter ; elles dirigent des obus sur les lieux fourrés et dans les chemins creux où il pourrait s'embusquer ; elles ne doivent pas être disséminées, sans quoi elles produiraient peu d'effet, et consommeraient beaucoup de munitions.

Quand on emploie de l'artillerie dans les carrés isolés, on place une ou deux pièces dans les secteurs sans feu et dans la direction des diagonales.

Si ce sont des carrés combinés, on met l'artillerie dans les intervalles, et toujours dans les secteurs sans feu. Quand la cavalerie charge, les canonniers se réfugient dans l'intérieur des carrés ou se jettent entre les roues, se couchent sous les affûts et s'y défendent avec les leviers de pointage et les écouvillons.

Quand la charge est passée, ils recommencent le feu, comme l'artillerie anglaise à Waterloo.

Voilà les principes généraux de l'emploi de l'artillerie dans la défensive.

Dans l'offensive, l'artillerie couvre les dispositions des colonnes, bat le point que l'on veut attaquer, de manière à ruiner les défenses, renverser les obstacles, ouvrir les ouvrages de fortification, éteindre le feu de l'ennemi. Elle continue son feu jusqu'à ce que les troupes en arrivent au combat corps à corps.

Son action dans l'offensive est surtout une action

préparatoire, fille prépare les attaques que Tinfanterie décide.

Elle exerce cette action préparatoire dans la progression suivante :

Elle commence par éteindre le feu des batteries ennemies qui couvrent le point d'attaque.

Il lui faut alors la supériorité du nombre, de la position et du calibre. Cette dernière est surtout avantageuse aux grandes distances.

Quelquefois on éteint le feu de l'ennemi par Uîie attaque vive et brusque; alors, au lieu de chercher à démonter les pièces, on chercheà mettre les canonniers hors de combat. Pour cela, une batterie d'artillerie légère arrive au galop à 300 ou 400 mètres de l'ennemi, et tire coup sur coup plusieurs fois à mitraille.

Puis, quand on a pris la supériorité sur l'artillerie ennemie et éteint son feu, au moins en partie , les colonnes d'attaque s'avancent. Les batteries marchent sur leurs flancs et tirent , en avançant, jusqu'à ce que les colonnes d'attaque soient engagées directement avec l'ennemi.

L'artillerie prépare de même les charges de la cavalerie, qui doivent seconder ou compléter les attaques de l'infanterie. Pour préparer une charge de cavalerie, l'artillerie à cheval se porte au galop en avant du flanc de la colonne ; elle commence à petite portée un feu vif, qui ébranle l'ennemi et qui prépare le sucoès de la charge. Quand la charge est dirigée contre l'in" fanterie, l'artillerie achevai peut approcher avec assu-' rance jusqu'à 300 mètres. — A cette distance, la feu de l'infanterie est encore très-incertain, ou plutôt était très-incertain. Ce feu a acquis aujourd'hui une bien plus grande portée.

On emploie encore lartillerie dans les ouvrages. Elle tire alors à barbette ou à embrasures.

Elle tira à barbette quand elle doit embrasser un grand espace de terrain; elle tire à embrasures quand la direction du tir est bien connue: Les coups sont alors plus certains et les canonniers plus à Tabri.

Il est rare qu'en campagne on ait le temps d'élever des ouvrages complets. On se contente le plus souvent d'une levée en terre de 0"", 80 à 1 mètre, avec un fossé en avant et deux petits fossés à droite et à gauche dt chaque pièce, pour abriter les canonniers.

Enfin l'artillerie joue encore un grand rôle dans les retraites et dans les poursuites.

Dans les retraites, l'artillerie couvre les troupes en se plaçant aux extrémités des lignes d'infanterie. Elle défend l'entrée des défilés. Elle soutient l 'arrièregarde.

L'artillerie de l'arrière-garde se partage ordinairement en deux sections. L'une se met à la tête et l'autre à la queue de la colonne. Celle-ci s'arrête de temps en temps pour retarder la poursuite de l'ennemi. Elle marche à la prolonge, soutenue de quelques pelotons de cavalerie. Elle se tient sur la route, quand cette route est un défilé. Elle tâche de suivre les côtés dans le cas contraire, et de croiser ses feux sur la route même.

L'artillerie de la tête prend position quand elle ren-* contre un emplacement favorable. L'on tâche alors d'attirer l'ennemi sous son feu. Elle remplace ensuite l'artillerie de la queue.

Les deux sections font ainsi une espèce de retraite par échelons.

C'était la méthode employée par le maréchal Marmont dans la campagne de France.

Dans les poursuites, Tartillerie est employée à renverser les carrés, à-battre les postes où Tennemi paraît vouloir tenir. Elle prend en même temps les colonnes en écharpe. Elle y fait des trouées qui préparent les charges de la cavalerie. Elle poursuit l'ennemi de ses boulets.

Tels sont les principes généraux de l'emploi de l'artillerie datis les principales circonstances de la guerre.

