‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838 (volume 2)Chapitre 39 sur 71 · ROUTES · texte numérisé non relu

ROUTES

Les routes ordinaires sont pour les Américains des voies de communication de second ordre; les canaux et les chemins de fer sont, au contraire les voies de communication perfectionnées.

La principale entreprise des États-Unis est la route nationale , qu'ils appellent aussi rouie de Cumberland. Elle part de Washington , ou plutôt de Cumberland sur le Potomac , va rejoindre l'Ohio à Wheeling , et s'étend de là vers l'ouest, à travers lé cœur des états d'Ohio , d'Indiana , dlllinois , jusqu'au Mississipi. Elle a été établie aux frais de la fédération, et jusqu'à présent il a été alloué 38 millions et demi depuis 1806. De Washington à Vandalia, il y a 3a5 lieues , et 270 de Cumberland à Vandalia. A l'avènement du général Jackson , le congrès en a offert la propriété aux états dont elle traverse le territoire. Us l'ont acceptée à condition qu'elle sera préalablementraise dans un état parfait d'entretien. Divers états ont aussi fait des dépenses considérables pour l'amélioration de leurs routes. La Caroline du sud , par exemple, y a consacré une somme de 6 à 8 millions. Eq résumé les Américains possèdent actuellement 730 lieues de chemins de fer et 1200 lieues de canaux qu'ils ont faits avec 600 millions ; et quand tous leurs projets seront réalisés, ils auront eu outre i3oo lieues de canaux et 800 lieues de chemins de fer , c'est-à-dire plus du double. Il m'a été impossible dé vous citer tous les chemins

( ,58 ) qui s'étudient; il aurait fallu vous nommer toutes les villes. L'impulsion est donnée et M. Michel , Chevallier dit qu'aujourd'hui toute ville de dix mille âmes qui n'a pas son chemin de fer, se regarde avec le sentiment de honte qu'éprouvèrent nos premiers parents, lorsqu'après avoir goûté le fruit de l'arbre de la science, ils s'aperçurent qu'ils étaient nus. Et cependant les Américains croient qu'ils ne font que commencer, quand bientôt ils pourront se remuer sur leur grand territoire plus vite que nous en France, quoique les distances soient quintuples.

On est pénétré d'admiration quand on songe que tout cela s'est fait en 1 5 ans avec une somme à peu de chose égale à celle que nous a coûtée la guerre d'Espagne, et avec i4 millions d'hommes épars. Que de biens ont procurés ces sages dépenses! L'état de Pensylvanie a consacré à ses routes 19^ millions et il a aujourd'hui 1 4°o mille habitants. Le canal de Chesapeake coûterai 20 millions; mais déjà on a calculé que la plus value de terrains qu'il traverse sera de aoo raillions. Le gouvernement à gagné près de 60 millions comme propriétaire des terrains riverains.

Voilà, Messieurs, l'admirable système que je voudrais voir implanter en France. Sans doute notre nouvelle loi sur les chemins vicinaux donnerait suivant les calculs qu'on a faits, environ 5o mitions de revenus pour l'entretien des nouveaux chemins; c'est quelque chose; mais ce n'est pas assez; à i5 mille francs la lieue il faudrait attendre a5 ans pour 2000 lieues -,

( 15g ) c'est trop long; les Américains sont beaucoup plus pressés de jouir. Nous l'avons vu en commençant ; depuis long- temps ils auraient trouvé i3a millions pour nos, routes, 200 millions qu'exige* raient nos lignes de communication et 600 millions pour les chemins de fer. Que ne pourrait-on pas faire avec un milliard d'emprunt!.. Son intérêt se retrouverait sur la plus value des propriétés; ne pourrait-on pas appliquer ainsi à cette dépense le fonds d'amortissement , les sommes gagnées par la réduction de la rente et l'argent de nos caisses d'épargne* dont on ne sait que faire. La France a ajssez d'ingénieurs et d'hommes de talent pour cela. Ayons toujours présent à l'esprit que les monarchies européennes ont les bras de a5b millions d'hommes, c'est-à-dire une population vingt fois plus considérables que les États-Unis, et qu'elles ont dépensé pour faire la guerre et faire eu tr égorger les citoyeos, plus de milliards qu'il n'en faudrait pour couvrir l'Europe de routes, de canaux et de chemins de fer.

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