RENCY AND BANKING SYSTEM OF THE UNITED STATE
tyM. Gallatin.
M»A^ — Mi^l
QUATRIÈME LEÇON
3 décembre 1836.
Sommaire. Réponses à quelques critiques de ia presse. Nouvelles considérations sur les lostilotionsde crédit— Banques d'Ecosse— Simplicité de leur organisatiou. — Résultats qu'elles ont produits. —Ce que l'agriculture, l'industrie et le commerce retireraient de leur établissement en France.
Messieurs ,
Avant d'aborder le sujet qui doit nous occuper aujourd'hui, je vous demande la permission de répondre en peu de mots à quelques observations plus ou moins sévères qui me sont parvenues par la presse, ne fût-ce que pour en témoigner ma reconnaissance à leurs auteurs. J,e crois aussi que c'est un devoir pour le professeur , d'expliquer à son auditoire pourquoi il adopte telle marche plutôt que telle autre, et de quel point de vue essentiel il entend examiner son sujet. Cette année on me reproche de me tenir trop exclusivement dans les faits et de faire trêve aux théories , tandis que les années précédentes, j'ou-
(65) bliais trop les faits, disait-on , pour la théorie pure dont on ne vit pas en industrie. C'est précisément parce que nous avons fait beaucoup de théorie en commençant, et il le fallait bien pour nous entendre , que nous ferons désormais beaucoup de pratique.
Je ne comprends pas comment j'aurais pu vous exposer les besoins des diverses industries , leur situation respective , sans sortir du domaine des généralités. Je vous ai dit que nous ne parlerions de généralités qu'autant que l'intérêt des industries que nous allons étudier l'exigerait , et de théories que pour mieux apprécier les feits particuliers qui les concernent. Voilà ma réponse sur ce point.
L'autre reproche qui m'a été fait , celui de m'abandonner à trop de digressions , est beaucoup plus fondé; on ne peut, en effet, en économie politique , aborder une question qui ne se compli* que avec beaucoup d'autres , et c'est un devoir aussi de ne rien négliger qui puisse en éclairer l'étude. Le grand ouvrage d'Adam Smith , notre maître, n'est à proprement parler qu'une série de digressions savantes parmi lesquelles il y en a qui sont devenues de véritables traités que personne n'a égalés depuis- lors , telle que celle des banques, par exemple qui est un véritable chef, d'œuvre. Reprocher des digressions h un professeur, c'est le blâmer de ne rien oublier ; c'est peut-être aussi le rendre trop responsable des écarts inévitables de l'improvisation ; et , à cet égard t je vous avouerai , Messieurs , qu'il me se-
Blanqui 0
(66) rait très facile d'éviter cet écueil , si je voulais vous apparaître armé d'un de ces gros cahiers dont l'aspect effraie habituellement les auditoires les plus aguerris. J'ai préféré l'improvisation comme un moyen d'enseignement plus naturel, plus familier, et, si j'ose dire, plus intime; qui met mieux en rapport les auditeurs et le professeur et qui en définitive profite davantage à l'enseignement. Je m'y tiendrai , si vous le permettez , pour une autre raison : c'est que si vou$ n'en risquez pas moins une heure de votre temps, vous avez la consolation de ne pas voir le danger. (On rit).