Formations de l'artillerie. — L'artillerie n'a que des formations régulières.

Ces formations sont analogues à celles de l'infanterie et de la cavalerie.

Elles sont au nombre de trois :

Formation en bataille ; Formation en batterie ; Formation en colonne.

Dans la formation en bataille, la tête des chevaux est tournée vers l'ennemi. L'intervalle entre les pièces est de 12 mètres pour l'artillerie montée, et de 15 mètres pour l'artillerie à cheval.

La distance entre les pièces et les caissons est de 1 mètre. Les caissons sont sous le commandement du maréchal des logis chef.

Le front d'une batterie en bataille est d'environ 80 mètres.

L'intervalle entre les batteries est double de celui entre les pièces, 24 ou 30 mètres.

La formation en bataille présente deux modificat;ion8 : Tordre en échelons, par batteries, demi-battexies ou sections, et Tordre en échiquier ; ce dernier jpeu employé.

La seconde formation de l'artillerie est la formation batterie.

Les pièces font alors face à Teitnemi.

Les avant-trains et les caissons sont placés sur deux jgnes parallèles à celle des pièces.

La distance entre les leviers de pointage des pièces t la tête des chevaux des avant-trains est de 6 mètres.

La distance entre les avant-trains et les caissons st de 10 mètres.

La formation en batterie est la formation de ombat.

Enfin la troisième formation de l'artillerie est la

^rmation en colonne, présentant des subdivisions ou

es unités égales placées les unes derrière les autres.

La formation en colonne pour Tartillerie, comme our les autres armes, est toujours une formation de «ute, de manœuvre et d'attaque.

On forme la colonne par batterie, par demi-batterie, ^«ur section et quelquefois par piè<;e.

Les colonnes par section présentent des distances 'i^ 1 mètre entre les différentes voitures.

Les colonnes par batterie présentent des distances égales à l'intervalle entre deux pièces, 12 ou 15 mèes, de manière à permettre les mouvements à droite à gauche, comme dans la colonne serrée de cava- ^^rie.

L'artillerie emploie, comme l'infanterie, la colonne ^'attaque ou colonne double, formée sur la section

duceûtre et avantageuse à cause de la l'apidité de son déploiement.

Telles sont les formations de lartillerie. Sur un champ de bataille, les distances et les intervalles se modifient suivant les formes du terrain .

Des manœavres. — Les manœuvres de Tartillerie sont calquées sur celles des autres armes.

Les principales sont les suivantes :

!• Passer de Tordre en colonne à l'ordre en bataille ; ' 2* Marcher soit en colonne, soit en bataille ; â® Se former en batterie ; 4*» Exécuter les feux 5 5* Former les échelons ; 6^ Changer de front ; ?• Passer le défilé 5 8<^ Passer de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne.

Les moyens d'exécution de ces manœuvres ressemblent beaucoup à ceux de la cavalerie, en considérant une section d'artillerie comme correspondant à un peloton de cavalerie.

Si les batteries étaient de 8 pièces et de 4 sections, l'analogie serait plus complète encore.

Avant de quitter l'artillerie, je dois dire deux mots sur les schrapnells et les fusées, deux questions ayant de l'actualité et qu'un officier d'état-major doit connaître.

Les schrapnells sont des obus chargés de balles. Ils éclatent à de grandes distances et lancent alors une gerbe de balles de plomb et d'éclats de fonte. Cest delà mitraille portée à 1200 mètres. Ce tir est surtout redoutable à la cavalerie.

Les fusées à la Congrève ont une tête formée par un petit obus ou par des projectiles incendiaires* La

queue de la fusée se termine par une hampe directrice.

Le maréchal Marmont prédisait à ces fusées un grand avenir.

Jusqu'à présent leur effet n a pas été celui qu'on en attendait.

Dm corfs bon ligne. — Nous avons vu les trois armes principales qui entrent dans Torganisation des aimées actives.

Après ces trois armes viennent les corps hors ligue, qui secondent et qui complètent l'action dés premiers et qui ont aussi leur organisation^ leurs propriétés, lears formations et leurs manœuvres.

Le premier de ces corps est le génie. Il joue le rôle principal dans la guerre de siège, mais seulement liU rôle secondaire en campagne.

Je ne m'en occupe qu'à ce second point de vue.

Son unité tactique est alors la compagnie de 1 50 à 200 hommes, avec une prolonge à quatre chevaux portant des outils et du matériel.

Son rôle est d'améliorer les voies de communication, de réparer les passages qui ont été détruits, de jeter des ponts à supports fixes, d'élever sur les champs de bataille des ouvrages de fortification, et de créer sur les théâtres d'opérations des postes de campagne ou des places du moment.

Le génie est évidemment en trop petit nombre dans une armée, pour exécuter ces divers travaux; mais il les conduit, et il emploie alors de l'infanterie, ou des ouvriers civils, requis ou payés.

