DIXIÈME LEÇON
• janvier 183T.
Somxii&b : De la houille.- Sa composition.— Mesure* dont on se sert dan» le commerce auquel elle donne lieu. — Voua commençons à peine a l'exploiter.—Qualités qui nons manquent et pourquoi? — Tableau de la conlommation en France de 1789 à 4835.— Statistique de l'exploitation des mines de bouille, — de lignite,— d'anthracite,— de tourbe.— Récapitulation.
Des tarifa de douane fur la houille, — leurs effets. — Bénéfices de certai- * nés compagnies. — Qui les a payés ? — Ce que doit être la réforme du tarif pour cet article. — Législation qui régit la matière de 47$i à 1837. — Desfdnes, — leurs résultats, réclamations de Nantes et de Rouen. — Influence d*s moyens de communication « routes et cananx, sur le prix de la houille ;— coût à la mine et à Paris. — Avenir de rindustrie de la houille. — Consommation de Paris et de Londres.
La meilleure manière d'encourager cette industrie est de supprimer les droits de navigation. — Possibilité de cette réforme.
Messieurs ,
Nous nous occuperons ce soir de l'importante question des houilles, considérée sous le point de vue industriel; nous examinerons successivement l'importance de son exploitation , la consommation qui en est faite et son influence sur les différentes branches du travail national.
Je me suis déterminé à commencer l'histoire
( aai ) générale des industries françaises par celle de la houille, parce que je regarde ce précieux combustible comme l'âme de toutes les autres industries. Il n'y en a pas en effet , d'un peu importante , qui ne soit obligée de s'en servir ; et après la facilité de se procurer des capitaux, la modicité du prix des transports, et la multiplicité des routes et autres moyens de communication, il n'est pas d'influence supérieure à celle du bas prix et de la bonne qualité des houilles, sur la prospérité ou la décadence de l'industrie d'une nation.
On désigne, vous le savez, sous le nom de houille, une substance minérale composée dans des proportions variables, de charbon, de bitume et d'huiles essentielles, contenant en outre des oxides, du sulfate de fer, du sulfate de chaux, de soude et d'alumine, des matières azotées et des débris organiques. Quelle que soit sa composition, la houille est douée d'une force calorifique beaucoup plus grande que le bois.
On emploie les mesures suivantes dans le commerce de la houille.
L'hectolitre comble de houille =z 100 kil. ou un quintal métrique.
L'hectolitre ras, id. 80 kil. à-peu-près.
Le tonneau français de ioookil.= io hect. combles.
D° anglais = 1 0 1 5 kil.
La manne = un quintal métrique.
Le muid = quatre mannes, soit 4 quintaux. v La voie = 1 a quintaux métriques.
Il n'y a pas long-temps que la houille est devenue en France un combustible de quelqu'impor tance; couvert de forêts nombreuses et an* ciennes, notre pays fournissait aux industries d'autrefois si restreintes et si peu importantes, l'aliment de leurs rares fourneaux; il n'a commencé à se déboiser qu'après l'invention et l'application générale de la machine à vapeur, qui ne date que de la fin du siècle dernier. A partir de cette époque, le combustible végétal fourni par les forêts n'a cessé d'augmenter de valeur, parce qu'il s'épuise vite et que sa reproduction ne s'opère que lentement.
L'Angleterre , entrée avant nous dans la carrière industrielle, a exploité la première ses gisements de houille si nombreux et si abondants; nous avons suivi son exemple, mais c'est à peine si nous avons effleuré notre sol qui renferme, lui aussi, de nombreuses et fertiles houillères. L'exploitation de ce combustible présente, vous le savez, Messieurs, un curieux phénomène; plus on en extrait, plus on creuse avant dans les entrailles de la terre , plus on fouille profondément ses différentes couches, et meilleurs sont les produits qu'on obtient. Nous en sommes encore à exploiter les couches supérieures de formation récente; c'est ce qui explique pourquoi l'on se plaint de manquer de certaines espèces de charbon , de celui qui flambe par exemple et qu'on désigne sous le nom. àeflénu de Mons; je ne doute pas que nous n'en ayons de semblable,
Ç «3 } mais nous n'avons pas encore atteint les couches qui les recèlent. Nous y arriverons un jour , bientôt sans doute; cela dépend uniquement des développemens qui seront donnés à notre industrie, et de l'importance de notre consommation houillère.
