‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838 (volume 2)Chapitre 33 sur 71 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

6 noyembre 1836.

Sommaire : Yoles de communication en France; routes — état déplorable des routes — réaction sur le commerce, l'iodustrie et l'agriculture — digression sur l'histoire des routes chex les anciens et sous les rois de France — Classification des routes, — chemins vicinaux al communaus. — Routes royales et départementale*.

Messieurs ,

Je m'occuperai dans cette leçon *rie l'état de nos routes, que Ton peut classer en routes royales et départementales 9 et en chemins vicinaux et communaux.

J'entendrai par chemins vicinaux et communaux toutes les routes qui ne sont pas royales ou départementales, et nous ne mettrons au rang dechemins vicinau*, que ceux dont Futilités' étend ii plusieurs communes. Je parlerai d'abord des chemins vicinaux et communaux, et ensuite de nos grandes artères , c'est-à-dire des routes départementales et royales.

La France, dit M. Cordier, n'a pas, dans ses

' meilleurs captons, <Je rputps fipippaniWw f*u* plui

mauvais ebemin? d'Angleterre §t de Paigiqup. J'ai parcouru mot*méme cps trais pays dans tpus les sens, et chaque foif à w>n r^ topr je mç suis trouvé de l'ayi* de M. l'ingénieur Cprdier , qui est, vous le savez , isi compétent en pareille matière, You»

comprendrez donc sans peinMçquelleiajportanfiS çst pour nous l'étude d^s moyen* d$ poçomunie*? tjpn, sans lesquels l'industrie ne peut que languin car, je vpus l'ai dit plusieurs fois, il pe suffît pas d'avpir de* (capitaux et un ton système dç crédit, il faut encore et peut êfremémP3V30t, un bon système de circulation. C'est là qu'il f?ut

principalement chercher la cause de la prps* pjérité de# peuples qui marchent 31J premier ?aug; des mines abonejantos, un territoire fertile, uue situation heureusç, ne sauraient avoir h même valeur >» les routes ne sopt pas la commç les veines et les artères dans Je pqrps hu^ main » pour porter sur tous les points la vie 9$ l'abondance- Voilà poijrquoif hien que nous ayons en Franç# <Jes forets considérables, l'industrie trouve encore plue économique dç faire venir un

sapin $# Canada que du Jura f et: la baille, qui se vend 4o ou 45 centimes sur 1? carrer de la mine & SuÉtienaç, vaut à Paris cinquante spmi ou trois francs 1 tant uos ypiesde çommuuw»tio» «mt mauvaises, et par conséquent dispendieuse*, Dana l'état actuel de la navigation *ta nos ûçuve& , les transports des matières lourdes tp font par jterre; les diligences elles-mêmes ne £ont que des entrepris* de roulage, et il sernbljerait vrai-

Blanqai. Il

( 8* ) ment qu'elles prennent les voyageurs par dessus le marché. Nos chemins vicinaux sont impraticables ; aussi quand les habitants d'une commune sont placés à trois lieues d'un marché, sans communications régulières , l'excédant de leurs produitsji'a aucune valeur et le peu qu'ils parviennent à exporter, se vend fort cher; tandis que partout où les chemins sont passables, on voit affluer les produits auxquels le bon marché assure la certitude de la vente, et cela est, comme vous savez, dans l'intérêt du producteur et du consommateur.

Il en est des moyens de communication comme des capitaux. Des pays moins heureusement par* tagés par la nature peuvent prospérer mieux que ceux qui ont tout reçu d'elle, si leurs chemins , leurs routes , leurs canaux sont mieux percés, plus réguliers et plus propres. Voyez ce que sont devenues l'Angleterre , la Belgique et la Hollande. La Hollande surtout , si souvent exposée aux ravages de la mer : c'est qu'on a compris dans ces trois pays toute l'importance des voies de communication. On peut s'en faire une idée, en Hollande surtout, où l'on voyage sur des routes souvent pavées en briques, et qui sont à la lettre, beaucoup plus propres que l'intérieur de nos cuisines. Quant à nous, faut-il s'étonner que nous n'ayons pas de commerce extérieur et que notre commerce intérieur soit si peu avancé^ avec 8634 Ifeues de routes royales, six mille environ de départementales, et 5o mille lieues de vicinalité en si mauvais état Que seraient aujour-

(83) d'hui l'Angleterre et les États-Unis avec de pareils moyens de communication !