Les armées comprennent encore des détachements

du train des équipages. Ceux-ci sont exercés à la conduite des voitures, de manière que Ton puisse mettre en ordre et remuer facilement la masse des bagages de l'armée.

Le train a, par suite, sa tactique particulière, toujours calquée sur celle des autres armes.

Après le train, nous trouvons encore dans une armée, une compagnie de pontonniers, manœuvrant un équipage de 6U ou 80 bateaux, ce qui est suffisant pour un fleuve de 240 à 300 mètres de large. Cette compagnie possède tout ce qui est nécessaire pour construire et réparer son équipage.

Enfin, et seulement piour mémoire, je dirai que Ton trouve encore dans une armée, comme corps hors ligne, des détachements de gendarmerie et des ouvriers d'administration pour l'exécution des divers services.

Connaissant maintenant l'organisation, les propriétés et la tactique élémentaire des différentes armes qui entrent dans la composition d'une armée, nous pouvons aborder les détails de l'organisation de cette armée.

TREIZIÈME LEQON.

Ck^mbinaisoii des différentes armes entre elles. — Principes suivis pour

faire combattre les trois armes simultanément. Force et composition des armées actives. — Leur organisation en

brigades^ divisions et corps d'armée. — Des brigades mixtes. — Des

corps de réserve.

Des états- majors et des services administratifs.

Nous avons étudié chaque arme prise isolément. Nous connaissons son organisation particulière, ses propriétés tactiques, ses formations, etc..

En combinant les différentes armes entre elles, on obtient de nouvelles unités, dont nous allons étudier les propriétés.

La combinaison des différentes armes entre elles peut avoir lieu de quatre manières différentes :

1** L'infanterie peut être combinée avec l'artillerie ;

2" La cavalerie avec l'artillerie ;

3** L'infanterie avec la cavalerie ;

Et enfin, 4** les trois armes peuvent être combinées ensemble, infanterie, cavalerie et artillerie.

Nous allons voir successivement ces quatre combinaisons.

Influterie et artillerie. — Ces deux armes combattent de la même manière, c'est-à-dire de pied ferme ; elles agissent par leurs feux. Il est facile de combiner leur action et de les faire combattre ensemble.

On réunit 8 ou 10 bataillons d'infanterie avec i

2 batteries d'artillerie, et Ton obtient ainsi l'unité que j'ai appelée déjà division d'infanterie.

Cette unité fournit beaucoup de feux, présente une* grande solidité, mais peu de légèreté.

Une armée qui serait composée de cette manière, c'est-à-dire d'infanterie et d'artillerie, sans cavalerie,

— ou du moins n'ayant que très-peu de cavalerie, — cette armée ne saurait s'éclairer au loin. De plus, elle pourrait gagner des batailles, comme nous l'avons fait en 1 81 3, à Lutzen et àBautzen, mais elle ne saurait profiter de ses succès.

Cavalerie et artillerie. — L'artillerie à cheval étant devenue extrêmement mobile et pouvant suivre la cavalerie , il y a possibilité de combiner l'action de ees deux armes.

On réunit 16, 20 ou 24 escadrons de cavalerie, avec 1 batterie d'artillerie , et on obtient ainsi la division de cavalerie.

Cette combinaison réunit la mobilité, les feux et le choc. Elle est excellente pour les plaines, pour les pays faciles et découverts. Mais elle peut échouer devant le moindre obstacle. — De plus elle présente peu de solidité.

Infanterie et cavalerie. — Cette combinaison jouit de deux propriétés : le feu et le choc, mais ses feux sont de petite portée et ne sauraient renverser des obstacles.

— Elle offre une certaine solidité et elle présente surtout beaucoup de légèreté.

Elle est bonne pour les petites opérations en pays difficile, pour les marches rapides, pour les corps de partisans.

Je trouve un exemple remarquable de son emploi dans la guerre d'Espagne en 1808.

Le général Gouvion Saint-Cyr, voulant délivrer Barcelone et ayant à traverser la Catalogne par ded chemins difficiles, au milieu de plusieurs arinées ennemies, rassemble ses troupes sur la Fluvia. Il dispose de 17 à 18 mille hommes. Il se débarrasse de son artillerie et de ses bagages. Il part avec son infanterie et sa cavalerie seulement. Il emmène les chevaux d'artilleriehautlepied. Il n'emporte que 60 cartouches par homme et 8 jours de vivres.

Deux routes s'offraient à lui. Il en profite habilement pour passer de l'une à l'autre, grâce à la légèreté de sa colonne et pour tromper ainsi la première armée espagnole. Il la devance d'une marche. Il passe sur le ventre de la seconde armée à Cardedeu, en s'emparant de ses canons. Il repousse vigoureuse-* ment les corps qui harcèlent ses flancs. Il arrive enfin heureusement à Barcelone, qu'il délivre.

Il obtient ce résultat favorable grâce à la légèreté et à la mobilité de la combinaison de troupes qu'il a adoptée.