Maintenant en effet que toutes les industries sont vassales de la vapeur,la mesure la plus exacte de leur importance est le chiffre des quantités de houille qu'elles emploient, puisque ce combustible sert presque seul au chauffage des machines génératrices de la vapeur. Le tableau de la consommation du charbon fossile en France ayant ainsi une valeur économique , j'ai cru devoir le relever afin de vous en donner connaissance.
Houille
Houille
Années.
Unité*.
d'origine
étrangère
Total.
Observations.
française.
importée.
Quint, roélr.
dito
dito
(UtO
dito
(i)donl6rail. dé la.Belg. et 1 de l'Angl.
Avant 1789, la consommation de la houille, bien qu'elle remonte au commencement du i«7ème siècle, était insignifiante, et encore, à cette époque de 17 89, était-elle bien faible, puisqu'elle ne s'élevait qu'à 5 millions de kilog. , tandis qu'aujourd'hui* nous en employons 3a,ooo,ooo , f)lus de six fois autant. Avec le développement de l'indus-
trie des houilles indigènes , nos importations ont diminué. En 178g, les deux chiffres se balançaient presque; ils sont aujourd'hui dans le rapport de 3 à 1 . Les grands progrès accomplis dans eette branche d'industrie datent chez nous de la période impériale , c'est-à-dire alors, que la Belgique était réunie à la France , et que les charbons de Mons approvisionnaient librement nos usines. C'est à partir de cette époque que la production française proprement dite a dépassé les importations, dans le rapport que nous venons dédire, et qui subsiste encore maintenant.
On rencontre dans l'histoire de l'industrie certains produits qui obtiennent de suite droit de bourgeoisie. Ilenaété ainsi du thé, qui se montrait à une certaine époque comme une curiosité, et que les pharmaciens n'employaient que pour ses propriétés thérapeutiques : aujourd'hui son usage est généralement répandu, et il fait l'objet d'un commerce fort important. Voyez le tabac .'c'était aussi une curiosité ; il en a été de même du sucre et du café. La pomme de terre n'est cultivée en grand que depuis le commencement de ce siècle. Il y a ta 5 ans , sous l'empire, la fabrication du sucre de betteraves était un problème sans solution; et avant que le coton ne vint se mettre en contact avec les machines perfectionnées d'Aïkrwight et d'Hargreaves , on ne prévoyait pas l'avenir qui lui était réservé: aujourd'hui tous ces produits sont entrés dans la consommation habituelle et y occupent une large place.
Il en a été pour le charbon de terre comme
( e»a5 ) pour le sucre , le café , le tabac et la pomme de terre. D'abord repoussé, parce qu'il était de mauvaise qualité et qu'on ne savait pas l'employer, son usage s'est répandu à mesure qu'on pénétrait pluà avant dans les mines , et qu'on apprenait à distinguer ses différentes espèces; car, pour le dire en passant , c'est une assez grande difficulté pour ceux qui emploient la houille , de démêler, à travers les 78 sortes dont j'ai vu les échantillons chez un courtier anglais , quelle espèce particulière convient mieux à tel emploi et telle autre à tel autre.
L'extraction de la houille se partage en trois grands centres producteurs ; celui du nord, celui du centre et celui dû midi; ils comprennent plusieurs bassins et occupent 33 départements. Entre ceux-ci , celui de la Loire est le plus favorisé ; il a 44 mines , l'Àveyron en a a8 , le Gard 12, Saône et Loire 10 , Nord 6,
Le nombre total des mines concédées est de an, dont 54 ne sont pas exploitées. Ces dernières sont situées en partie dans le bassin du midi , qui en a fort peu en activité. Les mines des départements de l'Aude , du Var et de la Manche sont complètement inexploitées; les bassins de la Somme et de la Seine n'ont pas de gîtes houille rs; il en est de même pour le tiers environ de nos départements.
Les houillères dé France emploient 1 5,91 ;5 ouvr„
• i>4^3 chev.
et . , ... * .......... . < aï» «fa-
chinei réprésentant Une force de • * 4,853 cbev.
Blanqui. 29
La production totale aété en i834 de ....••.. . 23,23g 599 quint., met. Le prix moyen sur le carreau de 9^ . . centimes. J
La valeur créée est de . . • ai, 844* 265 francs.