Je reprends, Messieurs, le sujet que nous examinions dans la dernière séance. Nous avons vu que de tous les éléments du travail et de la production, le numéraire était le plus important,
et vous savez déjà qu'à avantages territoriaux pareils , le capital circulant est un élément de succès de plus. Toutefois, suivant qu'il est bien ou mal employé, il procure les avantages d'une bonne terre en friche ou d'un champ bien cultivé. En effet, en France nous avons trop de numéraire pour l'usage que nous en fesons et si le crédit était mieux organisé, une partie cautionnerait les banques et l'excédant sortirait pour des milliers d'emplois au dehors, car il faut bien se figurer que pour établir des banques et pour dresser ces grands ressorts du crédit , il ne faut que la quantité de numéraire nécessaire pour les remboursements. Or, ces demandes d'espèces , en temps ordinaires, ne dépassent pas le tiers et sont même beaucoup moindres
(67) dans les temps tout-à-fait calmes et dans les pays où il y a des billets de petites sommes qui font fonction de petite monnaie; et pourtant que nous sommes loin , malgré notre richesse métallique, de l'état où se trouvent l'Angleterre et tes États-Unis! Chez nous la plupart ne savent pas se séparer de leurs espèces, et c'est à ce mal d'abord qu'il faut chercher un remède. Gbmment pourra-t-on engager les écus à sortir ? C'est, Messieurs , par l'appât de l'intérêt. Voilà tout ce qui nous manque. En effet, le capitaliste de province né sait pas même de quel côté diriger ses fonds pour les faire produire, et il prête, comme on dit, à la petite semaine ; il porte mécaniquement l'argent chez son notaire pour avoir toujours une hypothèque en garantie de son prêt, et ce système, vous le savez, est dangereux ppur Ife prêteur et pour Pemprunteur.
L'infériorité que nous déplorons doit être attribuée à la langueur du crédit qui a pour principale cause cet attachement aveugle à l'argent qui empêche les possesseurs de s'en séparer. Aussi, consultez les tableaux de douane et vous serez frappés de la supériorité du commerce des Anglais. Ceux-ci font chez eux les affaires avec les billets de banque et emploient leur numéraire à faire les achats des matières premières sur les marchés étrangers. Ils activent ainsi le commerce extérieur, sans nuire à leur prospérité intérieure, quand nous ne savons tirer aucun parti de l'immense capital que nous possédons.
Si les Anglais sont maîtres de l'Inde , c'est un peu parce qu'ils ont su y faire affluer leur numéraire. Pour nous, nous nous sommes toujours bornés , malgré notre envie, à regarder pour ainsi dire, ce pays avec un télescope, et nous n'avons su en tirer aucun profit. Les Américains du Nord s'y sont ménagé un marché pour leurs fourrures q| leurs soies fabriquées ; les Anglais et les Hollandais en ont fait le débouché de leurs draps; tous en ont retiré la soie écrue quia toujours valu de l'or, pour nous qui n'en produisons pas assez, et le thé qui est devenu d'une consommation quotidienne.
Que de commandes ne pourrait-on pas faire, si tout ce numéraire qui chôme aujourd'hui recevait un débouché convenable ; et qui pourrait limiter le déploiement de l'industrie qui en résulterait!.... Mais, dira-t-on , combien de fois une chute terrible n'a- 1- elle pas été la conséquence d'un crédit trop avantureusement développé. Sans doute , Messieurs , cela est encore à craindre. Tous les jours aussi, en multipliant les machines à vapeur, on multiplie les chances de celles qui peuvent sauter en l'air; mais si le crédit est une machine sujette à explosion, on peut y adapter des soupapes; car lorsqu'une banque dépasse une émission de trois fois son capital , proportion que donne l'expérience , elle est avertie par les nombreuses demandes de remboursement. Et ce n'est que parce que certaines banques ont dépassé cette limite et ont abusé de leur crédit qu'elles se sont ruinées.
On est vraiment étonné de l'excitation laborieuse produite par le système de crédit de la Grande-Bretagne. On a calculé que le revenu moyen de chaque citoyen anglais est de 800 francs par an, tandis que chez nous, il n'est que de 200 fr. Mais, il faut le dire, si en France la distribution de la richesse n'est pas ce qu'elle devrait être, combien d'abus n'entraîne pas avec lui le mauvais système des Anglais? Le travailleur produit, il est vrai, beaucoup chez eux : mais l'impôt lui ôte tout, et les choses sont arrangées de manière que la fortune se concentre entre les mains d'un petit nombre de privilégiés. Vous allez en juger par l'exposé suivant , grotesque, quant à la forme, mais fort sérieux au fond, tiré d'un discours de Lord Brougham.