Mais cet exemple s'applique plutôt au mouvement qu'au combat.

Dans le combat, on ne combine que rarement l'infanterie et la cavalerie. Leur manière d'agir est tout à fait différente. L'une combat de pied ferme. L'autre agit par son choc. Par suite il est difficile de les faire agir simultanément.

Aussi, généralement aujourd'hui, l'on forme des divisions particulières d'infanterie et de cavalerie qui combattent à côté Tune de l'autre pour le même but, mais sans se confondre, en restant séparées et en ayant une action tout à fait distincte.

OombiBaisondas trois armes. — Enfin nous arrivons à la

combinaison des trois armes, qui forme le véritable instrument de guerre.

Cette combinaison présente à la fois les propriétés de feu, de choc, de solidité et de mobilité.

Je vais indiquer rapidement la manière d'appliquer ces diverses propriétés sur les champs de bataille et comment on combine les trois armes quand il s'agit de les faire combattre simultanément. ,

Comme nous l'avons vu, l'action de l'infanterie est tout à fait distincte de celle de la cavalerie.

L'action de l'artillerie au contraire se combine avec celle des deux autres armes.

Alors l'infanterie, organisée en divisions et combinée avec ses batteries d'artillerie, forme le centre de l'ordre de bataille, — en raison de sa solidité et parce qu'elle est propre à la fois à l'offensive et à la défensive. Elle est généralement disposée sur 3 lignes : 1" ligne, 2*^ ligne et réserve.

L'artillerie est divisée en 2 parties. Celle qui est attachée à l'infanterie forme 2 ou 3 fortes batteries devant le centre et les ailes de l'ordre de bataille. Elle doit à la fois contre-battre l'artillerie ennemie et tirer sur les troupes. La deuxième partie de l'artillerie se trouve à la réserve.

La cavalerie, organisée aussi en divisions et combinée avec l'artillcffie légère, est placée aux ailes de l'ordre de bataille, en deuxième ligne derrière l'infanterie, ou à la réserve.

Elle agit d'une manière tout à fait distincte de l'infanterie. Son action est toute de mouvement. Celle de l'infanterie a lieu de pied ferme.

Il faut bien se garder d'encadrer la cavalerie dans des lignes d'infanterie ; comme toute la force de la première arme est dans sa célérité, elle se verrait pa-

ralysée par la lenteur des lignes d'infanterie, à laquelle elle serait obligée de subordonner tous ses mouvements. Comme elle ne pourrait soutenir alors ni le feu, ni le choc de Tennemi, elle serait bientôt forcée de se retirer, et elle laisserait par son départ un vide dans la ligne, qui pourrait devenir fort dangereux, * ainsi que nous l'avons éprouvé à Hochstedt.

En résumé les 3 armes doivent s'appuyer mutuellement et occuper, les unes par rapport aux autres et par rapport au terrain, les positions les plus favorables à leur action.

Tels sont les principes généraux de l'emploi simultané des trois armes.

C'est d'après ces principes que l'on a déterminé l'organisation des armées actives.

Principes d'organisation des armées actives. — Deux puissances sont sur le point d'en venir aux mains. Elles organisent leurs armées actives, une, deux ou trois armées, suivant le nombre des théâtres ou l'on peut opérer.

Je prends l'une de ces armées, pour suivre les détails de son organisation.

11 faut avant tout déterminer la force de cette armée.

Celle-ci dépend des considérations suivantes :

r De la nature de la guerre, qui peut être offensive ou défensive; de l'importance du but à atteindre; de 3'objet que l'on se propose. Une armée offensive sera toujours plus forte qu'une armée destinée à faire une ^iampagne défensive. Dans le premier cas, on s'éloigne

de ses réserves ; dans le deuxième oas, on s'en rap* proche ;

2" La force de l'armée dépendra de la force de l'armée ennemie ;

3** De l'étendue et de la nature du théâtre d'opérationS) ainsi que des ressources qu'il présente ;

4'' Des dispositions favorables ou hostiles des popu* lations.

• 5** Enfin de la durée probable des opérations.

On détermine ainsi la force numérique de l'armée que l'on veut organiser.

Puis, l'on pose d'une manière générale les bases de sa composition.

Elle sera plus ou moins forte en cavalerie et en artillerie, suivant que le théâtre d'opérations se prêtera plus ou moins à l'emploi de ces différentes armes, suivant que l'ennemi en aura peu ou beaucoup, suivant que les troupes seront plus ou moins jeunes, solides, instruites, enfin suivant que le système militaire du pays comportera un plus ou moins grand nombre de troupes de cette espèce.

Généralement, dans les conditions ordinaires, on adopte pour les différentes armes les proportions suivantes :

L'infanterie étant 1 , le 1/5 sera composé d'infanterie légère, voltigeurs et chasseurs à pied.

La cavalerie varie du 1/6 au 1/8, c'est-à-dire qu'il y a à peu près un escadron pour un bataillon.