Une grande partie de la puissance motrice dont je viens de vous parler demeure inactive; si elle était utilisée jour et nuit, comme cela a lieu en Angleterre , elle suffirait , et bien au-delà , à l'extraction des houilles nécessaires à notre consommation.
Un seul district houiller de la Grande-Bretagne, celui de New-Castle , produit plus que toutes les mines de France : cette localité emploie 75,000 ouvriers, et donne annuellement 98 millions de quintaux métriques de houille !
Le charbon fossile n'est pas le seul combustible que renferme notre sol ; nous avons aussi des mines de lignite, d'anthracite et de tourbe.
Les gisements de lignite, reconnus et concédés, sont au nombre de 79, dont 36 inexploités ; ils emploient .......... i3o5 ouvriers.
seulement 9 chevaux,
et pas de machines.
Leur production s'est élevéeen i834 à - • 1,019,368 Q* met.
Le prix moyen est de . .... . 89 centimes
et la valeur créée de .... 909,030 fr. 5o c.
Les mines de lignites sont situées dans i4 départemens , parmi lesquels ceux des Landes et des Pyrénées-Orientales seuls ne les exploitent pas.
Les mines d'anthracite se trouvent dans quatre départemeûs ; ceux des Hautes-Alpes, de l'Isère,
( "7 ) de la Mayenne et de la Sarthe. Elles produisent
639,433 Ql met.
Le prix moyen est de i fr. l\o c.
et la valeur créée de . . . . . 895,849 5o c. Ces mines, au nombre de 35, dont 10 inexploitées, occupent ...*..; 863 ouvriers m
• 109 chevaux
et 1 machines
delà force collective de . . 4<> chevaux. Les tourbières sont au nombre de 19S8, dont 536 communales et 1422 particulières. Elles emploient, mais seulement pendant trois ou quatre
mois de Tannée , 34*762 ouvriers des
deux sexes.
La production totale est de 3,372,384 Qx met.
Le prix moyen est de ....... 86 cent.
et la valeur créée de .... 2,995,738 francs.
Chaque année , l'extraction de la tourbe prend une nouvelle importance. Son principal emploi n'avait été jusqu'ici que pour le chauffage domestique des habitations voisines des tourbières; on commence à s'en servir dans les arts et sur une assez grande échelle , principalement dans les fa briques de sucre indigène , les brasseries , les papeteries, les fabriques de toiles peintes et de produits chimiques. On Ta appliquée, dans ces derniers temps, à la cuisson du plâtre et de la chaux, au chauffage des fours à poterie, et même, dans quelques départements, à certains travaux d'élaboration du fer et de la fonte.
( aa6 )
oft
e Ex
lis 3 i i s 1 *
Tel est, Messieurs , d'après les renseignements officiels publiés par l'administration des pontset-chaussées et des mines , l'état exact des cora-
( "9 ) bustibles minéraux livrés à la consommation en i834. C'est , je vous l'ai dit, sous le régime de la libre concurrence entre la Belgique et la France, que cette industrie s'est développée chez nous; la protection qui lui a été accordée par la législation de 4816, dont les dispositions subsistent encore aujourd'hui à très-peu de changements près, était donc inutile k leur prospérité; elle a peu fait pour elles , et elle a nui fortement à toutes les autres industries qui emploient la houille.
Un fait grave, qui devrait décider du sort des tarifs , c'est que, malgré la plus-value dont les droits d'entrée et les frais de navigation surchargent les charbons belges, nos fabricants de Rouen de Paris , d'Elbeuf préfèrent ceux-ci aux charbons d'Ànzin et de St-Etienne, parce qu'ils ne trouvent que dans les premiers certaines qualités que les nôtres ne possèdent pas. En présence de ces faits, et quelles que soient les réclamations de certains intéressés, personne ne croira que ce soit de gaîté de cœur, et seulement pour faire pièce aux extracteurs français, que nos industriels se décident à supporter les sacrifices onéreux qui résultent de l'approvisionnement en Belgique. m
Si la chambre, qui s'est montrée si timide l'année dernière en présence du chiffre de l'importation belge (voir au tableau, page aa3 ) , l'avait étudié dans toutes ses parties, elle aurait vu ce que je vous signalais tout-à-1'heure : que l'exploitation des houillères françaises s'était accrue en même temps que les importations de l'étranger.