Je vous l'ai souvent répété l'année dernière f Messieurs x l'agriculture doit aussi une partie de sa détresse à cet état de choses. Le bois, pour ne parler que d'un seul de ses produits, n'a presque pas de valeur sur place, et à Paris il est d'un prix inabordable pour les masses. De semblables anomalies ne se renouvelleraient plus si l'on entrait dans une voie plus large. Il y a en effet tel département où l'abaissement du prix des transports serait équivalent à une somme égale au chiffre des plus forts irapôts.Cen'est donc pas sans un vif sentiment de regret que l'on voit encore en France dans plusieurs endroits, les transports se faire à dos de mulet, et la bonne lutte consisterdans la destruction des compagnies rivales; on serait d'abord tenté de croire que nous ne sommes guère plus avancés qu'au Mexique. Une compagnie anglaise avait monté un service de diligences entre Vera-Cruz et Mexico; l'administration de la villede Puçbïade los Angeles a été assez bien avisée pour mettre sur l'entreprise un droit de 370 mille francs; aussi cette entreprise a-t-elle été forcée de s'arrêter.Heureusement,à quelque distance de là; d'autres Américains nous ont donné un meilleur exemple en construisant ces grands travaux de communication, qui font aujourd'hui leur prospérité et l'admiration de l'Europe entière, dont tous les États réunis n'ont pu faire, depuis des siècles, ce qu'une poignée d'hommes a osé entreprerr dre, et a terminé en moins de cinquante ans.

D'un autre côté, il y a une contradiction étrange

dans hoS lois. Àînèi elles accordent presque exclusivement les droits politiques â \i propriété fondée, grande ou petite , et ne donhéUt aucun privilège à la propriété mobilière; de sorte que les épargnes dit pauvre se portent vers là terré et ëh font hausse*1 le pHx ; et ensuite l'on né songe "pas à ftlrè des rôutefr pour lui donner ùné plus grande valeur dé revenus.

Messieurs, VôilS le mal; il vdUë a bien sôliVent été ilgnalé;mais nous verrons quel est lé remède qu'on petit employer polir le faire disparaître* et quels sent tes moyens d'opérer pour nos trente-huit faille commuheé , tih changement du tout au tôtit, si je puis dire. Lés ouvrage» ue nous ont pa* mhnqué depuis quelques années pour nous faire apprécier l'état de nos routes * le* dangers du statu qtm dans lequel nous vivons, et les avantages d'une révolution sagement progressive. Je me bornerai à vous élter le traité de M. Isambert* Saris doute il ne dit pas tout , et il ne peut pas tout dire; les autres aussi sont incomplets) mais la lecture ée tous ces écrite laisse des Idées nettes sur la matière qui nous occupe- Les anciens n'ont pas méconnu l'heureuse influence des route* ; permettez- moi d'entrer à ce sujet, et sauf taëillettr avte , dans une digression historique qui n'est pas fcans importance ici» c'est 3tir les reste* encohé solides des voies romaines qUe nos soldats ont roulé les canons qUi ont servi à la prise d'Alger par terré, en t83o. Chea eu* les empérélirs ne dédaignaient pas de mettre, dotrirtie tiïi dit, la taâln & la besogné, et vous savez

que! adtiliràblë fcyStèhie les titmtotes viàmni (ëhtretëneurs dé routes)* ils sont parvenus k été* blir. L*s^tiiri«eprëttie^fftrt^dri43Mi#edtï Vi* geMe traitent dé la Vôiërîe* et de la police de* rot»-* téfe è* des Kvières. Bergiër HtJus à donné , datis son otlVhagë, de V histoire de* grands chètrttftà ai l 'empiré ¥ôrriaiH, des détails Remarquables qui nous montrent à quel degré de prospérité ce peuplé était arrivé par ses routes Les praticiens peuvent ehcore puiser dans la description dé ces restes de voie* si bien faites , des leçons qui ne sont pas h dédaigner1. Je ne salirais trop vous re- Cbmthàhder ce chef^d'àfeuvré de Fabbé Bergiër, lé dtiVier des Voies ancienne^ , qui tat reCons* trtiirè dëi vôiîfei entières àVec dés lambeaux, tout comme notre grand naturaliste a dessiné ses mas* todohtés SVed fane simple mâchoire trouvée dans les carrières tlë Montmartre. Les Barbares, après avoir ëtivahi l'efflpit'e Romaitt, he tardèrent pas à comprendre l'importahce que letirS prédécesseur* âvâiehf mise dans l'entreiiëil des routes;

seulement ils introduisirent un élément de plus , les corvées ; auxquelles CbâHemagnë ajouta les péages, t|tti sont encore aujourd'hui la principale ressource des routes anglaise** Sous les successeurs de ce prince économe , l'aristocratie s'en empara et en fit un moyen de vol* et quand la bourgeoisie eut chassé ces vampires pour fortifier la monarchie , PhilIppe^Auguste commença 4 entretenir les routes de ses deniers (12:2s). C'est à lui que noua devons les premières rbtités t oyales; il comprenait fort bien Importance des commu-

( 86 ) nications, et disait souvent que le roi gagnait à de pareilles dépenses. Saint-Louis affranchit les marchands allant aux foires , du joug des péages. Henri IV nomme Sully grand voyer^ et ce titre seul vous donne la mesure de l'importance que ce prince éclairé attachait à de bonnes routes.