Et dans la cavalerie, le chiffre de la cavalerie légère est d'autant plus fort que le chiffre général de la cavalerie est plus faible.

Pour l'artillerie, son effectif se calcule de deux manières, par le matériel ou par le personnel.

Avec la première méthode, Ton dit qu'il faut deux pièces par 1000 hommes d'infanterie, et trois ou qua-itre pièces par 1000 chevaux.

Cette proportion n'est pas invariable. Elle est d'autant plus forte que les armées sont plus înexpé-^ rimentées. L'artillerie soutient le moral des troupes. Cependant, au delà d'une certaine limite, elle devient embarrassante.

Avec la deuxième méthode, c'est-à-dire quand on veut calculer le chiffre de l'artillerie par le personnel, on lui donne alors un effectif égal au 1/8 ou au 1/1 de celui de l'infanterie.

Le génie sera environ le 1/40 de l'infanterie. Pour la guerre de siège, ce chiffre devient beaucoup plus considérable.

Les états-majors et les divers services se calculent ensuite en raison de l'organisation de l'armée.

Par exemple, une armée de 100,000 hommes com-« prendra :

75^000 fantassins; 12^000 cavaliers; 8,000 artilleurs; 2,000 sapeurs du génie , et 3,000 hommes appartenant aux états-majors et aux service sadministratifs.

L'artillerie comprendra environ 200 bouches à feu.

Tels sont les principes relatifs à la force et à la composition d'une armée active, ainsi qu'à la proportion relative des différentes armes.

Nous arrivons maintenant aux principes d'organisation dont j*ai déjà dit quelques mots dans la première partie du Cours.

Avunt la Révolution, l'infanterie était formée par régiments.

Plusieurs régiments formaient une brigade ; unité instituée par Turenne en 1667, et imitée de Gustave- Adolphe.

Plusieurs brigades formaient chacune des lignes de Tordre de bataille : première et deuxième ligne.

Chaque ligne se subdivisait en deux parties : aile droite, aile gauche.

Et la brigade, l'aile et la ligne formaient les différentes unités de l'organisation d'une armée sous Louis XIV.

Cette armée marchait alors sur deux colonnes, par lignes ;

Ou sur quatre colonnes, par ailes.

Lia cavalerie se mettait sur les flancs.

L'artillerie était répartie sur le front.

Les généraux étaient tous au quartier général, lis n'avaient pas de commandement permanent ; ils commandaient à tour de rôle, et par rang d'ancienneté, les grandes fractions de l'armée, lignes ou ailes; et un général en chef, qui voulait charger un général sous ses ordres d'une opération particulière , était obligé d'attendre pour cela que son tour fût venu.

D'après Feuquières, les officiers généraux d'une

armée étaient :

Le général en chef ; Les lieutenants généraux; Les maréchaux de camp; Les brigadiers.

L'état-major se composait :

D'un maréchal général des logis, chef d'état-major; D'un major général de l'infanterie ; D'un maréchal des logis de la cavalerie ; D'un major général des dragons.

Le service administratif était fait par un intendant

d'armée et des commissaires des guerres.

Il y avait de plus :

1 commandant de rarlillerie poar Tartillerie et les pontons;

1 prévôt de l'armée ;

f vaguemestre général^ etc.

A la Révolution, les armées furent organisées en divisions. La division avait été créée en 1770, par le maréchal de Broglie.

Les divisions de la République étaient fortes de 10 à 12,000 hommes en moyenne. Elles comprenaient les trois armes :

Infanterie^ 2 ou 3 brigades ; Cavalerie, 1 régiment ou 1 brigade; Artillerie, 2 ou 3 batteries.

Elles avaient une certaine analogie avec les légions romaines.

La réunion d'un certain nombre de divisions formait une. armée.

Sous l'Empire , on forma des divisions de diverses armes : divisions d'infanterie; divisions de cavalerie ; afin d'utiliser leur force d'ensemble, d'éviter ie morcellement, la dispersion de certaines parties, ■par exemple de la cavalerie, qui, jusqu'alors dissé- -Kiinée sur certains points de l'ordre de bataille, ne I>roduisait jamais que des eflTets très-secondaires.

Le système de l'Empire consistait à faire agir les différentes armes par masses :

C'est-à-dire par divisions d'infanterie ;

— par divisions de cavalerie j

— par batteries de 30 à 40 bouches à feu.

Puis l'Empereur créa une nouvelle unité , le corps ^*^rmée, comprenant 2, 3 ou 4 divisions d'infanterie, ^^e division de cavalerie légère, et une réserve d'ar- *^illerie.

Aujourd'hui les principes suivis pour Torganiôation des ârniées sont les mêmes que ceux de l'Empire.

Les armées sont encore organisées d'après le principe divisionnaire. Elles présentent des divisions distinctes d'infanterie et de cavalerie, à cause de la différence qui existe dans la manière de combattre de ces deux armes.

Gomme nous l'avons vu dans les leçons précédentes, une division d'infanterie comprend ordinairenient 2 brigades.