Cette concurrence, que les extracteurs présentent comme si redoutable ne les a pas empêchés de réaliser d'énormes bénéfices alors qu'elle s'exerçait librement (par suite de la réunion de la Belgique et de la France),et cela pendant plus de vingt années.Si, depuis 1 8 1 4 et le rétablissement de l'ancien droit , ces bénéfices se sont encore accrus, on conviendra que cette augmentation a été prise dans la poche des consommateurs français.
Pendant l'année 181a , les bénéfices d'une seule
grande compagnie du nord se sont élevés à
*•••••••••*•••» 1,600,000 fr.
En i83o ils étaient de 3,ooo,ooo
En j 835 ils ont atteint la somme de 3,6oo,ooo.
Les actions de la même compagnie, dont le capital primitif était de 6,000 fr. ont été vendues jusqu'à 120,000 fr. !
Ce sont là de fort beaux bénéfices , dont on dort se louer sans doute , parce qu'ils ont profité à des compatriotes; mais vous les trouverez peutêtre exagérés , en réfléchissant que ce sont d'autres compatriotes, bien plus nombreux et dont les services ne sont pas moins utiles au pays , qui en font les frais.
Qu'est-il arrivé de ce monopole créé par la loi, en faveur des deux ou trois grandes exploitations du nord , du centre, du midi ? Les résultats sont curieux à constater.
Une coalition, que la loi ne punit pas, s'est formée entre les concessionnaires , ceux du midi principalement ; qui sont à l'abri de toute con-
currence du dehors; et ils ont profité de la difficulté des communications et de 1 élévation des frais de transport pour augmenter le prix de leur houille. Par suite de cette convention, les industriels qui emploient le charbon de terre ont été forcés de s'inscrire à l'avance chez les extracteurs , pour ne pas voir éteindre les feux de leurs fourneaux et chômer leurs machines et leurs capitaux. Dans un autre établissement placé dans le groupe du nord , on a vu le prix de la houille être plus élevé à la mine même que sur le rivage. D'où viennent ces singuliers phénomènes ? C'est que, d'un côté, on craignait la concurrence étrangère qui se contente de bénéfices modérés, et que de l'autre on en était à l'abri. ' On a commencé par user de la protection ; on en a abusé ensuite, et c'est la massedes consommateurs qui a tout payé. Tel a été, Messieurs, l'effet du droit sur les houilles; c'est l'histoire de tous les tarifs démesurément ou inutilement protecteurs. Dans cette question pas plus que dans toutes celles que j'ai occasion de traiter ici, je ne prétends pas faire du radicalisme ni proposer l'application d'une théorie toute spéculative; je veux seulement demander qu'on revienne aujourd'hui au système économique du 17' siècle; je ne désire qu'une chose, c'est que nos lois de commerce,notre tarif de douanes, s'inspirent un peu de la pensée qui animait Colbert et la Constituante. A ces deux époques, le bon marché des matières premières était regardé comme trop important pour l'industrie nationale, pour qu'on pût en augmenter
le prix au moyen des taxes, et elles n'étaient soumises en Conséquence , qu'à un simple droit de balance. Si une exception aux tarifs peut et doit être accordée aux matières premières , c'est la houille qui a le plus dô titre à en profiter, elle qui est la matière première de toutes les autres ; elle qui rend à tous, tant et de si grands services.
Et, messieurs, ce serait à tort que l'on croirait taire assez pour nos manufactures en réduisant de quelque!» centimes le tarif des houilles; c'est une plus large réforme qui est nécessaire; il la faut aussi profonde, aussi complète que possible, plus grande même que celle qui vient de subir le tarif des sucres dont les droits seront diminués de moitié à partir de i838; tranchons le mot, il faut la suppression de toute gène, de toute entrave.
