VARIATIONS DE LA MARCHE AVEC LE TEMPS
bâtions inexplicables ; celles-ci durent un certain temps, puis disparaissent et sont remplacées par d'autres de même sens ou de sens contraire. Même dans les armoires d'un observatoire, à Tabri des changements de température, des secousses, des mouvements gyratoires, des poussières, des émanations délétères, les chronomètres sont bien loin de marcher avec la régularité des pendules. On attribue, en général, ces variations à répaississement irrégulièrement progressif des huiles qui s'oxydent en vieillissant. L'état des huiles joue effectivement un rôle dans les perturbations des chronomètres, car chaque fois qu'on les renouvelle (sans toucher aux vis réglantes ni aux masses compensatrices) la marche change brusquement. Mais comment s'opère cette réaction, c'est ce que l'on ignore tout à fait. Sans doute l'épaississement des huiles fait obstacle à la force motrice qui doit maintenir les oscillations du balancier dans une amplitude à peu près constante. On constate, en effet, une diminution progressive dans cette amplitude à mesure que les huiles vieillissent; mais l'isochronisme du spiral a dû remédier d'avance à cet effet. Quelques constructeurs laissent, il est vrai, pour des raisons de métier, subsister un petit défaut d'isochronisme tel que les oscillations décroissent quelque peu en durée en décroissant d'amplitude, mais on voit ces chronomètres prendre néanmoins du retard quand les huiles sont trop vieilles. Il y a donc là d'autres causes en jeu, par exemple l'usure plus ou moins régulière des parties frottantes. Cette usure s'opère, même sur les pierres les plus dures ou les pivots les mieux trempés, sous l'influence des mouvements alternatifs du balancier et des chocs de l'échappement qui se répètent deux ou trois cent mille fois par jour.
Ces causes échappent à toute analyse; elles échappent même au constructeur, car, si on lui remet un chronomètre qui a présenté des anomalies, il a beau démonter l'instrument et en étudier les diverses pièces à la loupé, il lui est le plus souvent impossible de s'en rendre compte. Il sait seulement que pour les éviter il faut des matériaux de choix, un travail soigné, un réglage minutieux.
ga CHAPITRE VIII. — ETUDR DE l'eRREUR SECONDAIRE.
En mer, de nouvelles causes concourent avec les premières pour altérer les marches : ce sont les chocs des vagues, les vibrations du propulseur, les balancements en partie gyratoires du roulis et du tangage auxquels on ne remédie qu'incomplètement par la suspension à la Cardan, enfin les émanations oxjdantes ou sulfurantes de la cale ou de Fentre-pont.
S'il n'y avait que l'influence des huiles, comme leur viscosité dépend du temps qui amène peu à peu l'oxydation , et de la température qui les fluidifie ou les épaissit alternativement, on pourrait à la rigueur considérer la marche d'un chronomètre comme une fonction inconnue de ces deux variables : t, âge des huiles, et 9, température du chronomètre. Alors, en remplaçant cette fonction par son développement en série suivant les puissances ascendantes et les produits de t et de 9, on n'aurait plus qu'à reconnaître le nombre de termes sensibles et à en déterminer les coefficients, ainsi qu'on l'a fait avec un plein succès pour l'erreur secondaire où 9 intervient seul; mais, pour l'influence du temps, on n'a jamais trouvé ainsi la moindre loi. A chaque nouveau laps de temps il faudrait introduire dans la série des termes différents et donner aux coefficients des termes conservés d'autres valeurs.
En examinant la question par le procédé graphique et en prenant cette fois le temps pour abscisse, M. Lieussou avait cru reconnaître que la marche d'un chronomètre placé dans une armoire, à terre, et corrigé du terme c[0 — r)^, était généralement représentée par une droite peu inclinée sur l'axe des abscisses. Gela revenait à réduire la série précédente aux deux premiers termes
mais il n'y a pas là de loi proprement dite. En effet, un bon chronomètre, soustrait à une partie des influences qui en modifient le fonctionnement, ne présente dans sa marche, pendant quelques semaines, que des inflexions peu caractérisées; par suite, on peut substituer, à une partie restreinte de la courbe des marches, une tangente ou une simple corde sans produire de discordance notable; mais, comme on ignore absolument
ÉTUDE d'un chronomètre DE LA MARINE ANGLAISE. qS
quelle forme la courbe prendra plus loin , celte représentation . élémentaire ne compte que pour la partie observée et ne s'éi tend pas du tout à des époques ultérieures. Il ne faut donc pas confondre les deux parties de la formule de Lieussou, c'est-àdire
a-hdt et r(ô — t)*;
la seconde partie représente une loi réelle; la première ne représente rien.
Cependant il est un cas où ce terme dt acquiert une certaine
importance : c'est celui où l'on est forcé de se servir d'un
chronomètre neuf présentant une accélération notable. Si
^ celle-ci décroît rapidement, on serait même conduit à la formule
a-^ dt -\- et^ ;
mais c'est là un effet purement transitoire et exceptionnel, car on évite ordinairement d'employer des chronomètres affectés de ce défaut. Celte accélération, d'ailleurs, n'empêcherait pas d'autres anomalies de se produire. Telles sont les questions que nous allons étudier expérimentalement sur quelques chronomètres de choix.