La r* brigade est formée de 1 bataillon de chasseurs à pied et 2 régiments d'infanterie à 2 ou à 3 bataillons.

La V brigade comprend 2 régiments d'infanterie à 2 ou à 3 bataillons.

La division d'infanterie présente donc un ensemble de 1 bataillon de chasseurs et 8 ou 12 bataillons d'infanterie.

Sa force varie de6,000àl2,000 hommes ; au-dessous de 6,000, elle est trop faible; — au-dessus de 12,000, elle devient trop forte.

On attache comme accessoires à une division d'infanterie :

!• 2 batteries d'artillerie (sous les ordres d'un chef d'escadron ; on ne met qu'une batterie si la division est faible);

2» 1 compagnie du génie;

3* 1 détachement du train des équipages ;

4* 1 section d'ambulance ;

5' 1 détachement d'ouvriers d'admmistration;

6<» 1 piquet de cavalerie comprenant 1 maréchal des logis et 10 à 12 cavaliers pour les ordonAancos el les escortes -,

7° 1 brigade de gendarmerie.

Lu dIviBiôQ, ainsi condtituée, est comniÀndée par un général de division qui a âupt^ès de lui uti étatmajor divisionnaire et un sous-inteùdant militaire ou un adjoint chargé de ladministration.

Une division de cavalerie comprend ordinairement 2 brigades. Chaque brigade 2 régiments. Chaque régiment 4 ou 6 escadrons.

L'effectif de la division est donc de 16 ou de 24 escadrons, — et d'environ 2,000 à 2,800 chevaux. On attache à cette division :

Une batterie d'arlillerie à cheval ; Un détachement da train f Une section d'ambulance.

On lui donne un état-major divisionnaire -^ et un sous-intendant militaire, ou un adjoiût.

Voilà l'organisation des divisions soît d'înfanterîé, soit de cavalerie.

La division, comme je l'ai dit précédemment, èôt l'unité tactique par excellence. C'est avec elle <^ùè l'on combat et que l'on manœuvre sur les champs de bataille.

Dans les petites armées, la division est l'unité principale. J'entends par petites armées celles qui sont audessous de 60,000 hommes.

C'est par divisions qu'étaient organisées les armées suivantes :

L'armée d'Italie en 1796 ; 4 divisions d'infanterie et 1 division de cavalerie ;

Celle de Masséna, en 1805, également en Italie, 4 "divisions d'infanterie, 2 de cavalerie ;

Celle du prince Eugène en 1809 ;

Celle de Portugal, en 1808, sous Junot, 3 divisions d'infanterie et 1 division de cavalerie ;

La môme, sous Marmont, en 18H ;

L'armée d'Afrique en 1830 ;

L'armée du Nord, en Belgique, en 1831 ;

Enfin l'armée des Alpes, en 1848, 5 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie.

Mais quand les armées deviennent plus nombreuses, quand elles dépassent 60, 000 hommes, elles deviennent alors de grandes armées. La division ne suffit plus. Il faut employer dans leur organisation une nouvelle unité tactique, pour diminuer le nombre des intermédiaires entre le général en chef et les troupes.

Cette unité nouvelle est le corps d'armée, comprenant 2, 3 ou 4 divisions d'infanterie, avec une brigade ou une division de cavalerie légère et une réserve d'artillerie.

En 1800, l'armée d'Italie, sous le Premier Consul, comprend 4 corps de chacun 2 divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie légère.

En 1805, la grande armée comprend 7 corps de 3 ou 4 divisions d'infanterie chacun, avec une division de cavalerie légère.

En 1807, la grande armée comprend 8 corps.

En 1809, à Wagram, elle en comprend 9.

En 1812, elle en comprend 10. — Quelques-uns, comme le 1" corps, celui du maréchal Davoust, ont jusqu'à divisions d'infanterie et ^ division de cavalerie.

L'armée d'Orient, à la fin de la campagne, conipi*enait 3 corps.

L'armée d'Italie, en 1859, comprenait 5 corps, plus la garde et l'armée piémontaise.

Dans les grandes armées, indépendamment des corps d'infanterie, il y a aussi des corps de cavalerie, comprenant 2 ou 3 divisions et forts de 4 à 6,000 chevaux. Quelquefois même leur force va jusqu'à 10,000 chevaux. En 1812, la grande armée présentait 4 corps de cette force , formant un effectif de 40,000 chevaux; et comme il y avait 40,000 chevaux de cavalerie légère dans les corps d'armée d'infanterie , l'ensemble de la cavalerie française en Russie présentait un effectif d'environ 80,000 chevaux.

Les corps de cavalerie aussi nombreux sont difficiles à nourrir. Il est presque impossible avec eux de saisir l 'à-propos des charges.

Le nombre de divisions qui parait le plus rationnel pour la composition d'un corps d'armée d'infanterie est de trois.

Le corps d'armée appelé à agir seul a alors deux divisions en ligne et une en réserve.