« Nous payons , dit-il , des taxes sur tout ce qui entre dans la bouche , couvre le dos ou est placé sous nos pieds; des taxes sur tout ce qui est agréable à voir, à entendre , à éprouver, à sentir et à goûter ; des taxes sur tout ce qui est sur terre , sur l'eau et sous terre ; sur tout ce qui vient de l'étranger ou croît chez nous; des taxes sur les matières brutes : des taxes sur la valeur qu'on leur donne par l'industrie de l'homme; des taxes sur les sauces qui provoquent l'appétit de l'homme et les drogues qui lui rendent la santé ; sur l'hermine qui couvre le juge et la corde qui étrangle le criminel., sur les clous de cuivre du cercueil et le bouquet de la mariée. Au lit , à bord , au Levant, au Couchant, il faut payer» L'écolier fouette sa toupie taxée, l'imberbe con-
duit son cheval taxé avec une bride taxée sur une route taxée. L'Anglais à l'agonie versant une médecine qui a payé 7 pour 100, dans une cuiller qui a payé i5 pour 100 , se rejette sur un lit d'indienne qui a payez* pour 100; il fait son testament sur un timbre qui coûte 8 livres sterlings et il expire dans les bras d'un apothicaire qui ^ payé 100 livres pour avoir le droit de le faire mourir. Ses propriétés sont taxées de 2 à 10 pour 100; on exige des droits énormes pour l'enterrer dans le cimetière, ses vertus sont transmises à la postérité sur un marbre taxé , et il est réuni à ses ancêtres , seulement il ne paie plus de taxes. »
Chez nous, les taxes sont évidemment plus supportables ; mais aussi les moyens de fortune sont plus bornés. Ce qu'il importe d'éviter, c'est que nos travailleurs n'aient, comme en Angleterre» qu'une part légère des profits du travail dont ils supportent toute la fatigue. Il y a là trop de gens qui ont des châteaux et des parcs avec 100,000 livres de rente, et trop de pauvres, parasites d'un autre genre , vivant de la taxe qui, en définitive, est un impôt sur le travailleur, tout comme l'oisiveté des grands.
Quelles heureuses conséquences un bon système de crédit n'aurait-il pas pour l'agriculture qui est en réalité la reine de nos industries! Ne perdez pas de vue que nous avons en France 38,ooo communes et 24 à a5, 000,000 d'hommes employés aux travaux agricoles. Beaucoup sont propriétaires ; ce sont eux qui ne progressent pas
(V ) et qu'il faut associer entre eux en leur fournissant les moyens de sortir d'embarras. Jusqu'ici ils n'ont eu pour tout soulagement que l'hypothèque et les usuriers , si féconds en expropria» tions;puis les notaires et les avoués qui réduisent les propriétés en atomes et les fermiers à la mendicité. Que feraient les autres industries si on leur prêtait à 10 pour ioo,et si on les rendait victimes de tous les brigandages auxquels les hommes de loi se livrent envers l'agriculture; et pourtant elles n'ont pas commeelle la grêle, les vents et tant d'autres inconvénients qui suppriment ou compromettent les récoltes? En France, nous marchons trop vers le système irlandais ; et bien que nos paysans soient propriétaires , ils luttent avec peine contre leur pauvreté ; tandis que nous verrions l'agriculture refleurir avec des banques analogues à celles de l'Ecosse. On n'a qu'à voir en effet ce que produit la culture des betteraves. Et cette nouvelle industrie, qu'est-elle autre chose que les capitaux appliqués à l'agriculture? Il est vrai qu'on pourrait me répondre que les betteraves n'attirent aujourd'hui les capitaux que parce qu'il y a pour eux une forte prime par suite de la protection abusive de la taxe coloniale : sans doute, les choses se passent ainsi en ce moment; mais si les capitaux étaient à bon marché, qe serait-ce pas comme s'il y avait cette prime, et alors je vous laisse à apprécier l'impor-» tance et Sa fécondité de cette révolution. Que de viande produite pour nourrir les masses ! que de laine pour les couvrir! que de fruits! que de
( 7* ) plantations ! que de richesses en un mot! avant
cinquante ans le sol serait renouvelé. Pour vous rendre ma pensée d'une manière plus sensible , permettez-moi d'appeler votre attention sur un fait qui se passe chaque jour dans l'industrie. Supposez deux fabricants de meubles qui aient les mêmes débouchés , le même bois , le même logis, mais empruntant à un taux différent, pourriez-vous dire qu'ils sont dans la même position ? Non sans doute. Eh bien ! tel est l'état de l'agriculture vis-à-vis des autres industries , avec cette différence que les fabricants de meubles dont je vous parle n'ont besoin que de quelques mille francs , tandis que l'agriculture procède par millions.
