BANQUE CENTRALE DE PHILADELPHIE
Semblable à la banque centrale de Londres, celle de Philadelphie a fait long-temps l'office de trésor public pour les finances générales de l'Union; c'était elle qui opérait le recouvrement des impôts, et acquittait les dépenses, sans toutefois que les avances au gouvernement central pussent jamais dépasser 5oo mille dollars (environ &,5bo,ooo francs ), et 5o mille dollars ( a5otooo francs ) aux États particuliers.
■ Malheureusement , l'harmonie que des rapports aussi intimes et aussi fréquents devaient faire supposer, a été troublée dans ces derniers temps.
Blanqui. S
( 58 ) S'il faut en croire les adversaires de la banque , elle se serait servi de la force qu'elle puisait dans ses fonctions mêmes , pour s'en faire une arme politique contre son adversaire, le président Jackson, ce qui aurait déterminé celui-ci à retirer à la banque le dépôt des fonds appartenant à l'État , ainsi que la perception des contributions et des droits dont se compose le budget des recettes.
Cette lutte anormale entre le premier pouvoir de l'État et la banque a eu dans le pays un long retentissement qui n'est point encore apaisé , et dont le contre-coup s'est surtout fait sentir aux nombreuses classes de travailleurs et de journaliers que le général avait cependant voulu protéger, •
A Philadelphie , les hostilités ont eu un principe différent de celui qui a présidé aux débats qui se sont élevés dernièrement à Londres, entre le chancelier de l'échiquier et les directeurs de la banque. En élevant de i p. o/o le taux des escomptes, ces derniers avaient voulu arrêter dans sçs écarts l'esprit de spéculation et d'entreprise qui menaçait de bouleverser les fortunes les plus solides et que secondaient inconsidérément les banques des provinces. En Amérique , au contraire t c'était le président qui voulait poser des bornes aux opérations trop hasardeuses des banques qui, sans capitaux réels pour satisfaire aux nombreuses demandes qui leur étaient adressées de toutes parts, émettaient pour y subvenir, des masses considérables de billets d'une très-petite valeur , depuis 10 dollars ( 5o francs) jusqu'à 1/4 de dollar
(59) ( i franc ?5 centimes ). Ces derniers billets surtout ,
étaient devenus, pour ainsi dire, la seule monnaie dont les fermiers et les fabricants se servissent pour payer les salaires de leurs ouvriers, et c'était avec eux que ces derniers soldaient, chez les marchands en détail , leur nourriture de la semaine et tous les objets de leur consommation habituelle. On comprend, dès-lors, que lorsqu'une banque suspendait ses paiements , elle ruinait non-seulement ceux dont elle n'alimentait plus le travail en fermant brusquement leur crédit, mais aussi tous ceux qui, sans avoir de rapports directs avec elle, se trouvaient néanmoins liés à sa fortune par le nombre considérable dé billets de sa création dont ils*se trouvaient détenteurs.
Mais en voulant changer cet état de choses , et surtout en adoptant pour arriver à ce but des moyens extrêmes et des remèdes violents , le général fit aux travailleurs plus de mal qu'ils n'en eussent ressenti , s'il avait laissé les choses suivre leur cours. Son intervention eut pour résultat la faillite d'un grand nombre de banques qui ne reposaient que sur des bases fragiles et ne se soutenaient que par des ressources éphémères et le crédit. Les nombreux sinistres qui éclatèrent alors compromirent un instant la tranquillité publique ; elles réduisirent à la misère la plus complète des classes nombreuses et intéressantes d'artisans et d* ouvriers employés aux travaux de l'agriculture et des fabriques, soit agricoles, soit manufacturières. Dans Ce cas, comme toujours, ce furent les petits et les faibles qui payèrent les
frais de la guerre , et la paix en tardant à se conclure , ne fit qu'ajouter à leurs maux , en les privant des secours que jusque-là ils avaient trouvés dans les banques.
Car avant ces fâcheux démêlés, ces établissements avaient rendu au pays de nombreux et importants services; créés jusques dans les villages les plus reculés, ils avaient porté partout le mouvement et la vie ; partout ils avaient fécondé la terre, fait bâtir des villes au milieu des déserts , défricher des savanes, dessécher des marais , éclaircir des forêts, percer des routes, creuser des ports, des canaux, construire des chemins de fer et changé tellement l'aspect de plusieurs contrées, qu'on ne voit plus aujourd'hui dans celles qui hier encore étaient inhabitées, qu'une série de villes séparées; seulement par de vastes jardins parfaitement cultivés et "d'un bon rapport.
