SIXIÈME LEÇON
$ décembre 19S6.
8omfiiii : Récapitulation de la leçon précédente. — État dei Routes eu Frenee,— Routai Départementales créées par l'Empereur— Effets de la centralisation administ rallye.— » Dei roatec anglaises .—Parcimonie de U France comparée an loxe de l'Angleterre. — Prit du transport sur le* bonnes et mauvais** routes. — Effets de la création d'une route sur I* richesse publique. — De l'établissement d'une route en Angleterre, — Fermantes à remplir. Enquêtes. — Expropriations. — Emprunts,— Budget des voies et moyens des communes.— Contributions. — Pris-» talions. — Exceptions , moyens coercitifs. — Orerseer ou inspecteur; «~ Si luMBta&lion # — Ses fonctions » Sa responsabilité.— Détails sur U construction des Routes en Angleterre et en France. — < Nous manquons d'ouYriers. — Gomment en former. — Des roules libres. — Des routes à barrière. —Des péages. /— Des Routes privées. — Dos Hontes parlementaires dans le pays de Galle et on Ecosse. — Leurs résultats pacificateurs.
Bésumé: Comparaison de l'état des Routes en Angleterre et eu Franeo, «*
U nous manque certaines choses. — II dépend de nous d'en acquérir la plupart — la finance des mœurs. Esprit d'entreprise et d'hésitation. — Résultats.
Messieurs, *
Dans notre dernière leçon je vous ai fait l'his» toire des routes et des chemins en France, je tous ai dit combien peu nous en avions et dans quel mauvais état d'entretien ils se trouvaient
pour la plupart. Avant de passer à J'étude de$
(io8) voies de communication , ( routes et chemins ) en Angleterre, permettez-moi de remettre sous vos yeux les données et les chiffres principaux que je vous ai présentés l'autre jour. De cette manière il nous sera facile de comparer la viabilité de notre sol et celle du territoire anglais, et de constater dans cette question comme dans celle des banques une infériorité telle, que non-seulement elle explique celle de notre industrie et de notre commerce , mais qu'elle donne même le droit de s'étonner que nous puissions soutenir si longtemps la lutte , avec des armes aussi inégales et des conditions aussi défavorables.
Vous avez vu , Messieurs , que notre système de route se partageait en trois grandes divisions: routes royales , routes départementales et chemins vicinaux ou de grande communication. Les routes royales sont de trois classes, nous en avons 8634 lieues classées r sur lesquelles
6128 lieues sont à l'état d'entretien.
i559 réparées, et....
947 ne sont pas encore com-
mencées.
Ces routes sont entièrement à la charge de l'État, leur établissement coûte 5a,ooo fr, environ, et leur" entretien annuel 2,000 h\
L'achèvement des routes et la construction des
lacunes dont je vous ai parlé demanderont Une dépense de i3a millions de fr.; or le crédit voté par les chambres n'est, vous le savez, que de 5 millions c'est à dire qu'il faudra 27 ans pour terminer cet important travail. Et quand je dis 27 ans, je sup*
pose que ce long délai n'aura pas été préjudiciable
à la conservation des routes nouvelles, et que
même avant d'être livrées à la circulation, elles
n'exigeront pas , comme nous en avons vu tant
d'exemples, des réparations fondamentales ; car
alors ce né serait plus 1 3a, mais 160, et peut-être
200 millions de francs qu'il faudrait dépenser.
Pour l'entretien des routes et leur réparation, le budget ordinaire des ponts et chaussées n'est que de 217 millions de francs , qui doivent faire face à tous les achats- de matériaux , et au paiement des salaires des ouvriers et des appointe* me nt s des ingénieurs.
Ce budget est beaucoup trop restreint; l'entretien Seul des routes terminées , et quel entretien ! en absorbe la moitié environ ( i2,a56,ooofr. ); aussi la réparation de celles qui sont dégradées est-elle fort lente, incomplète même, et, comme les routes neuves dont je vous parlais tout-à* l'heure, demandent- elles de nouveaux travaux, avant même que la ligne à laquelle elles appartiennent soit entièrement rendue à la circulation.
Jusqu'en 181 1 , il existait 4 classes de grandes routes, dites Impériales. La dernière classe était toujours fort négligée et mal entretenue, lors* qu'avant la désastreuse campagne de Russie, l'empereur, voulant remplacer par des routes la force qu'il enlevait à l'agriculture et au commerce, et surtout laisser à la guerre la plus grande part des recettes de l'État, décida que la 4? classe recevrait le titre de routes départementales, et que les frais de construction et
d'entretien seraient supportés exclusivement par les fonds départementaux.
De graves inconvénients compensés par de grands avantages résultèrent de l'exécution du décret de x8u , qui avait ordonné la nouvelle classification. Les inconvénients furent ceux at« tachés à toute décentralisation administrative; les avantages , ceux qu'on obtient en donnant l'intérêt privé pour stimulant à l'accomplissement des choses d'intérêt général.
D'une part les routes entreprises en vertu de votes isolés des conseils généraux , ne se rajustèrent pas toujours à leurs pomts extrêmes et très-souvent elles n'aboutirent qu'à. des impasses. C'est ainsi qu'il est arrivé fréquemment que des départements ont refusé de continuer* sur leur territoire l'œuvre commencé sur le •tqrraiu du département voisin; de sorte que les routes établies par celui-ci n'ont plus été que des chemina vicinaux, construits à trop grands frais pour la circulation bornée qui s'y opérait. Aujourd'hui, encore on compterait fort peu de départements qui n'aient une ou plusieurs de leurs routes interrompues à leurs limites, au grand préjudice de la viabilité du royaume. . .«
Mais à côté des mauvais résultats produits par le manque d'unité , par l'absence d'une direction générale , intelligente et forte , viennent se placer quelques avantages. Si tout le monde n'a pas marché du même pas, du moins a-t-on marché partout Placées sous la tutelle immédiate des pen tonnes intéressées h leur bon entretien, jtes route*
( ni ) de 4e classe , transformées en routes dépar temen taies se sont améliorées, et les subventions de l'État , en venant se joindre comme encouragement aux ressources particulières des départements, ont été d utiles stimulants.
Sous cette double action, les lignes se dont multipliées, étendues avec une accélération progressive, tell*, qu'on peut prévoir que d'ici à quelques années, l'étendue des routes départementales à l'état d'entretien , qui n'est encore que de 6000 lieues , atteindra pour la dépasser bientôt, la Ion* gueur totale des routes royales des trois classes.
Quelques localités ont compris qu'un sacrifice fàilh propos, une dépense bien entendue, valaient mieux qu'une économie parcimonieuse qui compromet tout, en voulant trop ménager. C'est ainsi que dans le département de Loir-et-Cher, par exemple, le conseil général a voté un emprunt de 2,800,000 fr. , remboursable au moyen de centimea spéciaux, pour exécuter entièrement et de suite tous les travaux des routes reconnues nécessaires, et procurer aussi tôt aux contribuables tous les avantages d'une circulation facile et multipliée; dans d'autres départements au contraire,
on n'a affecté à ce service que des fonds insuffisants, des sommes de 5o et de 4o>ooo fr.
Quant aux chemins vicinaux , subdivisés par la chambre des pairs en chemins de grande communication et chemins communaux, vous savez messieurs , que nous en avons 00,000 lieues de tracées, mais qu'on ne s'occupe pas ou du moins tort peu de leur construction.