' J'avais besoin , Messieurs, de rappeler à votre pensée les considérations que je viens d'exposer pour légitimer mon opinion sur les banques d'Ecosse , dont je vais vous exposer en peu de mots et le mécanisme et les nombreux avantages ; car il en est des banques d'Ecosse comme de tout ce qui est beau dans les sciences; elles sont on ne peut plus simples.
banques d'écosse.
Les banques d'Ecosse , fondées par actions
comme les sociétés anonymes, sont administrées par un bureau de directeurs qui sont appelés ofboard directors. Tout individu déposant en devient actionnaire jusqu'à concurrence de son dépôt, et on lui paie l'intérêt de son argent à 3 pour
( ?3 ) 100. Un crédit lui est ouvert par cela seul qu'il a versé une somme quelconque. Ce crédit est souvent supérieur au dépôt , qui ne dépasse quelquefois pas une livre st. Ici, Messieurs, figure bien, si je ne me trompe, le capital intellectuel et moral que chaque homme a le droit de faire valoir, et c'est bien là le cas de dire que la probité devient productrice* Vous allez peut-être penser que de pareils établissements sont exposés à des mécomptes. Détrompez-vous; chaque Banque a un moyen certain de connaître la conduite de tout homme à qui elle ouvre un crédit. N'allez pascroire pour cela qu'elle ait recours à des moyens odieux, à une inquisition de bas étage; les Banques d'Ecosse n'ont d'autre police que celle de leurs livres. Qu'un homme cesse d'apporter à certains intervalles de nouveaux fonds en dépôt ; s'il continue à demander, il est appelé à la barre des directeurs , et là il faut qu'il s'explique sur son irrégularité. Ces Banques locales font donc , mais bien plus libéralement et plus régulièrement aussi, ce que font les petits banquiers et les prêteurs à la petite semaine. Ce sont les avantages sans les inconvénients. Elles rendent aussi les services de nos Caisses d'épargne, avec cette différence cependant qu'avec celles-ci les versements sont périodiques et limités , et que les retraits sont assujettis à des formalités qui font qu'on ne peut pas toujours prendre chez elles , ou leur laisser, tandis que les Banques d'Ecosse ne font aucune condition à celui qui veut économiser, qu'il soit riche ou pauvre. Elles sont aussi Banque de dépôt ; mais
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(74) les Banques de dépôt ne bonifient rien pour les sommes qu'on leur laisse, tandis que les Banques d'Ecosse donnent un intérêt de 3 pour i oo. Voyez donc quelles ressources elles peuvent procurer, çt quel encouragement elles fournissent à la production, Quel moyen ingénieux pour pomper tous les capitaux qui , répandus çà et là} demeureraient inactifs et dont la puissance réunie porte partout la vie et l'abondance. L'argent ne peut pas même chômer un seul jour j un fermier. Français, par exemple, vend-il sa récolte, l'argent qu'il en retire demeure improductif dans son tiroir , quelquefois dangereux pour lui et toujours sans profit pour les autres, jusqu'à ce qu'il paie ses fermages; mais s'il est Écossais* il le porte à la Banque qui lui donne un intérêt de 3 pour ioo , et lui ourre un crédit qui lui permet d'entreprendre des affaires aux* quelles il n'aurait jamais pensé. Une autre ibis aidé de ce crédit f il pourra attendre un mode fa; vorable de vente en lui fournissant par avance de quoi payer son propriétaire. Avant rétablissement des Banques f on thésaurisait en Ecosse comme on le fait maintenant en France ; mais si l'Ecosse a changé de face » ce n'est que depuis que les Banques ont pu faire pénétrer partout leur heureuse influence, car elles sont main* tenant cause que toute économie engendre sur-? le champ un revenu et alimente une entreprise, grande ou petite. Le numéraire est dans ce pays une voiture toujours louée, tandis que chez nous on peut dire que c'est une voiture constamment