L'exemple le plus remarquable que je puisse vous citergdes résultats vraiment miraculeux obtenus en Amérique au moyen de cette multiplication des forces productives et créatrices par les banques , c'est l'histoire du lac Érié. Il ne formait, il y a quelques années , qu'une vaste et inutile nappe d'eau, environnée de déseris et visitée seulement par des oiseaux voyageurs ; aujourd'hui il est entouré de villes bien construites et bien peuplées, et ses eaux, hier silencieuses, sont sillonnées maintenant par *d 'élégants et commodes paquebots , qui portent d'une extrémité à l'autre leurs nombreux passagers.
Les fonds nécessaires à la 'colonisation de ce lac,
(6.) et à la construction du canal qui l'unit à New* York, canal qui n'a pas moins de itfi lieues de longueur, se sont élevés à 45 millions de francs; ils ont été avancés par les banques et remboursés en huit ans. Les actionnaires qui sont ainsi rentrés dans leurs avances, reçoivent maintenant plus de 22 p. ioo de leur capital primitif.
C'est une chose curieuse et bien inconnue chez nous, que la manière dont se traitent les affaires de banque en Angleterre et aux États-Unis; et sans parler des comptés courants ouverts par les banques d'Ecosse à la n^oralité des travailleurs, détails qui trouveront mieux leur place , dans la leçon spéciale que je veux consacrer à l'étude de ces établissements, permettez-moi de vous citer en terminant les réponses d'un banquier anglais, aux questions qui lui étaient adressées dans l'enquête faite par le parlement lors du renouvellement de la Charte de la banque de Londres.
On demandait à M. Beecon 9 banquier dans le pays de Galles , de quelle nature étaient ses opérations, quels étaient ses commettants et sa manière de traiter avec eux , ses conditions et les garanties qu'ils lui offraient , leur solvabilité et les moyens de recours qu'il exerçait contre eux :
« Je prête , répondit-il , aux paysans des environs sur simple promesse que je garde en portefeuille , car qui vondrait de leur papier? Je prends d'ordinaire 4 p- o/o et 5, lorsque j'ai des craintes mais dans ce cas je préfère refuser. Le plus souvent je suis payé, parce que je n'ai guère prêté qu'à d'honnêtes gens dont je connaissais l'intelli-
( 6. ) ' gence et la probité. Quand par hasasd une éché*
ance est en souffrance, j'attends, je renouvelle inéme, car il n'est pas de mon intérêt de tuer et de ruiner un homme qu'une mauvaise récolte ou une épizootie empêche de me payer; sa ruine serait la mienne, et son existence que je ménage est ma seule garantie. »
Cette citation suffira, Messieurs, pour vous faire comprendre comment on entend le crédit en Angleterre, et comment on sait s'en servir. Quant aux résultats qu'il y produit , vous pourrez les apprécier en examinant quelle supériorité incontestable elle a acquise sur nous dans tant de branches de la production agricole et industrielle. Ce sont les banques qui ont soutenu et encouragé lés sociétés coopératrices d'ouvriers du comté de Lan castre, dont je vous parlais l'autre jour; c'est à elles que l'Ecosse doit tootes les améliorations que ses habitants ont accomplies depuis 5o ans; elles ont été le principe de la révolution qui s'est opérée depuis la même époque , dans la fortune matérielle et morale de'ce pays.
Pour ceux de vous, Messieurs, qui voudraient étudier les questions de Banque d'une manière plus complète , voici quelques sources auxquelles ils pourront puiser avec certitude.
Pour la France : La collection des rapports présentés par le Gouverneur et les Censeurs de la Banque aux actionnaires.
Pour l'Angleterre : Report jfrom the committee
OF SECRECY Off THE BAUX OF ENGLAffD CHARTER.
The histort and principles of banking by jaues william gilbart, manager qfthe London vnd Westminster bank.
The histort and mtstery of banking, by William COBBETT.
Pour l'Amérique : considérations of the cur-