Long-temps on a hésité avant de prendre cette mesure; il y a trois ans l'administration repoussait toute proposition tendant à faire réduire les droits dontlessucres coloniaux et étrangers étaient chargés, l'année dernière on reconnaissait la convenance, la nécessité même d'une diminution, mais on reculait encore; cette année enfin l'on s'est décidé, et l'administration n'a pas attendu d'avoir la main forcée par les chambres pour prendre l'initiative d'une réforme dont nous recueillerons tous de si grands avantages^ Je ne doute pas, Messieurs, que la houille ne soit d'ici à peu de temps l'objet d'une mesure semblable; déjà même on a fait quelque chose, mais trop peu et d'une manière trop timide, aussi sera-ton obligé d'y revenir bientôt*
( a33 ) - Voici, au reste, quelques renseignements sur les différentes lois et réglemens qui ont régi la manière depuis 1791, époque à partir de laquelle cette industrie a commencé à devenir d une certaine importance.
La loi du 1 5 mars 1 791 , établissait un droit de ao cent, par baril de 246 livres, pour les charbons arrivant par la frontière de terre, et de 6 à 10 francs pour ceux introduits par mer; cette dernière taxe était évidemment dirigée contre le commerce et l'industrie de l'Angleterre. Le 3 pluviôse an III, les droits à la frontière de terre furent abolis entièrement, et ceux pour l'introduction maritime, réduits à 60 cent et un franc. La loi du 28 floréal an XI éleva les premiers à 8, 10 et i5 francs, suivant la frontière.
Pendant toute la période écoulée depuis 1 79$ jusqu'au 3o mai 18 14, les houilles belges entré* renten franchise complète, par suite de l'incorporation. À partit de cette époque, on rétablit 1e droit de 20 centimes, qui fut porté à 33 par la loi du 28 avril 1816. La même loi établissait un droit de 1 fr. 10 c. sur les charbons importés par navires français, de 1 fr. 65 par navires étrangers , et de 66 cent, pour ceux venant par terre , de la mer àBaisieux exclusivement. Les lois de 18 1 8 et 1 820 n'avaient pour objet que de soulager les départements de la Meuse, des A r de nues et de la Moselle, qui se trouvaient éloignés des houillères françaises et belges, et étaient obligés de faire leurs achats à Sarrebrûck , en Prusse.
Depuis 1 820 P deux ordonnances royales, cou-
Blanqnl. 30
( 234 ) verties en lois dan* la session dernière t ont modifié le tarif de* houilles. Elles ont créé trois zones; Tune qui comprend toute la frontière maritime du nord jusqu'à Rouen * la deuxième allant de Rouen jusqu'aux Sables d'Oionne, et la troisième des Sables aux Pyrénées* Les droits de la zone nord sont fixés à i fr. 10 c*j ceux de la aone du centre à 66 cent.* et celle du midi à 33 cent; la frontière de terre restant soumise au ifeéme droit de 33 centimes.
L'établissement de ces zones, qui sont ainsi comme autant de barrières nouvelles élevées entre différentes provinces qui les avaient toutes détruites à grand' peine en 1789» ont excité de nombreuses et justes réclamations de la part des villes de Nantes et de Rouen qui se trouvent dan? les zones néfastes. Les plaintes de Nantes ont été entendues à moitié , et on y a fait une demi-justice en créant pour elle le droit de 66 cent, qui n'existait pas. Quant à Rouen et tout le Nord» la question est restée pendante , parce que L'administration a craint* en réduisant les droits qu'ont à supporter les houilles que consomme cette partie de la France f de nuire à l'industrie belge avec laquelle nous sommes dans les rapports les plus intimes, ce qui serait arrivé si l'on avait permis Tentrée des houilles anglaises f sous le droit de 33 centimes. C'est-à-dire que pour favoriser les extracteurs étrangers , on n'a pas craint de sacrifier un grand nombre d'industriels français , em les soumettant à un droit différentiel triple de celui perçu sur les houilles belges.
(a35) Nos tarifs fie devraient contenir qu'un seul droit sur les houilles , celui de 33 centimes , puisqu'on ne veut pas le réduire davantage ; mais au moins devrait-il être général. Les localités qui profiteraient de cette* réduction sont celles qui bordent lés mes de la Basse-Seine , de la Loire depuis Tours, et de la Gironde depuis Bordeaux, parce que les houilles indigènes ne peuvent y arriver que grevées de frais de navigation et de transport, excessifs.
Gomme toutes les autres industries , celte qui se livre à l'exploitation de la bouille souffre beau* coup de l'état déplorable de notre système de routes et de canaux. On se plaint dé toutes parts du haut prix de la houille qui ne coûte pas moins de 3 fr. à 4 fi*. 5o rendue dans l'usine. Ce chiffre élevé tient uniquement aux difficultés des communications qui augmentent les dépenses pour transports daas une proportion considérable.