(7«) sous la remise. Voici, à ce sujet, un exemple qu'on a
déjà cité , mais qui trouve bien sa place ici. Un pianiste arrive dans une ville, avec un talent de premier ordre, mais pauvre et sans instruments; comment se fera-t-il apprécier s'il n'a pas les fonds nécessaires pour payer un piano? Si au contraire il trouve une avance de fonds , il peut se faire admirer, se créer une clientelle, former des élèves qui demanderont d'autres pianos, et la ville où il sera venu y aura gagné un beau talent et les bénéfices d'une industrie nouvelle. Que de faits analogues et applicables surtout à l'agriculture; car dans le commerce, les marchands en détail ont quelquefois crédit chez les marchands en gros; ipais les agriculteurs, vous savez comment ils sont traités, surtout en France! ' Les Banques d^Écosse sont aussi une école de morale ; les gommes qui y déposent leurs épargnes sont obligés d'être probres et vertueux. Le bureau des directeurs composé d'hpmmes honorables et qui n'ont pas d'intérêt dans l'entreprise , a un contrôle tput naturel sur la conduite de chaque individu inscrit sur les registres. Quand un homme nouveau se présente, avant qu'on escompte, pour ainsi dire , sa probité, on s'enquiert sétieusemept de sa moralité et (le ses antécédents. Et voyez, Messieurs , l'importance sociale de ce système. En Ecosse, un cultivateur grossier, mais probe , trouve des secours , tandis que chez nous, un pauvre ouvrier est souvent évincé à cause de sa tenue et de son maintien, d'après lesquels nous avqns la triste habitude de juger. lia probité,
( 76 ) seule propriété du pauvre, est donc un capital qui lui rapporte; et quand chez nous la prospérité des notaires et des gens de loi est un thermomètre assuré de la détresse des campagnards, qui d'ailleurs ont peu de loyer et peu d'octrois , la circulation à bon marché des capitaux en Ecosse, fait que la terre peut être exploitée avec le tiers du capital nécessaire ailleurs, de sorte qu'on évite l'exagération du capital agricole et la perte des intérêts.
Les grandes banques sont pour les grandes maisons de commerce; les banques d'Ecosse sont les banques des petits cultivateurs: avec les secours qu'elles leur procurent, ils peuvent acheter sans intermédiaire. Jugez donc de ce que pourrait être en France une banque limitée, fonctionnant avec un capital modeste dans chaque arrondissement. Quels progrès n'a pas faits l'Ecosse , cette autre Vendée de l'Angleterre sous un ciel dur et sévère! quelles routes! quelles auberges! quels jolis villages! et dans notre Picardie et notre Beauce si riches, quelle malpropreté! quels pitoyables chemins vicinaux!... Que nous manque-t-il donc pour ressembler a nos voisins et pour les surpasser même? La circulation des capitaux, une Banque d'Ecosse dans chaque arrondissement combinée avec la caisse d'éj argne. Oh! si jamais nous arrivions là , vous verriez bienlôt les agriculteurs triompher de la fâcheuse position de certaines localités, et obtenir des résultats vraiment extraordinaires là où le climat viendrait en aide à un bon système de crédit. Ne fait -on pas
(77) des prodiges dans la Dordogne , et M. le général
Btigeaud n'est-il pas parvenu à retirer d'immenses profits de terrains incultes auxquels on avait pour ainsi dire renoncé? Les paysans de ce pays , prévenus d'abord , l'imitent aujourd'hui et la luzerne pousse maintenant sur une terre que couvraient naguère des buissons.
