CHAPITRE XXI
Procédés graphiques.
Tant que la disposition des masses de fer à bord reste la même, l'action qu'elles exercent sur la boussole, variable suivant les différents caps, reste aussi la même pour un cap déterminé. En d'autres termes, d est une fonction de M ou de M'. Si donc on a observé les valeurs que prend cette fonction pour une série de valeurs bien choisies de la variable M', on sera en état d'obtenir, graphiquement ou par interpolation, comme pour les chronomètres, la déviation relative à une valeur quelconque de M'. C'est en cela que consiste la régulation des compas d'un navire. Nous supposerons d'abord que Topération se fasse dans un port.
A l'aide de bouées ou de corps flottants sur lesquels on fixe des amarres, on fait pivoter peu à peu le navire sur place, en l'arrêtant de temps on temps pour lire sur le compas étalon, parvenu à un état complot de repos, le cap apparent M' du navire (* ).En môme temps on relève, avec le même compas, la différence d'azimut (A) entre le cap et un signal très éloigné. Cette
(* ) Voici un autre procédé susceptible d'être employé en rade ou à la mer. en pleine marche. On traîne à la remorque un canot où se trouvent une boBfsole et un timonier. Cette boussole n'étant affectée d'aucune déTÎation ii 1^ câble est assez long, elle donne Tazimut M de la direction actuelle du naviKi tandis que le compas étalon du bord donne M'. Il suffit donc de chtoger successivement la direction de la marche pour obtenir la déTÎation M— V pour un nombre quelconque de caps.
PROCÉDÉS GRAPHIQUES. igS
différence est exempte de toute erreur due au compas, celui-ci fonctionnant cette fois comme un théodolite ou une boussole d'arpenteur dans une même position du navire. Soit /ix Tazimut magnétique vrai du signal, déterminé d'avance par des opérations terrestres; on aura, pour Tazimut magnétique vrai de Taxe du navire,
M = fz-f-(A).
Par suite, la déviation relative au cap M' sera
L'expérience nous apprend que, pour déterminer la marche de la déviation, il suffît largement d'opérer sur trente-deux directions équidistantes du navire, et par exemple d'amener successivement M' aux valeurs o°, ii**i5', ii^3o', 33*» 4^', . • ., tout en déterminant, par un pareil nombre de relèvements du signal, les M correspondants. On forme ainsi une Table ayant pour argument l'azimut apparent M', Table où l'on prend ensuite, par simples parties proportionnelles, les déviations correspondant à des valeurs quelconques de l'argument. Comme on a besoin tout autant de résoudre le problème inverse, c'està-dire de connaître la déviation correspondant à une valeur quelconque de l'azimut magnétique vrai, il est bon de former, par une interpolation exacte entre les données précédentes, une seconde Table procédant suivant l'argument M. Des copies de cette double Table sont placées entre les mains des officiers appelés à faire le point ou à exécuter des relèvements.
Il est plus commode d'opérer graphiquement. Sur une feuille
Fig. 47.
de papier millimétrique de o", 7*2 de longueur (fig. 4? ) on portera, sur une ligne horizontale, les M' observés à raison de 2""* par degré et, sur les verticales, les à correspondants. Par les
trente-deux points ainsi obtenus on tracera une courbe an fusain, en observant bien les maxinia où la courbure est forte et les points d'inflexion où elle est nulle. On rectifiera ce tracé facile à corriger, de manière à établir non pas seulement la continuité du trait, mais aussi celle de la courbure. Sans doute cette courbe ne passera pas par tous les points, à cause des erreurs d'obser>'ation, mais on s'attachera à rendre les écarts aussi petits que possible et à les distribuer tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. On complétera le tracé au crayon ordinaire, puis on le passera à Tencre avec toute la netteté et la finesse possibles. Il convient de faire une seconde épure avec les mêmes données [fig, 4^), en prenant cette fois M' h- ô, c'esl-à-dire M
Fig. 48.
pour abscisse. On consultera la première pour avoir la déviation correspondante à une valeur donnée de M', la seconde pour avoir la déviation correspondant à une valeur donnée de M. Aucune méprise ne sera possible si Ton inscrit sur la première déviations pour les caps au compas et sur la seconde déviations pour les caps vrais.
Los doux épures procodcntes ont été construites sur le? Irento-doux déviations observées en i856 à bord du Trident. déviations dont on trouvera le Tableau plus loin. Elles n'onl pas besoin d'explication.
Il serait aisé de les condenser en une par l'artifice suivant, qui consiste tout bonnement à tracer sur la première feuille une deuxième suite d'ordonnées inclinées à 45" [fig- 49)«
S'il s'agit d'avoir le cap vrai pour un cap apparent M' =: 33<*io', on note en a celte division sur Téchelle horizontale; on remonte le long de l'ordonnée ab jusqu'à la courbe en i, puis de b on suit l'ordonnée à 4'>" jusqu'à la division de l'horizontale.