Ain» par exemple :
lie charbon de Mons Flénu
coûte 8o c. le Q. m . pr. de te v.
i fr. 7S id. 4e livraison.
4 fr* 5o> id. à Paris.
La gaille* te d 'A dehi coûte «65 id. prixderev.
1 5o id. liv. à la mine.
1 35 id, prise ou riv.
3 00 id. à Paris.
Le charb.du Nivernais coûte 1 a3 id. prbrderev.
i56id. ki. delivr.
. ', : 3 45i<L à Parte.
Le«enu de St-Etiemi écoute* 45 {4/ prix* de rev.
ce 73 ici. au riv.
1 o5 id.. pr. de livr.
3 65 id. à Paris.
C'est vainement que les frais d'exploitation sont moins coûteux chez nous qu'en Angleterre, qu'en Belgique ; cet avantage précieux est détruit par la difficulté «des communications et les frais dé transport qui sont au prix de la matière comme 8 est à 1 . C'est par suite de ces frais , que les charbons anglais se vendent à Bordeaux de préférence à ceux de* l'Aveyron ; bien que ceux-ci puissent être livrés à 1 fr. et même 1 fr. 5o Tbectol., meilleur marché. Cette préférence tient uniquement à la difficulté de la navigation sur le Lot, qui élève les frais de manière à compenser et au-delà cette différence de 1 fr. 5o.
Grâce à cette pénurie de voies de communications , nos houillères situées , non pas comme en Angleterre , à la proximité des voies navigables et près des côtes, mais dans l'intérieur des terres et dans les vallées les plus profondes, ne peuvent expédier leurs produits au-delà d'une certaine limite. Le 'même obstacle se fait sentir aux houilles étrangères, qui, bravant le droit de 1 fr. 1 o à 33 c. tentent de pénétrer dans l'intérieur ; c'est également par suite de cet obstacle que beaucoup de nos usines, admirablement placées pour réussir, ne donnent que des pertes aux capitalistes qui les .ont fondées.
. : Nous avons vu dans nos précédentes leçons,
les travaux entrepris dans le but de faire cesser
. cet état de choses; je vous ai parlé des chemins vi-
( *57 ) cinaux , de l'achèvement des lacunes des routes
royales, enfin de la canalisation de la France et de l'amélioration du cours de nos voies navigar blés. C'est-là, Messieurs y ce qui donnera la plut grande impulsion à l'exploitation de nos mines de houille en facilitant le développement de l'industrie nationale et les rapports entre celles de nos usines qui emploient la houille et celles qui la produisent.
Notre consommation, si faible encore, tend chaque jour à s'accroître; 12 à 1,400,000 hect. seulement sont consommés par la ville de Paris et sa banlieue]; la seule ville de Londres en emploie 22 raillions, presqu autant que la France entière ; que de progrès nous avons à faire avant d'arriver à un tel résultat? ♦
On a demandé, en présence des besoins nouveaux qui se manifestent de toutes parts, du nom* bre des usines qui se multiplie chaque jour, de l'essor pris par la navigation à la vapeur, de la tendance qui se manifeste dans l'intérieur des ménages pour le chauffage par le charbon de tçrre; on a demandé, dis-je, si les houillères françaises étaient en état de satisfaire aux demandes qui pourraient leur être adressées : là réponse ne saurait être douteuse.
, Dans les conditions actuelles, les exploitations en activité ne pourraient livrer qu'à des prix trop élevés , et elles ne donneraient pas toutqs les qualités désirables, parce qu'on n'a pas pénétré assez avpnt ; mais avec un système d'encouragement bien entendu, elles seront en peu de temps en
( *58 ) mesure de fournir à tous les besoins quels qu'ils
soient et à des prix modérés , sans qu'il soit né*
xteësttife pour cela d'augmenter leur matériel et
ift force de leurs machines.
Mois , pour arriver tt , il faut des encouragements, une protection intelligente, qui ne consiste pas en droits de douanes , je vous ai suffisamment démontré leur insuffisance et leur inutilité , mais en une réduction de tous les frais iqui grèvent cette Industrie sans grand profit pour le trésor.