Le chiffre 3 n'a pas la même importance pour les divisions et pour les brigades, parce que ces 2 unités sont rarement appelées à agir isolément, comme le corps d'armée.

Le nombre de corps d'armée qui parait le plus rationnel pour une armée est de cinq.

Trois corps sont sur la ligne de bataille formant le centre et les deux ailes.

Le 4* corps forme une réserve partielle en arrière du point le plus important.

Le 5* corps forme la réserve principale.

On retrouve cette organisation dans les trois plus belles batailles de notre histoire : Austerlitz, léna et

Friedla^d, qui noua firent triompher des Autrichiens, des PruB&ie^s et des Russea»

Je viens de parler d'un corps de réserve. — Parmi Içs corps qui composent une armée, il y en a toujours un qui a cette destination.

Ce corps comprend de l'infanterie d'élite, de la grosse cavalerie, et de nombreuses batteries d'artillçrie à cheval ou de gros calibre , formant la réserve d'artillerie de toute l'armée,

A Austerlitz, la réserve , était formée de 2 divisions d'infanterie : 1 division de la garde de 10 bataillons et 1 division des grenadiers Oudinot, 10 bataillons.

La cavalerie de réserve était formée par la cavalerie

de la garde.

L'artillerie de réserve par celle de la garde.

Pendant tout le reste de l'Empire, la réserve ^tait toujours formée par la garde impériale , pour les grandes armées oîi se trouvait l'Empereur. Et la gardç représentait toujours à peu près la valeur d'un corps d'armée.

On forme encore, dans une armée, des divisions mixtes, ou des brigades mixtes, destinées au service de? avant-gardes ou des corps détachés.

Une brigade mixte , formant Tavant-garde d'un corps d'armée, comprendra 1 bataillon de chasseurs, 1 ou 2 régiments de cavalerie légère et 1 batterie d'artillerie.

En 1809, Tavantr-garde du 1*^ corps, sous les ordres de Montbrun , comprenait 1 régiment d'infanterie légère, 1 brigade de cavalerie légère et 1 batterie»

Le pr^mîçr Qorps i^ous les ordres du maréchal Davpust était ÏQvt d'environ 40,000 hommes.

Dei Mtts-majora et divers Nrrlces. — Nous venons de voir Torganisation des différentes armes qui composent l'wmée et les grandes unités qu'elles forment.

Nous allons voir maintenant comment on organise le commandement de ces grandes unités, brigades^ divisions et corps d armée ^ et enfin le commandement de l'armée elle-même.

Nous verrons ensuite l'organisation des divers états* majors et des divers services que comporte une armée

poderne.

Les brigades sont commandées par des généraux de brigade, et les divisions par des généraux de division.

Les uns et les autres doivent avoir surtout de la bravoure, de la santé, du coup d'œil tactique, qualités naturelles que Ton trouvait au plus haut dejgré chez les premiers généraux de la République.

Les corps d'armée sont commandés par des maréchaux de France ou par des généraux de division, qui reçoivent à cet effet une commission.

Enfin, l'armée est commandée par un général en chef, général de division, maréchal de France, quelquefois le souverain lui-même.

Les fonctions d'un général en chef sont à la fois politiques, militaires et administratives.

Politiques, car il peut être appelé à négocier un armistice, à entamer même des négociations plus sérieuses, comme Bonaparte en 1797.

Administratives, parce qu'il peut être appelé à organiser les pays conquis, à y surveiller les rouages

de Tadministration, de la justice, des finances, du culte, etc.

Militaires enfin, puisque c'est lui qui règle les mouvements de l'armée, et c'est là la partie principale de son rôle*

Dans une grande armée, l'action militaire du général en chef se fait sentir à distance. C'est surtout une action stratégique, un travail de cabinet, qui demande d'une manière toute particulière du coup d'œil ; non plus le coup d'œil tactique qui saisit les accidents du champ de bataille, mais le coup d'œil stratégique qui embrasse l'ensemble d'un théâtre d'opérations. Il faut alors percer l'obscurité qui enveloppe les positions et les mouvements de l'ennemi et deviner la route que l'on doit suivre pour arriver à son but.

Puis, quand le général en chef a arrêté ses projets, il doit les exécuter avec résolution.

Coup d'œil stratégique et résolution, voilà les deux principales qualités nécessaires dans le commandement d'une armée.

Personne, dans les temps modernes, ne les a possédées au même degré que Napoléon.

Son coup d'œil embrassait facilement l'ensemble d'un théâtre d'opérations. 11 perçait à travers les avantpostes et les lignes de l'ennemi. Il reconnaissait immédiatement le point décisif et la route à suivre pour y arriver.

Il établissait alors ses projets.

On sait avec quelle vigueur, quelle résolution, il les exécutait.

Le général en chef, les généraux de corps d'armée, les généraux de division et les généraux de brigade forment l'état-major général de l'armée.