La circulation des capitaux dans les campagnes n'est point encore une question résolue ; mais je suis convaincu qu'elle est non-seulement possible dans l'avenir, mais que cet avenir est prochain. Que nous faut-il donc? un certain degré d'énergie et d'économie capable de faire naître partout la confiance, pour que l'on arrive à la fortune, et, comme dit avec beaucoup d'esprit un économiste , pour que le péché originel de pauvreté reçoive le baptême di| crédit. Toutefois ne nous flattons pas trop ; quel est celui de vous qui se chargerait de placer un effet sur Brives la Gaillarde , La Palisse ou Landernau? Nous envoyons toujours de l'argent par la poste, et vous savez que nos diligences sont encore
arrêtées par les voleurs. Les Banques et la circula-
tion bien entendue ne permettent pas aux Ecossais et aux Anglais des anomalies semblables, et il n'y a pas un coin du territoire qui ne soit vivifié par le crédit.
L'établissement des Banques d'Ecosse a facilité dans ce pays d'une manière remarquable la solution du grand problème social qui agite les sociétés modernes. En France et en Angleterre, il y a des privilégiés qui ackètent le travail, et une
masse de travailleurs qui se vendent. Un abtme les sépare. Quelques riches, des raillions de pauvres; quelques propriétaires , des millions de prolétaires; Voilà surtout la société anglaise et aussi tin peu la société française. Au-delà et en-deçà de la Manche, rien encore ne semble devoir réconcilier ces adversaires. En Ecosse , au contraire , l'abîme n'est pas infranchissable; non plusqu'aux Etats-Unis. Là, à cause de la bienheureuse influence des Banques; ici, à cause des terrains immenses où Ton peut s'étendre ; mais c'est en Ecosse surtout que l'expérience économique fournit les résultats les plus concluants : le simple ouvrier n'y est plus un paria, comme partout ailleurs sur le globe; avec du courage, il devient actionnaire d'une flanque, et ensuite propriétaire. C'est le commencement du régne de l'égalité; non de l'égalité des niveleurs, mais de celle qui consiste dans le respect de l'homme pour l'homme. Sans doute les Banques n'ont pas contribué seules à l'accomplissement de cet heureux résultat, car il n'y a eu en Ecosse ni dîmes , ni taxe des pauvres, ni manque de routes ; mais il fout leur attribuer une bonne part des progrès que ce pays a faits. Je vous ai parlé de l'Espagne, où la nature prodigue fiait tout et l'homme rien ; eh bien ! PÉcosse est dans des conditions tout opposées ; la nature laisse tout à faire; le ciel est froid et brumeux , la terre humide; mais les hommes y déploient une activité qui combat avec avantage la rigueur du climat et l'âpreté du sol.
Aujourd'hui, en parcourant l'Ecosse, on trouve
(7R) une population dont la prospérité se reconnaît à son allure indépendante.
Les petits enfants, aussi bien que les grandes personnes, présentent ce caractère remarquable de la fierté modeste qu'inspire l'aisance. Les relais se multiplient sur lés routes; les habitations brillent d'un éclat tout particulier; leé villes, les villages, les simples hameaux, respirent l'abondance, et les campagnes ne sont plus que des jardins interrompus par des villes. Et pourtant lorsque le prétendant faisait de l'Ecosse une véritable Vendée, elle aurait pu être comparée à l'Irlande ou à la Laponie d'aujourd'hui.