Le moment est venu , Messieurs t. de supprimer •entièrement tes droits de navigation , qui rapportent si pen et qui pèsent si lourdement sur <*ewx qui lea acquittent. Et quel instant pourraiton mieux choisir que celui où le gouvernement -a-tfté assez heureux pour être à même d'annonce* aux chambres un excédant de recettes bien supérieur à Fimportarice totale de ces droits.
Vous avez renoncé à l'impôt immoral de la Iotetfe , à celui des jeux qui vous rapportaient i5 imitions ; ne ferez-nrous rien ponfr les mille indus» *r!es qui emploient la houille , et1 qui paient en vexations, en ennuis, en longueurs, en démarrés % biêti au-delà de ce que vom recevez en argent ? >
Qi»e du moins, et tel est leur dernier voeu, tous ^étebHssi* z un tarif de frais uniforme pour tous les. canaux; que celui de Briare à Digoin, par -exemple, qui a étéconstruit par le gouvernement, fefe fasse pas payer au commerce deux Ibis et demie Autant? que. les canaux du nord, dont au**-
(**9 ) ques-uns, celui de St-Quentin entr'autres, ont
été eux aussi construits par l'état, aux frais du
budget ♦ c'est-à-dire des contribuables.
Dans la prochaine leçon nous nous occuperons
de l'exportation et de l'emploi de la houille en
Angleterre.
ONZIÈME LEÇON
10 janvier 1M7.
Somuiib. La hovixxb en Angleterre* — Préjugés qui1 en empêchèrent d'abord l'extraction. — Accident qol rendent les houillères anglaises peu lucratives.— Supériorité et Ttriété des houilles anglaises.— Tontes les Industries gagneraient à une plus grande exploitation de la houille. —Production anglaise. — Bile a contribué aux progresse la marine- Commerce de détail; abus du mesurege, avantages du pesage. — Droits sur la houille, il faut les détruire.— Ourrages à consulter.
Messieurs ,
Ainsi que je vous l'ai dit dans la dernière séance, l'Angleterre, exploitait depuis long-temps ses mines de houille lorsque ce [produit n'était encore en France qu'un objet de curiosité minéralogique. Au commencement du xiu* siècle une charte de Henri III concédait une licence d'exploitation aux bourgeois de New-Castle , et en ia8i , on exporta des environs de cette ville des quantités notables de ce combustible précieux. Cependant ce n'est pas sans peine que la consommation est arrivée au point où elle est aujourd'hui ; le charbon de pierre , comme on disait
( 4fil )
alors, a eu à lutter contre l'ignorance et le* droite protecteurs. En 1 3 1 6 , le parlement sV dressa au roi pour le prier de défendre l'asage d'un combustible dont la fumée devait inévitable meut compromettre la santc publique. Conformément au désir des pétionnaires, Edouard premier T prononça des amendes trèsfortes Contre ceux qui se serviraient de houille ec en t&s de récidive, !a peine n'allait rie» moins* qua la démolition de ta cheminée. Mais en dépit 4e ki pétition du parlement et de l'ordonnance d*t roi* la rareté et la cherté du bois rendant la houille indispensable, getté exploitation l' emporta bientôt sur le.préjugé, et le gouvernement anglais ne tarda pas à y voir une nouvelle source •de Recettes pouï\ le fisc*
Les profits des mines de houille ne sont pas aussi -considérables en Angleterre qu'en France, et à mon avU on y fait moins fortune dans cette industrie qu'on ne fetfa qbez nous* Les meilleures exploitations n ont pas donné plus de dis pour cent et te clostièbr Bud^Ie a déclaré devant un comité dfei Jq. chaitebre de* lords 4 que jamais aucune houiWère n'*vai* pu racheter soft capital par ses profits. CepeiKhnpfr les Anglais ont persisté, et en définitive ife ne &'en sont fias mal trouvés. Beaucoup pi us cte raisons nous engagent à la persévérance; nous n'avons qu?ir efftetrner le sol jw*r trouver les bonttes hobbies,! taudis qu'en Angleterre, elles sont généra* lemcrôtà une trèsrgrdndé profondeur et par <xmséqiientd'uhe exploitation plus onéreuse! le prix dea machines à vapeur et des autres .appareil*
JUanqui. SI