Chacun de ces généraux a auprès de lui un certain nombre d'officiers, aides de camp ou officiers d'ordonnance, destinés à le seconder dans l'exercice de son commandement.

Ensuite viennent les états-majors.

J'ai déjà dit que dans chaque division, d'infanterie ou de cavalerie, il y avait un état-major.

Cet état-major est ordinairement composé :

D'un colonel oa lieutenant-colonel, chef d'état-major;

D*Qn chef d'escadron ;

De 2 ou 3 capitaines^ adjoints. .

Dans chaque corps d'armée, il y a de même un état>-major de corps d'armée composé de :

1 général de brigade, chef d'état-major ; 1 chef d'escadron f 4 capitaines^ adjoints.

Enfin, à la tête de l'armée se trouve le grand étatmajor, qui comprend :

1 général de division^ chef d'état-major ;

1 général de brigade on un colonel, sous-chef;

1 lieutenant-colonel;

3 chefs d'escadron et 6 à 8 capitaines, adjoints.

Le chef d'état-major a des fonctions très-importantes et çles pouvoirs très-éteridus. Il entre dans le secret de toutes les opérations. Il en assure l'exécution.

A l'état-major général de l'armée se trouve ordinairement attachée une section topographique, comprenant cinq ou six officiers d'état-major.

L'artillerie et le génie ont ensuite leurs états-majors particuliers.

Nous avons vu comment ces deux armes étaient représentées dans les divisions.

Dans les corps d'armée, Tartillerie est commandée par un général de brigade, qui a auprès de lui un chef d'état-^major et quelques officiers de Tétat-major particulier de rartillerie. Le génie est commandé par un officier supérieur, qui a sous ses ordres plusieurs capitaines de rétat-major de son arme.

Pour toute Tarmée, Tétat-major de l'artillerie est formé de :

1 général de division commandant rartillerie, avec 3 aides

de camp ; i colonel, chef d'état-major, avec un certain nombre

d'adjoints; 1 colonel directeur d*es parcs.

L'état-roajor du génie, pour l'armée, se compose d'un officier général qui prend le titre de commandant du génie de Tarmée ;

D'un officier général ou supérieur, chef d'état-major; D'un officier supérieur, directeur des parcs;

Enfin du nombre nécessaire d'officiers supérieurs ou capitaines de Tétat-major du génie.

Tels sont les différents états-majors de l'armée.

Puis viennent les services administratifs.

Nous avons vu que, dans chaque division, il y avait un sous-intendant ou un adjoint.

Dans chaque corps d'armée, il y a un intendant ou un sous-intendant avec des adjoints, des directeurs et des employés pour les différents services.

Enfin, pour l'armée, il y a Tintendant général de l'armée, qui est chargé de toute l'administration et qui a près de lui le personnel nécessaire d'officiers de l'intendance, de directeurs, d'employés, etc.

Le service de santé est organisé de la manière suivante :

Chaque bataillon a son officier de santé avec ses cantines d'ambulance.

Chaque division a son ambulance divisionnaire, comprenant un personnel d'officiers de santé et d'infirmiers, avec un certain nombre de caissons d'ambulance, ordinairement 5 caissons, chacun d'eux contenant 2,000 pansements.

Chaque corps d'armée a le personnel et le matériel nécessaires pour créer un hôpital temporaire.

Enfin, auprès du généra] en chef se trouvent les chefs du service de santé avec des moyens matériels proportionnés aux besoins.

Le service du trésor est organisé dans chaque corps d'armée et pour toute l'armée.

Ce service est fait par des agents du ministère des finances, chargés de solder les troupes et de percevoir les contributions.

Ces agents ont à leur disposition un certain nombre de fourgons qui portent de Tor ou de l'argent : de l'or pour l'armée, de Targent pour les corps d'armée ; car il faut payer les troupes en monnaie courante. Un fourgon peut porter 3 millions en or, ou 200,000 fr. en argent.

Le service des postes a aussi des représentants dans chaque corps d'armée et pour l'armée tout entière.

Le service des télégraphes également.

Enfin, à l'état-maj or général, il y a ordinairement une imprimerie.

Telle estl'organijsation des états-majors et des divers services dans une armée active.

L'ensemble de ceux appartenant à une division forme ce que Ton appelle le quartier général de la divù sion.

II y a de même le quartier général de chaque corps i armée et enfin le quartier général de V armée ou le grcmd quartier général.

Chaque quartier général a son commandant et son vaguemestre chargé de la police des voitures.

Il y a aussi à chacun d'eux un détachement de cavalerie :

Escouade pour les divisions ;

Peloton pour les corps d'armée;

Escadron ou régiment pour le grand quartier général.

Puis des compagnies de sauvegardes, quand elles sont j ugées nécessaires .

Et enfin des détachements de gendarmerie dont les commandants remplissent les fonctions de prévôts et de grands prévôt?. Les quartiers généraux, ou du moins leur matériel, marchent avec les bagages, que nous verrons dans la prochaine leçon.

Page 1