C'est à Louis XIII (1648), que revient l'honneur de la création du corps des j)onts et chaussées par la nomination d'un directeur , et de plusieurs inspecteurs , ingénieurs et gardes. Sous Louis XIV , il suffit de nommer Vauban et Ri* quet, et de vous rappeler la construction du canal du midi, pour vous faire apprécier les progrès des voies de communication. Louis XV eut d'autres préoccupations. Après lui, Turgot conseilla à Louis XVI d'abolir la corvée, dont on avait fait un abus si criant, et d'y substituer les travaux payés (édit du 6 février 1776). Il est vrai que Tancien système fut remis en vigueur quelques années encore, mais il fut tout-à-fait aboli en 1 787. Après Louis XVI, la Constituante et la Convention ont posé les bases de l'administration nouvelle, dont les plus beaux travaux datent l'empire^

L'on a fait en )834 une première statistique officielle de nos routes, document important publié par les soins de l'administration générale des ponts et chaussées. En 1 828, une commission , composée d'hommes éminents, fut instituée par le gouvernement, à l'effet de rechercher entre" autres questions relatives aux grands travaux publics, les combinaisons les plus propres à assurer

( «7 ) l'achèvement, la restauration et l'entretien de nos

routes.

Enfin, dans la session dernière , la cbatnbre des députés a voté une loi contenant de fort bonnes dispositions qui doivent exercer une heureuse influence sur les intérêts matériels de la France. Je vais, Messieurs, vous en faire apprécier l'importance ; et en vous développant les principaux articles qu'elle renferme, j'aurai occasion de vous faire connaître les différents systèmes qui ont été proposés par les deux commissions de la chambre des députés, et par les divers orateurs qui ont pris part à cette longue discussion. À ce sujet, je vous conseillerai de consulter dans le Moniteur, le rapport fait par M. le baron Fasquier, sur les routes en i8a8, à la chambre des pairs, et qui est un véritable chefd'œuvre; le premier rapport de M. Vatout au nom de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur les chemins vicinaux et communaux, en avril 1 835 ; le rapport de M. le comte Jaubert au nom de la commission nommée pour l'examen du projet de loi portant demande d'un crédit de 3 millions sur l'exercice de i836, et de 5 millions sur celui de 1837, poui les lacunes des routes royales.

Parmi les systèmes qui ont été débattus dans les commissions , il y en a eu deux principaux. L'un consistait à créer des chemins cantonaux, l'autre, des routes d'arrondissement. Ce second système tendait à établir une échelle hiérarchique, à l'aide de laquelle chaque circonscription territo-

( 88 ) riale aurait son degré d* cpmmunication qui lui

fût propre :

L'État, la rçute royQ\c\ Le département, la ropte départementale:, L'arrondissement 9 la route arrondismentafâ Le canton f te chemin cantonal; La commune Y leçhemip. communal f Comme le canton n$ forme pas une circonscription administrative, et cpmn^e toutes les communes d'un même canton ne sont paç unies par un même intérêt hiérarchique, le second système présente d'abord quelque chose de plus satifai" sant, au moins en théorie. Plw en abordant la question de plus près, p& aperçait les difficultés que son adoption a pu pré$entçr, Commept lever l'impôt sur une même base ? w w?arc te franc. Mais ce système ne peut pas convenir à toutes Iqs communes qui ne profitent pas à un titre égal de l'impôt levé , et puis quelquefois il suffit d une seul? commune pour intercepter te? communications.

On a éprouvé aysti quelques difficultés dans la classement des chemins. La chambre des députés Ipsavait d'abord partagés en vipioapx et en communaux; la chambre dç$ pairs adonnélepomde communaux aux vicinaux,etceluidecbemin$ de grande wmmuniçatipn aux comwuuauSt Je vous avçu&rai que jç n'ai pas bien compris toute la portée dea

arguments mis en avant, et la farce des raisons qui ont fait préférer l'un à l'aulrç.

Bien que la chambre des députés ait adopté l'amandement, noua continuerons donc à donner le

( 89. ) nom de communaux à ceux que la chambre des pairs appelle de grande communication, et celui de vicinaux à ceux qu'elle a désignés 9011$ le nom de communaux.

On a encore beaucoup discuté sur la question de savoir si Ton commencerait d'abord par les chemins vicinaux, ou si l'on emploierai! les premières ressources à l'achèvement des lacunes, par* lies qui restent à faire pour joindre deux routes royales. Sur oe point , les uns ont pensé qu'il était urgent de songer à nos villages embourbés, avant de s'occuper des grandes routes; d'autres ont cru que, puisque les grandes artères étaient faites, il serait mieux pour le pays d'employer son argent à les terminer. Quant à nous, nous ne pou* vons nous dissimuler que nos chemins vicinaux sont plus mauvais que ceuxd'aucun pays d'Europe. Je fais appel à ceux d'entre vous qui ont voyagé, surtout en Angleterre ;'pour moi, qui ai parcouru ce pays quatre ou cinq fois , j'ai toujours vu que l'on arrivait dans le plus petit hameau par plusieurs routes tout-à-fait confortables. J'en reviens donc à vous répéter ce que je vous disais en commençant, c'est que les plus mauvais chemins 'd'Angleterre et de Belgique , sont préférables à nos meilleurs de France.

Les Anglais du reste, ont trouvé des moyens plus avantageux que ceux que nous ayons em- ^ ployés jusqu'à présent f pourquoi ne les adopterions-nous pas ? \

Biunqui.

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